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Derrière MNSTRY, il y a bien plus qu’une gamme de gels, de boissons et de barres énergétiques. Il y a une conviction, presque une obsession : la performance ne se résume pas à ce que l’on consomme pendant l’effort, mais se construit aussi dans tout ce qui le précède et lui succède. Derrière cette philosophie, un homme, Robert Gorgos, qui défend une approche aussi scientifique que pragmatique de la nutrition sportive. Car le véritable enjeu n’est pas seulement de performer aujourd’hui, mais de pouvoir recommencer demain. Et après-demain. Sans jamais oublier que le corps qui produit la performance est aussi celui qui doit durer.
Par Jeff Tatard – Photos : © MNSTRY
Il y a des marques que l’on teste. Et puis il y a des marques qui, à force de cohérence, finissent par vous donner envie de remonter jusqu’à la personne qui les a pensées. Avec MNSTRY, c’est exactement ce qui s’est passé.
Nous avions déjà raconté, sur 3bikes, ce que cette nutrition allemande avait révélé au cœur de trois semaines d’entraînement intensif au Portugal, puis ce qu’elle avait confirmé lorsque la course venait remplacer l’entraînement, et que la performance cessait d’être une promesse pour devenir une exigence. Mais à mesure que les kilomètres s’accumulaient, une autre question s’imposait : qui est réellement l’homme derrière cette philosophie de la nutrition sportive ?
Car très vite, quelque chose saute aux yeux chez MNSTRY. Bien sûr, il y a les produits. Leur digestibilité. Leur cohérence. Leur capacité à accompagner l’effort sans donner au système digestif le sentiment d’être le prix à payer pour la performance. Mais il y a aussi tout le reste. Le shaker. La cuillère doseuse. Son étui. Le design. La sensation globale qu’ici, rien n’a vraiment été laissé au hasard. Et lorsqu’une marque paraît aussi pensée dans le moindre détail, ce sont souvent les personnes derrière elle qui deviennent le vrai sujet.
Au bout du fil, depuis l’Allemagne, Robert Gorgos ne ressemble pas à un homme venu réciter un argumentaire. La voix est calme, posée, précise. On sent très vite que l’échange l’intéresse davantage que la démonstration. Et c’est probablement la première chose à comprendre chez lui : Robert n’est pas un vendeur de nutrition. C’est un homme de terrain, de science et d’endurance. Un nutritionniste formé à l’université technique de Munich, entraîneur cycliste, longtemps confronté au très haut niveau, notamment dans l’univers du cyclisme professionnel, et cofondateur de MNSTRY après sa rencontre, en 2019, avec Peter Höschl.
Mais avant même de parler produits, ratios glucidiques ou bicarbonate, il fallait commencer par le commencement : son parcours.
De la science à la route, et de la route à la science
Ce qui frappe chez Robert Gorgos, c’est qu’il ne parle jamais de nutrition comme d’un domaine abstrait. Chez lui, la science n’est pas séparée de la pratique. Elle semble au contraire constamment ramenée à une seule question : que se passe-t-il réellement lorsque l’athlète roule, court, s’entraîne, accumule de la fatigue, digère plus ou moins bien, récupère… ou ne récupère pas ? Cette manière d’aborder la nutrition n’a rien d’anecdotique. Elle dit beaucoup du projet MNSTRY.
Derrière la marque, il y a évidemment un savoir scientifique. Mais il y a aussi une insatisfaction. Celle d’un homme qui connaissait parfaitement le marché de la nutrition sportive et qui n’en était jamais totalement satisfait. Non pas parce que rien n’existait. Mais parce qu’entre ce qu’annonçaient les produits et ce que vivait réellement le corps, quelque chose restait souvent inachevé. C’est sans doute là que se situe le point de départ le plus profond de MNSTRY : ne plus penser la nutrition seulement en termes d’apports, mais en termes d’utilisation réelle par l’organisme.
En d’autres termes : il ne suffit pas d’écrire 80, 100 ou 120 g de glucides par heure sur une stratégie nutritionnelle. Encore faut-il que le corps puisse absorber tout cela, le tolérer, l’utiliser, et continuer à fonctionner après quatre ou cinq heures d’effort, parfois plusieurs jours de suite. C’est précisément cette tension entre théorie et réalité que Robert Gorgos semble avoir voulu résoudre.
La vraie sophistication n’est pas toujours là où on l’imagine
Dans un univers où beaucoup de marques parlent d’innovation comme on parle d’un argument commercial, Robert Gorgos ramène souvent les choses à quelque chose de presque moins spectaculaire, mais beaucoup plus intéressant : les bases. Cela vaut pour l’entraînement, pour la récupération… et pour la nutrition.
À la question de savoir quelle est, selon lui, la plus grande erreur encore commise par les amateurs aujourd’hui, sa réponse est venue sans détour. « The one advice I would give, with our products or without our products, doesn’t patter, is: feed your training. » Autrement dit : nourrissez vos entraînements.
Derrière cette phrase apparemment simple se cache en réalité une critique très forte de toute une culture de l’endurance. Celle des vieux réflexes, de l’idée selon laquelle s’entraîner avec peu ou pas d’énergie serait presque une vertu, une manière de devenir plus efficace, plus “dur”, plus résistant. Robert Gorgos ne dit pas qu’il n’existe aucune place pour certaines manipulations ponctuelles de l’intensité ou de la disponibilité énergétique. Mais il rappelle que, dans la vie réelle de l’athlète d’endurance, surtout lorsqu’il s’entraîne presque tous les jours, le fait d’alimenter correctement l’entraînement change énormément de choses : la qualité du travail, la récupération, les choix alimentaires après l’effort, le sommeil et, au final, la performance.
C’est sans doute l’un des moments les plus intéressants de notre échange. Parce qu’il rappelle une vérité qu’on finit parfois par oublier : la nutrition ne sert pas seulement à tenir pendant l’effort. Elle sert à pouvoir bien vivre tout ce qu’il y a autour.
Robert le dit à sa manière. Lorsque l’on nourrit correctement ses séances, on récupère mieux. Lorsque l’on récupère mieux, on mange souvent mieux ensuite. Lorsque l’on mange mieux, on dort mieux. Et lorsque l’on dort mieux, la séance du lendemain n’a déjà plus tout à fait la même tête. Dit autrement : une bonne nutrition agit rarement uniquement à l’endroit où on l’attend.
Le mythe de la révolution permanente
Nous vivons dans une époque fascinée par les révolutions. Le nouveau produit qui change tout. La formulation qui redéfinit les standards. Le protocole que personne n’avait vu venir. La science du sport, elle aussi, n’échappe pas à cette mise en scène de l’innovation. C’est justement sur ce point que Robert Gorgos s’est montré particulièrement intéressant.
À la question de savoir quelle pourrait être la prochaine grande révolution de la nutrition sportive, sa réponse n’a pas pris le chemin le plus “vendeur”. « I don’t think there’s one single thing chat will revolutionize everything. It’s just doing the basic things correctly. » La phrase mérite qu’on s’y arrête. Pour Robert Gorgos, la prochaine révolution n’en sera peut-être pas une. Ce sera peut-être simplement le fait de mieux faire les bases.
Bien s’entraîner. Vraiment récupérer. Bien dormir. Manger correctement. Adapter les apports à la charge réelle de travail. Accepter qu’en endurance, ce sont souvent les fondamentaux qui séparent le bon niveau du très haut niveau. « Train easy, go easy. Train hard, go hard. Fuel your training well. Sleep a lot. These are all the differences. »
Le plus intéressant, c’est qu’une telle réponse n’a rien d’un refus de la science. Au contraire. Elle semble dire que la science n’a de valeur que si elle aide à mieux exécuter les choses essentielles, pas si elle sert à masquer leur absence. Dans le fond, Robert Gorgos défend une idée d’une grande modernité : la performance n’est pas une collection d’astuces. C’est une discipline de cohérence.
Qui est Robert Gorgos ?![]()
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Quand la nutrition cesse d’être théorique
Ce souci du réel n’est pas seulement un principe de discours. Il semble constituer le cœur même de sa manière de travailler.
Au fil de la conversation, Robert évoque par exemple l’intérêt de stratégies nutritionnelles très simples appliquées avec rigueur dans d’autres sports d’endurance, notamment dans des environnements d’entraînement extrêmement exigeants. Son constat est limpide : chez beaucoup d’athlètes, le potentiel est déjà là. Ce qui manque parfois, ce n’est pas la volonté, ni même le niveau physique brut. C’est simplement le fait d’avoir enfin mis en place une nutrition assez cohérente pour ne plus saboter involontairement le travail réalisé.
Dans certains cas, la différence n’est pas spectaculaire à l’œil nu. On ne voit pas immédiatement la “révolution”. Mais les conséquences, elles, sont profondes : on cesse de perdre du poids inutilement sur les gros blocs d’entraînement, on supporte mieux la charge, on récupère plus vite, on maintient mieux la qualité de travail, et tout cela finit par produire des résultats. La nutrition, dans cette vision-là, n’est pas un supplément à la performance. Elle est une condition de sa stabilité.
C’est aussi ce qui rend son discours crédible. Robert ne parle pas comme quelqu’un qui essaierait de convaincre que ses produits sont miraculeux. Il parle comme quelqu’un qui sait que, dans la pratique, ce sont souvent des ajustements simples, répétés avec discipline, qui produisent les plus grands effets.
Bicarbonate, glucides et fatigue : l’autre frontière
L’un des sujets les plus passionnants de l’entretien concernait évidemment le bicarbonate, autour duquel MNSTRY prépare une nouvelle campagne avec ses BICARB GEL 40.
Le thème n’est pas nouveau dans le sport de haut niveau. Le bicarbonate est connu depuis longtemps pour son rôle potentiel dans la gestion de l’acidose et sa capacité à retarder certaines formes de fatigue, en particulier lors d’efforts intenses. Ce qui devient plus intéressant ici, c’est le lien établi avec les glucides et les efforts longs.
Robert explique qu’il y a là un champ d’exploration particulièrement stimulant. L’idée n’est pas seulement de raisonner sur l’effort court, violent, spectaculaire, mais aussi sur ce que pourrait apporter cette cor-ingestion glucides + bicarbonate dans des contextes prolongés, lorsque les dépenses énergétiques deviennent massives et que la résistance à la fatigue dans le final fait souvent toute la différence. Le sujet est encore en construction. Il en parle d’ailleurs avec prudence, en évoquant notamment les travaux du Dr Julien Louis et des développements en cours, y compris dans l’univers de la course à pied.
On comprend alors ce qui l’intéresse : non pas simplement savoir si une molécule “marche”, mais à quel moment, pour quel profil, dans quelles conditions d’effort, et avec quel bénéfice réel dans le monde tel qu’il est vécu par les athlètes. C’est une manière de penser la nutrition moins comme une somme de produits que comme une intelligence du contexte.
L’Anti-Cramp, Leuven et ce moment où le terrain reprend la parole
Il était impossible, dans cette conversation, de ne pas revenir à Leuven. Une semaine plus tôt, sur les chemins boueux de Leuven, plusieurs doses d’ANTI-CRAMP de MNSTRY avaient pris place dans les poches d’un maillot, au départ de la manche belge des UCI Gravel World Series. Un détail presque anodin au milieu de 122 kilomètres de course. Jusqu’au moment où ces petites fioles allaient devenir particulièrement intéressantes.
Rapportée à Robert Gorgos, cette expérience soulevait une question presque plus intrigante encore que la rapidité du soulagement : et si le goût particulièrement prononcé du produit n’était pas un simple détail, mais l’une des clés de son fonctionnement ? Derrière cette stimulation sensorielle immédiate se dessine une piste scientifique fascinante, celle d’une interaction entre les récepteurs de la bouche, le système nerveux et la réponse musculaire. Une hypothèse qui mérite évidemment davantage que deux observations de terrain pour être confirmée.
C’est évidemment un sujet qui mérite prudence. Deux expériences de terrain ne constituent pas une preuve scientifique. Robert en est parfaitement conscient. Mais c’est précisément là que l’échange devient intéressant. Parce que l’on quitte la caricature de l’électrolyte “solution à tout” pour entrer dans quelque chose de plus subtil, plus neurologique, plus sensoriel aussi : le rôle possible de certaines stimulations gustatives, de certains récepteurs, de certaines réponses réflexes, dans la modulation de la perception ou de l’apparition des crampes. Autrement dit, l’une des idées les plus stimulantes de MNSTRY est peut-être aussi l’une des moins intuitives : parfois, la performance ne se joue pas uniquement dans ce que l’on apporte au muscle, mais aussi dans la manière dont l’organisme perçoit le signal.
C’est tout le mérite de Robert Gorgos de ne pas réduire ce sujet complexe à une explication simpliste. On sent au contraire chez lui le goût des zones encore incomplètement comprises, des mécanismes prometteurs mais à explorer avec sérieux. En cela, sa manière de parler de science ressemble assez à sa manière de penser la nutrition : ambitieuse, mais jamais triomphaliste.
Le luxe n’est pas une question de packaging, mais de cohérence
L’une des intuitions de départ de cet entretien était la suivante : chez MNSTRY, le haut de gamme ne tient pas seulement au prix, ni même à la qualité perçue. Il tient surtout à la cohérence.
Quand on interroge Robert Gorgos, on comprend que cette cohérence ne s’arrête pas aux formulations. Elle concerne la totalité de l’expérience. Le produit, bien sûr. Mais aussi son usage. Sa digestibilité. Sa simplicité de mise en œuvre. Son inscription dans une stratégie plus large. Et oui, aussi, les détails périphériques qui disent silencieusement quelque chose du niveau d’exigence de ceux qui ont conçu l’ensemble. Le vrai premium n’est pas ce qui en met plein la vue. C’est ce qui semble avoir été pensé par quelqu’un qui connaît réellement le terrain et respecte assez l’athlète pour ne pas lui faire perdre son temps. Cette phrase, Robert ne l’a pas prononcée ainsi. Mais elle pourrait presque résumer la sensation laissée par l’entretien.
Car plus la conversation avançait, plus le sujet cessait d’être une marque pour devenir une manière de voir le sport. Une manière très allemande peut-être, au sens noble du terme : rigoureuse, structurée, précise. Mais aussi profondément pragmatique. Ce qui intéresse Robert Gorgos, ce n’est pas l’idée abstraite de performance. C’est ce qui, dans la vie réelle de l’athlète, permet à cette performance d’exister.
Ce dont il est le plus fier
Au terme d’une conversation consacrée à la science, à la performance et à l’innovation, une dernière question permet de revenir à l’essentiel : de quoi Robert Gorgos est-il réellement le plus fier aujourd’hui ? La réponse ne tient ni dans un chiffre, ni dans une prouesse technologique, ni même dans une stratégie de développement. Elle raconte quelque chose de plus profond sur le rapport qu’entretient cet homme avec son métier et avec les athlètes auxquels il consacre son travail.
Ce qui semble le toucher le plus, c’est de voir qu’une idée née presque artisanalement a grandi sans perdre son sens. De constater que les produits conçus au départ dans un bureau, avec une exigence très forte, vivent désormais dans la réalité des athlètes. Et surtout qu’ils fonctionnent. Pas uniquement sur le papier. Pas seulement dans le storytelling d’une marque. Mais dans le quotidien du terrain, chez des professionnels comme chez des amateurs très engagés.
Il y a dans cette fierté quelque chose d’assez beau, parce que cela dit probablement l’essentiel. Robert Gorgos ne semble pas fier d’avoir “créé une marque” au sens marketing du terme. Il semble fier d’avoir réussi à mettre en circulation une certaine idée de la nutrition. Une idée qui ne sépare pas la performance du respect du corps. Qui ne sacrifie pas la récupération à l’effort. Et qui n’oppose pas la sophistication scientifique au bon sens.
C’est peut-être aussi pour cela que l’entretien laisse une impression durable. Parce qu’au fond, Robert Gorgos ne parle pas seulement de nutrition. Il parle d’une certaine manière de prendre soin de la performance.
Derrière les produits, un homme qui cherche surtout à rendre le sport plus juste
Ce portrait n’avait pas pour but d’écrire un troisième article sur des gels, des barres ou des poudres. Nous l’avions déjà fait. Et nous le referions si le terrain l’exigeait. Ce que nous voulions cette fois comprendre, c’était l’homme derrière la méthode. Celui qui a contribué à faire de MNSTRY autre chose qu’un catalogue de produits. Celui qui, manifestement, n’a pas voulu ajouter une marque de plus à un marché encombré, mais essayer d’apporter une réponse plus intelligente à une question que beaucoup d’athlètes connaissent intimement : comment nourrir l’effort sans dégrader tout ce qu’il y a autour ?
Au terme de cette conversation, une chose devient claire. Robert Gorgos n’appartient pas à cette catégorie d’experts qui compliquent tout pour mieux impressionner. Il appartient plutôt à celle, beaucoup plus rare, de ceux qui cherchent à comprendre assez profondément les choses pour pouvoir ensuite les simplifier sans les trahir. Et dans un monde où la nutrition sportive hésite parfois entre la promesse marketing et la surenchère technique, ce n’est pas un mince compliment. Il fallait des kilomètres pour juger les produits. Il fallait une conversation pour comprendre l’homme. Et de ce point de vue, le détour valait largement la peine.
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