Partager la publication "Bike Check #010 | Timothée : le Jacky tuning assumé"
À 29 ans, Timothée roule sur un Canyon Ultimate CF SL7 qu’il décrit lui-même comme une “merguez” à 4 500 euros et 9,5 kg. Shimano 105 mécanique, pédales SPD, roues DT Swiss maquillées en ENVE avec 7 euros de stickers AliExpress et surtout une peinture personnalisée à 900 euros qui a complètement changé l’identité du vélo. Sur le papier, rien qui doive affoler un peloton. Dans la vraie vie ? Timothée rappelle volontiers qu’un vélo entrée de gamme n’empêche pas de tenir les roues des “vélos de dentistes”… ni parfois de les faire sauter. Bienvenue dans un Bike Check où le style compte presque autant que les watts.
Par Jeff Tatard – © Photos : @eloshaka
Il y a cinq ans, Timothée ne cherchait pas spécialement à devenir cycliste. Il cherchait surtout à rééduquer un ligament croisé. Le vélo devait être temporaire. Une parenthèse le temps de remettre correctement un genou en état.
Cinq ans plus tard, à 29 ans, il possède un route, un gravel, un vélo de chrono et fréquente suffisamment Longchamp pour se définir lui-même comme « Longchamphile depuis 2023 ». « À deux doigts d’être content de m’être fait les croisés… » Le ton est donné.
Et son Canyon lui ressemble assez bien : pas vraiment académique, pas totalement rationnel, volontiers moqueur lorsqu’il parle de son propre matériel et suffisamment coloré pour qu’on puisse le reconnaître au milieu d’un peloton à cinquante mètres.
Le résumé vient d’ailleurs directement de son propriétaire : « C’est un vélo Jacky tuning. Et c’est pleinement assumé ! » Impossible de ne pas en faire le fil rouge. Bienvenue dans le Bike Check #010 de 3bikes.
C’est quoi, ton vélo ?
Un Canyon Ultimate CF SL7 de 2023, en taille XS. Et Timothée ne cherche surtout pas à lui inventer une fiche technique qu’il n’a pas. « Pour les composants, c’est la base de la base. »
Transmission Shimano 105 mécanique, avec un montage actuel en 52/34 à l’avant et 11-34 derrière, configuration choisie notamment pour pouvoir emmener le vélo en montagne.
Les roues d’origine ont laissé place à des DT Swiss ARC 1600 carbone. Enfin… officiellement. Parce qu’en regardant le vélo, vous pourriez être tenté de lire autre chose sur les jantes. ENVE. Sauf que non. Nous y reviendrons.
Les pneus sont des Vittoria Corsa Pro édition rose, histoire de s’assurer que le vélo ne devienne surtout pas discret. Aux pieds, Timothée utilise des pédales SPD. Oui, sur un vélo de route. Et ce n’est même pas un accident. « J’ai mis les mêmes sur tous mes vélos. Même mon CLM… Je ne respecte rien. »
Le vélo pèse environ 9,5 kg et représente un investissement total proche des 4 500 euros, dont 900 euros uniquement pour sa peinture personnalisée.
Le jugement de Timothée est immédiat : « Super cher pour un vélo aussi merguez, je sais. » Sauf qu’il existe précisément une pièce qui empêche cet Ultimate de n’être qu’un Canyon parmi les autres. Son cadre.
Pourquoi ce vélo ?
Parce qu’il s’agissait de son premier vélo carbone. Et comme souvent lorsqu’on franchit un premier palier matériel, le rêve rencontre rapidement une autre réalité : le budget.
Timothée accepte donc parfaitement le compromis. Un cadre carbone, certes, mais une transmission et des périphériques relativement simples. Et avec le recul, cela lui convient même plutôt bien. Le 105 mécanique coûte moins cher à entretenir, reste simple à réparer et suffit largement à son utilisation.
« Même avec un vélo entrée de gamme, on tient les roues des vélos de dentistes. Et on arrive même à les drop. »
Il y a derrière la vanne une idée finalement assez intéressante. Un vélo plus cher ne produit pas les watts à votre place. Et surtout, Timothée aime l’idée de ne pas avoir commencé directement au sommet de la pyramide.
Rouler sur une machine accessible lui laisse encore des marches à monter, des différences à découvrir et donc des envies de matériel pour les prochaines années. Son Canyon lui permet en quelque sorte d’avoir encore quelque chose à désirer.
Mais le vrai basculement esthétique arrive lorsqu’un jour, presque sur un coup de tête, Timothée décide que le noir et blanc d’origine ne lui suffit plus.
Direction Régénère Vélo, dans le Val-d’Oise, pour une peinture entièrement personnalisée. 900 euros. Un choix difficile à défendre dans un tableur Excel. Et absolument évident lorsqu’on écoute Timothée en parler. « J’ai voulu changer radicalement la DA. Elle est devenue l’identité du vélo et je ne la regrette absolument pas. » C’est probablement là que son Ultimate cesse d’être un simple CF SL7. Il devient son vélo.
Comment tu l’as monté ?
Pas en empilant les pièces hors de prix. Et c’est justement ce qui rend le montage assez drôle. Le plus gros « game changer » esthétique de Timothée coûte… 7 euros. « J’ai ajouté des stickers ENVE sur les roues. Je trouve que ça change complètement la gueule du vélo. Et puis ça m’a coûté 7 euros sur AliExpress ! »
Donc, pour être parfaitement clairs : ce sont bien des DT Swiss ARC 1600. Simplement déguisées. Et il adore ça. Le reste des modifications répond davantage à l’usage.
Le petit plateau et la cassette ont été adaptés pour la montagne, les roues carbone ont remplacé le montage d’origine et Timothée ne voit aujourd’hui aucune raison rationnelle d’aller beaucoup plus loin.
Pourquoi investir massivement dans des composants très haut de gamme sur un cadre qu’il considère lui-même comme une porte d’entrée dans l’univers carbone ?
La logique peut sembler étrange à celui qui vient de mettre 900 euros dans une peinture. Elle devient beaucoup plus cohérente lorsqu’on comprend que Timothée sépare très clairement deux choses. La performance doit rester rationnelle. Le plaisir, beaucoup moins.
D’où les pneus roses. D’où les stickers ENVE. D’où la peinture. D’où les SPD sur le vélo de route, le gravel et même le CLM. À sa manière, il a construit un vélo techniquement assez simple mais esthétiquement impossible à confondre avec celui du voisin. Et c’est exactement ce qu’il cherchait.
Et alors ? Sur le terrain, ça donne quoi ?
Longchamp. La Chevreuse. Un peu de montagne. Pour tout cela, Timothée considère que son Canyon fait parfaitement le travail. Pas plus. Mais certainement pas moins.
Sa note ? 6,5/10. « C’est un bon vélo, mais on va dire qu’il a plus de style que de performance. » La phrase pourrait sembler dure. Elle est surtout terriblement lucide.
L’Ultimate n’est pas une mauvaise machine. Il correspond simplement à un niveau de gamme dont Timothée connaît les limites, et il n’essaie jamais de les dissimuler derrière le marketing des composants.
En revanche, il apprécie énormément sa simplicité mécanique. Un Shimano 105 à câbles reste compréhensible, accessible et réparable dans énormément d’ateliers. « N’importe quel vélociste peut le réparer sans difficulté… faut-il encore qu’il accepte les Canyon. » Et puis il y a l’essentiel. Il aime le regarder.
Dans un peloton qu’il juge encore « éminemment sombre », même si les couleurs reviennent progressivement, son Canyon apporte quelque chose de différent. On peut discuter pendant trois heures du gain aérodynamique d’une paire de roues ou de quelques centaines de grammes.
Mais aucun tableau de chiffres ne quantifiera jamais le plaisir de retrouver immédiatement son vélo au milieu de cinquante autres. Et celui-là, Timothée ne risque pas de le chercher longtemps.
On te le vole demain ? Tu rachètes exactement le même ?
Non. Et cette fois, la réponse est immédiate. Timothée rachèterait probablement un vélo aérodynamique, mieux adapté à son usage actuel.
Son choix ? Un Canyon Aeroad en Ultegra Di2. Pas forcément le montage ultime. Et c’est volontaire. « Ce serait un vélo avec lequel je sentirais un vrai gain par rapport à mon Ultimate, mais qui me permettrait encore de monter en gamme plus tard. »
Voilà finalement une constante intéressante dans sa manière d’acheter un vélo. Toujours garder une marche suivante. L’Ultimate était son entrée dans le carbone. L’Aeroad deviendrait une première vraie machine de performance. Et peut-être qu’un jour viendra ensuite le vélo encore au-dessus. Sans brûler les étapes.
Parce qu’il y a évidemment aussi une autre donnée beaucoup moins romantique. « Et puis il y a l’aspect financier aussi, on ne va pas se mentir. »
À 29 ans, Timothée assume donc aussi bien les autocollants ENVE à 7 euros que l’envie future d’un Ultegra Di2. Et finalement, c’est probablement ce qui rend ce Bike Check particulièrement sympathique. Il n’essaie jamais de faire croire que son vélo est autre chose que ce qu’il est.
Le Bike Check de Timothée
Le petit mot de Timothée : « C’est un vélo Jacky tuning. Et c’est pleinement assumé ! » Et finalement, ce serait presque dommage de chercher une définition plus sérieuse. Un Canyon d’entrée de gamme carbone transformé avec une peinture à 900 euros, des pneus roses, des roues DT Swiss qui prétendent être des ENVE et des pédales SPD, le tout piloté par un garçon arrivé au vélo presque par accident après une rupture des ligaments croisés. Il y a plus performant. Il y a plus léger. Il y a plus cher.Mais au milieu du peloton, il n’y en a qu’un comme celui de Timothée. Et peut-être que c’est précisément ça, le vrai luxe. |
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Un vélo. Quatre photos. Quatre questions. Quatre réponses. Bike Check, la série 3bikes qui s’intéresse moins à ce qu’une marque dit d’un vélo qu’aux raisons pour lesquelles son propriétaire a choisi de rouler avec.
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