Partager la publication "Dans les coulisses de Q36.5 : on a testé la chaleur dans le TerraXCube"
Concevoir un vêtement de cyclisme technique ne se limite pas à choisir de beaux tissus sur catalogue, coudre les panneaux ensemble et envoyer un coureur faire trois tours de circuit pour valider le produit. Chez la marque italienne haut de gamme Q36.5, la recherche et le développement s’appuient sur une démarche bien plus rigoureuse, presque clinique. Pour comprendre comment le corps et les textiles réagissent aux pires conditions météorologiques, la marque nous a invités à vivre une expérience peu commune : une séance de home-trainer poussée à bloc dans une chambre climatique réglée à 35 °C. Bienvenue au cœur du TerraXCube.
Par Guillaume Judas – Photos : q36-5.com
21 octobre 2026, Bolzano. Le voyage se mérite. Nichée au pied des Dolomites dans le Tyrol du Sud, la ville se trouve à près de trois heures de route de l’aéroport le plus proche. Entre vols annulés et correspondances manquées, je vous passe les détails d’un voyage cauchemardesque aussi bien à l’aller qu’au retour. Le déplacement valait pourtant largement la peine, puisqu’il ouvrait les portes du NOI Techpark et de son pôle de recherche Eurac Research.

C’est ici qu’est installé le TerraXCube, un simulateur environnemental hors norme. Cette chambre climatique est capable de reproduire une variété impressionnante de climats planétaires, avec des températures oscillant de −40 °C à +60 °C, tout en contrôlant finement le taux d’humidité, la pression atmosphérique ou la vitesse du vent. Il offre un cadre expérimental maîtrisé pour tester athlètes et matériels dans les situations les plus exigeantes.

Q36.5 collabore avec Eurac Research et le TerraXCube depuis 2021. Une proximité géographique idéale, mais surtout une opportunité unique pour cette marque fondée en 2013. Son nom n’a d’ailleurs rien d’un hasard puisqu’il fait directement référence à la température corporelle idéale de 36,5 °C. L’objectif fondamental de leurs tenues n’est pas seulement d’être légères ou aérodynamiques, mais de préserver cet équilibre thermique à l’effort en favorisant l’évacuation de la transpiration et la dissipation de la chaleur.
En s’installant dans ce laboratoire d’État avec 19 autres journalistes venus du monde entier, l’idée n’était pas de regarder des ingénieurs faire des démonstrations sur écran, mais d’aller au charbon pour servir nous-mêmes de cobayes.
Le protocole : 35 minutes au rythme de Montjuïc
Pas question de pédaler à l’aveugle ou de faire tourner les jambes au hasard dans un sauna. L’équipe scientifique a mis au point une séance sur mesure inspirée de la compétition réelle : le final de la deuxième étape du Tour de France 2026 à Barcelone, marqué par les répétitions explosives de la côte de Montjuïc.
Chaque participant est installé sur un home-trainer Garmin Tacx Nera connecté à Zwift. Au menu : 35 minutes d’effort découpées en sept phases très précises, alternant phases de récupération, rythmes soutenus et attaques violentes. La séance débute par un échauffement de 5 minutes en zone 2, suivi d’une première montée simulée de 10 minutes à un rythme soutenu en zone 4. Après une récupération active de 5 minutes en zone 1, l’intensité remonte brusquement avec une deuxième ascension de 4 minutes en zone 5, avant de basculer sur une descente de 3 minutes pour souffler en zone 1. Le test enchaîne ensuite sur un plateau de transition de 6 minutes en zone 3 pour stabiliser l’effort, avant de s’achever dans un emballage final particulièrement violent de 2 minutes poussées en zone 5 et 6.
Pour que l’exercice reste équitable, les zones de puissance ont été pré-calibrées par Mario Kummer (ancien pro de la mythique équipe Telekom) à partir de la FTP (puissance au seuil) de chaque participant. Même si les watts affichés sur l’écran ne sont pas les mêmes pour tout le monde, l’exigence physiologique relative reste identique.
Dans la chambre, l’air est bloqué à 35 °C avec 50 % d’humidité relative. Pour pimenter le tout, la ventilation reproduit le flux d’air réel : le vent chaud faiblit pendant les montées virtuelles et accélère dans les descentes.
Pour ce test, nous sommes tous équipés de la même tenue : le maillot Gregarius Pro Evo, le cuissard Dottore Pro et une première couche Subzero de la collection à venir. À nos côtés, un athlète de la marque porte un maillot expérimental scindé en deux : le côté gauche et le côté droit du buste sont conçus avec des tissus aux propriétés différentes. L’objectif ? Mesurer en temps réel sur un même corps la différence d’évacuation thermique entre deux textiles.

Du papier à la réalité : une séance particulièrement rude
Sur le papier, 35 minutes de home-trainer, cela semble court et surmontable. Mais dès que la porte blindée de la chambre climatique se referme et que le vent chaud commence à vous frapper le visage, la réalité du terrain rattrape rapidement les certitudes. En ce qui me concerne, la séance a tourné au vrai défi. Nous sommes à la fin du mois d’octobre et cela fait presque un mois que je n’ai pas remis de véritables coups de collier à haute intensité. Mon organisme manque clairement de rythme.
Au bout de 20 minutes à peine, la dérive cardiaque est flagrante : mon pouls grimpe à 169 pulsations par minute, soit une valeur très proche de mon maximum absolu. L’inconfort devient pesant, la transpiration perle abondamment et dès que le protocole impose de baisser les watts pour récupérer, le cœur refuse de redescendre.
J’ai pourtant l’habitude de bien tolérer les fortes chaleurs. Durant l’été 2026, j’ai souvent enchaîné les longues sorties en plein soleil en milieu de journée. Mais entre le manque de rythme automnal, l’absence de ventilation naturelle et le confinement du laboratoire, la réaction du corps s’est montrée bien plus violente que prévu.
Ce que révèlent les capteurs CORE
Tout au long de l’expérience, nous étions équipés de capteurs CORE pour mesurer la température cutanée et estimer la température corporelle centrale. Au départ de la séance, ma température centrale s’établissait à 37,1 °C. Sans surprise, elle a grimpé régulièrement tout au long des 35 minutes pour atteindre un pic à 38,5 °C, juste après l’arrêt du pédalage.
Qu’est-ce que le capteur CORE ?Devenu un standard dans le peloton professionnel et auprès des équipes WorldTour en particulier, le capteur CORE est un petit boîtier non invasif qui se fixe directement sur la sangle de la ceinture cardiaque.
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La donnée la plus intéressante provient du temps passé en « zone 3 de tension thermique » (la zone où le corps lutte activement contre la surchauffe, mais sans basculer totalement dans le rouge). Mon capteur enregistre seulement 4 minutes passées dans cette zone critique. Sur les 21 cobayes du jour (journalistes et athlète Q36.5 inclus), seuls deux participants ont passé moins de temps que moi dans cette zone orange (au-dessus, c’est le feu). Tous les autres y sont restés beaucoup plus longtemps, malgré des tenues et des protocoles rigoureusement identiques.
Peut-on y voir la preuve d’une acclimatation résiduelle à la chaleur grâce à mes sorties estivales ? C’est une possibilité, mais il serait imprudent de tirer des conclusions définitives sur un test unique. Cela montre surtout l’écart impressionnant qui peut exister entre la perception subjective de l’effort (un cœur à la rupture, une sensation d’étouffement) et les données physiologiques mesurées (une température interne sous contrôle relatif).
Du côté du maillot expérimental porté par l’athlète maison, les thermocouples ont révélé un écart de température cutanée de quelques dixièmes de degré entre le tissu A et le tissu B. Un écart minime à l’échelle d’une sortie dominicale, mais crucial à haute intensité : ces dixièmes de degré font la différence entre un cycliste qui sature thermiquement et un autre qui parvient à maintenir son effort quelques minutes de plus.
La science pose les bases, la route tranche
Cette journée au TerraXCube apporte un éclairage intéressant sur la méthode Q36.5. La marque ne se contente pas de beaux discours marketing sur la thermorégulation ou de choisir des matières sur de simples nuanciers. Elle met au point des protocoles mesurables, confronte ses prototypes à la rigueur de la recherche et collabore avec des scientifiques du sport.
Bien sûr, 35 minutes éprouvantes dans une étuve ne suffisent pas à juger définitivement de la qualité d’une tenue d’hiver ou d’été. Rien ne remplacera jamais les sorties au long cours, le vent latéral, la pluie battante et les longues descentes de col. Mais cette immersion permet de comprendre l’exigence cachée derrière chaque couture. La science et le laboratoire fournissent les repères chiffrés pour concevoir des produits aboutis. Il ne nous reste plus qu’à monter sur le vélo pour vérifier si ce travail se traduit par le confort promis au fil des kilomètres. Voir tous nos articlesDossiers
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