Partager la publication "Test des nouvelles pédales Shimano Dura-Ace PD-R9300 et du système SPD-SLR"
Avec les Dura-Ace PD-R9300, Shimano inaugure le système SPD-SLR, un nouvel ensemble de pédales et de cales destiné à remplacer le SPD-SL, référence incontournable du vélo de route depuis près de 25 ans. Une évolution qui fait déjà grincer quelques dents, notamment en raison de l’incompatibilité entre les deux standards. Nous avons mis ces nouvelles pédales à l’épreuve sur le terrain. Malgré les contraintes qu’impose ce changement, les premières sensations sont très positives.
Par Guillaume Judas – Photos : ©3bikes.fr
Depuis son apparition en 2003, le système SPD-SL s’est imposé comme l’une des références du marché des pédales automatiques pour vélos de route. Sa large cale en plastique, disponible en trois versions offrant différents degrés de liberté angulaire, son mécanisme de fixation et sa plateforme stable équipent des millions de vélos à travers le monde. Le système est d’ailleurs utilisé bien au-delà des seuls groupes Shimano. Il a largement dépassé le cercle des utilisateurs de la marque et s’est imposé auprès des cyclistes de tous niveaux. Même certaines équipes professionnelles équipées de groupes d’autres fabricants continuent de l’utiliser.
Il n’est donc pas anodin de voir le fabricant japonais revoir en profondeur cette interface après plus de deux décennies de bons et loyaux services. Avec le SPD-SLR, Shimano ne modifie pas seulement quelques détails sur ses pédales haut de gamme. La marque inaugure un nouveau système associant pédales et cales, avec des chaussures spécifiquement conçues pour en exploiter toutes les possibilités. L’objectif est d’améliorer la liaison entre le pied et la pédale, tout en faisant évoluer l’interface entre les deux.

Les nouvelles Dura-Ace PD-R9300 constituent le modèle phare de cette génération, aux côtés des Ultegra PD-R8200. Le principe reste celui d’une pédale automatique route à fixation sur une seule face, mais la plateforme et la cale ont été redessinées. Avec pour objectif notamment de réduire la hauteur entre la chaussure et l’axe de la pédale, tout en limitant les mouvements parasites au niveau de l’interface.
Shimano annonce ainsi une hauteur de pédale de 12,5 mm pour la Dura-Ace PD-R9300, ainsi qu’une réduction de 2,3 mm de la hauteur de l’ensemble pédale-cale par rapport à la génération précédente. La marque a également revu la zone de contact et le mécanisme d’enclenchement, avec la volonté d’obtenir une liaison plus directe et plus stable, notamment lorsque les contraintes augmentent au pédalage.
Sur le papier, cette évolution peut sembler logique. Mais elle a une conséquence majeure : le système SPD-SLR n’est pas compatible avec le SPD-SL. Les anciennes cales ne peuvent pas être utilisées avec les nouvelles pédales, et les nouvelles cales ne fonctionnent pas avec les anciennes pédales. Pour les nombreux pratiquants déjà équipés en Shimano, le passage à cette nouvelle génération implique donc de changer au minimum les cales, voire une partie plus importante de leur équipement.
Compatibilité : attention au choix des chaussures
C’est le principal point de friction concernant le nouveau système SPD-SLR. Les nouvelles pédales ne sont pas compatibles avec les anciennes cales SPD-SL. En revanche, les nouvelles cales SPD-SLR peuvent être montées sur de nombreuses chaussures dotées d’une fixation à trois vis. Il n’est donc pas systématiquement nécessaire de remplacer ses chaussures, même si le système est optimisé pour les modèles de la marque. C’est notamment le cas des nouvelles S-Phyre RC910, que nous avons reçues avec les pédales Dura-Ace et qui feront elles-mêmes l’objet d’un prochain test.
Il faut toutefois aller au-delà de cette simple compatibilité de montage. Shimano a conçu ses nouvelles chaussures S-Phyre RC910 et RC810 (la version associée à la gamme Ultegra) autour de ce système. Leur semelle et les possibilités de réglage de la position des cales ont été revues pour en exploiter les caractéristiques. Si la nouvelle interface permet de réduire la hauteur de l’ensemble, elle déplace aussi une partie des possibilités de réglage longitudinal vers la chaussure elle-même. Autrement dit, avec des chaussures dont les trois points de fixation sont fixes, il peut devenir impossible de retrouver la position longitudinale souhaitée de la cale.
Toutes les chaussures n’offrent pas la même liberté de réglage dans ce domaine. Et aucun modèle à ma connaissance ne dispose directement dans la semelle d’une plage de réglage aussi importante que celle des dernières chaussures Shimano. Il peut alors devenir difficile, voire impossible, de retrouver exactement sa position de cale habituelle. C’est quelque chose qui mérite d’être vérifié avant l’achat, particulièrement pour les pratiquants qui ont passé du temps à affiner leur position ou qui utilisent une cale très reculée.
Parmi les différentes paires de chaussures que j’ai dans mon placard, certaines ne sont pas compatibles avec le réglage longitudinal dont j’ai besoin. Elles disposent soit de trois trous de fixation fixes, soit de trois trous montés sur une glissière dont la plage de réglage reste insuffisante. Avec les chaussures Specialized haut de gamme, les Giro de milieu et de haut de gamme, la dernière génération des Nimbl Ultimate (mais pas les précédentes) et les S-Phyre RC903, je devrais néanmoins pouvoir m’en sortir avec d’autres chaussures que les RC910. Mes réglages ne sont pas extrêmes, même si je pédale plutôt avec les cales reculées.
Notons néanmoins que Shimano propose plusieurs références de cales, dont une version CL-SL130 destinée à offrir davantage de possibilités de réglage avec les chaussures à trois trous fixes. Cette solution peut permettre de retrouver une position plus adaptée, mais elle réduit le bénéfice recherché en matière de hauteur d’axe. Le choix de la cale ne doit donc pas se limiter au degré de liberté angulaire souhaité. La compatibilité avec la semelle et la possibilité de conserver sa position habituelle sont tout aussi importantes.
Le système SPD-SLR représente ainsi une évolution technique qui ne se résume pas à l’achat d’une nouvelle paire de pédales. Avant de profiter de ses avantages éventuels, il faut s’assurer que les cales retenues et les chaussures utilisées permettent de constituer un ensemble cohérent.
Quel poids pour les nouvelles Dura-Ace ?
Le poids reste un critère important pour des pédales positionnées au sommet de la gamme route. Les Dura-Ace PD-R9300 affichent un poids mesuré de 228 g la paire dans leur version à axe standard. Avec les cales et leurs vis, l’ensemble atteint 282 g, soit 54 g supplémentaires pour cette partie de l’équipement.
Ces chiffres permettent de situer les Shimano face aux principales références du marché, notamment les Look Keo Blade (entre 260 et 300 g selon le niveau de gamme), les Wahoo Speedplay (au dessus de 300 g) et les autres pédales de route haut de gamme.
Au-delà du poids, Shimano met surtout en avant la faible hauteur de l’interface et la qualité du contact entre la cale et la pédale. La marque annonce une réduction de 2,3 mm de la hauteur de l’ensemble par rapport à l’ancien système, mais là encore il faut tenir compte de la hauteur du système complet. Par exemple, avec les SPD-SLR (12,5 mm de hauteur d’axe) et les chaussures S-Phyre (5,5 mm d’épaisseur de semelle), je reste légèrement plus haut qu’avec des chaussures Nimbl (dont la semelle est la plus fine du marché, avec 2 mm) et les pédales Dura-Ace SPD-SL (14,8 mm de hauteur d’axe). Ce sont ces éléments, davantage que quelques grammes gagnés ou perdus, qui doivent permettre de juger l’intérêt réel de cette nouvelle génération.
Quatre types de cales
Avec le système SPD-SLR, Shimano propose quatre types de cales. Les jaunes (CL-SL110) offrent une liberté angulaire de 6°, soit 3° de chaque côté, autour d’un point de pivot central. Ce sont celles livrées de série avec les pédales. Les bleues (CL-SL120) offrent une liberté de 2°, soit 1° de chaque côté, avec un point de pivot situé à l’avant de la cale. Les rouges (CL-SL100) sont fixes et ne proposent aucune liberté angulaire. Enfin, les grises (CL-SL130) reprennent la liberté angulaire des jaunes, mais sont destinées aux chaussures dont les trois points de fixation sont fixes.
Sur le papier, ces caractéristiques sont identiques à celles des cales jaunes, bleues et rouges du système SPD-SL. La nouveauté réside notamment dans l’amélioration du contact entre la cale et la plateforme de la pédale. Cette évolution modifie légèrement les sensations au pédalage, même si l’interface précédente offrait déjà un très bon niveau de prestation.
Un enclenchement facilité et une interface plus solide
Une fois n’est pas coutume, il ne m’aura fallu que quatre sorties pour me faire une idée assez précise des nouvelles pédales Shimano SPD-SLR. J’utilise en effet le système SPD-SL depuis 2015. Je connais donc très bien le niveau de fiabilité des pédales Shimano, notamment des versions Dura-Ace, que ce soit au niveau des axes ou de la plateforme. J’utilise actuellement plusieurs paires de pédales : un modèle de 2017 qui commence seulement à prendre un peu de jeu après presque 100 000 km, un modèle de 2023 toujours impeccable, ainsi qu’une paire de pédales Garmin utilisant la même interface SPD-SL pour certains de mes tests.
Je n’ai rencontré aucun problème particulier pour monter les nouvelles cales jaunes sur les chaussures S-Phyre RC910, en profitant du marquage bien pratique et complet sous la semelle. Au serrage, j’ai pu constater que les semelles en carbone étaient parfaitement adaptées aux cales. Quel que soit l’angle de montage, je n’ai remarqué aucune déformation de la cale au serrage, un phénomène qui pouvait parfois se produire avec les anciennes cales sur certains modèles de chaussures. En revanche, comme expliqué plus haut, je n’ai pas touché à la hauteur de selle en passant de mes chaussures Nimbl aux Shimano. La différence de hauteur entre les cales des deux systèmes compense en partie la différence d’épaisseur des semelles.
Dès les premiers tours de roue, j’ai été surpris par la facilité avec laquelle je pouvais enclencher les pédales. Avec plus de 40 ans d’expérience, il m’arrive rarement de manquer ma pédale au moment de l’enclenchement, sauf parfois en gravel avec des modèles automatiques à fixation sur une seule face. Mais ici, le nouvel angle de présentation de la pédale, annoncé à 10,5° par Shimano contre 15° pour le système précédent, facilite réellement la prise de contact entre l’avant de la cale et la plateforme. L’enclenchement devient ainsi plus intuitif, une différence que j’ai immédiatement remarquée en partant de la maison.
Sur le vélo, l’amélioration de l’interface est également sensible, avec une impression de surface d’appui encore plus grande qu’elle ne l’est réellement. On ne ressent absolument aucun jeu entre la plateforme de la pédale et la cale. La transmission de puissance paraît totale, aussi bien lors de la phase d’appui qu’en tirant fortement sur la pédale, assis ou en danseuse. Et tout cela avec une tension de ressort relativement légère, puisque je n’aime pas les pédales trop difficiles à déclipser.
J’ai enfin ressenti une différence remarquable au niveau de la liberté angulaire par rapport au SPD-SL, alors que les cales jaunes utilisées présentent les mêmes caractéristiques théoriques. Avec le système SPD-SLR, les pieds peuvent bouger sans que l’on ressente cet effet de rappel vers l’angle moyen de la cale. Ce phénomène me semble moins marqué qu’avec les pédales précédentes. La sensation rappelle un peu celle des anciennes pédales Time, notamment les modèles du milieu des années 2000, pour ceux qui les ont connues. La liberté angulaire est vraiment agréable en matière de confort, sans donner pour autant cette impression de pédaler sur de la glace que l’on peut ressentir avec les Speedplay. J’ai particulièrement apprécié cette impression de liberté et sensation, qui permet dans mon cas à mes pieds de se placer où ils veulent selon différentes phases d’effort.
Bientôt une nouvelle référence ?
La qualité de l’interface est le principal atout de ces nouvelles Dura-Ace PD-R9300. Le contact est franc, sans aucun jeu perceptible, avec la sensation de faire véritablement corps avec les pédales. Mais ce nouveau standard impose de revoir ses habitudes, avec une incompatibilité totale avec le système SPD-SL et certaines contraintes de compatibilité avec les chaussures. Je reviendrai d’ailleurs prochainement sur ce dernier point avec un test des chaussures Shimano S-Phyre RC910.
Reste à savoir si les améliorations apportées suffiront à convaincre les cyclistes de délaisser un système qu’ils utilisent parfois depuis des années. Après ces premières sorties, les sensations sont en tout cas très positives, notamment en matière de stabilité de l’appui, de facilité d’enclenchement et de liberté angulaire. Sur le terrain, ces nouvelles pédales tiennent donc leurs premières promesses. Leur adoption dépendra aussi de la capacité de Shimano à faire accepter ce changement de standard.
Les +
- Qualité de l’interface
- Facilité d’enclenchement
- Liberté angulaire très fluide au pédalage
- Gain de poids
- Roulements très durables
Les –
- Compatibilité limitée avec les chaussures autres que les nouvelles Shimano
FICHE TECHNIQUE
| Modèle | Shimano Dura-Ace PD-R9300 |
| Type | SPD-SLR |
| Fixation | Une seule face |
| Corps | carbone, tension d’enclenchement/déclenchement réglable |
| Poids | 228 g la paire, 54 g pour la paire de cales |
| Prix | 249 € |
| Contact | bike.shimano.com |
FAQ : Shimano Dura-Ace PD-R9300 SPD-SLRLes pédales Shimano Dura-Ace PD-R9300 sont-elles compatibles avec les cales SPD-SL ? Non. Les nouvelles pédales Dura-Ace PD-R9300 utilisent le système SPD-SLR, incompatible avec les anciennes cales SPD-SL. Il faut donc adopter les nouvelles cales pour utiliser ces pédales. Faut-il changer de chaussures pour utiliser les nouvelles pédales SPD-SLR ? Pas nécessairement. Les nouvelles cales peuvent être montées sur de nombreuses chaussures de route dotées d’une fixation à trois vis. Il faut toutefois vérifier que la plage de réglage longitudinal permet de retrouver sa position de cale habituelle. Quel est le poids des pédales Shimano Dura-Ace PD-R9300 ? Le poids mesuré est de 228 g la paire avec les axes standard. Avec les cales et leurs vis, l’ensemble atteint 282 g. Quelles sont les différences entre les cales Shimano SPD-SLR ? Shimano propose quatre versions : les jaunes, avec 6° de liberté angulaire ; les bleues, avec 2° ; les rouges, sans liberté angulaire ; et les grises, avec 6° de liberté angulaire, conçues notamment pour les chaussures dont les points de fixation sont fixes. Quels sont les avantages des pédales Shimano Dura-Ace PD-R9300 sur le terrain ? Les premières sorties mettent en évidence un enclenchement facile, une interface très stable sans jeu perceptible et une liberté angulaire agréable. Ces sensations positives s’accompagnent toutefois d’une contrainte importante : l’incompatibilité avec l’ancien système SPD-SL, qui impose de renouveler les cales. |
Partager la publication "Test des nouvelles pédales Shimano Dura-Ace PD-R9300 et du système SPD-SLR"





