Partager la publication "Bike Check #009 | Émeline Parizel : une œuvre d’art qui roule"
Il y a des vélos que l’on choisit pour leur poids, d’autres pour leur rendement ou la réputation inscrite sur le tube diagonal. Et puis il y a celui d’Émeline Parizel. Un gravel dont le cadre est fabriqué en bois, né à La Rochelle dans les Ateliers Gonnel, avant de devenir la toile de Mathilde AT. Un vélo local, engagé, singulier et coloré, confié à une cycliste qui préfère depuis longtemps l’exploration à la seule performance. Et comme une œuvre d’art n’est pas forcément condamnée à rester accrochée à un mur, Émeline lui a déjà offert 175 kilomètres de course sur les 24h Longchamp.
Par Jeff Tatard – © Photos : Thomas Michard (@Thomaspourquoi)
Émeline Parizel a déjà relié Paris à Athènes à vélo : 4 000 kilomètres en 40 jours. De ce voyage est même né Émeline et Olympe, un album jeunesse.
Cheffe de projets web, vélotaffeuse, voyageuse à vélo et organisatrice de la Cyclo pour le Climat Paris, elle revendique une vision assez claire de la bicyclette : aller voir ce qu’il y a plus loin plutôt que chercher uniquement à aller plus vite. Alors forcément, lorsqu’elle découvre les Ateliers Gonnel et leurs cadres en bois, quelque chose se passe. « C’est immédiatement devenu un rêve d’en rouler un, un jour ! »
Quelques années plus tard, le rêve prend une forme assez improbable : un Gonnel Embrun, construit en bois et transformé en pièce unique par l’artiste rochelaise Mathilde AT de l’Atelier Salé. Un vélo qu’Émeline ne possède d’ailleurs pas. Les Ateliers Gonnel le lui ont confié. Et avant même d’avoir découvert ce qu’il vaut réellement sur les chemins, elle lui a trouvé une définition parfaite : « Le choix engagé et une œuvre d’art qui roule ! » Bienvenue dans le Bike Check #009 de 3bikes.
Quoi ? C’est quoi, ton vélo ?
« C’est un vélo en bois ! » Difficile de trouver meilleure entrée en matière. Plus précisément, il s’agit d’un Embrun des Ateliers Gonnel, en taille M. Son cadre en bois reçoit un groupe Shimano GRX 820 12 vitesses, en mono-plateau de 40 dents associé à une cassette 10-51. Les roues sont des Shunt carbone de 35 mm, et la fourche est en carbone. Dans la configuration actuelle, Émeline roule avec des pneus route de 30 mm et des chambres à air TPU, puisque le vélo lui a été confié en août avec un montage destiné aux 24h Longchamp. Les pédales sont des SPD. Sur la balance, environ 10 kg.
Un kit cadre Embrun est annoncé à 4 000 euros, avant d’ajouter le montage et les possibilités de teinte ou de peinture à la carte. Mais réduire celui-ci à sa fiche technique serait presque passer à côté de l’essentiel. Parce que cet Embrun n’existe qu’en un exemplaire sous cette forme. Il est le fruit d’une collaboration avec Mathilde AT, de l’Atelier Salé, qui a transformé le bois en véritable support artistique : vert, bleu, jaune, rose, orange, formes abstraites et bois volontairement apparent se mélangent sur l’ensemble du cadre.
Émeline résume parfaitement sa pièce préférée : « La singularité de ce vélo : je roule littéralement sur une œuvre d’art ! » Et pour une fois, l’expression n’a rien de métaphorique.
Pourquoi ? Pourquoi ce vélo ?
Parce qu’avant même de le rouler, Émeline en rêvait. « Dès que j’ai découvert l’existence des Ateliers Gonnel et de leurs vélos en bois, c’est immédiatement devenu un rêve d’en rouler un, un jour ! »
Elle évoque la noblesse, la beauté et le caractère naturel du matériau, mais aussi une fabrication locale et l’engagement des créateurs du projet. Seulement voilà : Émeline possède déjà un gravel en carbone. Et sa manière de consommer le vélo colle assez bien à ses convictions : hors de question d’acheter une deuxième monture simplement parce qu’elle lui plaît alors que la première fonctionne encore parfaitement. « Impensable pour moi d’acheter un deuxième vélo tant que je n’ai pas usé mon vélo actuel jusqu’à ne plus pouvoir. »
La rencontre avec les cofondateurs des Ateliers Gonnel à Vélo in Paris va donc ouvrir une autre porte : celle d’une collaboration. Le vélo est un prêt de la marque. Émeline n’a donc pas construit elle-même sa fiche technique et a fait confiance à Gonnel pour les composants.
En revanche, elle sait précisément ce qu’elle recherche dans un vélo. Deux qualités presque contradictoires : être capable de partir très loin et rester suffisamment vif pour s’amuser lorsque la sortie devient plus courte et plus nerveuse. De la longue distance sans paquebot. De la réactivité sans sacrifier le confort. Bref, exactement le genre de compromis qu’elle espère maintenant découvrir avec l’Embrun.
Comment ? Comment tu l’as monté ?
Pour l’instant, Émeline et son Gonnel sont encore en phase d’apprentissage. Et celle-ci a commencé de manière assez radicale. Le vélo lui est confié en août. Elle roule très peu avec avant de prendre le départ des 24h Longchamp.
Résultat : certains réglages seront tout simplement effectués… pendant la course, entre deux relais. « Ce vélo et moi, nous sommes encore en train de nous apprivoiser. »
Elle découvre notamment que la conception particulière du cadre ne permet pas d’utiliser une longue tige de selle. Il faut donc la recouper avec beaucoup de précision afin d’obtenir la bonne hauteur.
Pour Longchamp, Émeline transfère également une partie de son matériel personnel : ses prolongateurs, son support Garmin/Stoots, ses pédales et la selle de son propre vélo.
Et puis il y a ce détail absolument inutile à la performance. Donc évidemment indispensable. Des bouchons de valve bleus imprimés en 3D en forme de petits animaux. « Ce n’est pas aéro, mais c’est rigolo. » Voilà peut-être aussi pourquoi ce vélo lui correspond.
À terme, Émeline aimerait retourner directement à La Rochelle, chez Gonnel, pour affiner les réglages. Elle envisage même une étude posturale afin de comprendre précisément ce qu’il faudrait modifier.
Son intuition actuelle ? Reculer légèrement la selle et probablement relever la potence. Mais elle préfère justement que les mesures parlent avant les certitudes.
Et depuis, une autre modification s’est imposée à elle. La fourche. Et cette fois, ce n’est plus seulement une idée : le changement est déjà prévu. « Pour enfin monter ce gravel en gravel et aller explorer tout son potentiel et ses capacités sur un terrain digne de ce nom ! »
Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, cet Embrun conçu pour sortir du bitume a jusqu’ici vécu l’essentiel de ses premiers kilomètres… sur la route. La suite devrait donc changer radicalement de décor.
Après 275 kilomètres passés à s’apprivoiser, Émeline va enfin pouvoir rendre à son Gonnel sa véritable vocation et découvrir ce qu’il sait faire lorsque l’asphalte s’arrête. Finalement, le vrai Bike Check de cet Embrun ne fait peut-être que commencer.
Et alors ? Sur le terrain, ça donne quoi ?
C’est probablement le Bike Check dans lequel il faut le plus accepter de répondre : on ne sait pas encore complètement. Et c’est justement ce qui le rend intéressant.
Émeline n’a parcouru qu’environ 275 kilomètres sur l’Embrun. Parmi eux, 175 ont été réalisés pendant les 24h Longchamp, en relais. Et surtout : aucun véritable kilomètre de gravel pour l’instant. Impossible donc de lui inventer des qualités sur un terrain qu’elle n’a pas encore exploré.
Sur route, en revanche, les premières sensations sont là. « Il est performant, souple et réactif en même temps. »
Le bois intrigue évidemment par son comportement. Émeline note déjà sa capacité à absorber les irrégularités, jusqu’aux rebords de trottoirs et aux revêtements parfois généreusement imparfaits de Paris.
Et il y a une autre surprise. Avec environ 10 kg, l’Embrun n’est même pas plus lourd que son gravel carbone. Reste maintenant à lui rendre ses pneus de gravel et à quitter le bitume. Parce qu’Émeline en est persuadée : c’est probablement là que ce vélo commencera réellement à raconter ce qu’il sait faire. « J’ai sincèrement hâte de découvrir tout son potentiel en gravel ! » Pour les notes, il faudra donc attendre. Et c’est très bien ainsi. Un Bike Check peut aussi être le début d’une histoire.
On te le vole demain ? Tu rachètes exactement le même ?
Non. Enfin… pas encore. Et la réponse est parfaitement cohérente avec tout ce qu’Émeline vient de raconter. « Non pour l’instant, car j’ai déjà mon gravel en carbone. Mais oui certainement, quand il sera temps de me séparer de mon vélo actuel. »
Pas question de remplacer un vélo qui fonctionne simplement parce qu’un autre fait davantage battre le cœur. Mais le jour où son gravel carbone arrivera réellement au bout de son histoire, l’option Gonnel sera considérée très sérieusement. Cette fois, avec son propre argent.
Et probablement avec un passage par La Rochelle pour construire quelque chose parfaitement adapté. « Ce sera un achat de cœur. » Finalement, c’est peut-être la réponse la plus intéressante que l’on pouvait obtenir face à un vélo pareil. Émeline n’a pas besoin de le posséder pour avoir envie de le défendre.
Le Bike Check d’Émeline
![]() Le petit mot d’Émeline : « Le choix engagé et une œuvre d’art qui roule ! » Difficile de mieux résumer cet Embrun. Du bois pour le matériau, une fabrication locale pour la démarche et Mathilde AT pour transformer le cadre en pièce unique. Mais ce qui nous plaît probablement le plus, c’est qu’Émeline ne veut surtout pas en faire un objet précieux. À peine reçu, il est parti faire 175 kilomètres aux 24h Longchamp. Demain, il prendra les chemins. Et peut-être beaucoup plus loin encore. Parce qu’une œuvre d’art accrochée au mur, finalement, ce serait assez peu Émeline. |
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