Bike Check #008 | Yann Payen : taillé pour aller au bout

Ancien coureur élite, passé par la route et déjà très bon en chrono dans les années 1990 et 2000, Yann Payen n’a jamais vraiment cessé de chercher la performance. Plusieurs fois qualifié pour les Championnats du monde Ironman à Hawaï, titré chez les pompiers jusqu’au niveau mondial, ancien commandant d’unité de la 5ème compagnie à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et aujourd’hui officier à Monaco, responsable du bureau formation et sport, Yann est de ceux qui ont construit leur vie autour de l’effort, de la précision et de la transmission. À l’approche de nouvelles aventures en ultra-cyclisme et en trail, il nous ouvre les portes d’une machine qui résume assez bien sa philosophie : un Cervélo P5 à près de 14 000 euros, un plateau de 55 dents et, avant même les watts, une position travaillée au millimètre.

Par Jeff Tatard – © Photos : Yann Payen

Il existe des vélos qu’on achète pour se faire plaisir. Et puis il existe des vélos qui vous demandent quelque chose en retour. Le Cervélo P5 de Yann Payen appartient clairement à la deuxième catégorie. « Ce qui m’agace le plus ? Quand mes jambes ne lui donnent pas ce qu’il veut. » Tout est presque là.

Parce qu’un P5 lancé à 40 km/h n’est pas vraiment conçu pour négocier avec son propriétaire. Il réclame de la vitesse, une position précise et suffisamment de jambes pour transformer tout ce carbone et toute cette aérodynamique en kilomètres par heure.

À ce petit jeu-là, Yann possède quelques références. Ancien coureur élite dans les années 1990 et 2000, il a connu la route avant de basculer vers le triathlon, discipline qu’il pratique depuis une quinzaine d’années avec notamment plusieurs qualifications pour les Championnats du monde Ironman à Hawaï. À cela s’ajoute une autre vie sportive, intimement liée à son métier de pompier, avec plusieurs titres de champion de France et même un titre mondial.

Après une vingtaine d’années chez les pompiers de Paris puis trois années dans la territoriale, Yann est aujourd’hui chef du service bureau formation sport des sapeurs-pompiers de Monaco.

Et maintenant ? L’ultra-distance à vélo commence à l’attirer, avec les Race Across France. Le trail arrive aussi. Parce qu’après une vie à chercher la performance, Yann semble désormais avoir envie d’y ajouter autre chose : la découverte, la nature et simplement le plaisir d’aller voir plus loin. Mais avant cela, il reste ce P5. Bienvenue dans le Bike Check #008 de 3bikes.


Quoi ? C’est quoi, ton vélo ?

Un Cervélo P5 2025, taille 54. Et ici, pas de doute sur sa destination : nous sommes devant une véritable machine de triathlon, conçue autour de l’aérodynamique et de la capacité à maintenir de très hautes vitesses pendant longtemps.

Le groupe est un Shimano Dura-Ace complet, associé à des manivelles de 170 mm. Un détail loin d’être anodin pour Yann. « Pendant des années, en ancien cycliste, j’ai roulé en 172,5. Je suis passé en 170… et peut-être qu’un jour je passerai en 165. »

Le cockpit est celui d’origine. Aux pieds, Yann reste fidèle aux pédales Look.

Pour les roues, plusieurs configurations sont possibles selon le parcours et le chrono : Reserve 88 mm à l’arrière et 67 mm à l’avant, soit une combinaison directement inspirée des montages que l’on retrouve au plus haut niveau, avec également la possibilité de sortir une roue lenticulaire DT Swiss lorsque le parcours et les conditions s’y prêtent.

Le vélo affiche environ 8,8 kg sans les bidons pleins, pour un tarif qui oscille, selon la configuration, entre 13 000 et 14 000 euros. Mais au milieu de cette débauche de carbone et d’aérodynamique, la pièce préférée de Yann est beaucoup plus simple à identifier. Elle possède 55 dents.

Cervélo P5 2025 de Yann Payen en taille 54, équipé en Shimano Dura-Ace, roues Reserve 67/88 et plateau Rotor de 55 dents.
Noir, massif, presque intimidant : le Cervélo P5 2025 de Yann Payen ne cherche pas vraiment à cacher sa destination. Reserve 67/88, Dura-Ace, prolongateurs et 55 dents devant : ici, chaque détail regarde dans la même direction. Vite.

Pourquoi ? Pourquoi ce vélo ?

Parce que Yann ne cherchait pas un vélo de route rendu plus aérodynamique. Il voulait un véritable vélo de triathlon. Et pour lui, le P5 reste aujourd’hui une référence. « Je pense que c’est l’un des meilleurs vélos de chrono actuellement sur le marché. »

Yann cite volontiers Canyon, qu’il juge excellent mais plus lourd, ou Specialized parmi les références du contre-la-montre. Mais il distingue précisément ces machines de son Cervélo. Son P5 est avant tout typé triathlon. Cela signifie accepter une logique différente de celle d’un vélo de route : ici, quelques centaines de grammes supplémentaires comptent moins que la capacité à fendre l’air pendant des heures. « Un vélo de chrono, ce n’est pas fait pour être léger. C’est fait pour rouler. »

Pourtant, Yann souligne quelque chose que la silhouette massive du P5 ne laisse pas forcément imaginer : le vélo reste très correct dans les bosses et particulièrement dynamique dans les relances. Mais son véritable territoire commence lorsque la vitesse augmente. 35 km/h. 37 km/h. Et au-delà. C’est là que l’investissement aérodynamique commence réellement à parler. Parce qu’une fois lancé, le P5 demande surtout à ne plus être arrêté.

Vue trois-quarts du Cervélo P5 de Yann Payen mettant en évidence le cockpit de triathlon, les prolongateurs et les roues Reserve à profil haut.
Il suffit de changer d’angle pour comprendre le P5 : ici, le vent est l’adversaire principal. Tout semble dessiné pour offrir le moins de prise possible à l’air et permettre à Yann de rester vite, longtemps. Très longtemps.

Comment ? Comment tu l’as monté ?

Commençons par ces 55 dents. À l’origine, le P5 était configuré en 54/41 avec une cassette 11-34. Yann a remplacé le grand plateau par un Rotor rond de 55 dents. « C’est vraiment la pièce que j’affectionne le plus. Un 55 dents, ça s’emmène bien sur les chronos. » Voilà pour la partie visible.

Mais le choix auquel Yann accorde finalement le plus d’importance ne se photographie presque pas. Sa position. Et sur ce point, son discours est particulièrement intéressant. « Il y a beaucoup de cyclistes ou de triathlètes qui achètent des vélos dernier cri à 10 ou 15 000 balles, mais qui pleurent pour mettre 200 balles dans une étude posturale. » Lui a fait exactement l’inverse. Ou plutôt, il a considéré que l’un n’avait aucun sens sans l’autre.

Un vélo de 14 000 euros mal réglé reste un vélo mal réglé. Sur une machine comme le P5, où l’essentiel du gain vient précisément de la capacité du cycliste à rester longtemps dans une position aérodynamique, quelques millimètres peuvent compter davantage qu’une pièce en carbone supplémentaire. Et Yann ne parle pas uniquement de performance. « Au-delà du rendement, ça évite surtout les blessures. Et les vieux machins comme moi, maintenant, on est obligés de préserver un petit peu notre corps. » La formule fait sourire. Mais derrière elle se cache probablement le choix le plus intelligent de tout son montage.

Les manivelles de 170 mm, la hauteur et l’allonge des prolongateurs, l’appui sur les avant-bras, la fermeture de l’angle de hanche : tout doit permettre à Yann de produire ses watts sans détruire le corps qui doit encore courir derrière. Et peut-être, demain, ces manivelles passeront-elles même à 165 mm. Le matériel évolue. La position aussi.

Détail du pédalier du Cervélo P5 de Yann Payen avec plateau Rotor 55 dents, capteur de puissance 4iiii et transmission Shimano Dura-Ace.
Voilà probablement les 55 dents préférées de Yann. Il a remplacé le 54 d’origine par ce plateau Rotor rond parce qu’un vélo aussi personnel se joue parfois à une seule dent. Et quand il explique qu’un 55 « s’emmène bien sur les chronos », on comprend que son passé de coursier n’est jamais très loin.

Et alors ? Sur le terrain, ça donne quoi ?

Il faut d’abord le lancer. Ensuite, les choses deviennent intéressantes. « Une fois qu’il est lancé, franchement, si on est bien posé, on gagne des watts par rapport à une position plus classique sur un vélo de route. » C’est évidemment toute la raison d’être du P5. Pas battre un vélo de 6,8 kg dans une accélération en montagne. Mais permettre au cycliste de maintenir une vitesse élevée en dépensant le moins possible pour lutter contre l’air. Et Yann insiste sur cette notion de vitesse minimale. « C’est un vélo avec lequel il faut rouler entre 35 et 37 km/h minimum pour avoir un bon rendement. » En dessous, la magie opère moins. Et lorsque les jambes ne répondent plus, impossible de tricher. « Quand tu es collé, tu le ressens aussi. »

Voilà peut-être le défaut le plus intéressant d’un vélo auquel Yann trouve finalement assez peu de choses à reprocher : plus la machine est capable, plus elle vous rappelle brutalement les jours où vous l’êtes moins.

Dans les bosses, il se défend. Dans les relances, il surprend. Mais lorsque la route s’ouvre et que le compteur commence à afficher les bonnes dizaines, le P5 entre réellement dans son monde. Yann lui attribue entre 8 et 9/10. Et venant d’un homme qui a passé une partie de sa vie à chercher quelques secondes sur un vélo avant de passer quinze années à les chercher sur Ironman, la note n’est probablement pas distribuée par politesse.

Yann Payen en action sur son Cervélo P5 lors d’un triathlon, en position aérodynamique sur les prolongateurs avec roues à profil haut.
Un P5 immobile impressionne. Un P5 lancé raconte beaucoup mieux son histoire. Yann posé sur les prolongateurs, le regard devant et les jambes qui alimentent la machine : passé 35 ou 37 km/h, il ne reste plus vraiment qu’une question… combien de temps peut-on continuer comme ça ?

On te le vole demain ? Tu rachètes exactement le même ?

Probablement. « Je pense que je reprendrais un P5 parce que c’est une valeur sûre. » Mais la raison donnée par Yann est particulièrement intéressante, parce qu’elle n’a rien à voir avec l’aérodynamique. La revente. « Pour moi, les vélos, c’est un peu comme les voitures. Quand j’achète un vélo, je pense toujours à la revente. »

Un Cervélo P5, comme un Specialized Tarmac haut de gamme, possède selon lui un avantage que les fiches techniques oublient souvent : un nom, une réputation et un marché de seconde main.

Yann préfère donc investir dans une machine dont il sait qu’elle conservera une certaine désirabilité plutôt que dans un cadre plus confidentiel qu’il pourrait avoir davantage de difficultés à revendre.

Cela ne signifie pas qu’il ne regarde pas ailleurs. Il cite notamment Van Rysel parmi les marques dont il observe avec beaucoup d’intérêt la progression et la qualité du matériel. Mais si sa porte de garage était vide demain matin ? La valeur sûre reprendrait probablement sa place. Un autre P5. Avec 55 dents devant, évidemment.

Le Bike Check de Yann

  • Vélo : Cervélo P5 2025
  • Taille : 54
  • Groupe : Shimano Dura-Ace
  • Manivelles : 170 mm
  • Grand plateau : Rotor rond 55 dents
  • Configuration d’origine : 54/41
  • Cassette : 11-34
  • Cockpit : Cervélo d’origine
  • Roues principales : Reserve 67 avant / 88 arrière
  • Autre configuration : roue lenticulaire DT Swiss selon les chronos
  • Pédales : Look
  • Poids : environ 8,8 kg, hors bidons pleins
  • Prix : environ 13 000 à 14 000 € selon configuration
  • Pièce préférée : le plateau Rotor de 55 dents
  • Réglage essentiel : l’étude posturale
  • Ce qu’il adore : son aérodynamisme et son rendement une fois lancé
  • Ce qui l’agace : « quand mes jambes ne lui donnent pas ce qu’il veut »
  • Terrain de prédilection : triathlon et efforts rapides au train
  • Note de Yann : entre 8 et 9/10
  • S’il disparaît demain : probablement un autre Cervélo P5

Le petit mot de Yann : « Ce qui m’agace le plus, c’est quand mes jambes ne lui donnent pas ce qu’il veut. »

C’est probablement la meilleure manière de résumer ce Cervélo. Un vélo qui ne fait pas semblant. À 35 ou 40 km/h, correctement posé sur les prolongateurs, Yann profite de tout ce pour quoi le P5 a été conçu. Les jours sans, la machine lui rappelle simplement qu’un vélo à 14 000 euros n’a encore jamais remplacé les jambes. Et après une carrière passée à chercher la performance sur la route, puis quinze années de triathlon, Yann commence aujourd’hui à regarder plus loin : ultra-distance à vélo, Race Across France, trail et nouvelles aventures au plus près de la nature.

Finalement, le P5 n’est peut-être pas l’aboutissement. Juste une nouvelle façon d’aller au bout.

Même concept. Un autre vélo.

Un vélo. Quatre photos. Quatre questions. Quatre réponses. Bike Check, la série 3bikes qui s’intéresse moins à ce qu’une marque dit d’un vélo qu’aux raisons pour lesquelles son propriétaire a choisi de rouler avec.

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Jean-François Tatard

- 45 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

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