Partager la publication "Bike Check #007 | Dany Maffeïs : l’agent très spécial"
Pour notre numéro 007, il fallait forcément quelqu’un d’un peu spécial. Dany Maffeïs est de ces cyclistes qui savent presque tout faire : rouler vite, sur route comme sur piste ou sur gravel, comprendre le matériel, préparer une course, parler nutrition et, surtout, trouver une solution quand les autres commencent à chercher une excuse. Passé par l’Armée de Terre au début des années 2010 dans la même génération que Julian Alaphilippe, il reste aujourd’hui une valeur sûre du peloton amateur français. Désormais en tête des Gravel Crit Series, il a construit autour de son Berria Naii une machine qui lui ressemble : rapide, polyvalente, réfléchie jusque dans les détails et jamais tout à fait figée.
Par Jeff Tatard – © Photos : 3bikes.fr
Chez certains cyclistes, choisir un vélo prend des semaines. Comparatifs, tableaux Excel, hésitations, retour au premier choix, puis nouvelle hésitation. Avec Dany Maffeïs, cela peut aller beaucoup plus vite.
Il y a deux ans, lors d’un séminaire chez Berria, il essaie le nouveau Naii. Quelques kilomètres suffisent. « J’en veux un. »
Le plus amusant, c’est qu’avant même de l’avoir, Dany savait déjà quelles pièces il allait changer. Le vélo arrive, les modifications sont faites immédiatement.
C’est assez représentatif du personnage. Dany connaît le vélo, le pratique depuis suffisamment longtemps et à suffisamment haut niveau pour savoir ce qu’il veut. Et lorsqu’il ne sait pas, il trouve généralement la solution. Même à 23 heures un samedi soir quand le réveil du lendemain est programmé à 5 h 30.
Maffeïs. Dany Maffeïs. Pour un numéro 007, nous ne pouvions probablement pas trouver mieux. Bienvenue dans le Bike Check #007 de 3bikes.
Quoi ? C’est quoi, ton vélo ?
Un Berria Naii, mais surtout le Berria Naii de Dany Maffeïs. Et la nuance compte.
Car si le cadre constitue évidemment le point de départ, presque tout ce qui l’entoure porte la marque de son propriétaire. Pas nécessairement par extravagance, mais parce que Dany avait déjà son montage en tête avant même de recevoir le vélo.
La transmission est confiée à un SRAM Red XPLR, associée à un plateau de 48 dents et une cassette 11-46. Le capteur de puissance est également signé SRAM et le pédalier tourne autour d’un boîtier CeramicSpeed.
Devant, le choix interpelle immédiatement : un monobloc Bontrager RSL de 130 mm de long pour seulement 39 cm de large. Long, étroit, agressif : rien que ces deux chiffres racontent déjà beaucoup de la manière dont Dany envisage son gravel.
Ajoutez une selle Fizik, des porte-bidons Zéfal, une guidoline Lizard Skins violette, un support de compteur K-Edge, des pédales Look X-Track Race Carbon — et surtout cette chaîne Yaban Gold qui apporte juste ce qu’il faut de mauvais goût parfaitement assumé pour devenir indispensable.
Mais depuis peu, ce sont surtout les roues qui attirent le regard.
Des ENVE G 6.7 Pro. Hautes, très hautes pour du gravel, et clairement pas choisies pour transformer le Naii en grimpeur.
Dany ne cherche d’ailleurs pas à raconter autre chose : elles sont là pour rouler vite. Très vite. Et sur les photos, couvert de poussière avec son numéro 151 encore accroché, le vélo ne ressemble surtout pas à une machine montée pour être photographiée. Il ressemble à un vélo de course qui vient de courir.
Pourquoi ? Pourquoi ce vélo ?
Parce qu’il aura finalement fallu assez peu de temps pour que Dany se décide. « Lors d’un séminaire chez Berria il y a deux ans, nous avions essayé ce nouveau modèle. J’ai tout de suite craqué : j’en veux un ! » Pas de longue réflexion derrière le choix du cadre. Le comportement du Naii l’a convaincu sur le terrain.
En revanche, le montage, lui, était déjà beaucoup plus réfléchi. « Avant même de le monter, j’avais déjà en tête les pièces à changer. Ça a été fait tout de suite. »
Voilà probablement ce qui différencie ce vélo d’un simple montage haut de gamme. Dany n’a pas cherché à accumuler les composants les plus chers ni à reproduire une configuration vue ailleurs. Il savait surtout comment il voulait que son vélo se comporte.
Léger. Dynamique. Rapide. Mais suffisamment polyvalent pour ne pas décider le matin quel type de gravel il allait avoir le droit de pratiquer.
Car Dany vient de la route et de la piste. Il sait ce que signifie emmener du braquet, conserver de la vitesse et chercher du rendement. Le gravel n’a pas effacé cette culture-là. Il lui a simplement donné un terrain de jeu beaucoup plus grand.
Comment ? Comment tu l’as monté ?
C’est peut-être ici que le vélo devient le plus intéressant. Un 48 dents devant et 11-46 derrière permettent de conserver un gros développement lorsque ça roule très vite sans rendre le vélo inutilisable lorsque le terrain se redresse.
Le SRAM Red XPLR assure la transmission, le capteur SRAM fournit les watts et CeramicSpeed s’occupe de limiter les frottements au boîtier.
Puis vient cette position. 130 mm de potence. 39 cm de largeur. Sur un gravel.
Le monobloc Bontrager RSL dit presque tout du passé de routier et de pistard de Dany : chercher une position efficace, compacte et aérodynamique plutôt que transformer le poste de pilotage en guidon de VTT.
Et maintenant, il y a ces ENVE G 6.7 Pro. Leur profondeur spectaculaire change presque la personnalité du vélo. Dany le reconnaît lui-même : avec elles, le Naii perd une petite partie de son universalité. « Ce sont des roues faites pour rouler super vite. Dans les bosses, ce n’est pas vraiment à leur avantage. »
Et c’est justement intéressant. Parce que Dany ne prétend pas que chaque composant constitue le compromis parfait. Il adapte son vélo à ce qu’il veut en faire. Avec les G 6.7 Pro, le curseur a simplement été poussé très loin vers le rendement et la vitesse.
Autour, les détails terminent le montage : la chaîne dorée, la guidoline violette, les marquages Squadra, son nom D. MAFFEIS sur le cadre… Nous lui avons demandé quelle était sa pièce préférée. La réponse résume finalement assez bien sa façon de penser : « Je n’ai pas vraiment de pièce préférée. J’aime vraiment l’ensemble. Je trouve qu’il est super cool. » Le composant préféré de Dany, c’est donc son vélo. Et finalement, c’est plutôt cohérent.
Et alors ? Sur le terrain, ça donne quoi ?
Trois mots. Léger. Dynamique. Ultra-polyvalent. Et lorsque nous demandons à Dany de nous donner le principal défaut de son Naii, la réponse tombe : « Pour moi, ce vélo n’a vraiment zéro défaut. » Il faut donc chercher ailleurs.
La seule réserve vient de sa configuration actuelle avec les ENVE G 6.7 Pro. Pas du vélo lui-même : des roues tellement orientées vitesse qu’elles rendent logiquement l’ensemble moins à son avantage lorsque la pente devient importante.
Pour le reste ? « Peu importe l’utilisation. » C’est probablement la meilleure définition de ce Naii. Sur un gravel roulant, son 48 dents, sa position et ses ENVE peuvent parler.
Lorsque le terrain devient plus cassant, le Naii reste suffisamment polyvalent pour continuer. Et lorsqu’il faut simplement courir vite, il y a surtout Dany dessus.
Ce n’est pas complètement anecdotique : après la route, la piste et des années parmi les meilleurs amateurs, Maffeïs s’est parfaitement adapté au gravel. Il occupe actuellement la tête des Gravel Crit Series, preuve que l’homme comme le vélo ne sont pas simplement là pour discuter matériel au café.
Sa note ? 8,5/10.
Ce qui peut sembler presque sévère pour un homme qui vient de nous expliquer que son vélo n’avait aucun défaut.
Mais chez Dany, un vélo peut apparemment être sans défaut et perdre quand même un point et demi. 007 reste 007.
On te le vole demain ? Tu rachètes exactement le même ?
C’est normalement ici que nous obligeons le propriétaire à prendre une décision. Cette fois, quelqu’un nous a devancés. Personne n’a volé le Berria.
Mais son remplaçant est déjà annoncé. « Il n’est pas volé… mais le prochain va arriver d’ici un mois. » Et ce prochain vélo sera le nouveau Ridley Kanzo 2.0. Voilà qui rend la réponse beaucoup plus intéressante qu’un simple oui ou non.
Dany adore son Naii. Il lui trouve zéro défaut, le juge léger, dynamique et ultra-polyvalent, lui met 8,5/10…
…et va quand même passer au suivant.
Ce n’est finalement pas une contradiction. C’est probablement l’autre caractéristique du personnage : comprendre ce qui fonctionne n’empêche jamais d’avoir envie d’essayer ce qui vient après.
Le Berria n’a donc pas été battu. Il va simplement devoir céder sa place.
Le Bike Check de Dany
Le petit mot de Dany : « Je n’ai pas vraiment de pièce préférée. J’aime vraiment l’ensemble, je le trouve super cool. » Dany lui attribue 8,5/10. Ce qu’il adore ? Finalement, pas une pièce mais l’équilibre général de son montage. Ce qui l’agace ? Rien suffisamment pour qu’il accepte de parler d’un défaut. Et pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer après pareil bilan, il ne rachètera pas exactement le même : son prochain gravel est déjà en route. |
Même concept. Un autre vélo.
Un vélo. Quatre photos. Quatre questions. Quatre réponses. Bike Check, la série 3bikes qui s’intéresse moins à ce qu’une marque dit d’un vélo qu’aux raisons pour lesquelles son propriétaire a choisi de rouler avec.
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