Test des Air-Liner Vittoria : 45 g pour rouler plus serein

Il y a des composants que l’on achète pour aller plus vite. Et puis il y a ceux qui permettent surtout de ne plus penser à ce qui pourrait nous faire ralentir. Après plusieurs sorties avec les Vittoria Air-Liner Light Gravel à l’intérieur de nos pneus de 45 mm, c’est probablement la meilleure manière de résumer notre expérience. Seulement 45 g ajoutés dans chaque roue, mais en échange davantage de soutien à basse pression, une protection supplémentaire et surtout cette chose impossible à mesurer sur une balance : la tranquillité d’esprit. Dans quelques semaines, nous reviendrons en détail sur notre test des Vittoria Terreno Pro T50. Mais avant cela, l’Air-Liner mérite déjà son propre article.

Par Jeff Tatard – Photos : ©3bikes.fr

L’idée n’était pas de transformer notre gravel en char d’assaut. Encore moins d’empiler les protections jusqu’à obtenir un vélo incapable de rendre les watts que l’on passe des heures à essayer de gagner à l’entraînement. Notre réflexion était beaucoup plus simple.

Après avoir déjà connu cette sensation assez désagréable d’être parfaitement dans sa course puis de voir une crevaison décider soudainement de la suite, nous avions envie d’ajouter une marge. Pas une assurance tous risques. Une marge. Et lorsque l’on regarde l’Air-Liner Light Gravel, le compromis paraît presque trop simple : 45 g par roue. C’est peu. Suffisamment peu pour se demander pourquoi on hésiterait.

Mais encore faut-il que ces 45 g servent réellement à quelque chose. C’est exactement ce que nous avons voulu vérifier.

Vittoria Air-Liner Light Gravel installé à l’intérieur d’un pneu gravel de 45 mm sur une roue ENVE AR40, juste avant la fermeture complète de la seconde tringle.
45 grammes presque invisibles une fois la roue terminée. Pourtant, ce sont peut-être les grammes auxquels nous pensons le moins… et ceux qui nous rassurent le plus.

45 grammes… et beaucoup moins de choses à penser

Le cyclisme entretient une relation parfois étrange avec le poids. Nous sommes capables de passer plusieurs soirées à comparer deux pièces séparées par 30 ou 40 g, puis d’embarquer deux bidons pleins et quelques gels sans y penser davantage.

Alors oui, 45 g existent. Deux Air-Liner représentent 90 g supplémentaires sur le vélo. Mais ce chiffre devient presque secondaire. Parce qu’il faut regarder ce que ces grammes permettent d’acheter.

D’abord une protection supplémentaire entre le pneu et la jante. Ensuite davantage de soutien lorsque l’on descend en pression. Mais surtout une forme de sérénité. Et cette sérénité change discrètement la manière de rouler. On regarde moins chaque pierre. On soulage moins systématiquement la roue arrière. On hésite moins lorsqu’une trajectoire devient sale. On accepte davantage de laisser le pneu travailler. Ce n’est pas spectaculaire. Ce n’est même pas vraiment quantifiable. Mais la tranquillité mentale, en gravel, n’a pas de poids. Et c’est peut-être précisément pour cela que les 45 g sont aussi faciles à accepter.

Vittoria Air-Liner Light Gravel 700c x 42–50 mm dans son emballage avant montage. L’insert testé pèse 45 g.
45 g. Sur une balance, presque rien. À l’intérieur d’un pneu gravel, suffisamment pour commencer à regarder les pierres avec un peu moins d’inquiétude.

L’Air-Liner n’est pas seulement intéressant lorsqu’on crève

C’est probablement le point qui nous a le plus surpris. La fonction qui attire immédiatement l’attention est évidemment la possibilité de conserver une capacité de roulage lorsque la pression disparaît fortement. C’est rassurant. Mais ce n’est pas ce que nous avons trouvé de plus intéressant.

Nous n’avons pas volontairement percé un pneu pour fabriquer un scénario spectaculaire. Et, pour être tout à fait transparent, nous espérons même ne jamais avoir besoin de pousser cette fonction jusqu’au bout. Ce qui nous intéresse davantage, c’est ce qui se passe pendant les heures où tout fonctionne normalement. Et là, l’Air-Liner apporte quelque chose de beaucoup plus subtil. Il semble repousser légèrement le moment où un pneu basse pression commence à devenir désagréable. Un pneu trop peu gonflé reste évidemment trop peu gonflé. Aucun insert ne supprimera les lois de la mécanique. Mais la carcasse paraît mieux soutenue lorsque les compressions deviennent importantes. Le pneu travaille sans donner aussi rapidement cette sensation de s’écraser complètement ou de manquer de maintien.

Et ça permet surtout de jouer avec la pression sans avoir constamment l’impression de marcher sur un fil.

Air-Liner Light Gravel positionné à l’intérieur du Vittoria Terreno Pro T50 700x45C sur une roue ENVE AR40 avant fermeture du pneu.
Voilà où se cachent les 45 g. Entre la jante et le terrain, exactement à l’endroit où quelques millimètres peuvent parfois décider si une sortie continue… ou s’arrête.

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1,6 devant, 1,7 derrière : notre point de départ

Pour notre configuration en 45 mm, nous sommes partis autour de 1,6 bar à l’avant et 1,7 bar à l’arrière. Pas comme une vérité universelle. Simplement comme notre base. Ensuite, comme toujours avec un gros pneu gravel, on ajuste légèrement selon le terrain. Un parcours très roulant pourra justifier un peu plus de pression. Un terrain plus cassant, sec et meuble permettra parfois d’en retirer légèrement.

Avec l’Air-Liner, descendre un peu en pression n’entraîne pas immédiatement cette sensation que le pneu commence à vivre sa propre vie. On récupère du confort. Du grip. De la motricité. Et surtout beaucoup de confiance dans les passages cassants. C’est d’ailleurs presque là que le rendement commence à devenir une notion beaucoup plus large que la simple résistance au roulement.

Le rendement ? Pour de vrai, aucune pénalité gênante

C’était notre grande interrogation. Ajouter quelque chose dans une roue, même seulement 45 g, soulève forcément la même question : est-ce qu’on le sent lorsqu’on accélère ? Pour être très clair : dans notre utilisation, nous n’avons ressenti aucune pénalité réellement gênante. On peut évidemment imaginer qu’un protocole de laboratoire ou une comparaison extrêmement rigoureuse mette en évidence quelque chose. Nous parlons ici de sensations terrain.

Et sur le terrain, rien ne donne l’impression d’avoir rendu le vélo paresseux. Aucune sensation de roue plombée. Aucun amortissement excessif. Aucune impression de traîner quelque chose. Au contraire, dès que le sol devient moins propre, l’équation commence presque à s’inverser. Parce que le rendement d’un pneu gravel ne se limite pas à sa capacité à tourner facilement sur un rouleau.

Il faut aussi regarder la vitesse que l’on conserve dans un chemin dégradé. Les freinages que l’on évite. Les trajectoires que l’on garde. Les petits chocs que le corps n’a plus besoin d’absorber lui-même. Et la confiance qui permet de moins réfléchir. Un montage légèrement plus lourd mais qui permet de moins ralentir peut parfaitement être plus performant. C’est exactement le paradoxe qui nous intéresse ici.

Le confort n’est pas de la mollesse

Rouler un peu plus bas en pression ne signifie pas chercher un vélo mou. C’est même l’erreur à éviter. À trop descendre, le pneu perd de la précision, la carcasse travaille trop, et le vélo commence à donner cette impression un peu floue qui n’a plus grand-chose à voir avec le rendement.

L’intérêt de l’Air-Liner n’est donc pas de nous permettre d’afficher la pression la plus basse possible. Il est de rendre la bonne pression plus exploitable. Et c’est très différent. Sur les chemins rapides, le vélo reste précis. Dans les portions cassantes, le pneu filtre davantage. Dans les appuis, on conserve du soutien. Au bout de plusieurs heures, le bénéfice devient aussi physique. Moins de petits impacts. Moins de crispation. Moins de fatigue parasite. Ce n’est pas le confort d’un canapé. C’est celui qui permet encore d’appuyer correctement après trois heures.

Dany installe le Vittoria Air-Liner Light Gravel dans le pneu avant fermeture de la seconde tringle.
Nous avions imaginé le montage plus compliqué. Dany aussi. Quelques minutes auront suffi à démontrer l’inverse : un peu de méthode, presque aucune lutte.

Chez Dany, première bonne surprise

Avant même de rouler, nous avions pourtant une appréhension assez classique. Les inserts ont parfois la réputation de rendre un montage tubeless beaucoup plus compliqué.

Nous avions donc confié l’installation à Dany, qui lui-même s’attendait à quelque chose d’un peu plus délicat. La surprise est arrivée rapidement. « Franchement, c’est beaucoup plus simple que ce que j’imaginais. C’est même assez intuitif : tu places l’Air-Liner dans le pneu, tu le fais prendre naturellement sa place, puis tu refermes la tringle comme sur un montage tubeless classique. Il ne faut surtout pas chercher à forcer. »

Et c’est exactement ce que nous avons observé. Un peu de méthode. Pas vraiment plus de force. L’insert trouve sa place dans le volume du pneu, on vérifie qu’il ne gêne pas la valve, puis on referme progressivement.

Dany résumait même la chose assez bien : « Une fois que tu comprends comment il doit se placer, tout devient logique. Je m’attendais vraiment à quelque chose de beaucoup plus pénible. » C’est rassurant. Parce qu’un dispositif de sécurité devient beaucoup moins séduisant s’il faut prévoir une demi-heure de lutte pour monter chaque pneu.

Dany termine à la main la fermeture du Vittoria Terreno Pro T50 avec l’Air-Liner déjà positionné sur l’ENVE AR40.
« Simple et intuitif. » L’insert prend sa place, la tringle se referme et le montage reste finalement très proche d’un tubeless classique.

Oui, il faut toujours du préventif

L’Air-Liner ne remplace évidemment pas le préventif. Dans notre montage, Dany a utilisé environ 70 ml par pneu. Le sealant conserve son rôle habituel : assurer l’étanchéité du tubeless et tenter de colmater les petites perforations. L’Air-Liner intervient dans une autre logique. Il soutient le système. Il ajoute une marge supplémentaire.

Et en cas de perte de pression importante, Vittoria lui attribue également une fonction de roulage temporaire. Les deux sont donc complémentaires. Le préventif essaie d’éviter que la crevaison devienne un problème. L’insert essaie d’éviter que ce problème devienne immédiatement la fin de la sortie. Dit comme cela, la logique devient assez évidente.

Roue ENVE AR40 montée avec Vittoria Terreno Pro T50 700x45C, Air-Liner Light Gravel, valve Multiway et environ 70 ml de préventif.
Une fois la roue refermée, plus rien ne distingue visuellement ce montage d’un tubeless classique. L’Air-Liner disparaît exactement au moment où son intérêt commence.

Mais tout n’est pas parfait

Il existe pourtant un point sur lequel nous conservons une vraie interrogation. Et elle ne se situe pas dans l’atelier. Dans l’atelier, tout va bien. On dispose d’espace. De lumière. Des bons outils. Du temps. Et éventuellement de Dany.

Mais si un jour il faut tout démonter et tout remettre au milieu d’une forêt, dans un champ ou au bord d’un chemin, la situation risque d’être sensiblement différente. Le montage est simple lorsque l’on sait ce que l’on fait. Mais retirer un pneu, gérer l’insert, le préventif, réparer éventuellement la cause de la panne puis tout remettre correctement dans des conditions précaires sera forcément moins agréable. Et sous la pluie… Bonne chance.

C’est aujourd’hui notre plus gros point d’interrogation. Pas sur le fonctionnement du système. Sur sa gestion dans le pire scénario. Paradoxalement, c’est aussi un problème que nous espérons ne jamais avoir l’occasion de documenter.

Le meilleur composant est parfois celui auquel on ne pense plus

Après quelques sorties, quelque chose de très intéressant se produit. On oublie complètement qu’il y a un Air-Liner dans le pneu. Et pour nous, c’est la meilleure nouvelle. Parce que la sécurité supplémentaire ne vient pas avec une sensation de lourdeur permanente.

Montage Vittoria Air-Liner Light Gravel testé sur un chemin sec et cassant, avec succession de pierres et d’impacts sollicitant fortement le pneumatique.
Le vrai intérêt apparaît ici. Pas sur la balance, mais lorsque les impacts s’enchaînent et que l’on continue simplement à pédaler. Un peu moins de pression, davantage de calme et surtout moins d’hésitations.

Elle ne demande rien. Elle reste simplement là. On continue à rouler. On choisit ses trajectoires. On ajuste ses pressions. Et progressivement, le cerveau retire un petit problème supplémentaire de sa liste. C’est là que notre jugement devient finalement très simple. Un peu de poids en plus. Beaucoup moins de choses à penser. En gravel, c’est probablement l’un des meilleurs échanges possibles.

Nous pensions tester une protection supplémentaire. Nous avons surtout découvert un composant qui modifie discrètement notre rapport au terrain. L’Air-Liner ne transforme pas le vélo.

Il ne donne pas soudainement davantage de watts. Il ne rend pas le pneu increvable. Mais il apporte quelque chose que les fiches techniques mesurent très mal : de la marge. Marge pour descendre légèrement en pression. Marge lorsqu’un impact arrive plus fort que prévu. Marge lorsque la fatigue commence à rendre les trajectoires moins précises. Et surtout marge mentale. Cela vaut 45 g.

Vélo gravel équipé de deux Vittoria Air-Liner Light Gravel dans des Terreno Pro T50 700x45C montés sur roues ENVE AR40, configuration utilisée pendant plusieurs semaines sur terrains variés.
90 g supplémentaires sur le vélo complet. Ce n’est pourtant pas leur poids que nous retenons. C’est tout ce qu’ils nous permettent de ne plus avoir à penser lorsque le terrain devient mauvais.

Nous trouvons finalement que ce n’est pas très cher payé sur une balance. Dans quelques semaines, nous reviendrons avec le test complet des Vittoria Terreno Pro T50, après davantage de kilomètres et une utilisation encore plus exigeante.

En attendant, nous voulions isoler cette expérience. Parce qu’avant même de savoir jusqu’où ces pneus peuvent aller, nous avons déjà compris quelque chose à propos de ce qui se cache à l’intérieur : en gravel, la sécurité ne sert pas seulement à continuer après un problème. Elle peut aussi permettre de rouler plus librement avant qu’il n’arrive.

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Les +

  • Seulement 45 g par roue
  • Vrai filet de sécurité supplémentaire
  • Meilleur soutien du pneu à basse pression
  • Davantage de confort sur terrain cassant
  • Grip et motricité renforcés
  • Plus de confiance dans les passages techniques
  • Aucune pénalité de rendement réellement gênante ressentie
  • Montage simple et intuitif

Les –

  • Coût supplémentaire par rapport à un tubeless classique
  • 90 g ajoutés sur le vélo complet
  • Démontage forcément plus contraignant qu’un pneu seul
  • Intervention en pleine nature encore à éprouver
  • Gestion potentiellement compliquée avec insert + préventif au bord d’un chemin
  • Sous la pluie, l’opération pourrait vite devenir beaucoup moins sympathique

Fiche technique

CaractéristiqueVittoria Air-Liner Light Gravel
TypeInsert gravel tubeless
Taille testée700c x 42–50 mm
Poids45 g
Jantes compatibles23 à 28 mm internes
Valve fournieMultiway Tubeless 60 mm
PréventifOui, sans ammoniaque
Quantité utiliséeEnviron 70 ml
Montage du testTerreno Pro T50 700x45C / ENVE AR40 25 mm
Pression de départ1,6 bar AV / 1,7 bar AR
Prix62,95 € l’unité
Prix la paire125,90 €
ContactVittoria Air-Liner Light Gravel

 

FAQ – Vittoria Air-Liner Light Gravel

L’Air-Liner Light Gravel remplace-t-il le préventif ?

Non. Il faut toujours utiliser du préventif dans le montage tubeless. Dans notre cas, nous sommes partis avec environ 70 ml par pneu. Le sealant assure l’étanchéité et peut colmater certaines perforations ; l’Air-Liner joue un rôle différent en apportant du soutien et une marge supplémentaire lorsque la pression diminue fortement.

Combien pèse un Air-Liner Light Gravel ?

Notre version pèse environ 45 g par roue, soit 90 g pour le vélo complet. C’était notre principale interrogation avant le test. Dans la pratique, nous n’avons ressenti aucune pénalité de rendement réellement gênante.

Quelle pression utiliser avec l’Air-Liner ?

Sur notre montage en 45 mm, nous sommes partis autour de 1,6 bar à l’avant et 1,7 bar à l’arrière, avant d’ajuster légèrement selon le terrain. Cela ne constitue évidemment pas une recommandation universelle : poids du cycliste, jante, section, terrain et manière de rouler doivent être pris en compte.

Le montage est-il compliqué ?

Beaucoup moins que ce que nous imaginions. Dany, qui appréhendait davantage l’opération, l’a trouvée simple et intuitive. Il faut surtout correctement positionner l’insert et ne pas chercher à forcer lors de la fermeture du pneu.

Est-ce que nous le garderions pour une compétition importante ?

Oui. C’est probablement la réponse la plus significative de tout le test. Les 45 g supplémentaires ne nous préoccupent plus vraiment. La tranquillité, le soutien et la confiance apportés nous intéressent aujourd’hui beaucoup plus que le chiffre affiché par la balance.

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Jean-François Tatard

- 45 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

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