Partager la publication "Bike Check #006 | Nico Neves : son cheval de transhumance"
Certaines rencontres commencent autour d’un café. Celle avec Nico Neves s’est faite beaucoup plus logiquement à la sortie d’un champ, quelque part dans notre joli Vexin, au printemps dernier. Quelques mots, un vélo qui attire immédiatement l’œil et cette impression que le garçon comme la machine ne sont pas tout à fait là par hasard. Son TITICI Revo est italien jusqu’au bout des câbles : cadre fabriqué en Italie, Campagnolo Ekar mécanique, roues Levante et composants Deda. Mais derrière cette cohérence presque obsessionnelle se cache surtout une certaine idée du gravel : partir loin, passer partout et ne jamais avoir à se demander si le chemin devant soi est encore vraiment un chemin.
Par Jeff Tatard – © Photos : Nico Neves
Il y a quelque chose d’assez amusant dans notre rencontre avec Nico. Nous étions au printemps dernier, quelque part dans le Vexin. Pas dans un salon, pas devant un magasin de vélo, pas même sur une belle route parfaitement goudronnée. À la sortie d’un champ.
Finalement, difficile d’imaginer meilleur endroit pour rencontrer le propriétaire du vélo que vous allez découvrir. Car Nico a possédé un vélo de route. En 2020. Pas très longtemps. « Ça me frustrait de ne pas pouvoir rentrer encore plus dans la nature et d’être bloqué sur la route. »
Alors il est passé au gravel. Et lorsqu’il parle aujourd’hui de liberté, Nico sait parfaitement que le mot est devenu un petit cliché dans notre univers. Il l’utilise quand même, parce qu’il n’en trouve pas de meilleur. « Le gravel, c’est vraiment synonyme de liberté. Je ne me pose aucune question sur l’état de la trace. Que ce soit du sentier VTT ou de la route billard, ce vélo passe partout. »
Son vélo, justement, vient d’une petite marque italienne encore suffisamment confidentielle pour provoquer régulièrement la même question : « Mais c’est quoi ? » Un TITICI Revo 2026. Et pour Nico, l’Italie n’allait certainement pas s’arrêter au cadre. Bienvenue dans le Bike Check #006 de 3bikes.
Quoi ? C’est quoi, ton vélo ?
« Je roule sur un vélo complètement italien, bien carbonara, bien pizza margherita. » Voilà. Normalement, notre travail pourrait presque s’arrêter ici.
Le vélo de Nico est un TITICI Revo 2026, un gravel carbone fabriqué par la petite maison italienne. Et plutôt que de mélanger les influences, Nico a décidé de pousser l’idée jusqu’au bout. Un vélo italien méritait un montage italien.
La transmission est donc confiée à un Campagnolo Ekar mécanique, avec un plateau de 42 dents et une cassette dont le grand pignon atteint lui aussi 42 dents. Les roues sont des Campagnolo Levante, même si Nico prévoit déjà de passer aux Bora X, au profil plus généreux.
Les composants sont full Deda, les pédales Shimano XTR et l’ensemble affiche environ 8,8 kg. Mais le détail que Nico préfère se trouve ailleurs. Regardez le tube supérieur. Très fin. Presque étonnamment fin.
C’est l’une des signatures visuelles de TITICI et probablement ce qui donne immédiatement au Revo cette silhouette différente. Nico aime justement posséder un vélo que tout le monde ne reconnaît pas au premier regard. « À chaque fois, on me demande où je l’ai eu. » Et ça lui plaît beaucoup.
Pourquoi ? Pourquoi ce vélo ?
Parce que Nico voulait d’abord un vélo capable de disparaître plusieurs jours avec lui. Pas simplement une machine rapide. Pas uniquement un gravel de compétition. Un vélo qu’il puisse charger, emmener en bikepacking, jeter sur des chemins improbables, utiliser en course et reprendre ensuite pour aller travailler. « Je l’ai choisi parce qu’il est parfait pour le bikepacking bien chargé. Sous les mains, tu sens que c’est un vélo qui peut encaisser beaucoup. Mais je peux tout aussi bien l’amener sur une course : il sera tout aussi réactif. »
C’est précisément cette double personnalité qui l’intéresse. Nico n’a pas quitté la route parce qu’il n’aimait plus rouler vite. Il l’a quittée parce qu’elle lui imposait des frontières.
Avec le Revo, la question « est-ce que ça passe ? » a pratiquement disparu de son vocabulaire. Sentier VTT, piste, chemin agricole, bitume parfaitement lisse : peu importe. Et même chaussé de pneus cramponnés en 50 mm, Nico trouve son TITICI particulièrement rapide sur le plat. Le petit pignon de 9 dents du système Ekar n’y est évidemment pas complètement étranger. Un 4×4 qui sait prendre de la vitesse. Voilà déjà une assez bonne définition.
Comment ? Comment tu l’as monté ?
Le plus intéressant dans le montage de Nico n’est peut-être pas ce qu’il possède. C’est ce qu’il n’a volontairement pas voulu. De l’électronique. « Je voulais surtout un vélo moderne à câble. En voyage, je préfère avoir un câble en plus que de devoir recharger les batteries. » C’est probablement l’un des choix les plus révélateurs de tout ce Bike Check.
À l’heure où les transmissions électroniques gagnent progressivement le gravel haut de gamme, Nico a choisi un Campagnolo Ekar mécanique précisément parce que son vélo doit pouvoir partir loin et rester simple à dépanner. Le revers existe. « Ce qui me saoule le plus, c’est la précision de l’Ekar. Le vélo doit toujours être réglé au millimètre, sinon ça marche hyper mal. » Puis il ajoute presque immédiatement : « Mais bon, c’est un peu pour ça que j’aime aussi Campa. Quand ça marche, c’est juste magique. »
Très italien, finalement. Il reste aussi un réglage beaucoup plus visible qu’il n’a toujours pas décidé de modifier : la hauteur du poste de pilotage. Nico n’a tout simplement jamais coupé le pivot de fourche depuis qu’il a reçu son vélo. Et plus le temps passe, moins il semble avoir envie de le faire.
Cette position relativement haute lui apporte énormément de confort et, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il trouve même plus facile de conserver longtemps une position aérodynamique ainsi installé.
Reste un problème. Le 42 × 42. Dans les Pyrénées cet été, certaines pentes ont fini par gagner le combat. « J’ai dû pousser le vélo. Ça m’a un peu frustré. Je veux que mon vélo puisse monter aux arbres ! » La prochaine évolution est donc déjà identifiée : passer au plateau de 40 dents ou trouver davantage de développement derrière. Parce qu’un cheval de transhumance qui doit être poussé dans la montagne, visiblement, ça contrarie Nico.
Et alors ? Sur le terrain, ça donne quoi ?
« C’est un vrai 4×4, ce vélo. » Voilà probablement la phrase qui résume le mieux le comportement du Revo. Nico l’utilise en bikepacking, en course et parfois simplement pour aller à l’atelier. Chargé, il encaisse. Déchargé, il retrouve suffisamment de nervosité pour être emmené en compétition. Sur les chemins, ses gros pneus permettent de laisser défiler le terrain sous les roues avec cette sensation que Nico place au-dessus de toutes les autres : « Ce que j’aime le plus, c’est la sensation d’être super bien calé dessus. Tout passe sous mes roues sans le sentir. »
C’est peut-être là que son choix prend tout son sens. Son gravel n’est pas construit autour d’une seule performance mesurable. Il est construit autour de la confiance qu’il donne à son propriétaire pour continuer. Le chemin devient mauvais ? Continuer. La route disparaît ? Continuer. Le voyage dure plusieurs jours ? Continuer. Une course se présente ? Enlever les bagages… et continuer un peu plus vite. Il ne lui reste finalement qu’un objectif à atteindre : pouvoir véritablement « monter aux arbres ». On soupçonne que le plateau de 40 dents ne devrait plus tarder.
On te le vole demain ? Tu rachètes exactement le même ?
Non. Mais avant toute chose : « Je pleure. » Ensuite seulement, Nico sort la carte bleue. Et plutôt que de racheter exactement son Revo, il reste chez TITICI mais monte d’un cran avec le Relli Pro. « Il m’a l’air encore plus joueur que celui que j’ai. » C’est une réponse intéressante parce qu’elle ne remet absolument pas en question son Revo. Au contraire. Nico aime suffisamment la philosophie de TITICI pour rester dans la famille, mais sa curiosité l’inciterait à découvrir ce que la marque sait faire au-dessus.
Finalement, il existe peut-être une seule chose plus importante que de posséder un vélo capable d’aller partout : avoir encore envie de découvrir ce qu’il y a après.
Le Bike Check de Nico
Le petit mot de Nico : « Mon gravel, c’est un peu mon cheval de transhumance. » Difficile de trouver meilleure conclusion. Pas un pur-sang qu’on sort uniquement le dimanche, ni un cheval de trait condamné à porter les bagages : une machine avec laquelle on part sans forcément savoir ce qu’on rencontrera. Et au fond, c’est probablement la définition du gravel que Nico cherchait depuis qu’il a décidé, en 2020, que la route seule était devenue beaucoup trop petite pour lui. |
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Un vélo. Quatre photos. Quatre questions. Quatre réponses. Bike Check, la série 3bikes qui s’intéresse moins à ce qu’une marque dit d’un vélo qu’aux raisons pour lesquelles son propriétaire a choisi de rouler avec.
=> Pour tout comprendre du matériel qu’on retrouve sur le Bike de Nico : TTICI
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