Bike Check #004 | Hugo Foulon : fait pour rouler vite

Il n’a commencé le vélo qu’à l’âge adulte. Une décennie plus tard, Hugo Foulon en a fait une bonne partie de sa vie. Champion du monde de pignon fixe, coureur gravel au niveau international, athlète Cinelli et désormais l’un des quatre hommes derrière les Gravel Crit Series, il appartient à cette génération qui navigue entre compétition, culture vélo et nouveaux formats. Son Cinelli King Zydeco II raconte parfaitement cette trajectoire : un gravel de 7,9 kg à 12 000 euros, monté en Dura-Ace Di2, avec une idée qui revient derrière presque chaque choix : rouler vite. Très vite.

Par Jeff Tatard – © Photos : Hugo Foulon / Tanguy Gall / Tristan Hobson

« Je suis un rouleur. » Voilà. Hugo Foulon vient probablement de donner la clé de son Bike Check en quatre mots. Chez lui, le gravel n’est pas forcément synonyme de pneus énormes, de braquets minuscules ou d’aventure contemplative. C’est d’abord une discipline de course.

Un 52/36, une cassette 11-32, un cockpit de 38 cm, des Fulcrum Sharq et un groupe Dura-Ace Di2 : son Cinelli est presque un vélo de route qui aurait décidé que l’asphalte ne suffisait plus.

Et lorsqu’on lui demande ce qu’il aime le plus à vélo, sa réponse tient en deux mots : « Rouler vite. » Bienvenue dans le Bike Check #004 de 3bikes.


Quoi ? C’est quoi, ton vélo ?

Un Cinelli King Zydeco II 2026, taille Large, construit pour la compétition.

Hugo roule sur ce modèle depuis deux ans, avec différents coloris au fil des dotations. Cinelli fait d’ailleurs de lui l’un de ses athlètes officiels et l’associe au King Zydeco dans sa présentation de ses coureurs.

Son montage est résolument atypique à l’heure où le mono-plateau domine une grande partie du gravel racing : Shimano Dura-Ace Di2, double plateau 52/36 et cassette 11-32. Les manivelles mesurent 170 mm.

Les roues sont des Fulcrum Sharq, associées à des pneus Kenda Crusher différenciés : 45 mm derrière et 50 mm devant, gonflés respectivement à 1,9 et 1,6 bar.

Devant, Hugo a choisi un aérocockpit Columbus de seulement 38 cm de large, avec une potence de 110 mm. Les pédales Wahoo Speedplay intègrent la mesure de puissance.

Résultat : 7,9 kg pour un montage dont la valeur avoisine 12 000 euros. Un chiffre conséquent. Mais surtout un montage sans ambiguïté : ce vélo n’a pas été construit pour se promener.

Hugo Foulon et son Cinelli King Zydeco II 2026 – Bike Check 3bikes
Le Cinelli King Zydeco II 2026 d’Hugo Foulon : 7,9 kg, un montage Dura-Ace Di2 et une seule véritable obsession derrière chaque choix — aller vite.

Pourquoi ? Pourquoi ce vélo ?

Parce qu’après cinq années à courir au plus haut niveau gravel, Hugo estime tout simplement que c’est le meilleur gravel qu’il ait utilisé.

Il connaît particulièrement bien le King Zydeco. Deux saisons sur le même modèle lui ont permis de l’éprouver dans différentes configurations et sur des terrains très différents.

Son verdict repose toujours sur le même triptyque : fiabilité, confort, rendement. « C’est le meilleur vélo de la gamme Cinelli. Confortable, léger et réactif. »

La logique derrière son montage est donc beaucoup moins romantique que celle de David Hamou dans notre précédent Bike Check. Hugo n’a pas commencé par la couleur ou par le coup de cœur.

Il a commencé par une question : qu’est-ce qui me permettra d’être performant en course ? Et le mot « course » est important. Hugo n’utilise pas son gravel uniquement pour accumuler des kilomètres. Depuis plusieurs années, il évolue sur des épreuves internationales et Cinelli documentait déjà en 2023 sa participation au Gralloch, manche des UCI Gravel World Series, où il se décrivait lui-même comme un véritable rouleur, attiré par les parcours rapides plutôt que par les ascensions très raides.

Cinelli King Zydeco II d’Hugo Foulon, gravel de course
Chez Hugo Foulon, le gravel est d’abord une discipline de course. Son King Zydeco II a donc été pensé autour de son profil de rouleur : rendement, fiabilité et vitesse.

Trois ans plus tard, sa machine est devenue le prolongement de cette identité. Un gravel pour rouleur.


Comment ? Comment tu l’as monté ?

C’est probablement ici que ce Bike Check devient le plus intéressant. Car Hugo a fait le chemin inverse de la tendance actuelle.

Il roulait auparavant avec une transmission SRAM mono-plateau. Il est revenu au double avec Shimano. « C’est un peu plus complexe à gérer, mais j’ai beaucoup plus de choix dans l’étagement des vitesses. »

Et lorsqu’on regarde les chiffres, on comprend immédiatement pourquoi : 52/36 devant, 11-32 derrière. Ce sont presque des braquets de vélo de route. Hugo l’assume parfaitement. « Je suis un rouleur et je m’aligne plutôt sur des courses roulantes. Le Dura-Ace est léger et réactif et ça permet de rouler vite sur les sections plates et les faux plats montants. »

Le choix du cockpit suit exactement la même philosophie. 38 cm de largeur, 110 mm de longueur : une position qui cherche l’aérodynamisme et l’efficacité davantage que le contrôle façon VTT.

Sa pièce préférée ? L’aérocockpit. Les Fulcrum Sharq et les Kenda Crusher répondent, eux, à une autre obsession : conserver le rendement sans sacrifier la fiabilité. Et Hugo assume également une petite mission personnelle autour de ses pneus : faire découvrir Kenda, une marque qu’il estime encore insuffisamment associée au très haut de gamme gravel. « Le rendement est incroyable, la résistance à la crevaison aussi. Et j’ai envie de faire découvrir une marque qui, à première vue, n’est pas forcément celle à laquelle les gens pensent lorsqu’ils cherchent un pneu gravel haut de gamme. » 45 mm derrière. 50 devant. Un choix qui permet de conserver du rendement à l’arrière tout en gagnant en grip et en filtration devant. Tout est affaire d’équilibre. Ou plutôt, chez Hugo : d’équilibre à haute vitesse.

Transmission Shimano Dura-Ace Di2 du Cinelli King Zydeco II
Dura-Ace Di2, double plateau 52/36, cockpit Columbus Aero de 38 cm, Fulcrum Sharq et Kenda Crusher : des choix très typés route pour un gravel pensé autour du rendement.

Et alors ? Sur le terrain, ça donne quoi ?

« C’est une balle. » On pourrait presque arrêter la rubrique ici. Sur le gravel roulant, le King Zydeco II correspond exactement à ce qu’Hugo lui demande : prendre de la vitesse et la conserver.

Sur route ? « Une balle. Ça roule comme un route aéro. » Sur les parties plus techniques, la réponse devient plus nuancée. Le vélo reste capable, mais c’est le montage choisi par Hugo qui commence à imposer ses limites. Dans les secteurs très escarpés ou franchement défoncés façon VTT, il faut davantage préserver le matériel et choisir ses trajectoires.

Et c’est important : Hugo ne prétend pas avoir construit le gravel universel. Il a construit son gravel. Celui qui correspond à son profil de rouleur et aux courses qu’il choisit.

Il le résume d’ailleurs en trois mots : fiabilité, confort, rendement. Sa plus grande qualité ? Sa polyvalence. Son principal défaut ? Un dégagement pneumatique limité à 50 mm maximum. C’est presque amusant : après David Hamou et ses 45 mm à l’arrière, voilà encore un coureur qui aimerait pousser le curseur un peu plus loin. Même chez ceux qui cherchent avant tout la vitesse, le gravel moderne évolue vers davantage de volume.

Hugo lui attribue ainsi 8/10, les deux points manquants venant essentiellement de cette limite pneumatique. Mais lorsqu’on lui demande ce qu’il ressent lorsqu’il attaque vraiment, deux autres mots tombent : « Réactivité et robustesse. »

Et venant d’un homme qui a remporté en 2022 le Fixed42, championnat du monde officieux de pignon fixe disputé à Berlin, la notion de vitesse n’est pas exactement théorique.

Sa démonstration la plus spectaculaire est d’ailleurs toute récente.

Fin août, Hugo s’est aligné sur le Balaton Gravel Derby, dont le grand parcours effectue environ 370 km autour du lac Balaton, en Hongrie, avec quelque 4 000 mètres de dénivelé.

Hugo nous raconte l’avoir remporté avec plus d’une heure d’avance, quasiment 29 km/h de moyenne et, détail peut-être encore plus intéressant dans un Bike Check, aucun problème mécanique.

370 kilomètres. Près de 29 km/h. Sur du gravel. Avec un 52/36. Tout à coup, le montage devient beaucoup plus facile à comprendre. C’est nettement meilleur comme ça : toute la démonstration terrain est regroupée au même endroit et le Balaton devient la preuve finale de tout ce qu’on vient de raconter sur le vélo.

Hugo Foulon sur son Cinelli King Zydeco II en gravel
« C’est une balle. » Sur le rapide comme sur la longue distance, Hugo retrouve exactement ce qu’il recherche : un gravel réactif, robuste et capable de conserver énormément de vitesse.

On te le vole demain ? Tu rachètes exactement le même ?

La réponse commence par un rire. « J’en demande un autre, hihi. » Forcément : c’est une dotation. Alors on insiste. Cette fois, avec son propre argent. Oui. Sans hésitation. « C’est le meilleur vélo de gravel que j’ai eu depuis que j’ai commencé à rouler au plus haut niveau il y a cinq ans. »

Et cette réponse est peut-être plus révélatrice que n’importe quelle fiche technique. Parce qu’Hugo n’est pas prisonnier d’un seul univers cycliste. Il a couru en pignon fixe, en gravel, sur route. Il a roulé sur différentes machines, testé différentes transmissions et fait évoluer son montage. Et pourtant, s’il fallait recommencer demain, il reprendrait le même cadre. Pas forcément parce qu’il est parfait.

Mais parce qu’à ses yeux, aujourd’hui, ses qualités comptent davantage que ses limites.

Le Bike Check d’Hugo

  • Vélo : Cinelli King Zydeco II 2026, taille Large
  • Groupe : Shimano Dura-Ace Di2
  • Plateaux : 52/36
  • Cassette : 11-32
  • Manivelles : 170 mm
  • Roues : Fulcrum Sharq
  • Pneu avant : Kenda Crusher, 50 mm
  • Pneu arrière : Kenda Crusher, 45 mm
  • Pression avant : 1,6 bar
  • Pression arrière : 1,9 bar
  • Cockpit : Columbus Aero, 38 cm / 110 mm
  • Pédales : Wahoo Speedplay Power
  • Capteur de puissance : intégré aux pédales
  • Poids : 7,9 kg
  • Prix : environ 12 000 €
  • Note d’Hugo : 8/10
  • Ce qu’il adore : rouler vite
  • Ce qui l’agace : la mécanique
  • Sa plus grande qualité : la polyvalence
  • Son principal défaut : le passage de pneus limité à 50 mm
  • Terrain de prédilection : gravel rapide, roulant et route
  • Limites : secteurs très escarpés ou très défoncés avec cette configuration

Le petit mot d’Hugo : « C’est une balle. »

Hugo lui attribue 8/10, essentiellement pénalisé par un passage de pneus qu’il aimerait encore plus généreux. Ce qu’il adore ? Sa capacité à rouler vite, partout, et longtemps. Ce qui l’agace ? Davantage la mécanique en général que son Cinelli en particulier. Et contrairement à David Hamou dans notre #003, pas question ici d’aller voir ailleurs : si tout était à refaire demain, Hugo reprendrait le même.

Même concept. Un autre vélo.

Un vélo. Quatre photos. Quatre questions. Quatre réponses. Bike Check, la série 3bikes qui s’intéresse moins à ce qu’une marque dit d’un vélo qu’aux raisons pour lesquelles son propriétaire a choisi de rouler avec.

=> Pour tout comprendre de la gamme Cinelli

=> Et ici, si vous voulez découvrir tous nos autres Bike Checks : Tous nos Bike Checks

Jean-François Tatard

- 45 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vous aimerez peut-être aussi