Éric Ramos, celui qui refuse de voir disparaître son cyclisme

Il y a des hommes qui aiment le cyclisme pour ce qu’il est devenu. Et puis il y a ceux qui continuent à l’aimer aussi pour ce qu’il risque de perdre. Éric Ramos appartient probablement aux deux mondes. Celui des coureurs d’aujourd’hui, des contraintes budgétaires, des agents et d’un sport devenu considérablement plus professionnel. Mais aussi celui des critériums d’après-Tour, des dernys qui pétaradent, de Bordeaux-Paris, de Daniel Mangeas au micro et de Bernard Thévenet capable de faire redevenir une maire petite fille pendant quelques minutes. Depuis dix ans, avec le Crito’Star, Éric essaie de faire cohabiter ces deux époques. Pas par nostalgie. Par transmission. Car derrière l’organisateur se cache un gamin fils d’un réfugié espagnol, un ancien coureur, un entrepreneur à 18 ans et surtout un homme qui dit avoir commencé à organiser pour « rendre la pareille » au vélo. Cet été, lorsqu’on lui demande de fermer les yeux et de conserver une seule image du Crito’Star 2026, il ne choisit ni un champion, ni une victoire, ni même son événement. Il voit revenir un ami. Et finalement, tout Éric Ramos était déjà là.

Par Jeff Tatard – Photos : © Crito’Star / Éric Ramos / Cyrbas Photographie / Sophie Deliquaire Photographe / Sébastien Gallwa Photographe

Ferme les yeux, Éric

Commençons ainsi. Pas par une date. Pas par la création du Crito’Star. Pas par une liste de champions passés à Choisy-le-Roi. Encore moins par le nombre de tours parcourus derrière derny. Demandons simplement à Éric Ramos de fermer les yeux.

Nous sommes quelques semaines après l’édition 2026. L’événement est terminé. Les barrières ont été retirées, les coureurs sont repartis, les bénévoles ont rangé ce qu’il restait à ranger et Choisy-le-Roi a retrouvé sa vie ordinaire.

Une seule image, Éric. La première. Il ne réfléchit presque pas. Daniel Mangeas. Ou plutôt : le retour de Daniel Mangeas.

Daniel Mangeas et Éric Ramos réunis au Crito’Star 2026 à Choisy-le-Roi.
Daniel Mangeas et Éric Ramos au Crito’Star 2026. Plus qu’un retour au micro, celui d’un ami. Lorsque Éric ferme les yeux et ne conserve qu’une image de cette édition, c’est celle-là qui lui revient. © Cyrbas Photographie

Pour comprendre pourquoi cette image arrive avant toutes les autres, il faut remonter plusieurs années en arrière. Éric rencontre celui qui deviendra l’une des voix les plus reconnaissables du cyclisme français sur une épreuve à laquelle ils participent tous les deux. Il lui glisse alors une idée : un jour, il aimerait que Daniel vienne commenter l’une de ses courses.

Mangeas lui répond qu’il est très occupé, mais lui fait une promesse : lorsqu’il aura arrêté, il viendra. L’année suivante, il tient parole. Il anime une VéloStar, l’une des cyclosportives organisées par Éric. La relation professionnelle devient progressivement autre chose. Une amitié.

Lorsque naît ensuite le Crito’Star, Daniel Mangeas au micro semble presque une évidence. Puis la vie impose une interruption. Daniel doit s’éloigner. Steve Chainel est là, Gilles BUSTO également. L’épreuve continue. Mais Daniel manque.

Alors lorsqu’Éric apprend qu’il pourra revenir en 2026, quelque chose dépasse largement la satisfaction d’un organisateur récupérant une voix prestigieuse. « On était vraiment très heureux de le revoir en bonne santé. » Voilà pourquoi Éric Ramos ne voit pas d’abord le spectacle qu’il a fabriqué. Il voit quelqu’un qu’il aime revenir. Et pour comprendre l’homme, il fallait probablement commencer là.

Avant l’organisateur, le fils

Le petit Éric n’est pas encore celui capable de réunir autour de lui une trentaine de bénévoles, des champions, des élus et des partenaires. Il est d’abord, selon sa propre expression, un « bon élève ». Pas seulement à l’école. Dans la vie. « J’ai toujours suivi ce qu’on me demandait de faire. »

Il existe surtout une figure au-dessus de lui : son père. La famille Ramos est d’origine espagnole. Son père arrive en France à huit ans comme réfugié espagnol. Il doit se construire ici. Travailler. Avancer. Trouver sa place. Éric observe. Et très tôt, une idée s’installe : essayer de faire aussi bien que lui.

Bien avant le Crito’Star, il y avait déjà le vélo. Enfant, Éric Ramos le dessinait à la craie dans la cour de récréation. Comme si une partie de l’histoire était déjà écrite sur le sol.
Bien avant le Crito’Star, il y avait déjà le vélo. Enfant, Éric Ramos le dessinait à la craie dans la cour de récréation. Comme si une partie de l’histoire était déjà écrite sur le sol.

Éric dessine beaucoup. Il imagine même un temps en faire son métier. Le chemin aurait donc pu partir ailleurs. Mais le vélo arrive. Il rejoint le Vélo Club de Savigny, près de chez lui. Un club qu’il décrit encore aujourd’hui comme une excellente école de formation. Il y trouve des copains, des coureurs performants, mais surtout des hommes qu’il ne sait pas encore qu’il conservera parfois toute sa vie. « Le vélo, je crois que c’est une des plus belles écoles de la vie. » Chez Éric Ramos, cette école va rapidement rencontrer une autre caractéristique : l’envie de construire.

Entrepreneur à 18 ans

À 18 ans, lorsque beaucoup commencent à peine à imaginer leur vie professionnelle, Éric crée son entreprise. Le projet est audacieux : installer des magasins de vélo dans des centres commerciaux de région parisienne. L’enseigne s’appelle VéloStar. L’expérience durera près de vingt ans.

Lorsqu’un cycle professionnel se termine, une autre idée apparaît. Éric a couru. Il a participé aux épreuves des autres, profité de leurs organisations, de leurs bénévoles, de départs préparés avant son arrivée et d’arrivées démontées après son départ.

Alors une petite phrase apparaît. Et elle va finalement raconter presque tout le reste : « Je me suis dit que j’allais essayer de rendre la pareille. » Organiser, à son tour.

Rendre la pareille

C’est peut-être cela, au fond, l’histoire d’Éric Ramos : recevoir quelque chose du vélo, puis chercher une manière de le rendre.

Lise Ménage et Baptiste Veistroffer derrière un derny au Crito’Star 2026.
Lise Ménage et Baptiste Veistroffer dans le sillage du derny au Crito’Star 2026. Une image spectaculaire, mais surtout la signature d’une épreuve imaginée pour faire revivre une certaine idée des critériums.

Éric commence par organiser des cyclosportives. Puis Francis Cantournet, président des Critériums de France, lui propose de réfléchir à un critérium en région parisienne. Samuel Dumoulin lui souffle alors une idée décisive : s’il doit créer un critérium, autant lui donner quelque chose que les autres n’ont pas. Des dernys.

Le format existe en Belgique et aux Pays-Bas. Beaucoup moins en France. Éric accroche immédiatement. Marc Pacheco lui ouvre la porte de cet univers. Il faut ensuite une ville. Longjumeau s’impose. Éric connaît la commune et y a déjà travaillé autour d’un départ du Tour de France en 2010. Le premier critérium voit le jour en 2016, puis un deuxième en 2017. Le cœur de ville, les coureurs, le bruit, la vitesse, les dernys : le principe fonctionne.

Depuis 2018, le Crito’Star vit à Choisy-le-Roi. Et ce qui avait commencé autour de trois hommes est devenu une drôle de famille.

Ils étaient trois

Aujourd’hui, selon les éditions, ils sont une trentaine. Parfois trente-cinq. Le chiffre compte moins que ce qu’il représente. Beaucoup sont des personnes qu’Éric a connues lorsqu’il courait. D’autres sont arrivées plus tard. Éric utilise une expression simple : « C’est ma deuxième famille. »

Dans cette famille, certains occupent une place particulière. Il y a notamment Fanfan, son bras droit et sa dévouée secrétaire. Toute la partie administrative de l’organisation repose largement sur elle : dossiers, démarches, échanges, cette quantité de travail invisible sans laquelle aucune course ne pourrait réellement exister. Un événement se voit le jour J. Il se construit pendant des mois dans l’ombre.

Éric Ramos entouré de l’équipe de bénévoles du Crito’Star.
Ils étaient trois au commencement. Ils sont aujourd’hui une trentaine à faire vivre le Crito’Star. Autour d’Éric Ramos, des bénévoles, des amis et parfois des compagnons de route de plusieurs décennies. Sa « deuxième famille ». © Sébastien Gallwa Photographe

Il leur pose régulièrement la même question : le jour où il faudra arrêter, dites-le-moi. Pour l’instant, personne ne le lui a demandé. Alors ils continuent.

Et lorsqu’Éric explique ce qui le nourrit encore, il parle souvent de leur plaisir à rencontrer les champions. De leurs sourires. De cette poignée de main avec Bernard Hinault, Bernard Thévenet ou un coureur admiré pendant des années. Le bonheur de l’organisateur vient ici du bonheur qu’il réussit à fabriquer chez les autres.

Bernard Hinault et Bernard Thévenet réunis au Crito’Star.
Bernard Hinault et Bernard Thévenet au Crito’Star. Deux légendes du Tour au plus près de ceux qui les ont admirées : exactement le cyclisme qu’Éric Ramos cherche à préserver et à transmettre.

« Quand j’étais gamine, j’étais fan de Bernard Thévenet »

À Longjumeau, Sandrine Gelot lui fait un jour une confidence. Petite, elle adorait Bernard Thévenet. Elle lui glisse que s’il parvient à le faire venir, elle sera probablement la plus heureuse des femmes. Éric le fait venir.

Des décennies après son enfance, Bernard Thévenet est là. Éric se souvient de cette rencontre non pas parce qu’un double vainqueur du Tour figurait sur son affiche, mais parce qu’il avait réussi à faire plaisir à quelqu’un. « Tu organises pour faire plaisir aux gens. »

Les champions deviennent alors autre chose que des noms. Des passerelles. Entre les générations. Entre le passé et le présent.

Le champion à hauteur d’enfant

Cet été encore, une cinquantaine d’enfants ont participé autour des professionnels. L’idée est volontaire : offrir à un jeune licencié ce qu’il possède rarement ailleurs, la possibilité d’approcher simplement ceux qu’il regarde habituellement à la télévision. Ici, la distance disparaît.

Le fils d’Anthony Colas lors du Crito’Star des enfants 2026 à Choisy-le-Roi.
Le fils d’Anthony Colas lors du Crito’Star des enfants, juste avant l’épreuve des champions. Chez Éric Ramos, la transmission n’est pas un concept : elle commence à hauteur d’enfant.

Éric se souvient aussi de la petite fille de Jimmy Turgis, encore minuscule, sur sa draisienne. Un tour à côté d’un professionnel. Une scène presque insignifiante dans une journée entière. Mais il avait vu ses yeux. Quelque chose s’était passé. Un déclic, peut-être.

Plusieurs décennies après avoir été lui-même ce gamin happé par le vélo, Éric fabrique à son tour ces souvenirs pour les enfants des autres. Rendre la pareille. Encore.

Le paradoxe du Crito’Star

Il existe pourtant une frustration chez Éric : le public. Ou plus précisément, celui qui n’est pas là.

Il a essayé les animations, les grands noms, les anciens champions, les enfants, les dernys, jusqu’à faire venir quelques véhicules de la caravane publicitaire du Tour. Certains habitants ne sont même pas descendus. « On n’a pas suffisamment de public. »

Public et coureurs au Crito’Star 2026 à Choisy-le-Roi.
Le Crito’Star rassemble coureurs et spectateurs au cœur de Choisy-le-Roi. Une proximité populaire à laquelle Éric Ramos tient profondément, même s’il rêve encore de davantage de monde autour du circuit.

Éric connaît pourtant ces endroits où une course est davantage qu’une animation. La Guadeloupe. La Réunion. Les critériums bretons. Ces territoires où le passage d’un peloton constitue l’événement du jour.

Là, les gens ne viennent pas seulement regarder une course. Ils viennent retrouver quelque chose qui leur appartient.

Le Crito’Star n’a peut-être jamais atteint cette dimension populaire. Éric ne cherche pas à prétendre le contraire. Il continue malgré cela. Pour ceux qui viennent. Pour les enfants. Pour les bénévoles. Pour les rencontres.

Davide

Parmi tous ceux qui sont passés sur ses organisations, un nom occupe une place différente : Davide Rebellin.

Davide Rebellin avec Éric Ramos et Daniel Mangeas au Crito’Star.
Davide Rebellin, Éric Ramos et Daniel Mangeas au Crito’Star. Avec Rebellin, quelque chose était différent : au fil de ses participations, sa gentillesse et son élégance sur le vélo en avaient fait bien davantage qu’un nom prestigieux sur une affiche.

Éric l’avait fait venir dès les années Longjumeau. Rebellin vieillit et certains organisateurs s’intéressent déjà moins à lui. Éric, lui, connaît parfaitement le nom. Rebellin vient. Puis revient. Encore.

Derrière le palmarès, Éric découvre surtout un homme d’une gentillesse qui le marque profondément. Mais il observe également le coureur. « C’était celui qui collait la roue avant au derny. »

Une maîtrise, une proximité avec la machine, et surtout ce qu’Éric appelle encore aujourd’hui un coup de pédale majestueux.

Lorsque Davide Rebellin disparaît brutalement en novembre 2022, ce n’est pas seulement un grand nom du cyclisme qui s’en va. C’est quelqu’un qui venait chez eux.

L’année suivante, le Crito’Star lui rend hommage. Sa compagne Françoise est présente. Et lorsqu’Éric doit choisir le coureur qui l’a le plus impressionné, il revient à Davide. Pour son coup de pédale. Et pour sa gentillesse.

« Sur le plan personnel, rien »

Que faut-il sacrifier pour construire tout cela ? Éric répond presque immédiatement : « Sur le plan personnel, rien. Ce n’est que du plaisir. » La réponse est belle. Et quelques minutes plus tard, elle devient plus douloureuse.

Parce que si Éric n’a pas l’impression d’avoir sacrifié quelque chose au Crito’Star, le temps, lui, a commencé à prendre. Marlène Dujacquier, qui gérait notamment les engagements de leurs cyclosportives, est partie. Puis Lionel Sanciaux.

Cette fois, la voix d’Éric change. Lionel n’était pas simplement un bénévole. Ils avaient commencé le vélo ensemble à quinze ans. « Il ne m’a jamais quitté. Je ne l’ai jamais quitté. » Lionel est mort d’un cancer du pancréas en août 2026. Et soudain, tout ce que signifie cette « deuxième famille » devient beaucoup plus concret.

84 ans et cinquante tours à compter

Parmi ceux qui restent se trouve Jean-Paul. 84 ans. Éric tient à parler de lui. Cette année encore, Jean-Paul a tenu le compte-tours pendant tout le critérium. Cinquante tours, un après l’autre, à 84 ans.

Il existe des images plus spectaculaires dans le cyclisme. Un professionnel lancé derrière un derny donnera toujours une meilleure photo.

Mais si l’on cherche ce qui maintient réellement ces événements en vie, peut-être faut-il regarder ailleurs.

Vers cet homme de 84 ans qui compte cinquante passages simplement parce qu’il a décidé que sa place, cet après-midi-là, était là.

Jean-Paul, Fanfan et les autres rappellent une chose essentielle : Éric Ramos est le visage du Crito’Star. Mais le Crito’Star n’est pas Éric Ramos tout seul.

Éric Ramos partageant un dessert dans l’ambiance conviviale du Crito’Star.
Chez Éric Ramos, le Crito’Star ne s’arrête jamais vraiment à la ligne d’arrivée. Ici, autour d’un dessert partagé, on retrouve exactement ce qu’il veut préserver : de la convivialité, des sourires et cette impression de faire partie d’une même famille.

Le soir, Éric fait souvent partie des derniers à partir. Mais jamais complètement seul. « J’ai toujours trois ou quatre personnes autour de moi. » Ils replient. Ils rangent. Ils ferment. Puis ils recommenceront.

Le nerf de la guerre

Car la passion ne suffit pas. Un critérium coûte de l’argent. Beaucoup. Les budgets se resserrent. Les partenaires doivent être convaincus. Les collectivités également. Et le cyclisme professionnel a changé.

Autrefois, les critériums d’après-Tour amélioraient réellement le quotidien financier des coureurs. Aujourd’hui, heureusement, les salaires ont progressé. Les agents sont apparus. Les tarifs aussi. Éric ne peut pas acheter n’importe quel nom. Alors il utilise ce qu’aucun tableau Excel ne sait mesurer : les relations humaines.

Le carnet d’adresses d’Éric Ramos est aussi l’une des forces du Crito’Star. Ici, il présente Sylvain Chavanel à ses invités lors du repas d’avant-course.
Le carnet d’adresses d’Éric Ramos est aussi l’une des forces du Crito’Star. Ici, il présente Sylvain Chavanel à ses invités lors du repas d’avant-course.

Les années passées dans le vélo, les rencontres, la confiance, parfois l’amitié expliquent pourquoi certains champions viennent. Et pourquoi ils reviennent.

Le cyclisme à l’ancienne

Puis Éric prononce une expression qui éclaire presque tout. « Moi, je suis passionné de cyclisme à l’ancienne. » Pas d’un musée. Pas d’un sport figé. D’un cyclisme à l’ancienne.

Derny utilisé lors du Crito’Star 2026 à Choisy-le-Roi.
Au Crito’Star, les dernys ne sont pas un simple décor. Leur bruit, leur mécanique et leur proximité avec les coureurs font revivre une forme de cyclisme dont Éric Ramos revendique pleinement l’héritage.

Celui où les champions sont suffisamment proches pour être approchés. Celui des critériums d’après-Tour. Celui où Daniel Mangeas raconte la course au micro. Celui où un derny fume, fait du bruit et tombe parfois en panne. « Ça fume, ça tombe en panne… c’est quand même quelque chose. »

L’imperfection fait presque partie du spectacle. Sylvain Chavanel parle lui-même de quelque chose qui « pète dans tous les sens ». Éric ne lutte pas contre le cyclisme moderne. Il veut simplement préserver un peu de ce bordel magnifique. Puis il prononce deux mots : Bordeaux-Paris.

Le rêve qui lui résiste

Bordeaux-Paris appartient presque à une autre époque. Une distance démesurée. Une épreuve mythique. Et les fameux dernys. Éric a voulu la faire renaître. L’organiser.

Le projet prévu pour octobre 2024 lui demande deux années de travail. Près de 600 kilomètres à organiser, sécuriser, baliser. Les dossiers auprès de la Fédération, de la Ligue, de l’UCI. Puis l’épreuve n’obtient pas les points espérés.

Sans eux, les équipes professionnelles ne viennent pas suffisamment. À un mois du départ, il faut annuler. Deux ans de travail. Effacés en quelques jours. Éric pourrait y voir une fin. Il cherche déjà comment recommencer.

Pierre Rolland et l’idée qui n’est jamais morte

Pierre Rolland a récemment parcouru Bordeaux-Paris sous une autre forme. Lorsqu’il évoque la version historique, un élément revient immédiatement : les dernys.

Pierre Rolland évoquant Bordeaux-Paris et le retour possible des dernys.
Pierre Rolland évoque Bordeaux-Paris et ce qui pourrait reconnecter l’épreuve à sa légende : le retour des dernys. Une idée qui rejoint directement le rêve d’Éric Ramos.

Éric et Pierre en ont parlé. Comment faire ? Greffer des professionnels à une épreuve existante ? Imaginer autre chose ? La réponse n’existe pas encore. Mais l’idée, elle, n’est jamais morte.

Une course peut-elle survivre à son organisateur ?

Puis vient la question la plus simple. Après toi ? La réponse d’Éric ressemble presque à une plaisanterie : « Qu’il a trouvé un successeur. » Qui appellera les coureurs ? Qui cherchera les budgets ? Qui parlera aux villes ? Qui réunira trente personnes ? Qui restera lorsque tout le monde sera parti ? Qui recommencera ?

Éric ne cherche même pas quelqu’un qui lui ressemble. « Je souhaite que ce soit quelqu’un qui soit encore plus performant que moi. » C’est peut-être la définition la plus saine d’un héritage : ne pas vouloir être irremplaçable. Vouloir avoir suffisamment bien construit pour pouvoir être remplacé.

Le dernier tour

Revenons à notre première image. Choisy-le-Roi. Juillet 2026. Les dernys tournent. Les enfants regardent. Les bénévoles travaillent. Daniel Mangeas est revenu.

Éric ferme les yeux. C’est cette image qu’il conserve. Je crois comprendre pourquoi. Le Crito’Star n’a jamais vraiment été une histoire de dernys. Pas davantage une histoire de champions. C’est une histoire de liens. De gens qui viennent. De gens qui reviennent. Et de ceux qui, malheureusement, un jour ne reviendront plus. Marlène. Lionel. Davide.

Enfants au départ de la Course des Champions du Crito’Star sous les ordres de Rémy Turgis à Choisy-le-Roi.
Sous les ordres de Rémy Turgis, les enfants s’élancent pour la Course des Champions du Crito’Star. Avant de transmettre une histoire, il faut peut-être simplement donner envie d’en faire partie.

Le temps avance. Les champions vieillissent. Les enfants deviennent adultes. Les bénévoles prennent quelques années supplémentaires. Et au milieu, Éric continue.

Peut-être parce que son père lui avait appris à construire. Peut-être parce que le Vélo Club de Savigny lui avait donné une école de la vie. Peut-être parce qu’à 18 ans déjà, attendre que les autres fassent à sa place ne lui ressemblait pas.

Ou peut-être simplement parce qu’il avait un jour trouvé les bons mots : rendre la pareille.

Alors il rend. Du temps. Des souvenirs. Des rencontres. Un micro à Daniel Mangeas. Un hommage à Davide Rebellin. Une raison pour Jean-Paul de compter cinquante tours à 84 ans. Une place à Fanfan et à cette deuxième famille. Quelques mètres à vélo pour un enfant. Et peut-être, un jour, Bordeaux-Paris.

La fille de Jimmy Turgis en draisienne avec la mascotte du Crito’Star à Choisy-le-Roi.
La fille de Jimmy Turgis, en draisienne, accompagnée par la mascotte du Crito’Star. Peut-être que la transmission commence simplement comme ça : quelques mètres à vélo, un souvenir d’enfance et l’envie, un jour, de continuer l’histoire. © Sophie Deliquaire Photographe

Dans vingt ans, si un enfant tombe sur une vieille photo du Crito’Star et demande qui était cet homme au milieu, on pourra lui répondre qu’Éric Ramos était organisateur. Ce sera exact. Mais terriblement incomplet.

Il faudra lui expliquer qu’il appartenait à cette catégorie plus rare de passionnés qui ne se contentent pas d’aimer quelque chose. Ils s’en occupent. Ils le protègent. Ils le transmettent. Même si cela fume. Même si cela tombe parfois en panne. Même si tout le monde ne descend pas de chez soi pour regarder. Parce qu’au fond, Éric Ramos n’a jamais organisé uniquement pour remplir les trottoirs. Il organise pour que quelque chose continue de passer dessus.

=> Et ici, si vous voulez découvrir tous nos autres portraits : Tous nos articles Portraits

Jean-François Tatard

- 45 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vous aimerez peut-être aussi