Bike Check #001 | Le couteau suisse de John Saccomandi

Un vélo pour tout faire, vraiment. Gravel, route, cyclo-cross, vélotaf : à 45 ans, John Saccomandi, ancien champion du monde et médaillé de bronze aux Jeux paralympiques de Pékin en tandem, continue de courir, et de gagner, avec une idée simple : moins de vélos, plus de possibilités. Pour inaugurer notre série Bike Check, il nous ouvre les portes de son Cannondale SuperX, une machine pensée comme un véritable couteau suisse : un cadre, deux paires de roues et douze mois de vélo sans temps mort.

Par Jeff Tatard – © Photos : John Saccomandi

« Mon vélo est un couteau suisse ! » Voilà. John Saccomandi vient probablement de résumer son Bike Check mieux que nous n’aurions pu le faire. Car derrière son Cannondale SuperX 1, il n’y a pas seulement un beau gravel à 7 500 euros. Il y a surtout une idée : et si un seul vélo pouvait remplacer presque tous les autres ?

Deux paires de roues, quelques adaptations et quatre usages bien différents. Bienvenue dans le Bike Check #001 de 3bikes.


Quoi ? C’est quoi, ton vélo ?

La base est un Cannondale SuperX 1 en taille 54, un gravel résolument orienté compétition dont la géométrie reste très proche de celle du SuperSix EVO. Un détail qui compte lorsque l’on sait que John n’avait aucune intention de cantonner sa machine aux chemins.

Le montage s’articule autour d’un groupe SRAM Force XPLR, associé à un mono-plateau aérodynamique de 46 dents et à un capteur de puissance SRAM AXS. À l’avant, on retrouve le combo cintre-potence Cannondale SystemBar R-One développé avec Momo Design. Une Bontrager Aeolus RSL en 145 mm fait office de selle, tandis que John utilise la plupart du temps des pédales Shimano Ultegra.

En gravel, le SuperX repose sur des DT Swiss GRC 1400, chaussées de Trek Girona RSL en 700 × 42 mm tubeless, avec une cassette SRAM Force XPLR 13 vitesses en 10-46. L’ensemble affiche environ 8,2 kg, pour un tarif d’origine avoisinant les 7 500 euros.

Mais quelques minutes suffisent à transformer la machine. Pour la route, John installe des ENVE SES 4.5, des Continental GP5000 en 700 × 28 mm avec chambres TPU Pirelli et une cassette Force 12 vitesses en 10-36. « Je ne suis pas fan du tubeless avec des pneus route. » Deux roues retirées, deux autres installées, et le SuperX change de métier.

Le Cannondale SuperX 1 de John dans sa configuration gravel. Une machine conçue pour la compétition, mais appelée à faire beaucoup plus que du gravel.

Pourquoi ? Pourquoi ce vélo ?

On pourrait imaginer une longue réflexion rationnelle autour de la polyvalence. En réalité, avant la raison, il y a eu le coup de cœur. « Ce vélo fut un coup de cœur dès que je l’ai vu à la présentation chez Cannondale. Je me suis dit qu’il me fallait cette machine. » L’envie est venue en premier, mais derrière elle se cachait une vraie logique : John voulait simplifier son matériel sans simplifier sa pratique.

De février à septembre, il enchaîne courses sur route et gravel. De septembre à janvier, place au cyclo-cross. Et toute l’année, le Cannondale sert également de vélotaf. Un seul vélo doit donc être capable de vivre quatre vies différentes. « Un seul vélo, deux paires de roues et plein de possibilités ! Comme ça, il n’y a pas de temps mort. » C’est là que le projet devient particulièrement intéressant. Le SuperX n’est pas un gravel auquel John demande occasionnellement de faire autre chose. Il l’a pensé comme une plateforme unique autour de laquelle gravitent plusieurs configurations.

La démonstration va jusqu’au vélotaf. Éclairages avant et arrière, radar, garde-boue et même enceinte pour l’ambiance viennent alors rejoindre la machine de course. John reconnaît volontiers que cette configuration n’est pas la plus sexy. Peu importe : le dimanche, il court avec. Le lundi, il va travailler avec. C’est exactement cela, son couteau suisse.

Changement d’ambiance et changement de roues : avec les ENVE SES 4.5 et ses équipements du quotidien, le même SuperX poursuit une autre vie.

Comment ? Comment tu l’as monté ?

Faire tout avec un seul vélo impose forcément quelques compromis. John roule principalement avec ses pédales Shimano Ultegra, même en gravel, mais passe sur des pédales VTT lorsque la boue rend les passages à pied inévitables. Même logique avec les manivelles. Habitué au 175 mm sur route, il a choisi ici du 170 mm afin de trouver un compromis entre route, gravel et cyclo-cross. Pour la hauteur et le recul de selle, il conserve ses cotes historiques. Devant, en revanche, les années apportent quelques adaptations. « Pour le poste de pilotage, je m’adapte au fil des années… Plus le temps passe, plus la potence remonte ! »

Voilà aussi ce qu’on aime dans un Bike Check : un vélo n’est pas figé dans un configurateur. Il évolue avec celui qui roule dessus. Côté transmission, le plateau de 46 dents constitue probablement le compromis le plus important du montage. Avec la cassette 10-46, John le trouve idéal en gravel. Sur route, le 46 × 10 peut en revanche devenir trop court sur certaines épreuves Open. En cyclo-cross, il envisage de descendre à 42 dents.

Les pressions évoluent elles aussi avec le terrain. En gravel, John part généralement sur 1,6 bar à l’avant et 1,7 bar à l’arrière, avec la possibilité de monter jusqu’à 2 bars sur les parcours très propres. Sur route, il navigue entre 3,5 et 5 bars selon le revêtement et l’humidité. Il assume également son attachement à SRAM. « J’aime le groupe SRAM pour l’ergonomie des leviers et le toucher de frein. Un bonheur ! »

Mais s’il fallait isoler une pièce favorite, son regard se porterait plutôt vers les ENVE SES 4.5. « Elles sont juste fantastiques. Maniables dans les relances et les enchaînements de virages, rapides avec une inertie de dingue dans les lignes droites. Et j’avoue qu’elles sont aussi très bien réussies esthétiquement. »

Le mono-plateau de 46 dents résume à lui seul la philosophie du montage : suffisamment polyvalent pour passer d’une discipline à l’autre sans transformer constamment la machine.

Et alors ? Sur le terrain, ça donne quoi ?

Remettez les DT Swiss et les pneus de 42 mm. Direction les chemins. C’est là que le SuperX retrouve sa vocation première et que John cesse presque de lui trouver des défauts.

« En gravel, c’est un pur Gravel Race ! Aéro, confortable et dynamique. Tout ce qu’on demande comme qualités dans les courses de gravel. »

Le verdict est sans ambiguïté : 10/10 en gravel. Le cyclo-cross suit avec 9/10, tandis que la déclinaison vélotaf obtient un solide 8/10. Et puis vient la route, où John descend à 6/10.

Pas parce que le SuperX y devient mauvais. Sa géométrie proche du SuperSix EVO et les ENVE lui permettent de rester très efficace. Mais lorsque le niveau monte, les compromis apparaissent : le 46 × 10 peut devenir trop court et les 8,2 kg finissent par compter face à de purs vélos de route.

Mais juger ce Cannondale uniquement là-dessus serait passer à côté du projet. Sa réussite n’est pas d’être le meilleur vélo dans quatre disciplines. C’est d’être suffisamment bon dans chacune pour permettre à John de toutes les pratiquer avec la même machine.

Course gravel, course sur route, cyclo-cross ou trajet du boulot : quelques adaptations suffisent et l’histoire continue.

Un gravel race qui ne reste pas au garage : John utilise son SuperX toute l’année et dans presque toutes les disciplines.

On te le vole demain ? Tu rachètes exactement le même ?

C’est la question qui terminera chacun de nos Bike Checks. Pas de fiche technique, pas de discours marketing : on te vole ton vélo cette nuit et, demain matin, tu dois repartir de zéro. Est-ce que tu rachètes exactement le même ? Pour John, la réponse est non. Mais certainement pas parce que l’expérience est ratée. « Je refais le même projet, mais avec un gravel Race d’une autre marque. J’aime bien le Orbea Terra Race ! »

Et c’est peut-être le plus beau compliment qu’il pouvait faire à son SuperX. Il changerait la machine, mais absolument pas l’idée. Un vélo, deux paires de roues, quatre usages et une saison qui ne s’arrête jamais. Il changerait simplement de monture pour recommencer à jouer.

Le Bike Check de John

Le Cannondale SuperX 1 de John, c’est 8,2 kg pour environ 7 500 euros, une machine pensée autour d’une idée simple : être suffisamment performante et polyvalente pour passer du gravel à la route, du cyclo-cross au vélotaf.

  • Cadre : Cannondale SuperX 1, taille 54
  • Groupe : SRAM Force XPLR 13 vitesses
  • Roues gravel : DT Swiss GRC 1400
  • Roues route : ENVE SES 4.5
  • Pneus gravel : Trek Girona RSL 700 × 42 mm, tubeless
  • Pneus route : Continental GP5000 700 × 28 mm, chambres TPU Pirelli
  • Poste de pilotage : Cannondale SystemBar R-One « Momo Design »
  • Selle : Bontrager Aeolus RSL, 145 mm
  • Pédales : Shimano Ultegra, pédales VTT lorsque les conditions l’exigent
  • Braquet gravel : mono-plateau 46 dents, cassette SRAM Force XPLR 10-46
  • Braquet route : mono-plateau 46 dents, cassette SRAM Force 10-36
  • Manivelles : 170 mm
  • Capteur de puissance : SRAM AXS
  • Poids : 8,2 kg
  • Prix : environ 7 500 euros

Le petit mot de John : « Mon vélo est un couteau suisse ! »

John lui attribue 10/10 en gravel, 9/10 en cyclo-cross, 8/10 en vélotaf et 6/10 sur route. Ce qu’il adore ? Sa polyvalence. Ce qui l’ennuie ? Le compromis permanent sur le braquet. Et si tout était à refaire demain, John changerait de vélo, mais conserverait exactement la même philosophie.

Même concept. Un autre vélo.

Un vélo. Quatre photos. Quatre questions. Quatre réponses. Bike Check, la série 3bikes qui s’intéresse moins à ce qu’une marque dit d’un vélo qu’aux raisons pour lesquelles son propriétaire a choisi de rouler avec.

=> Pour tout comprendre de la gamme Cannondale

=> Et ici, si vous voulez découvrir tous nos autres Bike Checks : Tous nos Bike Checks

Jean-François Tatard

- 45 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

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