UTMB 2026 : pourquoi ont-ils tous bu du jus de cornichons ?

Vous l’avez peut-être remarqué devant l’UTMB sur L’Équipe : à plusieurs reprises, des coureurs ont avalé le jus d’un banal bocal de cornichons. Pas une lubie de traileur après vingt heures d’effort. Derrière ce geste se cache une piste scientifique particulièrement intéressante contre les crampes. Et les cyclistes, notamment en gravel et en ultra-distance, auraient tout intérêt à s’y intéresser.

Par Jeff Tatard – Photos : DR

Nous n’avons certainement pas été les seuls à passer quelques heures devant l’UTMB 2026 ce week-end. Et quelle édition. Chez les hommes, Ben Dhiman a signé une performance XXL : 174 km et 9 900 m de D+ en 18 h 16’29’’, sous les 19 heures et avec un temps record sur ce parcours 2026. Derrière, notre ami Baptiste Chassagne prend une magnifique deuxième place, deux ans après avoir déjà terminé deuxième à Chamonix et quelques mois après sa victoire sur la Diagonale des Fous.

Et au moment où nous écrivons ces lignes, impossible de ne pas souligner également l’énorme course de Blandine L’Hirondel. Après 127 km, la Française pointait en tête avec environ 35 minutes d’avance sur Rachel Entrekin. Il lui reste encore du chemin, donc ne lui attribuons surtout pas une victoire avant la ligne. Mais à moins de deux heures de l’arrivée estimée, elle est en train de construire quelque chose de très grand.

Mais entre deux cols, quelque chose d’autre nous a interpellés. Pourquoi diable voit-on des coureurs boire… du jus de cornichons ?

LE CORNICHON N’A RIEN D’UNE BLAGUE

Pas le cornichon lui-même. Le liquide du bocal. La première explication paraît évidente : c’est salé. Après quinze heures d’effort, des litres de sueur et autant de sodium perdu, on pourrait imaginer que cette saumure permet de remettre rapidement quelques électrolytes dans la machine. Sauf que ce n’est probablement pas là que se situe son principal intérêt.

À l’UTMB, certains coureurs ne cherchent pas seulement les glucides ou les électrolytes au ravitaillement. Quelques centilitres de jus de cornichons peuvent aussi servir d’arme de secours contre les crampes. Une drôle de recette… derrière laquelle se cache une vraie piste scientifique.

Une étude souvent citée a montré qu’après ingestion de jus de cornichons, une crampe provoquée expérimentalement disparaissait en moyenne en 84,6 secondes contre 133,7 secondes avec de l’eau. Près de 50 secondes gagnées. Surtout, les chercheurs n’observaient quasiment aucune modification des électrolytes sanguins cinq minutes après l’ingestion. Trop rapide pour que le sel ait réellement eu le temps de faire le travail. Alors quoi ?

LA CRAMPE SE JOUE AUSSI DANS LE SYSTÈME NERVEUX

Le jus de cornichons contient notamment du vinaigre et donc de l’acide acétique. Son goût très agressif stimule des récepteurs présents dans la bouche et l’oropharynx, notamment les fameux canaux TRP. Cette stimulation pourrait provoquer un réflexe neurologique diminuant l’excitabilité des motoneurones impliqués dans la crampe. Autrement dit, on ne “recharge” pas nécessairement le muscle : on envoie surtout un signal au système nerveux.

Pour apporter un regard médical, nous avons soumis le sujet au Dr Laurent Aumont, médecin à l’IMS Préfontaine, lui-même coureur à pied et finisher de plusieurs marathons, après avoir notamment exercé pendant plus de dix ans au PSG, aux côtés de joueurs comme Neymar ou Kylian Mbappé. « On a longtemps résumé la crampe à une perte d’eau et de sodium. C’est beaucoup plus complexe que cela. Sur des efforts très longs, la fatigue neuromusculaire joue un rôle important : le muscle est fatigué, mais c’est aussi toute la commande nerveuse qui finit par se dérégler. C’est ce qui rend cette piste du jus de cornichons particulièrement intéressante : son effet semble trop rapide pour être expliqué uniquement par l’apport en électrolytes. »

Le Dr Laurent Aumont aux côtés de Kylian Mbappé. Médecin à l’IMS Préfontaine et coureur à pied, il a également exercé pendant plus de dix ans au Paris Saint-Germain. © DR / photo issue du profil Doctolib du Dr Laurent Aumont

Un point essentiel car notre vieille équation « crampe = manque de sel » est aujourd’hui beaucoup trop simpliste. La fatigue neuromusculaire constitue une autre piste majeure, même si les mécanismes des crampes restent complexes et probablement multifactoriels.

Et Laurent Aumont tempère immédiatement l’enthousiasme : « Il ne faut surtout pas en faire un produit miracle. Si l’effet existe, on parle plutôt d’un outil ponctuel, lorsque la crampe apparaît ou menace d’apparaître. Cela ne remplacera jamais l’entraînement, une hydratation adaptée, des apports énergétiques suffisants et une bonne gestion de l’effort. Mais sur un ultra, à pied comme à vélo, avoir ce type de solution dans sa stratégie peut avoir du sens. »

ET NOUS, CYCLISTES ?

C’est précisément là que le sujet devient intéressant pour 3bikes. Imaginez le km 160 d’un gravel, après six ou sept heures de selle. Des milliers de contractions, des portions en force, des relances, des vibrations, de la chaleur et une fatigue neuromusculaire devenue considérable.

Le mollet commence à frétiller. Le quadriceps menace. Un petit shot de saumure pourrait alors avoir davantage de sens qu’une nouvelle poignée de sel avalée dans l’urgence. On trouve d’ailleurs désormais des shots anti-crampes reposant sur cette même idée de stimulation sensorielle, avec du vinaigre, du gingembre ou encore de la capsaïcine.

Attention cependant : les expériences scientifiques disponibles restent limitées et certaines utilisent des crampes déclenchées artificiellement en laboratoire. Le jus de cornichons n’est donc ni une potion magique ni un substitut à une bonne préparation, une hydratation adaptée et une stratégie nutritionnelle cohérente.

Après six ou sept heures de gravel, quand le mollet commence à frétiller et que le quadriceps menace, quelques centilitres de saumure pourraient aider à désamorcer la crampe. Pas une potion magique : une cartouche de secours qui agirait davantage sur le système nerveux que sur le muscle lui-même.

Pour Laurent Aumont, c’est justement dans les disciplines de très longue durée que cette piste mérite d’être regardée de près : « Sur un marathon, un ultra-trail ou une longue épreuve cycliste, on arrive à un niveau de fatigue où le système neuromusculaire est poussé très loin. Si quelques centilitres d’un produit peuvent agir rapidement sur cette boucle nerveuse et aider à désamorcer une crampe, c’est évidemment intéressant. Mais il faut le considérer comme un outil de secours, pas comme une stratégie à lui tout seul. »

Et c’est probablement la vraie leçon à retenir de ce drôle de geste aperçu sur l’UTMB. Le jus de cornichons ne fait pas disparaître les causes de la crampe. Il pourrait simplement aider à en couper le signal lorsqu’elle menace de tout arrêter. À pied comme à vélo, lorsque l’on joue avec ses limites pendant six, dix ou vingt heures, cela peut déjà faire une sacrée différence.

Alors, la prochaine fois qu’un copain sortira quelques centilitres de jus de cornichons au 150e kilomètre d’un gravel, évitez de vous moquer. Il se pourrait même qu’il soit celui qui rigole quelques kilomètres plus loin.

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=> Pour aller plus loin et mieux comprendre l’équilibre nutritionnel du sportif, consultez les ressources claires et accessibles de Benoît Nave

Jean-François Tatard

- 45 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

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