À la chasse aux watts perdus : pourquoi les chaussures comptent

Cadre, roues, pneus, position aérodynamique… Les coureurs traquent partout les watts susceptibles d’améliorer leurs performances. Mais la puissance peut aussi se perdre au niveau d’une interface souvent négligée : le pied, la chaussure et la pédale. Rigidité, pointure, maintien et système de serrage jouent un rôle bien plus important qu’il n’y paraît. Explications.

Par Guillaume Judas – Photos : ©3Bikes.fr, DR

Sur un vélo, les watts ne se gagnent pas uniquement avec un meilleur entraînement ou du matériel plus léger. Une partie de la performance se joue aussi dans les interfaces entre le corps et la machine. Parmi elles, la liaison entre le pied, la chaussure et la pédale est essentielle, mais souvent sous-estimée. Une chaussure bien choisie, suffisamment rigide et correctement ajustée peut contribuer à améliorer le transfert de puissance, tout en apportant davantage de confort et de stabilité.

Dans la quête permanente des watts, les équipes professionnelles traquent le moindre gain : aérodynamisme, pneumatiques, position, transmission, roulements ou encore gestion de l’effort. Mais avant même de parler de quelques watts supplémentaires, encore faut-il que la puissance produite par les jambes soit efficacement transmise à la pédale.

L’importance de la chaussure de vélo

La chaussure constitue l’un des points de contact essentiels entre le cycliste et son vélo. À chaque tour de pédale, elle doit transmettre les forces exercées par le pied sans se déformer inutilement. C’est notamment pour cette raison que les chaussures de route haut de gamme utilisent des semelles très rigides, souvent en carbone. Une semelle trop souple peut absorber une petite partie de l’énergie en se déformant sous la pression, même si la différence réelle entre deux chaussures est difficile à quantifier dans des conditions normales.

La rigidité n’est toutefois pas une fin en soi. Une chaussure extrêmement rigide mais mal adaptée au pied peut provoquer des points de pression, des engourdissements ou de l’inconfort et finalement nuire à la performance. La bonne chaussure est donc celle qui combine rigidité, maintien et confort.

La bonne chaussure est celle qui combine rigidité, maintien et confort.

La bonne pointure comme une évidence

Avant de s’intéresser au système de serrage, le premier réglage à effectuer est tout simplement le choix de la bonne pointure. Le pied doit être correctement maintenu sans être comprimé. Un talon qui se soulève à chaque coup de pédale entraîne des mouvements parasites et oblige le pied à compenser. À l’inverse, une chaussure trop étroite ou trop courte peut provoquer des compressions, particulièrement lorsque le pied gonfle au cours d’une sortie longue.

Il faut également tenir compte de la morphologie. Deux chaussures affichant la même pointure peuvent présenter des volumes très différents au niveau de l’avant-pied, du cou-de-pied ou du talon. Certaines marques proposent ainsi différentes largeurs ou différents volumes. Mais il faut parfois accepter qu’un modèle de chaussure ne convient pas à votre morphologie. D’où l’intérêt d’essayer avant d’acheter.

Le positionnement des cales joue également un rôle majeur. Même avec une excellente chaussure, une cale mal positionnée peut perturber la mécanique du pédalage et générer des contraintes inutiles. La transmission de puissance ne dépend donc pas d’un seul élément, mais de l’ensemble formé par le pied, la chaussure, la cale et la pédale.

La transmission de puissance ne dépend pas d’un seul élément, mais de l’ensemble formé par le pied, la chaussure, la cale et la pédale.

Un bon serrage pour éviter les mouvements parasites

Une fois la bonne chaussure choisie, son système de serrage doit permettre de maintenir le pied de manière homogène. L’objectif n’est pas de serrer le plus fort possible. Une pression excessive peut créer des points de compression et perturber la circulation sanguine. Le serrage doit plutôt empêcher le pied de bouger à l’intérieur de la chaussure, notamment au niveau du talon et du médio-pied, tout en laissant suffisamment de liberté à l’avant du pied. Chez beaucoup de fabricants, l’une des dernières tendances est justement de proposer des modèles avec un avant pied plus large, afin que les orteils puissent bien s’étaler à l’avant de la chaussure et ne pas se trouver comprimés.

Un serrage approprié offre une bonne connexion entre le pied et la pédale. ©Boa

Mais plus les forces exercées sur la chaussure sont importantes, plus les mouvements internes peuvent devenir perceptibles. C’est particulièrement important lors des phases où la puissance augmente : sprint, relance, montée à fort pourcentage ou pédalage en danseuse.

Un maintien homogène permet également de conserver une sensation de contact constante avec la pédale. C’est probablement l’un des principaux intérêts des systèmes de serrage modernes : permettre au cycliste de trouver rapidement une tension adaptée et de la reproduire facilement.

Lacets, velcro, boucles de serrage : chacun a ses avantages

Le choix du système de serrage est avant tout une question de compromis. Les lacets restent une solution simple, légère et très efficace lorsqu’ils sont correctement ajustés. Ils permettent une répartition relativement homogène de la pression et offrent une esthétique souvent appréciée. Les systèmes à lacets sont aérodynamiques et plus légers que n’importe quelle autre solution de serrage. Leur principal défaut apparaît une fois sur le vélo : leur réglage est impossible en roulant. Ils demandent également un laçage suffisamment précis pour éviter les zones trop serrées ou trop lâches.

Pour certains, les lacets sont la solution la plus confortable.

Les systèmes à bandes velcro sont rapides et faciles à utiliser. Ils permettent de modifier facilement le serrage, y compris pendant une sortie, mais leur précision est généralement plus limitée. Ils restent particulièrement intéressants sur certaines chaussures de loisir, de triathlon ou pour les cyclistes qui privilégient la simplicité.

Les systèmes à boucle micrométrique ou à molette permettent au contraire d’obtenir un réglage très précis. Ils sont particulièrement pratiques lorsque le volume du pied évolue pendant l’effort, notamment lors des longues sorties ou par temps chaud. On peut alors ajuster la tension sans devoir retirer la chaussure.

Chez 3bikes, nous avons chacun nos préférences. Jeff adore les lacets pour leur côté épuré. Pierre-Maxime apprécie le côté simplifié des velcros pour les transitions rapides en triathlon. Et moi je n’utilise que des serrages à boucle micrométrique, car le volume de mon pied évolue pendant l’effort. Et j’ai souvent le besoin de resserrer la chaussure à la fin d’une sortie car mon pied est plus lâche à l’intérieur. Il n’existe donc pas un système universellement supérieur. L’essentiel est de pouvoir obtenir un maintien régulier et adapté à sa morphologie.

Quand le pied gonfle, le réglage devient encore plus important

Sur une sortie de plusieurs heures, le pied peut légèrement augmenter de volume. Ou diminuer dans mon cas. Un réglage parfait au départ peut alors devenir trop contraignant après deux ou trois heures. C’est pour cela que je n’arrive pas à me faire aux lacets.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les systèmes permettant de modifier facilement le serrage peuvent présenter un avantage pratique. Il devient possible de relâcher légèrement la pression sur l’avant du pied ou le cou-de-pied, puis de resserrer la chaussure avant une ascension ou un effort plus intense.

Certains coureurs professionnels expliquent d’ailleurs modifier leur serrage au cours d’une course. C’est notamment le cas de Kasia Niewiadoma-Phinney, qui indique adapter le serrage de ses chaussures selon les moments de l’effort : plus lâche au départ, puis davantage maintenu lorsque le besoin de puissance augmente.

Kasia Niewiadoma indique modifier sans cesse l’intensité de son serrage pendant la course. ©Team CANYON//SRAM

Jusqu’à 3 % de puissance supplémentaire dans les tests

Cette question de l’ajustement a récemment fait l’objet de travaux menés par le BOA Human Performance Fit Lab. Dans des tests spécifiques au cyclisme, les chercheurs ont comparé différentes configurations de chaussures et de serrage afin d’évaluer leur influence sur le transfert de puissance, le rendement énergétique et la vitesse.

Selon les résultats communiqués par le laboratoire, certaines configurations auraient permis d’améliorer le transfert de puissance jusqu’à 3 watts dans les conditions étudiées. Sur la durée de l’effort, l’avantage lié au rendement aurait atteint 4,5 watts. Ces résultats restent évidemment dépendants du protocole, de la chaussure utilisée, de la morphologie du coureur et des conditions de test. Ils ne signifient donc pas qu’un simple changement de serrage permettra à tous les cyclistes de gagner systématiquement quelques watts.

Mais le résultat le plus intéressant est peut-être ailleurs : la qualité de l’interface entre le pied et la chaussure peut avoir une influence mesurable sur la performance.

La chasse aux watts commence parfois par les détails

Pour le cycliste amateur, inutile de se précipiter sur la chaussure la plus chère ou la semelle carbone la plus rigide. Avant de chercher un hypothétique gain de quelques watts, il faut surtout vérifier les fondamentaux : une chaussure à la bonne pointure, adaptée à la largeur du pied, suffisamment rigide pour l’usage envisagé, un talon correctement maintenu, un serrage homogène et des cales correctement positionnées.

Une chaussure confortable et bien ajustée permet aussi de maintenir plus facilement une position stable au fil des heures. C’est particulièrement important sur les longues sorties, lorsque les petits mouvements ou les points de pression finissent par devenir gênants. La rigidité, elle aussi, doit être considérée dans son ensemble. Une semelle très rigide peut être intéressante pour les sprints et les efforts intenses, mais une rigidité extrême n’apporte pas nécessairement un avantage à tous les pratiquants. Le confort, le maintien et la capacité à conserver un pédalage efficace pendant plusieurs heures sont tout aussi importants.

Dans la chasse aux watts perdus, il est donc parfois plus pertinent de commencer par ce que l’on possède déjà. Une chaussure mal réglée, un pied qui bouge ou un serrage trop contraignant représentent des pertes de confort et potentiellement d’efficacité bien plus faciles à corriger qu’un changement de cadre ou de roues.

La connexion entre le cycliste et son vélo ne se limite pas aux pédales. Entre le pied et la manivelle, quelques millimètres, une semelle suffisamment rigide et un serrage correctement dosé peuvent contribuer à faire la différence. Pas forcément de manière spectaculaire, mais suffisamment pour rappeler une règle essentielle de la performance cycliste : avant de chercher les watts à gagner, il faut commencer par éviter ceux que l’on perd.

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Guillaume Judas

  - 54 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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