Partager la publication "Gravel : ce qu’un champion emporte sous sa selle"
Une crevaison en Gravel ne devrait être qu’un incident. En course, elle peut pourtant devenir en quelques secondes la frontière entre continuer à jouer devant et regarder les autres disparaître. Alors, que faut-il réellement emporter lorsqu’on prend le départ d’une longue épreuve ? Pompe électrique, cartouches de CO₂, mèches, chambre à air ? Plutôt que d’empiler du matériel « au cas où », nous avons posé la question à Maximilien Andréo, spécialiste du cyclo-cross, plusieurs fois champions de France master, déjà vainqueur de deux manches de la Gravel Crit Series et plusieurs fois qualifié pour les championnats du monde Gravel. Sa réponse tient presque en une philosophie : réparer vite, repartir encore plus vite… et prévoir malgré tout la dernière chance.
Par Jeff Tatard – Photos : DR / Maximilien Andréo
En Gravel, la crevaison fait partie du jeu
Il y a des questions que l’on se pose tranquillement devant son ordinateur et d’autres auxquelles on préférerait ne jamais devoir répondre au bord d’un chemin, le cœur à 170 pulsations, pendant que cinquante concurrents passent devant vous. Que faut-il réellement avoir sous la selle pour sauver sa course ?
C’est exactement la question que nous avons posée à Maximilien Andréo (Max pour les intimes). Pas à quelqu’un qui prépare sa première randonnée du dimanche, donc, mais à un garçon qui sait ce que signifie perdre trente secondes lorsque les autres n’attendent pas. Son premier choix est d’ailleurs assez révélateur. « Pompe électrique, valeur sûre, mais t’as perdu la course, c’est sûr… Perso, je prends la cartouche CO₂ pour la course et la pompe électrique pour l’entraînement. »

Voilà qui pose immédiatement le décor. Une mini-pompe électrique peut être extrêmement pratique pour l’entraînement : réutilisable, contrôlable et rassurante. Mais lorsque chaque seconde compte, le CO₂ conserve un avantage considérable : sa vitesse. Une cartouche, un percuteur adapté et quelques secondes peuvent suffire pour remettre rapidement de la pression.
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En Gravel, attention à la taille de la cartouche
Encore faut-il emporter suffisamment de gaz. Un pneu Gravel contient évidemment davantage de volume qu’un petit pneu de route. Maximilien insiste donc sur un détail qui peut transformer une réparation réussie en deuxième problème : « Attention, cartouche CO₂, il faut prendre les grosses. Sinon ton pneu ne va pas claquer. 25 g. »
L’idée mérite cependant une nuance : une cartouche de 25 g constitue une option cohérente pour disposer d’une réserve importante sur un pneu Gravel, mais la quantité nécessaire dépend du volume du pneu, de la pression recherchée et de la situation. Et « claquer » à nouveau un pneu totalement déjanté n’est jamais garanti avec une seule cartouche.
Autre précaution : le CO₂ n’est pas neutre pour tous les liquides préventifs. Certains fabricants annoncent une compatibilité complète ; Pirelli, par exemple, autorise le CO₂ avec son Cinturato Sealant uniquement en réparation d’urgence et recommande ensuite de remplacer le préventif, car le CO₂ accélère sa coagulation. Il faut donc vérifier les recommandations du fabricant de son propre sealant.
Avant de regonfler, encore faut-il boucher le trou
Car le CO₂ ne répare évidemment rien. Il remet de l’air dans un pneu que vous devez d’abord rendre étanche. Et c’est ici que Max nous a parlé d’un petit outil que beaucoup de pratiquants Gravel devraient probablement connaître : le Dynaplug.
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Le principe ressemble à celui d’une mèche tubeless, mais avec une exécution particulièrement rapide. Une petite mèche en caoutchouc viscoélastique est associée à un embout métallique ; on l’enfonce directement dans la perforation puis on retire l’outil. Dynaplug indique qu’il n’est nécessaire ni d’aléser préalablement le trou, ni d’ajouter de colle, ni d’attendre que quoi que ce soit sèche.
« Jette un œil à leur système. C’est vraiment top. C’est le principe d’une mèche, mais tu gagnes beaucoup de temps. » Et pour une fois, l’expression « gagner du temps » n’est pas seulement marketing. Un comparatif récent de kits tubeless a d’ailleurs distingué le Dynaplug Racer Pro précisément pour la compétition, notamment parce que plusieurs mèches peuvent être préchargées et immédiatement disponibles.
Petit trou, gros trou… et mèche de la dernière chance
Tous les trous ne racontent cependant pas la même histoire. Dynaplug propose plusieurs embouts et plusieurs volumes de mèches. La marque recommande notamment les pointes fines pour les perforations petites ou anguleuses et les Megaplugs pour les ouvertures plus importantes. Plusieurs mèches standard peuvent également être combinées lorsque le trou résiste.
Max résume cette dernière option avec beaucoup moins de vocabulaire technique : « C’est vraiment pour les très gros trous. C’est la mèche de la dernière chance ! » Et on aime beaucoup l’expression.
Parce qu’en Gravel, le meilleur kit de réparation n’est probablement pas celui qui répond parfaitement à une seule crevaison. C’est celui qui offre plusieurs niveaux de réponse. Le préventif se charge des petites perforations sans même que vous descendiez du vélo. Si le trou est trop important, la mèche entre en jeu. Si une mèche standard ne suffit plus, une mèche plus volumineuse ou plusieurs plugs peuvent sauver la situation. Et seulement ensuite vient le regonflage.
Le kit intelligent plutôt que l’atelier ambulant
Alors, que glisser réellement sous la selle avant une World Series, un Gran Fondo Gravel ou simplement une longue aventure loin de chez soi ? Un outil à mèches immédiatement accessible, plusieurs mèches dont au moins une destinée aux perforations importantes, un percuteur CO₂, une ou deux cartouches adaptées au volume de ses pneus et, sur une très longue épreuve, une chambre à air légère en ultime secours constituent une base particulièrement cohérente. Sur une sortie où quelques minutes n’ont aucune importance, une petite pompe mécanique ou électrique apporte en plus une sécurité appréciable.
Et surtout : apprenez à utiliser tout cela avant le jour de la course. Découvrir le fonctionnement d’une mèche avec les mains tremblantes, du préventif partout et le groupe qui disparaît au loin constitue une méthode pédagogique assez médiocre. Max résume finalement son système en une phrase : « Ça plus cartouche CO₂, il peut rien t’arriver. Moins d’une minute le pit-stop ! »
Bon, en Gravel, on évitera peut-être de promettre qu’il ne peut rien vous arriver. Une entaille de flanc, une jante endommagée ou un pneu totalement déchiré trouveront toujours le moyen de rappeler que la nature possède davantage d’imagination que notre sacoche de selle. Mais le principe est excellent : ne pas transporter de quoi reconstruire son vélo. Transporter exactement de quoi continuer sa course. Parce qu’au bout du compte, une bonne réparation en Gravel n’est pas celle dont on pourra raconter fièrement la complexité à l’arrivée. C’est celle qui nous aura permis d’y arriver.
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En bref : le kit de Max pour courir en Gravel
Pas besoin de transformer sa sacoche en atelier mobile. Voici ce que Max emporte réellement en compétition :
La philosophie : réparer vite, regonfler vite, repartir vite. Le meilleur kit n’est pas celui qui permet de tout réparer : c’est celui qui permet de sauver sa course sans transporter sa caisse à outils. |
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