Partager la publication "Garmin Stamina : sait-il vraiment ce qu’il vous reste ?"
Vous roulez depuis trois heures. Les jambes commencent à être moins bavardes, les bosses un peu plus longues et votre Garmin affiche encore 37 % de Stamina. Faut-il comprendre qu’il vous reste exactement 37 % d’énergie dans le corps ? Évidemment, non. Pourtant, derrière cette petite jauge se cache un outil beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît. À condition de comprendre ce qu’il mesure réellement, ce qu’il estime… et surtout ce qu’il ne pourra jamais savoir à votre place.
Par Jeff Tatard – Photos : DR
Une jauge d’essence… sans véritable réservoir
L’idée de Garmin est séduisante : estimer en temps réel ce qu’il vous reste comme capacité à produire un effort de qualité. La donnée évolue de 100 à 0 % pendant votre sortie et dépend notamment de votre niveau d’effort. Plus vous appuyez, plus elle peut descendre rapidement. Ralentissez et elle peut, dans certaines circonstances, remonter partiellement.
Mais attention au premier piège : Stamina ne mesure pas directement une réserve d’énergie présente dans votre organisme. Aucun capteur Garmin ne regarde combien de glycogène demeure dans vos muscles ni ne possède une petite caméra braquée sur vos mitochondries. Il s’agit d’une estimation algorithmique, construite à partir de vos données physiologiques et de votre historique d’entraînement.
Garmin prend notamment en compte votre condition physique estimée, vos activités récentes et plus anciennes, leurs durées, les distances parcourues, votre charge d’entraînement et votre tolérance personnelle aux efforts aérobies et anaérobies. En cyclisme, la qualité de l’estimation bénéficie également d’un historique cohérent de données de puissance. Plus Garmin vous connaît, plus son modèle dispose de matière pour essayer de vous comprendre.
Stamina et Stamina potentielle : la différence essentielle
C’est probablement ici que la fonction devient réellement intéressante. Garmin affiche en réalité deux réserves différentes : Stamina et Stamina potentielle.
La première représente votre capacité disponible compte tenu de l’intensité à laquelle vous êtes en train de rouler. Faites une grosse accélération, attaquez une côte au-dessus de votre FTP ou multipliez les changements de rythme et elle peut chuter rapidement. Revenez ensuite à une allure raisonnable et elle peut progressivement remonter.
La Stamina potentielle, elle, représente davantage votre plafond sur la durée. Elle tient compte de phénomènes plus durables associés à la fatigue générale, parmi lesquels Garmin cite notamment l’épuisement du glycogène, la fatigue du système nerveux central et les dommages musculaires. Elle descend donc progressivement au cours d’un effort prolongé et ne remonte pas simplement parce que vous avez arrêté de pédaler trente secondes dans une descente.Une image permet de comprendre : la Stamina représente ce que vous pouvez dépenser maintenant ; la Stamina potentielle représente ce qu’il reste dans votre budget total.
Pourquoi une attaque fait-elle plonger la jauge ?
C’est justement là que l’outil devient pédagogique. Sur une sortie régulière à intensité modérée, Stamina et potentiel ont tendance à rester relativement proches. Mais passez franchement au-dessus de votre FTP et la première peut décrocher beaucoup plus rapidement.
Votre Garmin ne vous dit alors pas nécessairement : « Vous êtes cuit. » Il vous indique plutôt que l’intensité actuelle n’est pas durable très longtemps.
Relâchez l’effort et une partie de cette capacité peut revenir. Voilà pourquoi observer Stamina après une attaque, une longue montée ou quelques relais particulièrement enthousiastes peut être instructif : on visualise immédiatement le prix physiologique approximatif d’un changement de rythme.
Peut-on vraiment lui faire confiance ?
Oui… mais certainement pas aveuglément. Garmin lui-même explique que la pertinence de Stamina dépend de la qualité des informations disponibles. Une fréquence cardiaque maximale incorrecte peut affecter plusieurs estimations physiologiques utilisées en cascade. En cyclisme, Garmin recommande, pour de meilleurs résultats, d’enregistrer régulièrement des sorties avec un capteur de puissance pendant plusieurs semaines, avec des durées et intensités variées.
Et puis un algorithme ne vit pas votre journée. Chaleur, hydratation, nutrition, sommeil, stress, sensations digestives ou fatigue inhabituelle peuvent modifier ce dont vous êtes réellement capable. Une jauge affichant 40 % ne constitue donc jamais une autorisation scientifique d’attaquer, pas plus qu’un 5 % ne signifie nécessairement que vous allez descendre du vélo dans 800 mètres. Votre corps conserve un droit de veto.
Là où Stamina devient vraiment intéressante
Sur une longue sortie, une cyclosportive ou une épreuve gravel, l’intérêt n’est finalement peut-être pas de connaître le chiffre exact, mais d’en observer la tendance. Vous êtes parti depuis quarante minutes et votre Stamina s’effondre déjà ? Peut-être êtes-vous simplement en train de payer beaucoup trop cher votre enthousiasme du départ.
À l’inverse, arriver dans la dernière heure avec une Stamina potentielle encore relativement élevée peut suggérer que vous avez géré votre effort avec prudence et qu’il reste éventuellement de la marge pour augmenter progressivement l’intensité. C’est probablement ainsi qu’il faut utiliser cette fonction : comme un conseiller, jamais comme un directeur sportif. Car votre Garmin ne saura jamais exactement ce qu’il vous reste dans les jambes. Mais après suffisamment de kilomètres passés à vous observer, il peut devenir assez bon pour vous montrer ce que vous êtes en train de leur demander. Et finalement, c’est peut-être beaucoup plus utile.
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