Le vélo peut-il remplacer les squats ?

Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Murcie suggère qu’un entraînement de force spécifique réalisé directement sur le vélo pourrait produire des gains comparables à ceux obtenus en salle avec des squats lourds. De quoi remettre en question la place de la musculation en préparation cycliste ? Pas si vite.

Par Guillaume Judas – Photos : depositphotos.com

Depuis quelques années, la musculation lourde est devenue un élément incontournable de la préparation des cyclistes de haut niveau. Les exercices comme le squat sont régulièrement recommandés pour améliorer la force maximale, la puissance et l’économie de pédalage. Mais une nouvelle étude publiée dans la revue European Journal of Applied Physiology vient nuancer cette approche : selon ses auteurs, un entraînement spécifique de force réalisé directement sur le vélo pourrait procurer des adaptations très proches.

Un protocole simple mais très exigeant

Les chercheurs de l’Université de Murcie (Espagne) ont suivi 37 cyclistes entraînés pendant dix semaines. Les participants ont été répartis en trois groupes : un premier réalisait un programme de squats lourds, un deuxième effectuait des exercices de force sur le vélo, tandis qu’un troisième poursuivait simplement son entraînement habituel.

Des exercices spécifiques en salle sont toujours plébiscités pour gagner en force sur le vélo.

Le protocole sur le vélo était volontairement très spécifique. Deux fois par semaine, les coureurs devaient réaliser entre cinq et huit séries de sept coups de pédale explosifs en danseuse, sur une pente d’environ 6 %, avec un braquet suffisamment important pour maintenir une cadence proche de 40 tr/min. Chaque série était séparée par trois à cinq minutes de récupération complète.

L’objectif était de produire une force maximale sur chaque coup de pédale, en reproduisant le recrutement musculaire recherché lors d’un exercice de musculation lourde.

Les chercheurs ont mis au point un protocole pour remplacer les squats sur le vélo.

Des gains comparables aux squats

Au terme des dix semaines, les deux groupes ayant suivi un entraînement de force ont obtenu des résultats très proches. Les chercheurs ont constaté une augmentation de la force musculaire, une amélioration des performances spécifiques au pédalage ainsi que des adaptations comparables des quadriceps et du tendon rotulien. À l’inverse, le groupe témoin n’a pratiquement montré aucune progression.

Selon les auteurs, la très faible cadence associée à un braquet élevé permettraient de recruter les unités motrices à un seuil élevé de manière similaire à des exercices de squat avec des charges lourdes, tout en restant parfaitement spécifique au geste du cycliste.

Musculation en salle ou sur le vélo : selon les auteurs de l’étude, les résultats peuvent être similaires pour une certaine catégorie de pratiquants.

Une solution intéressante pour les coureurs

Ces résultats pourraient séduire les coureurs qui disposent de peu de temps ou qui n’ont pas facilement accès à une salle de musculation. Une séance complète ne nécessite qu’une trentaine de minutes, échauffement et retour au calme compris.

De plus, l’exercice présente l’avantage d’être parfaitement spécifique au coup de pédale, ce qui pourrait faciliter le transfert des gains de force vers la performance sur le vélo.

La musculation reste toutefois irremplaçable dans certains domaines

Les auteurs de l’étude invitent néanmoins à ne pas tirer de conclusions hâtives. Les participants étaient exclusivement des hommes déjà bien entraînés. Les résultats ne peuvent donc pas être généralisés aux femmes, aux débutants ou aux pratiquants plus âgés.

Surtout, cette étude porte uniquement sur les adaptations liées à la force spécifique au pédalage. Elle ne remet pas en cause les nombreux bénéfices de la musculation démontrés par d’autres travaux scientifiques : amélioration de la densité osseuse, prévention de la sarcopénie, développement de la force générale, réduction du risque de blessures ou encore maintien de la masse musculaire avec l’avancée en âge.

Plusieurs méta-analyses publiées ces dernières années montrent d’ailleurs qu’un entraînement de force bien conduit améliore également la puissance maximale, l’économie de pédalage et les performances en contre-la-montre lorsqu’il est associé à l’entraînement d’endurance.

Ce qu’il faut retenir

Cette étude apporte un éclairage intéressant : lorsqu’il s’agit uniquement d’améliorer la force appliquée sur les pédales, des exercices très courts et très intenses réalisés sur le vélo pourraient constituer une alternative crédible aux exercices de musculation lourde.

Pour autant, elle ne signe pas la fin de la musculation chez les cyclistes. Les deux approches semblent davantage complémentaires que concurrentes. Les séances de force sur le vélo offrent une solution pratique et très spécifique au geste, tandis que la musculation conserve un rôle essentiel pour la santé, la prévention des blessures et le développement global des qualités physiques.

Sources : Romero-Arenas S. et al., European Journal of Applied Physiology (2026)

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Guillaume Judas

  - 54 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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