Partager la publication "Le VO₂ max estimé de Pogačar défie les limites humaines"
Une étude scientifique à paraître dans une revue à comité de lecture avance que le VO₂ max de Tadej Pogačar pourrait atteindre près de 96 ml/kg/min. Un niveau rarement observé chez l’être humain. Basés sur l’analyse de données publiques et de modèles physiologiques, ces travaux proposent une nouvelle méthode d’estimation. Tout en rappelant que ces résultats restent à confirmer par des mesures en laboratoire.
Par Guillaume Judas – Photos : depositphotos.com
Jusqu’où peut aller le moteur de Tadej Pogačar ? La question alimente les débats depuis plusieurs saisons, au fil des démonstrations du Slovène sur les plus grandes courses du calendrier. Selon nos confrères de BikeRadar, une nouvelle étude scientifique qui doit prochainement être publiée dans l’International Journal of Sports Physiology and Performance, tente d’apporter un élément de réponse en estimant le VO₂ max du quintuple vainqueur du Tour de France. Son verdict est spectaculaire : le champion de l’équipe UAE Team Emirates-XRG pourrait disposer d’une capacité aérobie comprise entre 94 et 98 ml/kg/min, avec une moyenne estimée à 96 ml/kg/min.
Une estimation basée sur les performances en course
Contrairement aux mesures classiques réalisées en laboratoire, les auteurs de l’étude (Sebastian Sitko, Kristian Berg et Pedro Valenzuela) ont choisi une approche différente. Ils ont exploité uniquement des données accessibles au public : profils des ascensions, temps réalisés, poids revendiqué du coureur et de son vélo, conditions atmosphériques, altitude ou encore données de puissance disponibles chez plusieurs de ses concurrents.
Quatre ascensions emblématiques des saisons 2024 et 2025 ont servi de base aux calculs : Plateau de Beille, Isola 2000, Peyragudes et le Passo di Ganda. L’objectif était d’évaluer la consommation d’oxygène nécessaire pour produire les performances observées, en tenant compte de nombreux paramètres physiques et physiologiques.
Une méthode validée avec Chris Froome
Pour vérifier la fiabilité de leur modèle, les chercheurs l’ont appliqué à Chris Froome, avec des données déjà connues. En utilisant uniquement des informations publiques concernant une ascension du Tour de France 2015, ils ont obtenu un quipeVO₂ max estimé à 85,3 ml/kg/min, très proche d’une valeur mesurée en laboratoire cette année-là (84,4 ml/kg/min) et communiquée par son équipe. Selon les auteurs, cette concordance renforce la crédibilité de leur approche et ouvre la voie à une estimation des capacités physiologiques des meilleurs coureurs à partir de leurs performances en compétition.
Des chiffres hors normes… mais à interpréter avec prudence
Si les résultats impressionnent, les chercheurs insistent sur le fait qu’il s’agit d’une estimation, et non d’une mesure officielle. Plusieurs paramètres essentiels demeurent inconnus, notamment la puissance exacte développée par Pogačar lors des ascensions étudiées ou son rendement musculaire réel, deux variables qui influencent directement le calcul du VO₂ max.
Les auteurs reconnaissent donc les limites de leur méthode, même s’ils soulignent que leurs hypothèses reposent sur des valeurs réalistes observées chez les meilleurs cyclistes professionnels.
Le VO₂ max ne fait pas tout
L’étude rappelle également qu’un VO₂ max exceptionnel ne suffit pas à expliquer les performances d’un champion. Les capacités tactiques, la gestion de l’effort, la résistance à la fatigue ou encore les qualités mentales restent des facteurs déterminants en compétition.
D’ailleurs, Pogačar lui-même expliquait récemment que ses chiffres de puissance n’avaient pas fondamentalement progressé ces dernières saisons, mais que sa lecture de la course et sa prise de décision s’étaient nettement affinées.
Des données qui resteront probablement secrètes
Les chercheurs espèrent désormais que le Slovène ou son équipe accepteront un jour de publier un test de laboratoire ou des fichiers de puissance complets afin de confronter leur modèle à la réalité. Ils reconnaissent toutefois que ces informations constituent aujourd’hui un avantage stratégique majeur et qu’il est peu probable qu’elles soient rendues publiques.
Bien sûr, cette estimation reste entourée d’incertitudes. Mais même en tenant compte de cette marge d’erreur, elle donne un ordre d’idée du moteur exceptionnel dont disposerait le Slovène. Si ces performances hors normes sont bien le fruit de ses seules qualités physiologiques et de son entraînement, alors Pogačar pourrait tout simplement être le plus grand champion des sports d’endurance que l’humanité ait jamais connu. Une affirmation à prendre avec des pincettes, mais qui illustre l’ampleur de ce que ses performances inspirent aujourd’hui aux observateurs comme aux scientifiques.
Sources : étude à paraître dans l’International Journal of Sports Physiology and Performance ; article de BikeRadar publié le 3 août 2026.
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