Partager la publication "MF Carbon Cycles : l’histoire derrière « Ma Famille »"
Certaines marques naissent d’une étude de marché, d’un business plan ou d’une ambition commerciale. D’autres voient le jour parce qu’un ingénieur pense avoir trouvé quelques grammes à gagner ou quelques watts à économiser. Et puis il existe celles qui apparaissent comme une réponse à la vie. MF Carbon Cycles appartient à cette seconde catégorie. Derrière ces deux lettres se cachent deux mots : « Ma Famille ». Derrière les cadres, les roues et les cintres en carbone se trouve l’histoire de Fabrice Joudioux, bientôt rejoint par Johan Langlais. Une histoire de vélo, bien sûr, mais surtout une histoire d’enfants, de reconstruction et de transmission. Pendant plusieurs heures, nous avons cherché à comprendre pourquoi cette marque existait avant même de nous intéresser à ce qu’elle fabriquait. Car parfois, l’histoire d’une entreprise permet de comprendre bien davantage que sa simple fiche technique.
Par Jeff Tatard – Photos : © MF CARBON CYCLE
Avant le carbone, il y avait une famille
Lorsque nous demandons à Fabrice Joudioux de nous raconter la naissance de MF Carbon Cycles, nous nous attendons naturellement à entendre parler de carbone, d’aérodynamisme ou de géométrie. Sa réponse prend immédiatement une autre direction. « Le tout premier chapitre, c’est la naissance de mes enfants. MF, cela veut dire « Ma Famille ». » À cet instant, tout devient plus clair. Ces deux lettres ne sont pas un nom choisi parce qu’il sonne bien. Elles racontent la raison même de l’existence de la marque.
Au fil de nos échanges, Fabrice nous explique que la naissance de MF Carbon Cycles est intimement liée à une période particulièrement difficile de sa vie familiale. Il raconte avoir traversé une séparation douloureuse, suivie d’une longue procédure judiciaire au cours de laquelle il a toujours contesté les accusations portées contre lui et dont il indique être finalement sorti blanchi. Plus encore que la procédure elle-même, c’est ce qu’il dit avoir ressenti qui explique aujourd’hui la philosophie de la marque. « Quand tu ne vois plus tes enfants, tu te demandes ce que tu vas faire. J’ai connu environ un an de dépression. Il fallait que je trouve une manière de ne pas rester sur cet échec et de laisser quelque chose de positif. »
À partir de ce moment-là, l’histoire cesse d’être celle d’un conflit personnel. Elle devient celle d’un homme qui refuse de laisser une épreuve définir le reste de sa vie. Certains auraient cherché à tourner la page. Fabrice choisit de construire. Et c’est précisément là que naît MF Carbon Cycles. Non pas d’une ambition commerciale, mais de la volonté de transformer une blessure en héritage.
Lehna sur le cadre, Aksel sur les roues
À cette époque, Fabrice roule sur un vélo Lapierre. Lorsque le cadre casse, il faut trouver une solution compatible avec son budget. Un ami lui parle alors des cadres carbone fabriqués en Asie. La curiosité prend rapidement le dessus. Les recherches se multiplient, les fabricants sont comparés, les procédés de fabrication étudiés. Ce qui devait n’être qu’un simple remplacement devient progressivement une véritable découverte.
Le premier vélo est commandé. Mais avant même de penser aux performances, Fabrice décide d’y inscrire ce qui compte le plus pour lui. Sur le cadre apparaît le prénom de sa fille, Lehna. Sur les roues, celui de son fils, Aksel. « Au départ, je voulais simplement rouler sur un vélo qui me rappelle que j’avais toujours mes enfants. Je ne voulais pas que cette histoire se termine uniquement sur quelque chose de mauvais. » Ce premier vélo n’est pas encore un produit. C’est un symbole. Presque un talisman. Une manière de continuer à emmener ses enfants avec lui, sortie après sortie. Puis viennent les premiers kilomètres.
Le comportement du cadre surprend agréablement. Les performances sont au rendez-vous. Fabrice affine ses recherches, découvre de nouveaux fournisseurs, améliore les décorations et imagine progressivement ce qui deviendra quelques années plus tard MF Carbon Cycles. Le nom existait déjà. Son sens, lui, n’était pas encore complètement défini. « À partir de ce moment-là, MF est vraiment devenu « Ma Famille ». Depuis le début, il fallait que cela représente la famille. » Le hasard avait peut-être choisi deux lettres. Fabrice leur donnera une histoire.
Johan Langlais, bien plus qu’un associé
Toutes les entreprises ont un jour besoin d’un associé, d’un partenaire ou d’un investisseur. Chez MF Carbon Cycles, l’histoire commence autrement. Lorsque Johan Langlais apparaît dans le récit de Fabrice, il n’est jamais présenté comme un futur associé. Il est d’abord un ami. Un homme qui partage la même passion du vélo et qui, selon Fabrice, est resté présent à ses côtés dans une période où beaucoup se seraient probablement éloignés.
À l’époque, Johan commercialise déjà des produits fabriqués en Asie par l’intermédiaire d’un distributeur. Un jour, il contacte Fabrice pour lui parler d’une paire de roues présentée comme une opportunité exceptionnelle. La réponse est immédiate. « Johan m’a parlé d’une paire de roues proposée à 1 000 euros au prix coûtant. Je lui ai répondu que ce n’était pas possible. Quand il a compris qu’il s’était fait avoir, il m’a proposé que nous avancions ensemble. »
Cette conversation marque un tournant. Les deux hommes possèdent des compétences complémentaires. Johan maîtrise déjà une partie de la commercialisation. Fabrice connaît de mieux en mieux les fabricants, les produits et nourrit une véritable passion pour la personnalisation. Ils auraient pu passer des semaines à rédiger des statuts complexes ou un pacte d’associés. Ils font exactement l’inverse. « Johan m’a dit : « On ne fait même pas de contrat. On passe un contrat moral, on développe MF et on fait avancer le projet. Quand de l’argent rentrera, on verra comment on s’organise. » » Dans une entreprise dont le nom signifie « Ma Famille », cette confiance paraît presque évidente. Plus encore qu’un associé, Johan devient rapidement l’un des piliers de l’aventure.
Le vélo comme prolongement de son propriétaire
Les premières réalisations commencent à circuler sur les réseaux sociaux. Elles ne ressemblent pas vraiment aux vélos habituellement proposés sur le marché. Les couleurs remplacent progressivement les décorations standardisées. Les demandes arrivent doucement. Puis un cycliste breton contacte l’équipe. Il ne souhaite pas seulement acheter un vélo. Il veut un vélo qui raconte son identité. Fabrice et Johan imaginent une décoration entièrement inspirée de la Bretagne. « Il nous a répondu : « C’est génial, c’est exactement ce que je veux. » Et tout est véritablement parti de là. » Le premier vélo est vendu. Puis un deuxième. Puis un troisième.
Très vite, les commandes dépassent la Bretagne. À mesure que la marque grandit, une conviction s’impose. Un vélo ne devrait jamais être simplement beau. Il devrait raconter quelque chose de son propriétaire. Aujourd’hui encore, cette philosophie reste au cœur de MF Carbon Cycles. « Quelqu’un peut venir nous voir après être allé chez un concurrent et nous dire : « On me propose un trait jaune, mais ce n’est pas vraiment une personnalisation. » Nous, nous voulons que le vélo corresponde réellement à la personne. »
Dates importantes, couleurs, symboles, souvenirs sportifs, références familiales… chaque projet devient une page blanche. L’objectif n’est pas de vendre un vélo unique parce qu’il est rare. L’objectif est de vendre un vélo unique parce qu’il ne pourrait appartenir à personne d’autre.
La personnalisation ne suffit pas
Pour autant, Fabrice refuse de réduire son travail à une simple décoration. La sélection des cadres, des roues et des composants fait l’objet d’un véritable travail de recherche. Les fournisseurs sont choisis selon leurs spécialités respectives. « Tous peuvent prétendre savoir tout faire. Mais nous savons que l’un sera particulièrement bon pour la piste, un autre pour la route et un autre pour les roues. Nous voulons travailler dans la durée et créer une relation de confiance. » Le discours est assumé. Oui, les cadres sont fabriqués en Asie.
Comme une immense partie de la production mondiale. La différence, selon Fabrice, ne réside pas dans l’origine géographique. Elle réside dans le choix des partenaires, le cahier des charges, le contrôle qualité, le montage et surtout la relation créée avec chaque client. Une définition résume parfaitement cette philosophie. Du prêt-à-porter sur mesure.
Quand François Pervis écrit une nouvelle page
Toutes les jeunes marques rêvent un jour de convaincre un grand champion. Pour MF Carbon Cycles, ce moment prend le visage de François Pervis. Champion du monde à plusieurs reprises, médaillé olympique et référence absolue de la piste française, il représente une formidable opportunité… mais aussi un immense défi. Les moyens financiers restent modestes. Les deux fondateurs choisissent donc la transparence. « Nous lui avons expliqué que nous pouvions lui offrir son vélo, mais que nous n’avions pas les moyens de lui verser immédiatement une rémunération importante. François a accepté que nous commencions ainsi. »
Le vélo imaginé pour François Pervis ne ressemble à aucun autre. Les titres nationaux, européens et mondiaux, les records, la médaille olympique, les feuilles d’or… Chaque détail raconte un morceau de sa carrière. « Ce vélo est gravé dans le marbre. Il raconte toute son histoire. » À lui seul, il résume probablement ce que signifie la personnalisation chez MF Carbon Cycles. Il ne s’agit plus de peindre un cadre. Il s’agit de raconter une vie.
Des ateliers aux vélodromes internationaux
Au fil des années, MF Carbon Cycles développe une véritable expertise dans l’univers de la piste. Deux cadres obtiennent leur homologation UCI. Des cintres spécifiques voient le jour. L’équipe Arcalpin adopte notamment l’AéroMF. Pour une structure indépendante, cette étape représente un investissement considérable. Plans, essais, homologations, développement… Fabrice estime l’investissement consacré aux deux cadres à près de 40 000 euros. Une partie de cette somme provient de ses parents. « Cet investissement a notamment été rendu possible par une donation de mes parents. Quand je dis « Ma Famille », ce ne sont pas seulement deux mots inscrits sur un logo. » La phrase résonne comme un rappel. Chez MF, la famille n’est pas seulement l’origine du projet. Elle accompagne encore son développement.
Aujourd’hui, les vélos quittent régulièrement l’atelier pour rejoindre des cyclistes en France, mais aussi au Danemark, en Grèce, en Corée du Sud ou encore en Australie. « Parfois, Johan et moi nous arrêtons et nous nous disons : nous sommes passés du premier client qui voulait un vélo breton à quelqu’un qui vient nous chercher depuis l’Australie. »
Une histoire qui dépasse le commerce
Avant de quitter Fabrice, une dernière phrase reste en mémoire. « Depuis le début, nos clients ne restent pas vraiment des clients. Ils deviennent des amis. Bien sûr qu’il existe une relation commerciale, mais le lien ne se limite pas au commerce. » Tout au long de cette rencontre, une impression s’est progressivement imposée. Chez MF Carbon Cycles, les vélos ne constituent finalement que la partie visible de l’entreprise. Ce qui rassemble vraiment cette aventure, ce sont les liens humains. Le lien d’un père avec ses enfants. Celui de deux amis qui choisissent de se faire confiance sans contrat. Celui d’une famille qui accompagne financièrement le développement d’un projet. Et celui de clients qui souhaitent rouler sur un vélo racontant une partie de leur propre histoire.
Après l’histoire, place à la route
Pendant plusieurs heures, nous avons parlé de famille, de reconstruction, de confiance, de personnalisation et de passion. Nous avons découvert une entreprise qui ne ressemble finalement à aucune autre. Non pas parce qu’elle fabrique des cadres ou des roues en carbone. Mais parce que son histoire est née bien avant son premier vélo. MF Carbon Cycles est d’abord le projet d’un père qui refusait que l’une des périodes les plus difficiles de sa vie soit également la dernière à définir son avenir. Puis cette histoire est devenue celle de deux amis, de leurs proches, de leurs clients et de tous ceux qui ont choisi de croire à cette aventure. Mais raconter une histoire ne suffit jamais.
Chez 3bikes, nous avons toujours considéré qu’un produit devait être jugé pour ce qu’il est réellement une fois sur la route. Et justement… Pendant que nous découvrions les coulisses de MF Carbon Cycles, une paire de roues de la marque roulait déjà sous nos pneus. Nous avons choisi de consacrer un article entier à cet essai afin de lui laisser toute la place qu’il mérite. Dans les prochaines semaines, nous reviendrons donc avec le test complet des roues MF Carbon Cycles. Poids. Rigidité. Relance. Confort. Comportement au vent. Rendement. Parce qu’une belle histoire donne envie de découvrir une marque. Mais seule la route dira si ses produits sont à la hauteur des femmes et des hommes qui les imaginent.
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