Gravel Crit Series : les 4 hommes qui réinventent le gravel

Il existe des histoires qui naissent dans les bureaux des grandes fédérations. D’autres dans les salles de réunion des grandes entreprises. Et puis il y a celles qui prennent vie autrement. Un après-midi de canicule, le Tour de France tourne en arrière-plan lorsque j’ouvre une visioconf Teams. Quelques secondes plus tard, Hugo Foulon apparaît à l’écran. Je pense découvrir l’histoire d’un nouvel événement. Je vais finalement écouter la naissance d’une idée. Pendant plusieurs heures, il me raconte la naissance de Gravel Crit Series. Une aventure qui, en quelques mois seulement, a convaincu Breitling, Oakley, PowerBar, Kenda ou encore CyclingCeramic de miser sur une idée qui, sur le papier, paraissait presque folle : inventer un nouveau format de course. Pas une énième épreuve gravel. Une nouvelle façon de courir, de regarder et de partager le vélo. Derrière Gravel Crit Series, il y a bien plus qu’un calendrier de compétitions. Il y a une vision, une bande d’amis, des nuits blanches, des refus administratifs, des coups de poker, une ambition assumée et une énergie communicative. Au fil de notre échange, Hugo m’ouvre les portes de cette aventure, sans jamais oublier de rappeler que cette histoire est avant tout celle de Nicolas Reboud, Nicolas Julien, Quentin Kurboucau… et de tous ceux qui continuent de croire que le cyclisme peut encore se réinventer. Voici le récit d’une idée qui aurait pu rester une simple conversation… et qui pourrait bien, demain, laisser une empreinte durable dans le paysage du vélo français.

Par Jeff Tatard – Photos : © Gravel Crit Series | @lindetcharlotte | @aeronico | @gregorylebourdais | @henriderochephotography

Il y a des interviews dont on ressort avec quelques citations. Et puis il y a celles dont on ressort avec une histoire. Une vraie. Pas celle que l’on prépare la veille en rédigeant soigneusement une liste de questions, mais celle qui s’impose d’elle-même au fil de la conversation, au point de vous faire oublier votre plan initial. Lorsque j’appelle Hugo Foulon en cette chaude après-midi de juillet, je pense simplement découvrir un nouvel organisateur dont tout le monde parle depuis quelques mois. Une heure est prévue à mon agenda. Elle ne suffira pas. Très vite, je comprends que je ne suis plus en train de parler d’un calendrier de compétitions. J’écoute la naissance d’une idée. Et les idées, lorsqu’elles sont racontées par ceux qui les portent depuis le premier jour, ont cette capacité rare de vous emmener beaucoup plus loin que vous ne l’aviez imaginé.

Avant même le premier coup de sifflet, tout est déjà là : le Defender, le gravel, le goût des chemins de traverse et cette envie permanente de faire les choses autrement. Chez Hugo Foulon, le style n’est jamais une posture. C’est une façon de penser.

Dehors, la France étouffe sous une chaleur écrasante. Le Tour de France déroule tranquillement son scénario quotidien tandis que les images de l’étape tournent sur un écran à côté de mon ordinateur. Les voix des commentateurs d’Eurosport s’invitent parfois dans notre échange, comme un fond sonore naturel. C’est presque symbolique. Pendant que les meilleurs coureurs de la planète écrivent une nouvelle page de la Grande Boucle, quatre passionnés, dans une tout autre dimension, sont peut-être en train d’écrire l’une des plus belles histoires du gravel français. Car depuis plusieurs semaines, un nom revient avec une étonnante régularité dans toutes les conversations (et semble s’être également invité dans tous les algorithmes Instagram) : Gravel Crit Series.

Au départ, je l’avoue, je reste prudent. Le monde du vélo adore les nouveautés. Chaque saison apporte son lot de concepts révolutionnaires, de formats censés tout bouleverser et de projets qui disparaissent parfois aussi vite qu’ils sont apparus. Pourtant, cette fois, quelque chose est différent. Les premiers à attirer mon attention sont Dany Maffeis et Max Andreo. Deux garçons qui connaissent parfaitement leur sujet, qui roulent énormément et qui ne s’enthousiasment pas facilement. À plusieurs reprises, ils me parlent de ces courses organisées dans le parc de Meudon. Puis un jour, presque comme une évidence, ils me lâchent cette phrase qui va déclencher toute cette aventure journalistique : « Entre une nocturne Élite et une manche des Gravel Crit Series, notre choix est vite fait. Les Gravel Crit Series dans le parc de Meudon, c’est le kiff suprême. » Cette phrase suffit à éveiller ma curiosité. Quelques jours plus tard, Steve Chainel évoque lui aussi le projet. Les réseaux sociaux commencent à diffuser des images spectaculaires. Les partenaires prestigieux arrivent les uns après les autres. Dès lors, une seule question m’obsède : qu’ont-ils donc créé pour provoquer un tel enthousiasme ?

Déjà double vainqueur des Gravel Crit Series, Max Andreo fait partie de ceux qui nous ont donné envie de décrocher le téléphone. Lorsqu’un coureur de ce calibre vous dit qu’il choisirait Meudon plutôt qu’une nocturne Élite, on tend naturellement l’oreille.

J’aborde donc cette interview avec l’idée de découvrir un concept. Je vais finalement rencontrer une aventure humaine. Car avant même de répondre à ma première question, Hugo Foulon tient à poser une condition. Une seule. Elle est simple, mais elle résume déjà parfaitement l’état d’esprit qui anime Gravel Crit Series. « Je veux juste te demander une chose. N’écris pas un article sur moi. Cette histoire n’est pas la mienne. Elle est celle de quatre personnes. » Puis il énumère leurs noms presque dans un même souffle : Nicolas Reboud, Nicolas Julien, Quentin Kurboucau… et moi. Toujours les quatre. À cet instant précis, je comprends que je ne vais pas raconter le parcours d’un homme, mais celui d’une équipe. Et qu’au-delà des courses, des partenaires ou des réseaux sociaux, c’est peut-être précisément cette aventure collective qui explique pourquoi Gravel Crit Series est déjà en train de prendre une place à part dans le paysage cycliste français.

Tout a commencé bien avant Gravel Crit Series

En discutant avec Hugo, je m’attends naturellement à ce qu’il me raconte comment est née Gravel Crit Series. Je me trompe. Lui remonte beaucoup plus loin. Bien avant les premiers circuits dessinés dans le parc de Meudon. Bien avant les partenaires prestigieux. Bien avant les publications Instagram qui feront découvrir le projet à des milliers de passionnés. Il revient au commencement. Parce qu’à ses yeux, on ne comprend pas Gravel Crit Series si l’on ne comprend pas d’abord ceux qui l’ont imaginée.

Le premier à entrer dans le récit est Nicolas Reboud. Beaucoup le connaissent comme le fondateur de Shine, la néobanque devenue une référence pour les indépendants avant son rachat. Lui préfère parler du passionné de vélo. De celui qui passe des soirées entières à regarder des vidéos de critériums australiens, américains ou britanniques sur YouTube. Ces courses spectaculaires disputées dans des parcs, au cœur des villes, où les spectateurs peuvent presque toucher les coureurs en pleine trajectoire. « Nicolas me disait souvent : un jour, il faut qu’on fasse ça chez nous. » Au début, l’idée ressemble davantage à un rêve qu’à un véritable projet. Mais les rêves ont parfois cette étrange capacité à trouver les bonnes personnes au bon moment.

On connaît souvent Nicolas Reboud pour avoir fondé Shine. Hugo, lui, préfère parler du passionné de vélo. Celui qui, pendant des années, a nourri un rêve un peu fou : offrir à la France un critérium capable de faire vibrer autant les coureurs que les spectateurs.

À ses côtés apparaît Nicolas Julien. Ancien responsable de Moots France, aujourd’hui à la tête de Trust Cycle, il apporte une autre sensibilité. Celle du beau vélo. De la culture du matériel. De l’exigence technique. Hugo en parle avec beaucoup de respect. Chez lui, rien n’est laissé au hasard. Chaque détail compte. Chaque choix doit avoir du sens. Une qualité qui deviendra rapidement essentielle lorsqu’il faudra construire un événement crédible jusque dans les moindres finitions.

Puis vient Quentin Kurboucau. Son parcours est encore différent. Ancien triathlète professionnel, vainqueur notamment du prestigieux Triathlon de Deauville, finisher des plus grandes épreuves internationales, il connaît parfaitement le haut niveau et tout ce qu’il exige. Aujourd’hui engagé dans le secteur de la défense, il continue pourtant d’entraîner des cyclistes. Là encore, le profil surprend. Rien ne destinait vraiment ces trois hommes à devenir organisateurs de courses. Ils viennent d’univers différents, possèdent des compétences différentes et n’ont jamais monté un événement d’une telle ampleur.

Il existe des hommes qui cherchent simplement à terminer une course. Quentin Kurboucau fait partie de ceux qui cherchent d’abord à découvrir ce qu’il y a derrière l’horizon. C’est sans doute pour cela qu’il était destiné à construire Gravel Crit Series.

Il leur manque pourtant encore une pièce. Cette pièce s’appelle Hugo Foulon.

Son histoire est probablement la plus inattendue des quatre. Contrairement à beaucoup d’acteurs du milieu, il n’est pas né sur un vélo. Il n’a pas grandi dans les pelotons des écoles de cyclisme. Il découvre véritablement ce sport à une vingtaine d’années avec un objectif aussi simple que pragmatique : trouver un moyen de transport économique. « Je voulais juste le vélo le moins cher possible et qui demande le moins d’entretien. » Ce sera un fixie. Un choix presque banal à l’époque. Mais il va changer sa vie.

Ce vélo devient rapidement bien plus qu’un moyen de se déplacer. Il lui ouvre les portes d’un univers qu’il ne soupçonnait pas. À Rouen, Hugo crée sa propre entreprise de coursiers à vélo. Nous sommes alors bien avant l’explosion des plateformes de livraison que tout le monde connaît aujourd’hui. Son entreprise grandit rapidement. Une ville, puis deux, puis trois. Une poignée de livreurs deviennent plusieurs dizaines. Le projet fonctionne. Vraiment. Jusqu’au jour où les géants internationaux débarquent sur le marché avec des moyens financiers impossibles à concurrencer. Comme beaucoup d’entrepreneurs, Hugo comprend qu’il existe des batailles qu’il vaut mieux ne pas mener. Il revend son entreprise. Pour beaucoup, cette histoire aurait marqué une fin. Pour lui, elle marque un commencement. « Je me suis demandé ce que j’avais vraiment envie de faire de ma vie. »

Quelques années plus tôt, Hugo Foulon cherchait simplement le vélo le moins cher possible pour se déplacer. Le voilà présenté sous les couleurs d’Alpecin. La preuve qu’une passion naît parfois là où on ne l’attendait absolument pas.

La réponse tient en trois mots. Le vélo. Toujours le vélo. Il fonde alors Rush Club, imagine des sorties différentes, crée des événements, rassemble des communautés, expérimente de nouveaux formats. Sans forcément le savoir, il est déjà en train d’apprendre le métier qui donnera naissance, quelques années plus tard, à Gravel Crit Series. Car organiser une course ne consiste pas simplement à tracer un circuit. Il faut raconter une histoire, créer une ambiance, donner envie aux gens de revenir. Hugo l’a compris très tôt.

En parallèle, le compétiteur continue de grandir. Très vite. Trop vite, presque. Il décide même de consacrer une année entière à son entraînement. Une parenthèse totale. Un pari sur lui-même. Les progrès sont fulgurants. Au point d’être retenu parmi plusieurs milliers de candidats dans le programme de détection de talents d’Alpecin, destiné à offrir une chance aux meilleurs amateurs d’accéder au plus haut niveau. Le destin s’en mêle pourtant. La pandémie de Covid stoppe net l’élan du cyclisme mondial. Les courses disparaissent du calendrier. Les opportunités aussi. Beaucoup auraient parlé d’une occasion manquée. Hugo, lui, préfère parler d’un détour.

Ce détour le conduit vers le gravel. Puis chez Wish One. Ensuite sous les couleurs de Cinelli. Entre-temps, il décroche un titre mondial en pignon fixe et multiplie les expériences qui enrichissent sa vision du vélo. Une vision ouverte, moderne, décomplexée. Une vision dans laquelle l’expérience vécue compte souvent davantage que le simple résultat sportif.

Lorsque les quatre hommes se retrouvent enfin autour d’une table, ils ne le savent pas encore. Mais chacun apporte une pièce d’un puzzle qui n’existait encore dans la tête de personne. L’entrepreneur. L’expert matériel. L’ancien sportif de haut niveau. L’organisateur d’événements. Pris séparément, ils auraient probablement continué leurs chemins respectifs. Ensemble, ils vont imaginer quelque chose que personne, en France, n’avait encore réellement osé construire.

Et c’est finalement au détour d’une discussion presque anodine qu’Hugo prononce la phrase qui va tout faire basculer. « Pourquoi ne ferait-on pas un critérium… en gravel ? » À cet instant précis, sans le savoir, Gravel Crit Series vient probablement de naître.

Pendant des siècles, le parc de Meudon a vu défiler les rois, les chasseurs et les promeneurs. Aujourd’hui, ce sont des gravels lancés à pleine vitesse qui écrivent une nouvelle page de son histoire. Les quatre fondateurs ne cherchaient pas seulement un circuit. Ils cherchaient un décor à la hauteur de leur ambition.

Une idée qui, au départ, n’avait absolument rien d’évident

Aujourd’hui, lorsqu’on découvre les images des Gravel Crit Series, tout semble presque évident. Des centaines de spectateurs massés au bord du circuit, une terrasse dominant Paris, des partenaires prestigieux, des vidéos léchées qui envahissent les réseaux sociaux… À voir le résultat, on pourrait croire qu’il suffisait d’avoir une bonne idée pour que tout fonctionne. La réalité est infiniment plus complexe. Lorsque les quatre fondateurs commencent à réfléchir au projet, personne ne parle encore de Gravel Crit Series. Il est simplement question d’organiser un critérium. Un vrai. Rapide. Spectaculaire. Nicolas Reboudnourrit cette envie depuis des années en regardant des vidéos venues d’Australie, des États-Unis ou de Grande-Bretagne. Il adore cette proximité entre les coureurs et le public, cette impression que la course peut basculer à chaque virage. Mais très vite, une évidence s’impose : créer un critérium sur route en France n’aurait finalement rien de révolutionnaire. Le calendrier en compte déjà beaucoup. Les quatre hommes ne veulent pas ajouter une date de plus. Ils veulent créer quelque chose qui n’existe pas encore.

C’est alors qu’Hugo Foulon glisse une idée presque naturellement. « Et si on faisait ça… en gravel ? » Quelques secondes de silence suivent cette proposition. Puis les regards changent. Parce qu’en une seule phrase, tout devient différent. Le gravel possède déjà ses grandes aventures au long cours, ses courses d’endurance et ses immenses espaces. En revanche, personne n’a encore réellement imaginé appliquer à cette discipline les codes nerveux, explosifs et spectaculaires des critériums urbains. Le projet vient soudain de trouver son identité. Les quatre associés commencent alors à parcourir le parc de Meudon. Ils marchent, roulent, reviennent, modifient leurs tracés, imaginent un virage ici, une relance là, une portion plus technique un peu plus loin. Avant même de convaincre des partenaires ou des collectivités, ils doivent d’abord se convaincre eux-mêmes que leur intuition tient la route.

Comment ne pas tomber amoureux d’un circuit pareil ? D’un côté, les chemins du domaine de Meudon. De l’autre, la silhouette de la tour Eiffel qui veille sur la course. À cet instant, on comprend que Gravel Crit Series n’a pas seulement trouvé un parcours. Il a trouvé une identité.

Pour cela, ils organisent un premier test grandeur nature. Pas de communication. Pas de sponsors. Pas de mise en scène. Ils invitent simplement une vingtaine d’amis à venir rouler sur le circuit imaginé. À la fin de cette journée, le verdict est unanime. « On s’est regardés et on s’est dit qu’on tenait quelque chose. » Cette phrase, Hugo la prononce presque avec pudeur. Pourtant, c’est probablement le véritable acte de naissance de Gravel Crit Series. Car à partir de cet instant, l’idée cesse d’être une simple conversation entre passionnés. Elle devient un projet. Et comme tous les projets ambitieux, les premières difficultés ne tardent pas à apparaître…

Là où beaucoup se seraient arrêtés, eux ont simplement changé de chemin

À écouter Hugo raconter cette période, on comprend rapidement que le plus difficile n’a jamais été de trouver une bonne idée. Une idée, finalement, beaucoup de gens peuvent en avoir une. Ce qui fait la différence, c’est la capacité à continuer lorsque cette idée se heurte à la réalité. Et la réalité, dans le cas de Gravel Crit Series, s’appelle très vite autorisations, réunions, dossiers techniques, échanges avec les collectivités et discussions avec l’Office national des forêts. Les semaines passent. Les réponses tardent. Certaines sont encourageantes, d’autres beaucoup moins. Le calendrier avance plus vite que les validations administratives. Le projet semble parfois suspendu à quelques signatures. « Il y a eu des moments où l’on s’est vraiment demandé si on allait réussir à organiser cette première édition », reconnaît Hugo. Pourtant, jamais il ne me donne le sentiment que le groupe envisage sérieusement d’abandonner. Les quatre hommes semblent animés par une conviction presque obstinée : si ce n’est pas possible ici, alors ce sera possible ailleurs.

C’est probablement cette façon de penser qui va sauver le projet. Beaucoup auraient continué à s’acharner sur leur idée initiale. Eux décident de regarder le terrain autrement. Ils retournent marcher dans le parc, observent les lieux sous un autre angle, imaginent de nouvelles possibilités. Puis leurs regards se posent sur un endroit que personne n’avait véritablement envisagé jusque-là : la terrasse de l’Observatoire de Meudon. Le lieu est spectaculaire. Une immense esplanade ouverte sur Paris, avec la silhouette de la tour Eiffel qui se dessine au loin. On vient ici pour admirer un panorama exceptionnel, certainement pas pour assister à une course de gravel. C’est précisément ce qui séduit les quatre fondateurs. Si Gravel Crit Series veut proposer quelque chose de différent, alors le décor doit lui aussi sortir de l’ordinaire.

À pleine vitesse, un coureur traverse le premier plan tandis que la tour Eiffel veille, immuable, à l’horizon. Toute la philosophie de Gravel Crit Series tient peut-être dans cette image : faire dialoguer un patrimoine intemporel avec une vision résolument moderne du cyclisme.

Ils présentent leur projet. Ils expliquent leur vision. Ils parlent d’un événement populaire, familial, accessible, où les spectateurs ne seront plus relégués à plusieurs dizaines de mètres des coureurs mais au cœur même de l’action. Puis vient le temps de l’attente. Celui que connaissent tous les organisateurs d’événements. Les jours semblent durer des semaines. Jusqu’à ce que tombe enfin la réponse qu’ils espéraient. Le feu vert est donné. Ce n’est peut-être qu’une autorisation administrative sur le papier. En réalité, c’est beaucoup plus que cela. Gravel Crit Series vient de trouver son identité visuelle. Avant même le premier départ, le lieu raconte déjà une histoire. Les images qui seront diffusées quelques mois plus tard doivent autant à la beauté du site qu’à la qualité de l’organisation. Dans un monde où les réseaux sociaux jouent un rôle considérable, les quatre hommes viennent sans doute de réussir l’un de leurs plus beaux coups… sans encore en mesurer toutes les conséquences.

Il reste pourtant un problème majeur. Organiser une belle course ne suffit pas. Il faut des partenaires. Des marques capables de croire en un événement qui n’a encore jamais existé. Là encore, on pourrait imaginer de longues négociations, des dizaines de refus et des mois passés à convaincre. Hugo raconte les choses beaucoup plus simplement. Les discussions s’engagent avec des entreprises qui partagent leur vision. Pas uniquement des sponsors à la recherche d’un logo sur une arche d’arrivée, mais des acteurs qui comprennent que Gravel Crit Series propose autre chose qu’une compétition supplémentaire. Breitling, Oakley, PowerBar, Kenda, CyclingCeramic, Tavelo Au fil des semaines, les noms s’ajoutent les uns après les autres. Pour une première saison, la liste impressionne. Elle ne traduit pas seulement la qualité du projet. Elle témoigne surtout de la confiance que ces marques accordent à quatre hommes qui, quelques mois auparavant, n’avaient encore rien organisé ensemble.

Ancien responsable de Moots France, aujourd’hui fondateur de Trust Cycle, Nicolas Julien est l’une des pierres angulaires de Gravel Crit Series. Derrière son exigence technique et son sens du détail se cache un homme qui veille à ce que chaque élément, du choix des partenaires à l’expérience vécue par les coureurs, soit à la hauteur de la vision portée par les quatre fondateurs. La Breitling à son poignet n’est pas un simple accessoire : elle symbolise la confiance que des marques de premier plan accordent aujourd’hui à cette aventure.

Cette confiance, Hugo refuse pourtant d’en faire une finalité. Tout au long de notre échange, un mot revient régulièrement dans sa bouche : communauté. Bien avant de parler d’exposition médiatique, de retour sur investissement ou de développement commercial, il évoque les gens. Les coureurs. Les bénévoles. Les familles. Les enfants qui viennent découvrir le gravel pour la première fois. À plusieurs reprises, j’ai presque l’impression qu’il parle davantage de l’expérience vécue autour de la course que de la course elle-même. C’est sans doute là que réside la singularité de Gravel Crit Series. Les quatre fondateurs ne cherchent pas seulement à organiser une épreuve. Ils veulent créer un rendez-vous auquel on a envie d’assister, même lorsque l’on ne porte pas de dossard. C’est une nuance. Mais une nuance qui change absolument tout.

Envie de vivre l’expérience ?

La prochaine manche des Gravel Crit Series se disputera le jeudi 20 août 2026 sur la Terrasse de l’Observatoire de Meudon, à seulement quinze minutes de Paris. Finale A, Finale B, course féminine, village partenaires et afterparty : tout est réuni pour découvrir ce format qui bouscule les codes du gravel.

Les inscriptions sont ouvertes : S’inscrire à la prochaine manche des Gravel Crit Series

Ils n’ont jamais voulu organiser une course. Ils ont voulu créer une expérience.

Au fil de notre conversation, une chose me frappe. Hugo parle finalement assez peu de performance. Bien sûr, il aime la compétition. Son parcours suffit à le démontrer. Il a roulé au plus haut niveau, porté les couleurs de Wish One puis de Cinelli, remporté un titre mondial en pignon fixe et consacré une partie de sa vie à repousser ses limites. Pourtant, lorsqu’il évoque Gravel Crit Series, ce ne sont presque jamais les vainqueurs qui reviennent dans son discours. Ce sont les spectateurs. Les bénévoles. Les familles. Les enfants qui découvrent une course pour la première fois. Les copains qui restent discuter autour d’une bière bien après le dernier podium. Comme si, au fond, le résultat sportif n’était qu’un prétexte à quelque chose de plus grand.

Cette philosophie se retrouve dans chacun des choix opérés par les quatre fondateurs. Le format d’abord. Deux courses, afin que chacun puisse trouver sa place. Une épreuve relevée pour les meilleurs, une autre ouverte aux amateurs qui veulent simplement vivre une expérience différente. Une course féminine également, pensée comme un rendez-vous à part entière et non comme une simple parenthèse dans le programme. Rien n’a été conçu pour exclure. Au contraire. Tout semble avoir été imaginé pour faire tomber les barrières qui existent encore parfois dans le cyclisme. Le gravel est souvent présenté comme une discipline ouverte. Gravel Crit Series essaie simplement de pousser cette logique jusqu’au bout.

Le dossard porte le numéro 17. Mais, à cet instant, le classement n’existe pas encore. Il n’y a que l’excitation, l’impatience et ce sourire impossible à feindre. Les plus belles victoires commencent parfois bien avant le coup de sifflet.

Puis il y a ce détail qui, à mes yeux, résume presque à lui seul leur manière de voir le sport. Dans la plupart des compétitions, les plus belles récompenses sont réservées aux premiers. Les autres repartent avec leurs souvenirs. Ici, les fondateurs ont décidé d’inverser la logique. Le plus gros lot distribué au cours de la journée n’est pas forcément destiné au vainqueur. Il est tiré au sort parmi les participants qui ne sont pas montés sur le podium. Lorsque Hugo m’explique ce choix, sa réponse est désarmante de simplicité. « Celui qui termine cinquantième a peut-être autant donné que celui qui gagne. Pourquoi repartirait-il forcément les mains vides ? » Derrière cette phrase se cache une véritable philosophie. Une façon de rappeler que le vélo ne se résume pas toujours au classement affiché sur une feuille de résultats.

Cette approche explique sans doute pourquoi l’ambiance qui règne autour des Gravel Crit Series surprend autant ceux qui découvrent l’événement pour la première fois. Les spectateurs ne restent pas derrière des barrières, loin de l’action. Ils vivent la course. Ils encouragent. Ils courent parfois d’un virage à l’autre pour ne rien manquer. Ils discutent avec les coureurs avant le départ, les retrouvent après l’arrivée, croisent les partenaires, échangent avec les bénévoles. On retrouve presque l’atmosphère des cyclo-cross belges ou de certains critériums américains, où la frontière entre les acteurs et le public devient de plus en plus floue. On ne vient plus seulement voir une course. On vient passer une journée entière autour du vélo.

En écoutant Hugo raconter cette aventure, je repense à cette phrase de Dany Maffeis qui m’avait poussé à décrocher mon téléphone quelques semaines plus tôt. « Entre une nocturne Élite et une manche des Gravel Crit Series, notre choix est vite fait. » À l’époque, je pensais qu’il exagérait peut-être un peu. Aujourd’hui, je comprends beaucoup mieux ce qu’il voulait dire. Ce n’est pas une question de niveau sportif. Ni même de discipline. C’est une question d’émotion. Certaines courses sont parfaitement organisées. D’autres laissent un souvenir. Les Gravel Crit Series semblent déjà appartenir à cette seconde catégorie.

Sans le savoir, Dany Maffeis est à l’origine de ce reportage. C’est en l’écoutant raconter Gravel Crit Series avec un enthousiasme peu commun que j’ai eu envie de comprendre ce qui rendait cette course si différente des autres.

Et peut-être est-ce précisément ce qui explique la rapidité avec laquelle le projet a trouvé son public. Les réseaux sociaux n’ont pas créé le phénomène. Ils l’ont simplement amplifié. Une vidéo spectaculaire peut attirer un regard. Elle ne donne pas envie de revenir l’année suivante. Ce qui fidélise, c’est l’expérience vécue. Le bouche-à-oreille. Les discussions entre amis au retour de la course. Les messages envoyés à ceux qui n’étaient pas là. Les fameux « Tu aurais dû venir… » qui valent souvent toutes les campagnes de communication du monde. Les quatre fondateurs semblent l’avoir compris avant beaucoup d’autres : dans un univers où l’offre d’événements ne cesse de grandir, ce ne sont plus les courses qui marquent les esprits, ce sont les émotions qu’elles laissent derrière elles.

Le plus difficile commence maintenant

Les Gravel Crit Series n’ont qu’une saison derrière elles. À l’échelle du sport, ce n’est rien. Une promesse. Un premier chapitre. Les prochains mois diront si cette aventure s’installe durablement dans le paysage du gravel français ou si elle restera une belle parenthèse. Les quatre fondateurs en ont parfaitement conscience. Ils savent que le plus difficile n’est pas d’organiser une première édition réussie. Le plus difficile est de conserver cette exigence, cette fraîcheur et cette capacité à surprendre lorsque le succès commence à frapper à la porte.

Pourtant, en refermant mon ordinateur après plusieurs heures de conversation avec Hugo Foulon, je ne repense ni aux partenaires prestigieux, ni aux images spectaculaires de Meudon, ni même aux ambitions internationales que nourrit désormais le projet. Je repense à cette première réponse. À cette phrase prononcée avant même que l’interview ne commence : « N’écris pas un article sur moi. Cette histoire est celle de quatre personnes. »

Les palmarès impressionnent. Dany Maffeis, Max Andreo et Tom Paillard n’ont plus grand-chose à prouver sur un vélo. Pourtant, leurs sourires racontent peut-être la plus belle victoire de Gravel Crit Series : réussir à surprendre des coureurs qui pensaient avoir déjà tout vu.

Dans une époque où l’on célèbre souvent les individus avant les collectifs, cette précision n’avait rien d’anodin. Elle disait déjà tout. Elle racontait une aventure construite sans ego démesuré, où chacun apporte ses compétences, son regard et son expérience au service d’une même idée. C’est peut-être là, bien plus que dans le tracé d’un circuit ou la qualité d’une organisation, que réside la véritable force des Gravel Crit Series.

Je ne sais pas ce que deviendra cette aventure dans cinq ou dix ans. Personne ne le sait. Peut-être verra-t-on un jour des manches organisées dans d’autres pays. Peut-être que ce format inspirera d’autres organisateurs. Peut-être aussi que les Gravel Crit Series resteront un rendez-vous français, fidèle à l’esprit qui les a vues naître. Mais une chose paraît déjà certaine : ils ont rappelé à tout un milieu qu’il était encore possible d’inventer.

À force de professionnaliser le cyclisme, d’optimiser les performances et de chercher la formule parfaite, on finit parfois par oublier ce qui nous a fait aimer ce sport. L’émerveillement. L’audace. L’envie d’essayer quelque chose de nouveau sans savoir exactement où cela nous mènera. C’est précisément ce que ces quatre passionnés ont retrouvé. Ils n’ont pas réinventé le vélo. Ils ont simplement osé le regarder autrement.

Et au fond, c’est peut-être cela, la plus belle victoire des Gravel Crit Series. Bien avant les podiums, les partenaires ou les montres Breitling promises aux vainqueurs du classement général, ils ont réussi quelque chose de beaucoup plus rare : redonner à des centaines de passionnés cette irrésistible envie de dire, au lendemain d’une course : « La prochaine, j’y serai. »

LES QUATRE VISAGES DERRIÈRE GRAVEL CRIT SERIES

Quatre hommes. Quatre parcours. Quatre sensibilités. Une même envie : imaginer une nouvelle manière de vivre la compétition cycliste.

Nicolas Reboud


Entrepreneur, cofondateur de Shine et passionné de critériums
LinkedIn : @nicolasreboud

Nicolas Julien

Fondateur de Trust Cycle et gardien de l’exigence technique du projet
Instagram : @nico_trust_cycles

Quentin Kurboucau


Ancien triathlète professionnel, entraîneur et aventurier au long cours
Instagram : @kent_1_nus

Hugo Foulon


Coureur, organisateur et créateur d’expériences cyclistes hors des sentiers battus
Instagram : @hugofoulon

Pour suivre toutes les prochaines manches, les coulisses et l’actualité du championnat : @gravelcritseries

=> Pour mieux comprendre l’univers de cette fabuleuse organisation : GRAVEL CRIT SERIES

=> Et ici, si vous voulez découvrir tous nos autres portraits : Tous nos articles Portraits

Jean-François Tatard

- 45 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

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