Partager la publication "Premier essai du nouveau Specialized S-Works Tarmac SL9"
Trois ans après le lancement du Tarmac SL8, Specialized dévoile le tout nouveau Tarmac SL9, présenté par la marque californienne comme le vélo de route le plus rapide jamais conçu. Plus aérodynamique et tout aussi incisif sur la route, ce nouveau modèle repose sur une philosophie inédite baptisée Time To Finish, qui entend dépasser les traditionnels compromis entre poids, rigidité et pénétration dans l’air. Avant sa présentation officielle, seuls quelques journalistes dans le monde ont eu l’opportunité de prendre son guidon. Nous faisions partie de ce cercle très restreint. Voici ce qu’il faut savoir avant de découvrir nos impressions sur la route.
Par Guillaume Judas – Photos : ©Etienne Schoeman/Specialized 
Depuis son apparition au début des années 2000, le Tarmac est le fer de lance de la gamme Specialized. Conçu comme un vélo de compétition capable d’exceller sur tous les terrains, il a accompagné certaines des plus grandes victoires du cyclisme moderne, des Monuments aux Grands Tours.
Au fil des générations, le Tarmac a constamment évolué pour intégrer les dernières avancées en matière de carbone, d’aérodynamisme et de précision de pilotage. Une progression qui a atteint un tournant majeur avec le Tarmac SL7 en 2020, lorsque Specialized a fusionné les qualités de son vélo léger avec celles du Venge, son ancien modèle aérodynamique.
Le SL8, lancé en 2023, avait déjà poussé très loin cette logique de convergence en revendiquant simultanément un gain aérodynamique sensible, un poids record et un confort en progression. Avec le SL9, Specialized estime désormais avoir franchi une nouvelle étape.
Time To Finish : une nouvelle manière de concevoir la vitesse
Plutôt que de communiquer uniquement sur les watts économisés ou les grammes gagnés, Specialized centre désormais tout son discours autour d’un indicateur unique : le Time To Finish, soit le temps nécessaire pour parcourir un parcours réel. Car, selon la marque, un vélo de course ne devrait pas être seulement conçu pour être le plus léger sur une balance ou pour être le plus rapide dans une soufflerie, mais pour permettre à son utilisateur de franchir la ligne d’arrivée devant ses adversaires.
Pour concrétiser cette approche, les ingénieurs de Morgan Hill ont développé un système de simulation intégrant l’ensemble des paramètres influençant la performance : aérodynamisme du cycliste et du vélo, masse totale du système, rendement mécanique, résistance au roulement, profil du parcours, état de la chaussée, vent ou encore puissance développée. Selon Specialized, cette approche inspirée de la Formule 1 permet d’optimiser chaque détail en fonction des situations de course réellement rencontrées sur les plus grandes épreuves du calendrier World Tour.
Comme pour le SL8, Specialized insiste sur l’importance de mesurer le système vélo-cycliste dans son ensemble. Les essais en soufflerie ont ainsi été réalisés avec la sixième génération du mannequin articulé développé par la marque. Capable de reproduire les mouvements de pédalage d’un coureur réel, ce dispositif permet d’obtenir des mesures plus représentatives des conditions de course que les protocoles traditionnels réalisés avec un vélo seul ou un mannequin statique. L’ensemble des données récoltées a ensuite alimenté les simulations utilisées par les ingénieurs de la marque lors du développement du Tarmac SL9.
Fort de ces travaux, Specialized affirme ainsi que le Tarmac SL9 serait 5 secondes plus rapide que le SL8 sur la montée de l’Alpe d’Huez, et entre 16 et 30 secondes plus rapide que ses principaux concurrents. Cela paraît peu, sauf si l’on se souvient qu’en 2024, Demi Vollering a perdu le Tour de France Femmes avec Zwift au sommet de l’Alpe d’Huez pour… 4 secondes. Des chiffres qui restent cependant invérifiables de notre côté, habitués que nous sommes depuis des années aux discours marketing bien rodés, et pas seulement de la part de la marque américaine.
Un cadre plus rapide mais pas plus léger
Au cœur du Tarmac SL9 S-Works se trouve un tout nouveau cadre en carbone Fact 12r (le plus haut niveau de réalisation de la marque américaine) dont le poids annoncé atteint seulement 687 g en taille 56. Un chiffre remarquable pour un vélo intégrant un niveau d’intégration et de recherche aérodynamique aussi poussé, mais identique à son prédécesseur, qui affichait pour sa part 685 g.
Specialized annonce également un gain de 4 watts à 45 km/h par rapport au Tarmac SL8, pourtant déjà considéré comme l’un des vélos polyvalents les plus performants du marché. Pour obtenir ce résultat, pratiquement tous les tubes ont été redessinés. Parmi les évolutions les plus visibles figure la nouvelle version du célèbre Speed Sniffer, le tube de direction caractéristique de la gamme. Plus étroit de 4 mm qu’auparavant, il bénéficie d’une réduction de 10 % de sa surface frontale grâce à un système de passage de câbles inédit utilisant un pivot de fourche déporté breveté.
Le tube diagonal a également été abaissé pour améliorer l’écoulement de l’air autour de la roue avant, tandis que la fourche Flow Fork adopte un profil entièrement revu, avec des fourreaux plus larges et plus d’espace avec le pneu, pour favoriser l’écoulement de l’air. À l’arrière, le nouveau concept Win Fin est directement issu de l’analyse des échappées lors des courses professionnelles, où les coureurs roulent le plus souvent avec un seul bidon. Une optimisation très spécifique qui permettrait à elle seule de gagner environ 0,5 watt.


Le poste de pilotage Roval Rapide du SL8 est conservé, au contraire de la tige de selle, qui adopte une forme un peu plus profilée sur sa partie supérieure. Enfin, il faut noter que le kit cadre S-Works, vendu tout de même 5799 €, bénéficie de série d’un boîtier de pédalier CeramicSpeed et de roulements de la même marque pour le jeu de direction, afin d’assurer une excellente fiabilité et limiter les interventions mécaniques à ce niveau-là une fois le vélo monté.

ADN conservé
Avec le SL9, Specialized a bien entendu souhaité conserver les qualités dynamiques qui ont fait la réputation du Tarmac. La marque affirme ainsi avoir maintenu exactement les mêmes objectifs de rigidité et de confort que sur le SL8 malgré les évolutions aérodynamiques. Le concept Rider First Engineered est toujours de la partie avec des stratifications spécifiques à chaque taille de cadre afin de garantir des sensations identiques quelle que soit la taille de l’utilisateur. Si la filiation entre cette dernière génération de Tarmac et la précédente est évidente, nous avons tout de même relevé quelques subtilités sur la route, dont nous reparlerons plus loin.
Les montages les plus légers descendent à 6,55 kg complets (poids vérifié en taille 56, sans pédales mais avec deux porte-bidons), un chiffre qui place le Tarmac SL9 parmi les références absolues du marché, tout en restant pleinement homologué pour la compétition professionnelle.
Au sommet de la hiérarchie trône naturellement le S-Works Tarmac SL9, avec le cadre Fact 12r de 687 g, les roues Roval Rapide CLX III, le cockpit Rapide monobloc, les roulements CeramicSpeed ainsi que les groupes SRAM Red AXS ou Shimano Dura-Ace Di2, au prix de 13999 €. Les autres déclinaisons du nouveau fleuron de la marque américaine seront présentées un peu plus tard dans l’année.
Une vraie évolution sur la route ?
Comme toujours, un vélo de course ne se résume pas à des simulations, à des courbes en soufflerie ou à une fiche technique. La question est désormais de savoir si le Tarmac SL9 apporte réellement quelque chose de plus sur la route que le SL8, un vélo déjà largement plébiscité par ses utilisateurs, qu’ils soient compétiteurs professionnels, amateurs ou simples pratiquants sportifs.
Esthétiquement d’abord, l’évolution entre les deux modèles n’est pas révolutionnaire. Lorsque j’ai découvert pour la première fois la vingtaine de Tarmac SL9 qui nous attendaient bien alignés avant notre premier galop d’essai sur la Costa Brava, à la mi-mai, je n’ai pas été totalement surpris. Même poste de pilotage que le SL8, roues (Roval Rapide CLX III) déjà connues, groupe (SRAM Red) installé au sommet de la gamme depuis quelque temps déjà, mêmes logos et coloris toujours aussi profond et qualitatif, comme Specialized nous y a habitués. Tout cela confère au Tarmac SL9 une allure générale proche des dernières productions de la marque. C’est en regardant de plus près que l’on aperçoit une tête de fourche un peu plus massive que sur le SL8, ainsi qu’un tube de selle à l’apparence légèrement plus profilée, avec un appendice (Win Fin) qui épouse davantage les contours de la roue arrière et contribue à harmoniser le profil du vélo.
Les premières centaines de mètres ne déstabilisent pas non plus les habitués du SL8. La géométrie identique procure les mêmes sensations au niveau du poste de pilotage, que ce soit pour inscrire le vélo dans un virage ou pour se dresser sur les pédales en danseuse. Il faut toutefois hausser le rythme pour percevoir une différence de comportement, non pas tant en matière de rendement pur qu’en termes de stabilité. J’ai trouvé le Tarmac SL9 légèrement moins vif de l’avant que son prédécesseur, mais plus stable à haute vitesse, notamment dans les longues descentes où s’enchaînent sections rapides et portions plus techniques. La direction se montre un peu plus ferme ; certains diraient moins joueuse ou moins légère, mais aussi plus adaptée et plus rassurante aux vitesses habituellement rencontrées en compétition. Le SL8 avait déjà évolué dans ce domaine par rapport au SL7, mais c’est encore plus flagrant ici.
Cette partie avant un peu plus rigide, un peu plus posée sur la route, rend le vélo légèrement plus exigeant dans les forts pourcentages, puisqu’il demande une coordination un peu plus fine entre les jambes et le haut du corps pour rester efficace en danseuse lorsqu’on le balance de gauche à droite. Mais je dois également admettre avoir été perturbé par le nouveau choix de longueur de manivelles retenu par la marque. En effet, sur les trois premières tailles de cadre (je roule en taille 52), Specialized livre désormais ses vélos avec des manivelles de 165 mm, à l’instar d’autres constructeurs comme Cervélo ou Giant. Cette réduction de longueur se répercute également sur les autres tailles afin de suivre la tendance actuelle observée chez les compétiteurs. Un point à surveiller, voire à ajuster avec le revendeur, ce qui paraît normal sur une machine affichée à 13999 €.
Il est bien sûr difficile de porter un jugement définitif sur l’efficacité aérodynamique du vélo en dehors de mes parcours habituels. Le rendement général du Tarmac SL9 semble toutefois excellent, sans surprise, que ce soit face au vent ou dans les roues d’un groupe roulant à vive allure. On ne se sent jamais freiné ni contraint, tant la machine associe légèreté, rigidité et stabilité, sans oublier les qualités de roulement des roues et des pneumatiques Cotton TLR.
Même si le confort dépend avant tout de la position sur le vélo, il se montre également tout à fait satisfaisant, sans vibrations parasites ni dureté excessive. Le cadre est suffisamment rigide pour transmettre les informations nécessaires sur le revêtement et les conditions d’adhérence, sans pour autant secouer inutilement son utilisateur.
J’ai également eu l’occasion de tester le Tarmac SL9 avec des roues plus légères, les Roval Alpinist CLX III, permettant de gagner environ 180 g. Même si l’écart de poids reste modeste, le vélo se montre alors un peu plus réactif, un peu plus vif en danseuse et, au final, plus docile dans les longues ascensions, sans perdre sa stabilité en descente ni sa capacité à maintenir des vitesses élevées sur le plat, même s’il paraît peut-être un soupçon moins rapide qu’avec les roues à jantes hautes. Pour certains utilisateurs, ce montage pourrait constituer un excellent compromis.
L’aboutissement d’une formule déjà éprouvée
Au terme de cette première prise en main, le Tarmac SL9 ne bouleverse pas les repères établis par son prédécesseur. Et c’est sans doute volontaire. Plutôt que de chercher à réinventer une plateforme déjà considérée comme l’une des plus abouties du marché, Specialized a choisi d’affiner chaque détail pour gagner encore quelques précieuses secondes dans les conditions réelles d’utilisation.
Sur la route, les évolutions les plus perceptibles concernent avant tout la stabilité à haute vitesse et le sentiment de sérénité que procure le vélo dans les phases rapides. Le caractère très polyvalent qui a fait le succès du SL8 est toujours présent, avec un excellent équilibre entre rendement, légèreté, rigidité et confort.
Reste à savoir si les gains annoncés par la marque en matière d’aérodynamisme et de performance globale se traduiront de manière mesurable pour l’ensemble des utilisateurs. Comme souvent à ce niveau de gamme, les progrès deviennent de plus en plus difficiles à percevoir isolément sur le terrain. Une chose est néanmoins certaine : le Tarmac SL9 confirme la position du modèle comme l’une des références absolues du segment des vélos de route polyvalents destinés à la compétition.
Le nouveau SPECIALIZED TARMAC S-WORKS SL8 en bref… |
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