Partager la publication "Test des ENVE AR40 en version gravel : la route continue"
Et oui, il y a des tests qui se terminent. Et puis il y a ceux qui mutent. Des produits qu’on démonte proprement après quelques semaines avant de les rendre au magasin. Et d’autres qu’on regarde différemment au moment même où le protocole “officiel” semble terminé. Comme si quelque chose n’avait pas encore totalement été raconté. C’est exactement ce qui s’est passé avec les ENVE AR40. Après un mois à les rouler sur la route avec les Continental GP5000 TT TR en 30 mm, dans un article qui nous avait déjà profondément interrogés sur ce qu’était devenue une roue moderne, nous sommes retournés chez Mohawk’s avec une idée assez simple : et si cette paire n’avait pas encore montré sa vraie nature ?
Par Jeff Tatard – Photos : ©3bikes.fr
Pas une transformation marketing. Pas un “gravel build” Instagram pensé pour faire joli entre deux sacoches en cuir et un café filtre. Une vraie conversion. Les mêmes roues. Le même ADN. Mais cette fois montées sur notre vélo de test du groupe Rotor UNO Gravel électronique, avec des disques de 160 mm à l’avant comme à l’arrière, et des pneus Continental Terra Speed ProTection 700x45C envoyés à la rédaction pour un autre protocole d’essai. Et soudain, tout est devenu extrêmement logique. Ce montage ne donne pas l’impression d’adapter une roue route au gravel. Il donne plutôt l’impression de révéler ce que cette roue avait déjà en elle.
Quand une roue route cesse d’être une roue route
C’est probablement l’erreur qu’on continue de faire dans le vélo haut de gamme moderne : croire qu’une roue appartient encore à une catégorie précise. Route. Gravel. All-road. Performance. Adventure. Comme si les usages étaient encore aussi étanches qu’en 2018. En réalité, dès notre premier test routier des AR40, quelque chose dépassait déjà la simple logique “route performance”. La largeur interne de 25 mm racontait autre chose. Le comportement aussi. Cette sensation de plateforme stable, de filtration intelligente, de vélo qui cesse de rebondir nerveusement sur la route pour enfin commencer à la lire proprement. En fait, ces roues semblaient déjà penser comme du gravel rapide… sans encore quitter l’asphalte.
Alors forcément, le retour chez Mohawk’s ressemblait moins à une modification qu’à une continuité. On ne venait pas chercher un déguisement gravel pour une roue route. On venait pousser jusqu’au bout une promesse déjà présente dans le premier test : celle d’une roue moderne capable de fonctionner autour du pneu, de la surface, de la trajectoire et de la vitesse réelle, plutôt qu’autour d’une simple fiche technique ou d’un segment marketing.
Chez Mohawk’s, Étienne remet tout à plat
Encore une fois, c’est Étienne qui s’occupe du montage à l’atelier. Et honnêtement, il y a quelque chose de fascinant à regarder quelqu’un travailler quand il connaît parfaitement la logique d’un produit. Parce qu’un bon montage gravel moderne ne consiste plus simplement à “mettre de gros pneus”. Tout change : les pressions, les interfaces, le comportement du ballon, le rapport entre largeur interne et stabilité du pneu, la manière dont la carcasse travaille sur les appuis, la cohérence globale du vélo. Le gravel rapide ne pardonne pas les montages approximatifs : il amplifie tout, le bon comme le mauvais.
Dans le cas des AR40, le passage aux Terra Speed ProTection en 45 mm semble presque évident une fois la roue nue devant soi. Les proportions deviennent immédiatement cohérentes. La jante paraît enfin totalement “à l’échelle” du pneu. Et c’est probablement là que cette roue devient passionnante. Parce qu’avec 25 mm de largeur interne, les AR40 ne sont pas des roues route qui acceptent le gravel. Ce sont peut-être des roues modernes qui refusent simplement les anciennes frontières.
Le Rotor UNO Gravel : un vélo qui comprend parfaitement ce type de roues
Le vélo utilisé pour cette deuxième phase de test n’a évidemment rien d’anodin. Notre montage autour du groupe Rotor UNO Gravel électronique racontait déjà une certaine vision du gravel : rapide, exigeante, presque route dans sa manière de penser le rendement, mais sans renoncer à la capacité de sortir du bitume dès que le terrain devient intéressant. Cadre agressif, position engagée, transmission pensée pour rouler vite, freinage en 160 mm avant/arrière pour conserver de la constance quand les vitesses augmentent et que les chemins deviennent moins prévisibles. Ce n’est pas un gravel de promenade. C’est un gravel qui garde dans sa gestuelle quelque chose du vélo de route.
Et précisément dans ce contexte, les ENVE AR40 prennent une dimension extrêmement intéressante. Parce qu’elles apportent au gravel quelque chose qu’on trouve rarement : de la sérénité à haute vitesse. Elles ne cherchent pas à transformer le vélo en canapé tout-terrain. Elles ne ralentissent pas la lecture du terrain. Elles ne donnent pas cette impression parfois pénible d’un montage très confortable mais légèrement absent. Au contraire, elles ajoutent du calme sans enlever de précision. Elles rendent le vélo moins nerveux, mais pas moins vivant.
ENVE AR40 Gravel – configuration du testRoues : ENVE Foundation AR40 carbone – Hauteur : 40 mm – Largeur interne : 25 mm – Technologie : tubeless hookless – Montage : 24 rayons – Moyeux : ENVE Innerdrive – Freinage : disques centerlock – Disques utilisés : 160 mm avant / 160 mm arrière – Axes : 12×100 à l’avant / 12×142 à l’arrière – Pneus : Continental Terra Speed ProTection 28” 700x45C / 28×1,70 / 45-622 – Transmission : groupe Rotor UNO Gravel électronique – Cassette : SRAM Force XPLR 13 vitesses 11-46 (346 g) – Étagement : 11 – 12 – 13 – 14 – 15 – 17 – 19 – 21 – 24 – 28 – 32 – 38 – 46 – Vélo : montage gravel performance orienté gravel rapide / all-road engagé – Usage du test : chemins roulants, sous-bois rapides, portions dégradées et longues sorties gravel performance – Montage réalisé chez Mohawk’s par Étienne. |

Le Terra Speed en 45 : le pneu qui révèle complètement la roue
Il faut aussi parler des pneus. Parce que les Continental Terra Speed ProTection en 700x45C ne sont pas des pneus gravel “confort”. Ce sont des pneus de vitesse. Des pneus modernes dans ce que le gravel moderne produit de plus intéressant : des sections importantes capables de rouler extrêmement vite sans transformer le vélo en machine molle. Et sur les AR40, le résultat devient bluffant. La largeur interne de 25 mm donne au Terra Speed une assise incroyable. Le ballon travaille proprement. La carcasse reste stable. Le pneu ne flotte jamais en appui. On retrouve exactement ce que nous avions adoré avec les GP5000 TT en 30 mm sur route : cette sensation que la roue accompagne le pneu au lieu de le contraindre.
Mais cette fois, cela se passe sur les chemins. Et là, quelque chose change profondément. Sur route, cette cohérence donnait une impression de confort rapide, de stabilité et de rendement étiré. En gravel, elle devient presque une question de pilotage. Le pneu n’est plus simplement un élément de rendement : il devient l’organe de lecture du sol. Et quand il est bien tenu par la jante, quand il peut travailler sans s’écraser ni se tordre, le vélo devient beaucoup plus prévisible. La vitesse ne vient plus seulement de ce qui roule bien, mais de ce qui reste lisible quand le terrain se complique.
Ce n’est pas un gravel “fun”. C’est un gravel rapide
Beaucoup de montages gravel modernes donnent une sensation un peu floue dès que le rythme augmente vraiment. On gagne en filtration, en tolérance, en confort. Mais parfois au prix d’une certaine lecture du terrain, d’un manque de précision, d’une impression de rouler “sur” le vélo plutôt qu’avec lui. Ici, ce n’est jamais le cas. Les AR40 gardent ce comportement extrêmement propre découvert sur route : un vélo calme, posé, lisible, mais jamais amorphe. Dans les portions rapides en chemins blancs, c’est particulièrement frappant. Le vélo reste stable à haute vitesse d’une manière presque déroutante. Les trajectoires deviennent simples. Le cerveau travaille moins. Il y a moins de micro-corrections parasites. Moins de fatigue mentale. Et c’est probablement ça, aujourd’hui, la vraie performance moderne.
Pas seulement aller vite pendant trois minutes. Mais réussir à maintenir une vitesse élevée longtemps sans que le vélo vous épuise nerveusement. C’est exactement là que les AR40 font la différence. Elles ne produisent pas un effet “waouh” immédiat, celui d’une roue ultra-rigide qui claque à chaque relance. Elles produisent quelque chose de plus profond : une économie générale. Une économie de tension, de correction, d’attention, d’énergie parasite. Elles ne donnent pas seulement envie d’accélérer. Elles donnent envie de rester vite plus longtemps.
Le paradoxe ENVE : plus le terrain se dégrade, plus la roue devient logique
C’est presque contre-intuitif. Sur le papier, une roue carbone de 40 mm pourrait faire peur en gravel. On pourrait imaginer quelque chose de trop sec, trop rigide, trop “route”. Et pourtant, plus le terrain devient mauvais, plus les AR40 semblent cohérentes. Pourquoi ? Parce que toute leur philosophie moderne — déjà évidente sur route — prend ici encore plus de sens : largeur interne importante, gros volume d’air, stabilité du pneu, filtration sans inertie, maintien de trajectoire, capacité à calmer le vélo sans tuer son rendement. En réalité, les AR40 ne cherchent jamais à rendre le terrain spectaculaire. Elles cherchent à réduire le chaos.
Et sur un vélo gravel rapide, cela change tout. Dans les portions dégradées, on ne ressent pas cette sécheresse verticale parfois associée aux roues carbone. On sent plutôt une forme de tenue. La roue ne disparaît pas, mais elle ne tape pas. Elle transmet ce qu’il faut pour piloter, sans remonter tout ce qui pourrait fatiguer inutilement. C’est subtil. Mais sur la durée, c’est immense. Le confort n’est pas ici une mollesse : c’est une manière plus intelligente de préserver la vitesse.
Une roue qui refuse le folklore gravel
Il y a aussi quelque chose d’assez intéressant culturellement avec cette configuration. Parce qu’on associe encore souvent le gravel à une forme d’esthétique de l’aventure lente. Sacoches. Bikepacking. Sous-bois contemplatifs. Cafés perdus. Ce n’est pas ce que raconte ce montage. Ici, on parle de vitesse, de relances, d’intensité, de longues portions rapides où le vélo continue d’avancer très fort malgré les vibrations et les changements de surface. Le Terra Speed n’est pas là pour faire joli. Le Rotor UNO non plus. Et les AR40 encore moins. Ce montage raconte une autre génération du gravel : celle qui vient du rendement moderne de la route et qui refuse désormais de ralentir simplement parce que le bitume s’arrête.
C’est peut-être ce qui rend cette configuration aussi attachante. Elle ne cherche pas à jouer au gravel d’image. Elle ne force pas le récit de l’aventure. Elle parle plutôt à ceux qui aiment rouler fort, longtemps, proprement, avec cette sensation très particulière d’un vélo qui garde de la tenue quand la surface change. Un vélo qui ne demande pas de choisir entre plaisir, rendement et engagement. Ici, le gravel n’est pas une échappatoire à la performance. C’est une autre manière de la prolonger.
Hookless, largeur moderne et cohérence globale
Le sujet reste sensible en France, évidemment. Le hookless continue de diviser. Mais très honnêtement, sur une plateforme comme celle-ci, difficile d’y voir uniquement un choix marketing. Avec des sections de 45 mm et des pressions adaptées, tout le comportement de la roue semble construit autour de cette logique de large interface pneu/jante. Et surtout : cela fonctionne. Le vélo paraît extrêmement homogène. Les appuis restent nets. Les sensations ne deviennent jamais floues malgré les gros volumes. Encore une fois, tout ramène au même mot : cohérence.
Ce qui est intéressant, c’est que cette cohérence ne repose pas sur un seul élément spectaculaire. Ce n’est pas “la jante”. Ce n’est pas “le pneu”. Ce n’est pas “le carbone”. Ce n’est pas “le hookless”. C’est l’ensemble. La manière dont la largeur interne soutient le pneu. La manière dont le volume d’air absorbe. La manière dont la roue conserve de la précision. La manière dont le vélo reste lisible. Une bonne roue moderne ne se juge plus seule. Elle se juge dans le système qu’elle permet de construire.
Une modernité qui dépasse les catégories
Peut-être la vraie nature des AR40 ? Au fond, cette deuxième vie gravel raconte peut-être quelque chose de très important sur les ENVE AR40. Sur route, elles donnaient déjà l’impression d’être des roues modernes. En gravel, elles donnent surtout l’impression d’être des roues qui avaient compris avant beaucoup d’autres où allait réellement le vélo. Vers plus de volume, plus de stabilité, plus de vitesse durable, moins de nervosité inutile, moins de brutalité, moins de fatigue parasite. Et peut-être aussi vers la fin des frontières rigides entre route rapide et gravel rapide. Parce qu’après plusieurs semaines avec cette paire dans deux univers très différents, une chose devient difficile à ignorer : les meilleures roues modernes ne sont plus celles qui choisissent un camp.
Ce sont celles qui comprennent le mouvement général du vélo contemporain. Et les ENVE AR40 comprennent ça remarquablement bien. Elles ne sont pas les plus spectaculaires. Elles ne cherchent pas à impressionner par une radicalité de façade. Elles ne transforment pas chaque sortie en démonstration technique. Elles font quelque chose de plus rare : elles rendent le vélo plus cohérent. Plus calme. Plus facile à emmener vite. Plus sûr dans ses réactions. Plus agréable quand le terrain cesse d’être parfait. Et dans le gravel moderne, cette forme d’intelligence vaut parfois mieux que dix grammes gagnés ou dix millimètres de profil supplémentaire.
Les ENVE AR40 Gravel en bref…Les + : stabilité exceptionnelle à haute vitesse, énorme cohérence avec des pneus gravel modernes larges, sensation de sécurité très forte, filtration remarquable sans perte de rendement, comportement extrêmement propre sur chemins rapides, lecture du terrain très rassurante, vraie plateforme route/gravel moderne, excellent accord avec les Continental Terra Speed ProTection en 45 mm, capacité à calmer le vélo sans l’endormir. Les – : moins démonstratives qu’une roue ultra nerveuse, standard hookless qui continuera de faire débat, tarif premium, personnalité davantage tournée vers le gravel rapide que vers le terrain ultra technique ou très cassant, intérêt réel uniquement si l’on accepte de raisonner en système complet roue/pneu/pression/vélo. Prix constaté : environ 1649 € la paire selon le revendeur. Contact : Mohawk’s Cycles / Enve.com / Mohawk’s Cycles, 19 avenue Roland Moreno, 95740 Frépillon. |
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