Partager la publication "Test longue durée : 15 000 km avec le pédalier et la cassette Neutron"
Les composants carbone issus du marché asiatique occupent une place croissante dans l’univers du vélo. Très visibles sur Internet et les réseaux sociaux, ils attirent autant par leurs prix compétitifs et leurs promesses de légèreté que par les interrogations qu’ils suscitent. Parmi eux, les manivelles carbone restent un sujet particulièrement sensible : le gain de poids est séduisant, mais la fiabilité demeure un critère essentiel sur une pièce aussi sollicitée. Après plus de 15 000 km parcourus avec les manivelles Neutron Components, nous avons voulu savoir ce qu’elles valent réellement sur le terrain. Simple alternative légère aux grands groupes traditionnels ou véritable option crédible pour un usage quotidien et intensif ?
Par David Polveroni – Photos : DR
Neutron Components : une marque chinoise spécialisée dans la transmission
Neutron Components est une marque chinoise fondée en 2018 et basée à Guangzhou. À l’origine, son premier produit était un système de galets surdimensionnés, plus connu sous le nom d’OSPW, comparable dans l’esprit à ce que propose CeramicSpeed. Depuis, la marque a progressivement construit son offre autour des composants de transmission : galets, pédalier, plateaux, cassettes et bientôt chaîne. L’idée est claire : proposer une gamme cohérente autour du rendement, du poids et de l’optimisation de la transmission.
L’entreprise reste de taille modeste, avec une équipe d’une dizaine de personnes composée presque exclusivement d’ingénieurs. Les ventes sont gérées directement par les chefs de produit et le fondateur, sans équipe commerciale dédiée. Une approche différente de celle des acteurs historiques, mais qui permet à Neutron de revendiquer un développement très orienté produit.
La marque conçoit ses composants en interne, avec ses propres outillages, tout en s’appuyant sur un petit nombre de partenaires industriels de confiance pour la fabrication. Neutron ne souhaite pas nécessairement communiquer autour de références de fibres carbone comme les T700 ou T800, estimant que les cyclistes recherchent avant tout une pièce fiable, légère et efficace.
Un pédalier carbone compatible Shimano
Le pédalier Neutron Components testé ici s’inscrit dans une logique simple : proposer une alternative plus légère à un pédalier Ultegra ou Dura-Ace, mais aussi aux références SRAM, tout en conservant une intégration facile sur un montage existant. Il utilise un axe de 24 mm et un Q-Factor identique à celui de Shimano, soit 148 mm.
C’est l’un de ses points forts : le montage est quasiment plug-and-play par rapport à une configuration Shimano. On peut retirer le pédalier d’origine, installer le Neutron, conserver des plateaux Shimano Dura-Ace en 52/36 et continuer à utiliser la transmission sans devoir repenser entièrement le vélo.
Pour un cycliste déjà équipé en Shimano, c’est un avantage important. On ne parle pas d’un montage exotique qui impose de tout modifier, mais d’une solution qui vient remplacer le pédalier d’origine avec une logique assez directe : même usage, poids inférieur et capteur de puissance intégré via Sigeyi.
Un gain de poids très net
L’un des premiers arguments en faveur de ces manivelles reste évidemment le poids. Dans ma configuration, les manivelles Neutron Components associées à un capteur de puissance Sigeyi et à un axe SL affichent 437 g. Avec des plateaux Shimano Dura-Ace en 52/36, l’ensemble atteint environ 580 g. À titre de comparaison, un pédalier Shimano Dura-Ace R9200 avec capteur de puissance se situe autour de 745 g. Le gain est donc d’environ 160 g, ce qui est loin d’être négligeable sur un montage orienté performance.
Bien sûr, le poids ne fait pas tout. Sur un pédalier, la rigidité, la qualité d’assemblage, la fiabilité de l’interface et la tenue dans le temps sont au moins aussi déterminantes. C’est précisément sur ces points que ce type de composant est attendu au tournant.
Le capteur Sigeyi : un vrai point fort
Le pédalier était ici associé à un capteur de puissance Sigeyi. Et c’est clairement l’un des très bons points de cet ensemble. La précision du capteur s’est montrée excellente sur les comparatifs que j’ai pu lire et réaliser, avec des valeurs cohérentes et stables. C’est un point important, car un pédalier léger n’a d’intérêt que si le capteur associé est fiable, répétable et exploitable à l’entraînement comme en course.
Sur ce point, le Sigeyi inspire davantage confiance que le capteur de puissance Shimano actuel, qui reste malheureusement critiqué pour son manque de précision et de régularité selon les usages et les comparaisons terrain. À l’inverse, le Sigeyi donne ici l’impression d’un capteur simple, stable et efficace, capable de fournir une donnée de puissance cohérente au quotidien. Pour un cycliste qui structure son entraînement autour des watts, c’est un véritable argument. Le gain de poids ne se fait pas au détriment de la donnée, et c’est essentiel.
Le choix des longueurs de manivelles est également intéressant, avec des options allant de 155 à 172,5 mm. On constate d’ailleurs qu’il existe de plus en plus d’offres dans les petites tailles, ce qui constitue une excellente nouvelle pour les petits gabarits.
Un développement plus long qu’il n’y paraît
Neutron indique que la première génération de son pédalier a été lancée dès 2020. Le concept d’un ensemble pédalier associé à un capteur de puissance aurait été imaginé dès l’été 2019, en collaboration avec le fondateur de Sigeyi. La marque reconnaît toutefois que le développement n’a pas été simple. L’interface de serrage par vis, brevetée par SRAM, a demandé beaucoup de travail, au point que Neutron estime ne l’avoir réellement finalisée qu’en 2025.
Ce point est révélateur : Neutron ne présente pas son pédalier comme un produit générique rapidement mis sur le marché. La marque revendique au contraire un développement long, notamment autour de l’interface de fixation, élément critique sur ce type de pièce.
15 000 km dans des conditions exigeantes
Ce test n’a pas été réalisé sur quelques sorties estivales parfaitement propres. Les manivelles et la cassette Neutron Components ont été utilisées dans des conditions parfois très difficiles : routes hivernales, humidité, sel, transition hiver-printemps, puis chaleur estivale ces derniers jours. Autrement dit, un usage réel, sur plusieurs saisons condensées en quelques mois, avec tout ce que cela implique en termes d’usure, de projections, de lavages et de contraintes mécaniques.
Avec mes 56 kg, je ne suis évidemment pas le profil qui inflige les charges les plus extrêmes à un pédalier carbone. Mais l’utilisation a été intensive et régulière, avec un volume important et des conditions loin d’être idéales. Après 15 000 km, c’est surtout la constance du comportement qui ressort. Rien n’a évolué négativement par rapport au montage d’origine. J’ai simplement dû revoir trois fois le graissage du boîtier, ce que j’aurais probablement fait de la même manière avec un pédalier Shimano dans des conditions similaires.
Sur une pièce carbone aussi sollicitée, les questions sont simples : est-ce que ça bouge ? Est-ce que ça craque ? Est-ce que l’interface reste fiable ? Est-ce que la rigidité se maintient ? Est-ce que l’on garde confiance après plusieurs milliers de kilomètres ? Après cette longue période d’utilisation, le constat est clair : le pédalier n’a montré aucune faiblesse évidente. Aucun signe inquiétant n’est apparu au niveau des manivelles, de l’interface ou de l’ensemble monté.
Transmission : un compromis assumé face à Shimano
Sur la qualité des changements de vitesse, il faut être honnête : l’ensemble Neutron n’atteint pas tout à fait le niveau d’un montage Shimano Dura-Ace d’origine. Le passage des vitesses, que ce soit au niveau des plateaux ou de la cassette, est un peu moins rapide, un peu moins net, notamment lorsqu’on compare directement avec la précision d’un groupe Shimano complet. Shimano conserve cette sensation de passage immédiat, fluide et parfaitement calibré.
Mais dans les faits, le système ne m’a jamais fait défaut. Les vitesses passent, le fonctionnement reste fiable et je n’ai rencontré aucune situation où la transmission m’a réellement pénalisé. Ça passe moins vite, mais ça passe très bien. C’est ici que la notion de compromis prend tout son sens. En choisissant ce type de composant, on accepte de perdre un peu du toucher ultra-précis Shimano pour gagner du poids, obtenir un montage plus léger, plus original et esthétiquement très réussi.
Une cassette légère et cohérente
La cassette Neutron Components s’inscrit dans la même logique que le pédalier : un gain de poids significatif. La version 11-34 affiche environ 180 g, tandis que la version 11-30 descend autour de 160 g. À dentures équivalentes, cela représente environ 60 g économisés par rapport à une cassette Shimano Dura-Ace et jusqu’à 160 g face à une cassette Ultegra. Sur une cassette, ce gain est loin d’être négligeable, surtout quand on connaît les sommes à débourser pour économiser un tel poids sur le cadre ou les roues.
La conception explique en grande partie ce poids contenu. Seuls les deux derniers pignons sont en aluminium, le reste étant en acier. C’est surtout la conception monobloc qui permet de gagner du poids, dans un esprit assez proche de ce que propose SRAM. Le montage et le démontage sont également agréables avec ces cassettes monobloc.
DLC ou PVD : deux revêtements, deux philosophies
Neutron propose sa cassette avec deux types de revêtements : DLC et PVD. Le revêtement DLC, pour Diamond-Like Carbon, offre un faible coefficient de friction. Il est pensé pour favoriser la rapidité de changements de vitesse et l’efficacité sous charge. En contrepartie, il peut générer un bruit d’engagement un peu plus marqué. Le revêtement PVD, lui, sacrifie une petite part de cette fluidité pour offrir une meilleure résistance à l’usure. Il semble donc plus adapté aux cyclistes qui roulent beaucoup et recherchent une meilleure durabilité à long terme.
Là encore, le choix doit être vu comme un compromis. Shimano conserve l’avantage sur la fluidité absolue du passage des vitesses, mais Neutron propose une alternative plus légère, fonctionnelle et fiable sur la durée.
Une alternative crédible, mais pas un achat anodin
Ce type de pédalier peut s’adresser à de nombreux cyclistes, mais il ne s’agit pas d’un achat impulsif. Le produit demande une certaine compréhension de ce que l’on recherche. Si l’objectif est d’avoir le passage de vitesses le plus parfait possible, Shimano conserve un avantage. Si l’objectif est de gagner du poids, d’obtenir un montage différent, d’intégrer un excellent capteur de puissance et de conserver une transmission fiable, alors l’ensemble Neutron devient très intéressant.
Le point central reste la confiance. Après 15 000 km, ces manivelles ne donnent plus seulement l’impression d’être un produit léger et attractif sur le papier. Elles apparaissent comme une solution capable de tenir dans le temps, à condition d’être montées correctement et utilisées dans un cadre cohérent.
Une gamme de transmission en pleine expansion
Neutron ne se limite plus aujourd’hui au seul pédalier. La marque développe désormais une approche globale de la transmission avec des cassettes, des plateaux, des galets et même une chaîne pour former un ensemble complet. Une cassette 11-36 dents est également en production et devrait arriver prochainement. La marque confirme aussi travailler sur une gamme 1×13 vitesses, signe qu’elle souhaite se positionner sur les évolutions à venir du marché.
Autre nouveauté annoncée : une combinaison de plateaux 54/40 dents avec une construction originale. Neutron décrit une structure en carbone des deux côtés, avec une couronne dentée en aluminium encapsulée au centre. L’objectif est d’éviter les dents en aluminium exposées tout en conservant un bon niveau de poids et de qualité de changements de vitesse.
Prix et positionnement
Le positionnement tarifaire reste agressif au regard du poids et de l’intégration proposée. Le pédalier complet avec capteur de puissance Sigeyi et axe SL est annoncé autour de 700 €. La cassette se situe entre 340 et 360 €, selon le revêtement choisi.
Ce ne sont pas des produits d’entrée de gamme, mais ils restent très bien placés face aux ensembles haut de gamme traditionnels, surtout si l’on tient compte du poids, du capteur de puissance et de la cohérence de l’ensemble.
Le carbone asiatique à l’épreuve du temps
Après 15 000 km d’utilisation, les manivelles Neutron Components apparaissent comme une alternative crédible aux grands noms du marché, en particulier pour ceux qui recherchent un gain de poids important sans passer par les solutions les plus classiques. Avec environ 160 g gagnés par rapport à un ensemble Shimano Dura-Ace R9200 avec capteur de puissance, l’intérêt est évident sur le papier. La cassette permet elle aussi d’économiser environ 60 g face à une Dura-Ace à dentures équivalentes, et davantage encore face à une Ultegra.
Mais le plus important reste que cette légèreté ne semble pas s’être faite au détriment de la fiabilité. Après 15 000 km, la cassette fonctionne toujours comme à l’origine et le pédalier n’a montré aucune faiblesse inquiétante. Neutron ne fait pas mieux que Shimano sur la perfection du passage de vitesses, et ce n’est probablement pas son objectif. Le shifting est un peu moins rapide, un peu moins raffiné, mais il reste fiable et ne m’a jamais fait défaut.
On reste ici dans du matériel qualitatif, avec une finition et une rigidité qui n’ont rien à envier à certains pédaliers haut de gamme du marché. À l’heure où certains cherchent à économiser quelques grammes avant l’Étape du Tour ou une grande cyclosportive de montagne, cette option mérite clairement d’être considérée.
Le pédalier et la cassette NEUTRON COMPONENTS en bref…Les + : poids remarquable, montage quasi plug-and-play, excellent capteur de puissance Sigeyi, SAV réactif, compatibilité Shimano Poids pédalier avec capteur de puissance : 437 g (sans plateaux) – Prix indicatif : 699 $ Plus d’informations : neutron.bike |
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