Nurway, la génération qui refuse d’attendre

Au premier abord, difficile d’imaginer un lien évident entre 3bikes.fr et un meeting d’athlétisme organisé à Persan par une bande de jeunes athlètes terriblement talentueux. Et pourtant. Derrière Nurway, collectif fondé par plusieurs demi-fondeurs parmi les meilleurs de leur génération, déjà athlètes internationaux ou potentiels futurs visages des grandes compétitions mondiales, se cache probablement quelque chose qui dépasse largement le simple cadre de la piste : une réflexion moderne autour de la performance, de l’image, du collectif, du storytelling et de la culture endurance. Des thèmes qui, aujourd’hui, traversent autant le cyclisme que la course à pied.

Par Jeff Tatard – Photos : Nurway

Le 14 juin prochain, il y aura bien des chronos, des minima européens, peut-être même des minima mondiaux à aller chercher, et des séries lancées à pleine vitesse. Mais il y aura surtout une génération qui refuse d’attendre qu’on construise son futur à sa place.

Et au centre de cette dynamique, un nom revient partout : Nurway.

Il suffit de quelques minutes de discussion avec Bilal Safadi pour comprendre qu’on n’est pas face à un “simple collectif d’athlètes”. Le projet est beaucoup plus profond. Plus ambitieux. Plus moderne aussi. À première vue pourtant, l’histoire semble presque classique : une bande de jeunes coureurs talentueux, passionnés de demi-fond, qui commencent à s’entraîner ensemble, à partir en stage, à partager des séances, des galères, des rêves de minima et de championnats. Sauf qu’eux ont très vite compris quelque chose : aujourd’hui, le haut niveau ne suffit plus. Ou plutôt, il ne suffit plus à exister.

Deux silhouettes. Une piste. Et peut-être déjà bien plus qu’un simple meeting. Derrière Bilal Safadi et Wanis Adjaoud, Nurway essaie de construire une nouvelle manière de vivre le demi-fond français.

LE DÉCLIC

À l’origine du projet, ils sont quatre. Parmi eux : Bilal Safadi et Wanis Adjaoud, deux des plus gros espoirs actuels du 1500 m français, licenciés respectivement à l’EFCVO et au CA Montreuil. L’idée de départ ? Créer quelque chose de fort. Quelque chose qui dépasse largement le simple cadre d’un groupe d’entraînement. « On ne voulait pas juste faire une team. Une team aujourd’hui ça ne veut plus dire grand-chose. »

Alors ils réfléchissent. Longtemps. Ils vivent ensemble en stage à Font-Romeu, à Ifrane, apprennent à se connaître réellement. Pas à travers Instagram. Pas à travers des stories ou des séances filmées. Mais dans le quotidien brutal du haut niveau : la fatigue, les doubles séances, les repas, les blessures, les voyages, les moments où les masques tombent.

Et c’est précisément là que Nurway naît vraiment.

Le vrai haut niveau commence souvent loin des podiums : dans les vestiaires, le silence, les doutes et ces quelques minutes où l’on comprend pourquoi on fait tout ça.

« Trois semaines de stage avec quelqu’un, ce n’est pas pareil que de le voir à distance. »

Ils comprennent alors avec qui ils peuvent construire. Et surtout : avec qui ils ont envie d’aller loin.

Le nom lui-même raconte déjà une partie de l’histoire. “Nurway”. À première vue, le mot sonne presque comme une marque déjà installée, quelque chose de pensé depuis des années. Pourtant, à l’origine, ce n’était qu’une idée lancée entre quatre jeunes athlètes pendant un stage. Ils cherchent longtemps. Changent plusieurs fois de direction. Se prennent la tête sur les noms. Jusqu’à tomber sur celui-là.

“Nur”, normalement écrit avec un accent ou un trait sur le “u” dans sa version arabe, signifie “lumière”. Une notion qui n’a rien d’anodin dans leur réflexion. Parce qu’au fond, l’idée n’était pas seulement de créer une équipe de plus dans le paysage du demi-fond français. L’objectif était presque de construire une direction. Une trajectoire. Une manière d’avancer ensemble.

Et derrière le “way”, il y a justement cette idée de chemin, de voie commune, de mouvement collectif. Une identité capable de rassembler des athlètes, une esthétique, une vision moderne du sport et du demi-fond.

Avec le recul, le plus impressionnant est peut-être là : avoir réussi à rendre ce nom immédiatement reconnaissable en seulement quelques mois. Aujourd’hui, quand le noir et blanc apparaît sur un flyer, une vidéo ou une ligne de départ, beaucoup font déjà inconsciemment le lien avec eux.

PLUS QU’UNE ÉQUIPE : UNE IDENTITÉ

Le plus fascinant dans le projet Nurway, c’est probablement qu’il n’a jamais été construit comme un business plan classique. Il n’y a pas eu une bande de consultants enfermés dans une salle à réfléchir à une “target”, à un “positionnement” ou à une stratégie de marque calibrée pour séduire les réseaux sociaux. Tout semble au contraire être arrivé presque instinctivement. Un logo. Des couleurs. Des tenues noires et blanches immédiatement reconnaissables. Une esthétique minimaliste mais ultra identifiable. Une manière de filmer, de communiquer, d’occuper l’espace. Et surtout : une image collective extrêmement forte.

Bilal Safadi le dit lui-même presque avec étonnement : « Des fois ça prend… des fois ça prend pas. »

Mais là, ça prend. Très vite même. Parce qu’il existe chez eux quelque chose que beaucoup de marques essayent d’acheter à coups de budgets communication sans jamais réussir à le fabriquer : une authenticité collective. Rien ne semble forcé. Rien ne paraît artificiel. Et c’est probablement précisément pour cela que les gens accrochent immédiatement.

Quand Nurway débarque sur un meeting, l’effet est instantané. Il fallait être au bord de la piste de Taverny en juin 2025 lors de l’inauguration officieuse du collectif pour comprendre ce qui était en train de se passer. Une quinzaine d’athlètes en file indienne. Tous habillés pareil. Tous affûtés. Tous alignés derrière la même énergie. À ce moment-là, le demi-fond français prenait presque des allures de team professionnelle américaine. Quelque chose de structuré. De moderne. De visuellement puissant. Et surtout de totalement nouveau dans le paysage français.

Taverny, juin 2025. Une quinzaine d’athlètes en noir et blanc déboulent en file indienne. Ce soir-là, les chronos explosent… mais surtout, une identité visuelle naît sous les yeux du demi-fond français.

Ce soir-là, les chronos ont explosé dans tous les sens. Le dernier de la série repart avec le record du 1500 m de la piste en 3’58’’. Treize athlètes quittent Taverny avec un record personnel. Et devant, Bilal Safadi s’impose en 3’42’’. Mais paradoxalement, ce n’est peut-être même pas ce que les gens ont le plus retenu de cette soirée.

Ce qui est resté, c’est cette sensation de vitesse collective. Cette image presque cinématographique d’une meute noire et blanche déboulant en file sur la piste. Une image forte. Distinctive. Moderne. Le genre d’image qui imprime quelque chose dans l’inconscient collectif. Parce qu’au fond, les gens oublient souvent les temps de passage au 1000 mètres. Mais ils n’oublient jamais une émotion visuelle forte.

LE SPORT MODERNE A CHANGÉ

Ce que Nurway a compris avant beaucoup d’autres structures françaises, c’est que l’athlète moderne ne peut plus être uniquement un compétiteur. Aujourd’hui, il doit être performant, identifiable, visible, racontable, médiatique… presque culturel. Les grandes marques ne regardent plus uniquement un chrono. Elles regardent une capacité à créer une histoire.

Bilal Safadi cite lui-même les shootings Adidas réalisés avec certains membres du groupe, les contacts créés grâce aux contenus, les opportunités ouvertes non pas uniquement par les performances… mais par l’image produite autour de celles-ci. Et derrière cette réflexion, il y a aussi une lucidité économique presque brutale.

Avant les chronos, il y a les gammes. Les automatismes. Les détails. Le demi-fond reste une discipline d’artisans obsessionnels.

Parce que le demi-fond de haut niveau reste un univers où beaucoup survivent plus qu’ils ne vivent. Stages au Maroc à 700 euros. Déplacements constants. Équipements. Récupération. Nutrition. Blessures. Pendant que certains marathons génèrent des dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires. « Le marathon de New York, pendant plusieurs jours, la ville entière vit autour du marathon. »

Le constat est posé sans colère. Mais avec une énorme lucidité. Le business existe. L’argent circule. Simplement, il ne redescend pas toujours vers ceux qui courent. Alors eux ont décidé de ne plus attendre.

LE 14 JUIN : PLUS QU’UN MEETING

Et c’est précisément pour cela que le meeting de Persan est aussi important. Parce qu’il ne s’agit pas uniquement d’organiser des courses. Il s’agit de créer un univers.

Le 14 juin, dès 17h, Persan vivra au rythme du demi-fond. Onze stands sont prévus. Une vraie scénographie est en réflexion avec la mairie. Des photographes. Des vidéos. Des drones peut-être. Une identité visuelle omniprésente. Bilal veut que les gens associent immédiatement ce meeting à Nurway.

À Persan, Nurway ne veut pas seulement organiser des courses. Le collectif veut créer un univers, une identité et une expérience complète autour du demi-fond. « Je veux que les gens s’imprègnent du truc. »

=> Infos course, inscriptions au meeting de Persan : TRACK RUN NURWAY X – PERSAN AC

Partout, il y aura du noir et blanc, des banderoles, des codes graphiques, des visuels, du storytelling. Le meeting devient alors bien plus qu’une compétition. Il devient une vitrine. Une déclaration d’intention.

ET SUR LA PISTE ?

Et le niveau sera extrêmement sérieux. Objectif assumé : des séries très rapides sur 1500 m. Autour des 3’40. Peut-être moins. Certains viendront chercher des minima européens ou mondiaux. D’autres des records personnels. Des jeunes tenteront de décrocher leur place pour des sélections internationales.

Parmi eux, Antoine Chesiere tentera notamment les minima pour les Championnats du Monde juniors fixés à 3’41’’. Sur le 800 mètres aussi, certaines courses pourraient devenir de véritables attractions chronométriques de la soirée. Et pour tirer tout ce petit monde vers le haut, Wanis Adjaoud pourrait bien jouer les lièvres de luxe.

La philosophie est claire : mélanger très haut niveau et exposition. Créer un vrai rendez-vous. Faire du demi-fond un spectacle sans jamais le dénaturer.

LE LIEN AVEC ABDEL AÏCHI

Impossible enfin de comprendre ce projet sans parler de Abdel Aïchi. Parce que le lien entre Nurway et Abdel dépasse très largement le simple cadre de l’organisation d’un meeting. En réalité, cette histoire plonge ses racines dans plusieurs décennies de demi-fond francilien.

Slovaquie. Championnat d’Europe des clubs. Abdel Aïchi au milieu de l’EFCVO. Derrière les médailles, déjà cette obsession discrète : construire des groupes capables d’aller plus loin ensemble que séparément.

Coach reconnu dans le milieu, Abdel Aïchi possède une vraie expérience du haut niveau. Il a notamment accompagné un vice-champion d’Europe junior de cross-country et un autre vice-champion du monde, et a participé comme entraîneur à la Coupe d’Europe des clubs champions avec l’EFCVO en Slovaquie. Une trajectoire discrète médiatiquement, mais extrêmement respectée dans les cercles du demi-fond.

Mais ce qui rend sa présence encore plus symbolique dans ce projet, c’est surtout l’histoire humaine qui l’entoure. Abdel appartient à cette génération de demi-fondeurs franciliens des années 90 qui ont grandi ensemble sur les pistes françaises. Parmi eux : Fadi Safadi, le père de Bilal Safadi, mais aussi Saïd Chebili, considéré comme l’un des meilleurs milers français de la fin des années 90. Tous se sont entraînés ensemble dans les catégories jeunes, ont partagé les stages, les compétitions, les rêves de haut niveau… et surtout construit des liens qui n’ont jamais disparu.

Des années 90 jusqu’aux jeunes cadets champions d’Île-de-France du 4×1000 en 2024, Abdel Aïchi continue de transmettre la même chose : le goût de l’effort partagé et cette idée presque ancienne que le demi-fond se construit d’abord en groupe.

Cette amitié-là a traversé les années. Et aujourd’hui, elle ressurgit presque naturellement à travers cette nouvelle génération représentée par Bilal, Wanis et Nurway. Comme une forme de transmission silencieuse entre deux époques du demi-fond français.

C’est probablement aussi ce qui donne autant de cohérence humaine au projet. Parce que derrière les logos, les réseaux sociaux, les meetings et le branding très moderne, il existe un socle beaucoup plus profond : celui de relations construites depuis des décennies autour de la piste.

Le meeting de Persan est coorganisé avec Abdel précisément pour cette raison. Parce qu’il incarne parfaitement cette idée de collectif, de transmission et de construction commune. Faire grandir les athlètes ensemble. Créer des environnements forts. Mutualiser les compétences, les réseaux, les énergies. « Plus il y aura de compétences mutualisées, plus il y aura de chances de succès. » Difficile finalement de mieux résumer l’esprit du projet Nurway.

LA SUITE ?

Quand on demande à Bilal Safadi où il voit Nurway dans cinq ans, la réponse arrive presque naturellement. Une marque plus grande. Plus structurée. Toujours tournée vers le haut niveau. Avec peut-être un véritable centre de formation un jour. Mais surtout : une structure capable de donner de vrais moyens aux athlètes.

Parce qu’au fond, tout part probablement de là. Créer enfin les conditions qui permettent aux coureurs de penser à courir… avant de penser à survivre.

Le plus impressionnant finalement, ce n’est peut-être pas ce qu’ils ont déjà construit. C’est la sensation qu’ils ne sont encore qu’au début de l’histoire.

Et dans les rêves encore un peu fous du collectif, il y en a un qui revient souvent : organiser un jour un grand événement en Algérie. Pas n’importe où. Au berceau de Noureddine Morceli, immense légende du demi-fond mondial, auteur des mythiques 3’27’’37 sur 1500 m avant l’ère Hicham El Guerrouj.

Ce rêve-là n’a rien d’anecdotique dans la bouche de Bilal ou de Wanis Adjaoud. Parce qu’au-delà des chronos, il y a aussi une dimension culturelle et presque patrimoniale dans leur projet. Une volonté de reconnecter le demi-fond moderne avec une certaine histoire du running nord-africain, celle qui a façonné des générations entières de milers et de coureurs de cross.

Et surtout, cette passerelle existe déjà. Wanis et Bilal sont en contact indirect avec Morceli par l’intermédiaire du coach de Wanis, très proche de la légende algérienne des années 80-90. Comme si, là encore, le projet Nurway avançait constamment entre héritage et modernité. Entre les mythes du demi-fond d’hier… et ceux qu’ils rêvent peut-être de construire demain.

Et peut-être que c’est précisément ce qui rend cette histoire aussi intéressante. Car derrière les logos, les maillots, les vidéos, les meetings et les réseaux sociaux, il reste quelque chose de profondément pur : une bande de jeunes athlètes qui refusent simplement d’attendre que quelqu’un construise leur futur à leur place.

=> Pour comprendre l’univers Nūrway de l’intérieur : entraînements, coulisses, identité et culture demi-fond moderne : Nūrway

=> Et pour découvrir nos autres grands portraits autour de la performance et de l’endurance : Tous nos articles Portraits

=> Infos course, inscriptions au meeting de Persan : TRACK RUN NURWAY X – PERSAN AC

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Jean-François Tatard

- 44 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

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