La hauteur pied-pédale : un véritable levier de performance ?

Autant dans les discussions entre pratiquants que dans les discours marketing des équipementiers, la notion de stack height s’impose désormais comme un nouveau levier d’optimisation de la performance. Appliquée aux pédales, cette mesure, qui correspond à la distance entre l’axe de la pédale et la plante du pied, suscite un intérêt croissant, tant chez les amateurs que dans le peloton professionnel. À tort ou à raison ? Voici comment s’y retrouver au moment d’affiner les réglages de son vélo.

Par Guillaume Judas – Images : depositphotos.com

Derrière ce concept se cache une réalité mécanique simple : plus la distance entre le pied et l’axe de rotation est réduite, plus le transfert de puissance est direct. Chaque millimètre supplémentaire introduit en effet des matériaux susceptibles de se déformer sous les contraintes, générant ainsi de légères pertes d’énergie.

Certaines marques avancent même des chiffres ambitieux. Le fabricant italien Q36.5, en partenariat avec SRM, évoque un gain potentiel pouvant atteindre 1 % de puissance pour chaque millimètre réduit. Une donnée difficile à vérifier, mais cohérente avec les principes fondamentaux de la biomécanique.

Selon le système de pédale utilisé et les chaussures choisies, il peut y avoir des différences de hauteur significatives entre l’axe de la pédale et le pied.

Des bénéfices multiples mais subtils

Au-delà du rendement pur, un stack height réduit présente d’autres avantages. Le gain de poids, bien que minime, est amplifié par la position des pédales, éléments en rotation situés à l’extrémité des manivelles.

L’impact biomécanique est également notable. Alors que la tendance actuelle favorise des manivelles plus courtes, impliquant une augmentation de la hauteur de selle, réduire la hauteur pédale–chaussure permet de compenser partiellement cet effet et de limiter la traînée aérodynamique.

Enfin, une diminution de la surface frontale améliore marginalement la pénétration dans l’air. Un détail qui peut compter à haut niveau.

Système pédale + caleHauteur
Ekoï PW8≈ 8 mm
Wahoo Speedplay Zero (4 trous direct)8,5 mm
Q36.5 x SRM9,7 mm
Wahoo Speedplay Zero (avec adaptateur)11,5 mm
Wahoo Powrlink Zero≈ 13 mm
Shimano SPD-SL (Dura-Ace)14,6 mm
Time Xpro / Xpresso14,7 mm
Look Keo Blade14,8 mm
Favero Assioma PRO RS15,8 mm
Shimano SPD-SL (Ultegra)15,8 mm
Shimano SPD-SL (105)16,5 mm
Favero Assioma Duo16,8 mm
Garmin Rally (SPD-SL / Look)17–18,5 mm
Look Keo 2 Max17,3 mm
Shimano SPD (XC race type M9100)≈ 15–16 mm
Look X-Track VTT≈ 16–17 mm
Shimano SPD (PD-M520 etc.)≈ 17–18 mm
Time ATAC VTT≈ 18 mm

En rose : systèmes route
En vert : système VTT/Gravel

Des solutions techniques… et coûteuses

Les standards actuels du marché, dominés par les systèmes Shimano, Look ou Time, affichent des hauteurs comprises entre 14 et 15 mm pour l’ensemble formé par la pédale et la cale. Des alternatives comme Speedplay permettent de descendre significativement, à condition d’utiliser des chaussures compatibles. Mais attention : à cette hauteur s’ajoute celle de la chaussure, entre la cale et le pied, dépendante de l’épaisseur de la semelle. Plus récemment, des systèmes innovants comme celui développé par Q36.5 et SRM repoussent encore les limites, avec des conceptions ultra-compactes.

Mais ces gains ont un prix. Entre pédales haut de gamme, chaussures spécifiques et éventuelles modifications, l’investissement peut rapidement dépasser les 1000 €.

Les différences de hauteur de semelle entre les chaussures

La plupart des chaussures haut de gamme du marché proposent une hauteur entre la cale et le pied d’environ 6 à 7 mm. C’est le cas des modèles Specialized S-Works, Lake, Giro ou Fizik.

Avec une hauteur de 5,5 à 6 mm, les Shimano S-Phyre se montrent légèrement plus basses. Certaines marques vont plus loin, comme Q36.5 (4,4 mm), Bont (3,6 mm) ou Nimbl, qui revendique à peine 2 mm.

Contrairement aux idées reçues, les écarts de stack height entre chaussures haut de gamme restent marginaux, souvent inférieurs à un millimètre, alors que le choix du système de pédales peut, à lui seul, faire varier la hauteur totale de près d’un centimètre.

Enfin, il est important de préciser une nouvelle fois que ce dont il faut tenir compte, c’est la hauteur de l’ensemble du système formé par la pédale, la cale et la semelle de la chaussure.

Concrètement, un système Shimano Dura-Ace + chaussure S-Phyre, c’est environ 20,5 mm de hauteur au-dessus de l’axe. Un système Q36.5 x SRM avec les chaussures Q36.5, c’est 14,1 mm, soit un peu plus de 6 mm de moins sur la hauteur totale.

Un choix à relativiser

Si les avantages techniques sont indéniables, leur impact réel reste difficile à quantifier sur le terrain. Les variations de mesure des capteurs de puissance, combinées à la faiblesse des gains, rendent toute conclusion définitive délicate. Pour les cyclistes en quête de performance absolue, chaque détail compte. Mais pour la majorité des pratiquants, la réduction du stack height apparaît davantage comme une optimisation de niche que comme un levier prioritaire.

Pour ce qui concerne les associations entre pédales et chaussures, entre les configurations les plus extrêmes et les systèmes traditionnels, l’écart de hauteur peut atteindre près d’un centimètre. C’est évidemment à prendre en compte lors du réglage du vélo. Pourtant, sur la route, la meilleure configuration reste souvent celle qui équilibre rigidité, confort et stabilité, bien plus que la seule quête du millimètre gagné.

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Guillaume Judas

  - 54 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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