Partager la publication "Test des Favero Assioma PRO RS : une référence Shimano… vraiment ?"
Très attendues par les utilisateurs de cales Shimano SPD-SL, les nouvelles pédales à capteur de puissance Favero Assioma PRO RS promettent enfin une vraie plateforme native, légère, intégrée et débarrassée des compromis biomécaniques du Q-factor des anciens modèles. Sur le papier, elles ont tout de la future référence. Sur la route, nos premiers essais invitent pourtant à davantage de prudence, notamment sur la mesure de puissance en danseuse.
Par David Polveroni – Photos : DR
Depuis une décennie, Favero s’est progressivement imposé comme l’un des grands noms du capteur de puissance. L’histoire démarre en 2015 avec les bePRO, avant de prendre une autre dimension avec les Assioma en 2017. En 2021, la marque italienne tente une première réponse aux utilisateurs du système Shimano avec les Assioma DUO-Shi. Puis, à partir du 3 juin 2025, elle lance les nouvelles Assioma PRO RS. Les tarifs affichés par Favero sont de 435 € pour les PRO RS-1 en version unilatérale et de 693 € pour les PRO RS-2 en version bilatérale.
Le parcours mérite d’être souligné. Favero n’est pas une marque née dans le vélo, mais dans l’électronique. Et c’est sans doute ce qui fait sa force : là où certaines grandes marques spécialistes « vélo » ont parfois peiné à proposer des produits vraiment fiables, simples et accessibles, Favero a réussi à installer une vraie confiance autour de ses pédales-capteurs. Les Assioma ont ainsi largement participé à démocratiser l’entraînement avec la puissance. Aujourd’hui, difficile de ne pas avoir dans son groupe de cyclistes une personne équipée de pédales Assioma.
DUO-Shi : une solution avec compromis
Pendant longtemps, la grande force des Assioma DUO a été leur équilibre général. La précision était bonne, l’usage simple, la fiabilité au rendez-vous, et le rapport qualité-prix particulièrement compétitif. Mais il restait un frein majeur pour de nombreux utilisateurs : elles étaient quasiment réservées à l’écosystème Look Kéo.
Favero avait bien tenté de répondre à la demande des cyclistes roulant en Shimano SPD-SL avec les DUO-Shi. Le principe consistait à reprendre l’axe instrumenté des Assioma et à l’associer à un corps de pédale Shimano. L’idée était intelligente. Mais elle restait une adaptation, avec un compromis biomécanique loin d’être neutre : un Q-factor porté à + 64 ou + 65 mm selon les corps de pédales utilisés, contre + 52 mm sur les Shimano d’origine. Sur le terrain, cela se traduisait par une sensation de pédalage plus ouverte, parfois acceptable, parfois franchement gênante selon les cyclistes. Pour certains, ce n’était qu’un détail. Pour d’autres, c’était tout simplement éliminatoire, surtout pour les petits gabarits.
PRO RS : une vraie rupture
C’est précisément sur ce point que les Assioma PRO RS marquent une rupture. Cette fois, Favero a développé une vraie pédale capteur de puissance pensée dès le départ pour une compatibilité Shimano SPD-SL. L’électronique est désormais intégrée dans l’axe, ce qui permet d’abandonner les pods externes visibles sur les générations précédentes.
Sur le papier, la proposition est particulièrement séduisante :
- Compatibilité totale Shimano SPD-SL (standard Shimano)
- 124,5 g par pédale
- 249 g la paire (vérifié)
- Stack height (hauteur par rapport à l’axe) de 10,5 mm
- Q-factor de + 53 mm
- Version RS-1 ou RS-2, selon que l’on souhaite une mesure unilatérale ou bilatérale

Autrement dit, Favero promet enfin ce que beaucoup attendaient depuis longtemps : une pédale Shimano avec capteur de watts native, légère, bien intégrée, et débarrassée des compromis du Q-factor de la génération DUO-Shi.
Installation et mise en service
À l’ouverture de la boîte, rien de très spectaculaire, mais un ensemble sérieux et bien présenté : les pédales, le système de charge et les cales. Le premier petit changement concret concerne le montage. Ici, plus de clé Allen de 8 mm comme sur les anciennes Assioma : l’installation se fait avec une clé plate de 15 mm. Favero indique d’ailleurs que les PRO se montent comme une pédale classique, avec une calibration manuelle à effectuer lors de la première installation ou après transfert sur un autre vélo.
L’ensemble reste simple à mettre en service. Il faut passer par l’application Favero pour enregistrer le produit, l’activer, puis vérifier les paramètres de base, en particulier la longueur de manivelle, à renseigner à la fois dans l’application et dans le compteur. C’est un détail souvent négligé, alors qu’il conditionne directement la cohérence des données… Favero précise aussi que l’activation initiale via l’application est nécessaire.
Premières sensations
Une fois montées, les PRO RS donnent immédiatement une première impression positive : on retrouve enfin une plateforme Shimano qui ne procure plus cette sensation de pédaler avec les pieds écartés que certains avaient pu ressentir avec les précédentes solutions compatibles SPD-SL.
Les cales fournies offrent 6° de liberté angulaire, avec un ressenti proche de celui des cales jaunes Shimano. À l’usage, l’enclenchement et le déclenchement rappellent clairement l’univers SPD-SL. Pour un cycliste déjà habitué à Shimano, la transition est donc naturelle. C’est un vrai point fort du produit.
Malgré une hauteur d’axe annoncée plus basse (de 4,1 mm) que celui d’une pédale Shimano classique, je n’ai pas ressenti, de mon côté, le besoin de modifier ma hauteur de selle. Dès les premiers kilomètres, le feeling s’est montré sain, naturel, sans adaptation particulière.
Usure et comportement dans le temps
Après environ 3000 km d’utilisation, un autre point mérite d’être souligné : l’usure de la plateforme reste très peu marquée. Contrairement à certaines pédales concurrentes, notamment chez SRM où une usure prématurée peut apparaître plus vite, Favero a visiblement bien pensé la protection de la zone de contact, avec une plaque en aluminium qui rappelle dans l’esprit ce que l’on trouve sur des pédales Shimano Ultegra ou Dura-Ace. C’est un détail, mais c’en est un qui compte sur la durée pour qui roule beaucoup.
En revanche, on note aussi la prise d’un léger jeu avec le temps. À ce stade, rien d’alarmant toutefois : cela reste tout à fait classique sur des pédales à roulement annulaire, et l’on retrouve le même phénomène sur des modèles Look ou Shimano Ultegra, par exemple. Autrement dit, ce n’est pas un défaut rédhibitoire, plutôt un comportement mécanique assez courant sur ce type de conception.
Autonomie : une mise à jour qui change clairement la donne
C’est un point qui mérite désormais d’être souligné, car Favero a fait évoluer le produit en février. Le firmware de la gamme Assioma PRO, en version 7.11, mentionne explicitement une extension de l’autonomie. Favero annonce désormais jusqu’à 160 heures d’utilisation après chaque charge (contre 50 auparavant) sur les Assioma PRO RS, grâce à une optimisation de l’algorithme, sans remise en cause de la précision annoncée. Une mise à jour simple à faire en suivant les instructions de l’application.
Favero conserve en plus son système de recharge magnétique et indique qu’une charge rapide de 15 minutes permet de récupérer environ 15 heures d’utilisation.
Mesure de puissance : le point clé
C’est évidemment sur le terrain de la mesure que les choses deviennent plus sensibles. Favero s’est bâti une réputation solide sur la fiabilité de ses capteurs. Beaucoup d’utilisateurs considèrent aujourd’hui la marque comme une référence sérieuse, et les anciennes générations ont souvent servi de comparateurs dans divers essais indépendants. Dans mon cas (mais pas seulement…), pourtant, cette nouvelle paire de PRO RS soulève une interrogation de taille. Celle-ci concerne le comportement en danseuse.
Mon capteur de référence actuel au pédalier est un Sigeyi AXO SL, avec lequel j’ai jusqu’ici obtenu des données cohérentes, y compris lors d’autres comparaisons. Mon protocole est simple : deux compteurs sur le cintre pour observer les écarts en direct, puis une analyse plus approfondie au retour. J’ai aussi pu comparer avec le Wahoo Kickr V5. Et un point m’a rapidement sauté aux yeux : les différences de données en danseuse.
Assis, les valeurs restent globalement proches entre les deux systèmes, quelle que soit la cadence. En revanche, dès que je me mets debout sur les pédales, les Assioma PRO RS affichent une puissance systématiquement plus faible, de l’ordre de 5 à 7 %. L’écart n’a rien d’anecdotique, ni d’isolé : je l’ai retrouvé à plusieurs reprises sur une quinzaine de jours, dans différentes séances.
Impact selon le terrain
C’est d’autant moins anodin que la problématique ne se pose pas de la même manière selon le terrain. Sur le plat, la danseuse ne représente souvent qu’une part très marginale du temps de pédalage. Si l’on considère par exemple qu’elle ne représente que 2 % du temps total, un écart de 7 % ne pèserait au final qu’environ 0,14 % sur la moyenne globale : autant dire presque rien. En montagne, en revanche, où l’on peut passer 20 % du temps, voire davantage, en danseuse, le même biais potentiel grimpe déjà à 1,4 % sur l’ensemble. Et là, le sujet devient nettement plus sensible, surtout si l’on raisonne sur des périodes courtes, des ascensions, des séquences d’effort ciblées ou des comparaisons de fichiers dans des zones de puissance précises.

Vérifications et SAV
J’ai donc cherché à pousser les vérifications plus loin. Les pédales sont reparties chez Favero en SAV après un comparatif entre mon home-trainer Wahoo et les pédales demandé de leur part… Après analyse de leur côté, la marque m’a indiqué que les axes semblaient conformes, mais a malgré tout procédé à un échange préventif. Après retour, le constat est resté identique : cohérent assis, inférieur en danseuse.
Il faut être rigoureux ici : cela ne signifie pas automatiquement que les pédales sont « fausses », ni qu’elles sont inutilisables. En revanche, cela signifie qu’il existe, dans mon cas, un comportement que je ne m’explique pas encore complètement.
Plusieurs hypothèses restent possibles :
• Les Assioma sous-estiment en danseuse
• Le Sigeyi surestime
• Le phénomène dépend du style de pédalage
• Ou un biais méthodologique n’a pas encore été identifié
Le paradoxe des capteurs à la pédale
Mais plusieurs éléments empêchent aussi de refermer trop vite le dossier. D’abord, j’utilise des capteurs de puissance depuis longtemps et j’ai déjà accumulé de nombreuses comparaisons croisées. Ensuite, ce que montrent les chiffres ne colle pas vraiment au terrain : quand je passe en danseuse, je ne perds évidemment pas de vitesse, bien au contraire. Enfin, lors de plusieurs comparaisons à côté d’un autre cycliste équipé d’un SRAM Quarq, ses valeurs restaient stables à posture équivalente alors que mes données Favero baissaient. Ce n’est pas une preuve absolue. Mais c’est un signal suffisamment répétitif pour mériter mieux qu’un simple haussement d’épaules.
C’est d’ailleurs tout le paradoxe du capteur de puissance à la pédale. C’est probablement la solution la plus simple à installer, la plus facile à transférer d’un vélo à l’autre, et souvent la plus pratique au quotidien. Mais c’est aussi une zone de mesure mécaniquement très complexe, potentiellement sensible à la posture, aux appuis, à la manière de pédaler ou à la répartition des forces.
Et c’est sans doute là que se situe le vrai sujet. Bien trop peu exploré par les entraîneurs et tests qu’on peut voir ici et là… qui bien souvent se contentent de petits sprints, ou encore d’être à 90 rpm sur le HT…
Verdict provisoire
Dans la grande majorité des cas, un utilisateur isolé ne verra rien. Les chiffres sembleront cohérents, la sensation générale aussi, et l’entraînement pourra parfaitement se dérouler. Mais dès qu’on croise les données avec d’autres références, notamment sur des efforts spécifiques ou lors de changements de posture, des questions plus fines peuvent apparaître.
Sur le plan du produit pur, les Favero Assioma PRO RS représentent probablement ce que beaucoup attendaient depuis longtemps : une vraie pédale de puissance compatible Shimano, légère, élégante, bien pensée, et débarrassée des compromis de la DUO-Shi et de son Q-factor convenant à peu de personnes.
Sur le papier comme dans les premières sensations, Favero coche presque toutes les cases. Et à ce niveau de prix, surtout en version RS-1 à 435 €, la proposition apparaît agressive face à plusieurs concurrents du marché. La version RS-2 à 694 € reste, elle aussi, placée de manière compétitive pour une mesure bilatérale.
Sur le plan de la mesure, en revanche, mon expérience personnelle m’incite à davantage de retenue. Je ne peux pas, à ce stade, valider sans réserve l’idée d’un nouveau gold standard. Non pas parce que le produit serait raté, mais parce que mes essais soulèvent une vraie interrogation sur son comportement en danseuse.
La suite logique sera donc un second volet, avec davantage de comparaisons, idéalement face à un SRM, afin de déterminer si le phénomène observé se confirme. Une chose est sûre : le sujet mérite mieux qu’un verdict trop rapide comme on le voit (beaucoup) trop souvent.
Les pédales FAVERO ASSIOMA PRO RS en bref…Les + : une vraie pédale Shimano enfin aboutie, une ergonomie et une intégration très réussies, poids, prix, SAV, calibration avec poids chez soi possible (rare), autonomie Les – : données sur la mesure en danseuse selon la personne et le coup de pédale, objectivité de Favero Electronics sur cette problématique… Compatibilité : Shimano SPD-SL – Stack height : 10,5 mm – Q-factor : + 53 mm – Version RS-1 (mesure pédale gauche uniquement) : 435 € ou RS-2 (mesure des deux côtés) : 693 € – Poids : 250 g la paire – Contact : cycling.favero.com Données comparatives SIGEYI / ASSIOMA 1/ à plat assis 200 / 197
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2/ danseuse en bosse 8 min 224 / 216
3/ assis 2 min 226 / 224
4/ danseuse 3 min 265 / 253 W



