Les pavés à vélo : comment arrêter de subir et commencer à maîtriser

Entre le Tour des Flandres dimanche 5 avril et Paris-Roubaix la semaine suivante, les routes se transforment en chaos granitique pour cyclistes courageux… ou inconscients. Les amateurs, séduits par l’idée de faire comme les pros ou de s’inscrire au Tour des Flandres cyclo ou au Paris-Roubaix Challenge, découvrent vite que les pavés ne se domptent pas au talent seul. Ici, on va vous donner quelques astuces pour survivre à ces surfaces impitoyables et, soyons francs, pour arrêter de se faire secouer comme un prunier entre chaque pavé.

Par Guillaume Judas – Photos : deposiphotos.com, ©Etienne Schoeman/Specialized, ©3bikes.fr

Rouler sur des pavés, c’est tout un art.

Les pavés, ce n’est pas juste un morceau de granit jeté là par des municipalités sadiques : c’est une part de l’histoire du vélo. Depuis toujours, les champions capables de les dompter font rêver. Et avouons-le, on a tous envie de pédaler un peu comme eux, même si c’est juste pour se la raconter devant nos amis cyclistes.

Mais attention, petite mise en garde : je ne suis pas un spécialiste. Quand je courais, les pavés et moi, c’était un peu l’histoire de l’eau et de l’huile. J’en avais une sainte horreur, et pour être honnête, j’étais carrément nul. Avec mes 55 kg, traverser un secteur pavé relevait du miracle. Il m’a fallu des années pour commencer à tolérer, voire à m’amuser un peu sur ces surfaces infernales. Et puis il y a eu cette journée passée avec Peter Sagan (triple champion du monde, vainqueur de Paris-Roubaix en 2018 et du Tour des Flandres en 2016), une sacrée référence. Entre ses conseils et le fait de tenter de rester dans sa roue (pas longtemps), j’ai enfin commencé à comprendre un peu mieux l’art de rouler sur les pavés… ou du moins à ne plus y laisser mes dents à chaque coup de pédale. Je vous explique.

Peter Sagan nous a donné quelques conseils pour être un peu plus à l’aise sur les pavés.

Plus c’est gros, mieux c’est

Non, on ne parle pas du poids du cycliste… quoique, ça aide un peu à ne pas rebondir comme une balle sur les pavés. Ici, il s’agit surtout de pneumatiques. Oubliez les fourches télescopiques ou autres systèmes high-tech censés absorber les vibrations. Ça fonctionne, mais ce n’est pas l’essentiel. Le meilleur amorti reste simple et fiable. Des pneus larges, idéalement en tubeless, permettent de rouler à basse pression et de survivre aux pavés tout en conservant un semblant de dignité.

Pour vous donner une idée, Mathieu van der Poel roule sur du 32 mm à Paris-Roubaix, gonflés à 3 bars. Quand j’étais jeune, on tentait les pavés avec des 23 mm. Imaginez le résultat : avec mon poids léger et mon manque de technique, je me faisais balader façon fétu de paille.

Les pneus de grosse section font la majeure partie du boulot.

Lors de ma journée avec Sagan, j’ai testé du 28, du 32 et du 35 mm. Même entre 32 et 35, le confort, et donc la vitesse sur les sections chaotiques, ainsi que l’adhérence sur les zones humides, change complètement la donne. J’ai trouvé mon compromis avec 2,5 bar devant et 2,7 derrière, et c’est là que j’ai enregistré mes meilleurs temps sur ces surfaces maudites.

Mais prudence : trop large, et le rendement sur le bitume entre les sections pavées en prend un coup. Avec du 35 mm, ça se sent très vite. Comme souvent en cyclisme, il faut trouver le juste équilibre entre confort et performance… sans finir écrasé par le pavé, ni par ses propres ambitions.

Position à vélo

Comme le dit Peter Sagan, sur les pavés, il faut se reculer un peu sur la selle, un peu comme lorsqu’on grimpe un col. Pourquoi ? Mettre du poids sur la roue arrière améliore la motricité et limite les rebonds, tandis que l’avant devient plus léger et moins susceptible de danser la gigue sur chaque pavé. Bon, il a aussi ajouté : « tu te mets bien en arrière, tu écrases les pédales et tu fonces. » Heu, oui Peter, on va essayer !

Peter Sagan, ici sur le secteur du carrefour de l’Arbre lors de la sa victoire sur Paris-Roubaix en 2018, est resté un spécialiste des pavés.

Au niveau des mains, oubliez le guidon crispé façon “je vais tenir jusqu’à l’apocalypse” : restez relâché. L’idée, c’est de laisser la roue avant un peu libre pour absorber les vibrations plutôt que de se transformer en robot déchaîné. Quant au regard, ne fixez pas votre roue comme un hamster hypnotisé. Dix mètres devant suffisent pour anticiper les irrégularités et éviter de transformer chaque pavé en piège à dents.

Le braquet, lui, est un subtil compromis entre force et cadence. Trop souple, et c’est votre postérieur qui se fait secouer sur la selle ; trop gros, et relancer après un virage ou sur une portion plus technique devient un calvaire. Le secret, c’est de survoler (tout du moins : essayer) les pavés : rouler vite pour absorber les irrégularités sans se laisser écraser par elles, tout en restant prêt à relancer dès qu’il le faut.

La bonne intensité : comme grimper une bosse

Les pavés de Paris-Roubaix, ce n’est pas une balade digestive : c’est du sérieux. Certains passages sont carrément atroces, et si vous voulez les passer vite sans compter chaque interstice comme un contrôleur de trivia, il faut adopter une intensité proche de celle que vous mettriez pour grimper une bosse bien raide.

Sur les secteurs pavés, l’intensité peut être très élevée, même sur le plat.

Enchaîner les sections pavées, c’est un peu comme faire une séance de fractionnés à PMA : ça fait mal, ça secoue, et il faut rester concentré. Les pros qui partent de loin sur Paris-Roubaix font ça comme s’ils gravissaient un long col, en gérant leur effort, leur braquet et leur position pour ne pas exploser avant la ligne. Bref, les pavés, ça se mérite, et la douleur fait partie du package.

Pavés secs ou mouillés : deux mondes, deux galères

Sur les pavés secs, la règle est simple : rouler vite et fort. C’est exigeant physiquement, mais il y a un avantage majeur : vous voyez où vous mettez les roues. On peut choisir différentes trajectoires, doubler des cyclistes, voire jouer sur les bas-côtés pour éviter les zones les plus chaotiques. En clair, c’est dur pour les jambes, mais moins dangereux pour vos dents.

Lorsque la météo est au sec, il est parfois possible de rouler sur les bas-côté pour se faire moins secouer.

Les pavés mouillés, par contre… là, on entre dans une autre dimension. Certains secteurs ressemblent à du cyclo-cross à grande échelle : glissant, imprévisible, prêt à vous envoyer au sol à la première erreur. Idéalement, il faut rester en haut du pavé, mais ces bosses bombées se transforment vite en patinoire miniature. Virages délicats, relances laborieuses : tout devient plus compliqué. Gros pneus et concentration maximale obligatoires pour ne pas finir en vedette d’une chute spectaculaire.

Sur les pavés mouillés, il faut essayer de rester sur la partie haute de la route.

Les pavés de Roubaix ou ceux du Tour des Flandres ?

En réalité, ça n’a pas grand-chose à voir. Dans les Flandres, les sections pavées plates sont relativement roulantes, presque comme des pavés de ville. Dans les monts, tout le monde est collé : il y a de la pente et les pavés rebondissent, mais on ne grimpe jamais très vite. La grande différence avec une bosse en bitume ? Impossible de se mettre en danseuse. Bref, pas besoin de matériel spécifique, sauf si vous voulez briller sur les petites bosses.

Une exception : le Koppenberg. Raide, étroit, sous les arbres et souvent humide en avril, ce secteur transforme n’importe quel cycliste en équilibristes malchanceux malgré lui. En groupe, impossible de passer sans poser le pied, coincé par un autre concurrent. Oubliez l’idée de reclipser vos pédales : avec 20 % de pente et des pavés glissants, mieux vaut finir la côte à pied… à côté de votre vélo, la dignité en option.

Les monts pavés du Tour des Flandres présentent un revêtement moins mauvais que les secteurs de Paris-Roubaix, comme c’est le cas ici sur le Paterberg.

Les pavés de Roubaix, eux, sont une autre histoire. Certains secteurs sont vraiment mauvais, ouverts quasiment une seule fois par an pour la course. Ici, c’est une vraie discipline à part entière : puissance, technique et concentration ne suffisent pas toujours, et même les meilleurs peuvent se faire secouer comme un soda bien agité. Bref, Roubaix, c’est du sérieux, pas un petit détour pittoresque.

Apprécier les pavés… ou du moins survivre en souriant

Au final, passer sur les pavés, ce n’est pas juste une question de matériel ou de technique : c’est un état d’esprit. Pour ma part, il m’a fallu des années pour commencer à m’amuser un peu sur ces surfaces infernales, et encore aujourd’hui, chaque coup de pédale sur du granit me rappelle que le vélo est parfois une discipline légèrement masochiste. Mais avec un bon braquet, des pneus adaptés, la position adéquate et un peu de concentration, on peut réellement commencer à avoir un peu une impression de vitesse sur les sections pavées… ou du moins éviter de finir en sculpture contemporaine sur le bitume.

Le plus important, c’est de garder le plaisir et l’humour. Les pavés sont exigeants, parfois humiliants, mais ils font partie de l’histoire et de la légende du cyclisme. Alors oui, vous allez rebondir, glisser, râler, mais vous allez aussi ressentir ce petit frisson unique quand tout s’aligne et que vous traversez une section comme un pro, ou du moins comme quelqu’un qui a survécu pour raconter l’histoire. Après tout, si même Peter Sagan a dû vous montrer le chemin, un peu d’humilité ne fait pas de mal.

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Guillaume Judas

  - 54 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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