Partager la publication "À partir de quelle température on sort le cuissard court ?"
Le débat qui revient chaque printemps. Il existe dans le cyclisme des débats qui n’en finissent jamais. Les pneus de 25 ou de 28 mm. La pression idéale en tubeless. Le café avant ou après la sortie. Et puis il y a cette question qui revient chaque année au moment où l’hiver commence à reculer : à partir de quelle température peut-on enfin ressortir le cuissard court ?
Par Jeff Tatard – Photos : ©Damien Rosso, ©SterlingLorence / Giant
La scène est toujours la même. Sur le parking d’un club, devant un café ou au moment de quitter la maison, on jette un œil au thermomètre, puis au ciel, puis aux jambes des copains. Car dans le vélo, le cuissard court n’est pas seulement une pièce d’équipement. C’est presque un symbole du retour de la saison. Le premier jour où on le remet, on a l’impression que l’année cycliste commence vraiment.
Quand le cyclisme croyait « transpirer les toxines »
Pendant longtemps, le cyclisme a entretenu un rapport assez étrange avec la température. Dans certaines époques (pas si lointaines d’ailleurs…) il existait même une forme de culture de la souffrance thermique. Rouler couvert, transpirer beaucoup, « faire sortir les toxines ». Certains anciens racontent encore ces sorties estivales où l’on partait en collant long, parfois même sans bidons, persuadé que la sueur nettoyait le corps.
Avec le recul, on mesure surtout à quel point cette idée était approximative. La physiologie moderne a depuis remis les choses à leur place : la transpiration ne « purge » pas l’organisme, elle sert simplement à réguler la température corporelle.
Et lorsque la déshydratation s’installe, ce n’est pas le corps qui se nettoie, c’est la performance qui s’effondre. Le volume sanguin diminue, la fréquence cardiaque grimpe, la puissance chute. La déshydratation reste l’un des ennemis majeurs de la performance.
Le peloton professionnel comme laboratoire
Aujourd’hui, les habitudes ont changé. Le peloton pro qui reste souvent le meilleur laboratoire d’observation, en donne régulièrement la preuve. Il suffit de repenser à la semaine précédant le Omloop Het Nieuwsblad cette saison.
Lors de la reconnaissance du Mur de Grammont, le thermomètre affichait à peine 12 ou 13 degrés. Pourtant, une grande partie des coureurs roulait déjà jambes nues. Parmi eux, Mathieu van der Poel, parfaitement tranquille en cuissard court sur les pavés flamands.
Il y a vingt ans, certains directeurs sportifs auraient probablement levé un sourcil. Aujourd’hui, cela ne choque plus personne. Le cyclisme moderne est devenu beaucoup plus rationnel, et beaucoup moins superstitieux.
La zone magique : entre 12 et 15 degrés
Alors quelle est la bonne température ?
La vérité, comme souvent, est moins spectaculaire qu’on pourrait l’imaginer. Elle se situe généralement quelque part entre 12 et 15 degrés. À partir de cette zone, la majorité des cyclistes commencent à être parfaitement à l’aise en cuissard court, à condition bien sûr d’adapter le reste de l’équipement.
Un maillot manches longues, un gilet dans la poche ou quelques manchettes suffisent généralement à compléter la tenue. Le cuissard court n’est pas une question de bravoure, mais de confort thermique.
Soleil, vent et intensité : les vrais arbitres
Mais réduire la question à un simple chiffre serait un peu trop simple. La sensation thermique d’un cycliste dépend d’un ensemble de facteurs bien plus subtils.
Le soleil, par exemple, transforme complètement la perception du froid. Douze degrés sous un ciel bleu de mars peuvent sembler presque doux, alors que la même température sous un ciel gris et humide rappelle brutalement que l’hiver n’est jamais très loin.
Le vent joue également un rôle déterminant. Sur un vélo lancé à trente kilomètres à l’heure, l’air qui circule autour du corps amplifie le refroidissement. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les coureurs professionnels tolèrent souvent plus facilement le cuissard court : l’intensité de l’effort produit suffisamment de chaleur musculaire pour compenser ce refroidissement.
La dimension psychologique du cuissard court
Et puis il y a un élément que les études physiologiques mesurent mal mais que tous les cyclistes connaissent parfaitement : la psychologie du printemps.
Le premier jour en cuissard court est toujours un petit événement. Les jambes sont encore pâles, presque fluorescentes après des mois d’hiver. Les traces de bronzage de la saison précédente ont disparu. Mais peu importe. On a l’impression d’être plus léger, plus libre, presque plus rapide. Scientifiquement, l’effet est discutable. Mentalement, il est incontestable.
La vraie règle
Finalement, la règle la plus simple reste probablement la plus juste…
Si l’on a froid dès les premiers kilomètres, c’est que le moment n’était pas encore venu. Si l’on a chaud après dix minutes d’effort, on aurait probablement dû raccourcir la tenue.
Et si l’on hésite longuement devant l’armoire à vélo en se demandant s’il faut sortir le cuissard court ou non, c’est que l’on est exactement dans cette période étrange du calendrier où l’hiver s’accroche encore pendant que le printemps commence déjà à pédaler.
La bonne nouvelle, c’est que dans quelques semaines la question ne se posera plus du tout. Et les cuissards courts redeviendront, comme chaque année, l’uniforme naturel du cycliste.
=> Et pour mieux comprendre les effets de la déshydratation sur la performance sportive, vous pouvez lire cet article de Sciences et Avenir qui explique très clairement les mécanismes en jeu.
=> Ou encore l’hydratation le vrai du faux
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