Test du nouveau Cervélo R5 : le grimpeur polyvalent

Dans un paysage où les vélos de route ultra-légers sont souvent synonymes de compromis, le nouveau Cervélo R5 impose une vision différente : celle d’une machine taillée pour la montagne, mais suffisamment polyvalente pour séduire les puristes de la performance. Dans cette version avec un groupe SRAM Force AXS, ce vélo est en dessous de la limite du poids UCI mais sans atteindre le prix stratosphérique des machines les plus haut de gamme. En associant légèreté, réactivité et plaisir de pilotage, le R5 offre un cocktail qui intrigue autant qu’il excite les passionnés, comme nous avons pu nous en rendre compte lors de ce test approfondi sur la route.

Par Guillaume Judas – Photos : ©Vincent Lyky

Avec une silhouette presque classique, le Cervélo R5 s’affranchit des modes.

Depuis plus de 10 ans, la série R5 occupe une place particulière dans la gamme Cervélo. Historiquement orientée vers l’ascension pure, elle s’est faite un nom grâce à des performances remarquées sur des pentes mythiques, notamment entre les jambes de coureurs comme Wout van Aert ou encore avec la victoire de Pauline Ferrand-Prévot sur le Tour de France Femmes sur la toute dernière version du R5.

Le Cervélo R5 combine légèreté et rigidité. C’est un vélo très compétitif.

Avec cette ultime évolution, lancée à l’été 2025, Cervélo confirme sa stratégie axée sur deux modèles clairement distincts : l’aérodynamique S5 pour les vitesses élevées et les parcours vallonnés, et le R5 pour les ascensions et les longues journées en montagne. Cette dualité se distingue nettement d’autres marques qui tendent à privilégier un seul vélo pour tout faire, capable de se montrer performant partout, à l’image du Specialized Tarmac ou du Pinarello Dogma F. Dans ce contexte, le R5 réaffirme l’importance d’un outil spécialisé pour les grimpeurs ou les cyclistes attachés à une efficacité maximale dans les ascensions plutôt que sur le plat.

La boîte de pédalier ne laisse transparaitre aucune faiblesse.

La concurrence n’est pas en reste : de nombreux vélos ultra-légers flirtent aujourd’hui avec les limites de poids UCI, mais rares sont ceux qui réussissent à combiner une telle légèreté avec une géométrie pensée pour la stabilité et la maniabilité sur des routes techniques. Dans ce paysage, le R5 se positionne clairement comme une référence dans la catégorie des vélos conçus pour grimper, mais pas seulement.

Technique : cadre, équipement et choix de conception

Le cœur de cette machine, c’est évidemment son cadre. Cervélo a réussi à réduire le poids du cadre à environ 650 g. La fourche est quant à elle annoncée à 298 g. En gagnant également du poids sur le poste de pilotage et la tige de selle, cela permet de porter la balance de la version la plus légère en SRAM Red à seulement 5,97 kg. Pour notre version de test équipée en SRAM Force, le poids vérifié est de 6,350 kg sans pédales, en taille 51, mais avec un porte-bidon. Autrement dit, on arrive à 6,6 kg prêt à rouler. En dessous de la limite de poids UCI, donc, pour un vélo vendu 8 999 €. On apprécie la performance.

Les haubans sont très fins, autant pour gagner du poids que pour favoriser le confort.

Cette réduction de poids significative tient autant au lay-up de carbone optimisé qu’au travail d’allègement appliqué à chaque partie du cadre et du vélo. Notons que le R5 n’est proposé qu’en SRAM Red (double ou mono-plateau), Shimano Dura-Ace Di2, SRAM Force et Shimano Ultegra, et bien sûr en kit cadre. Une seule version du cadre, des périphériques et des roues : la même que celle des pros.

Les durites sont parfaitement intégrée à l’intérieur du vélo, ce qui confère au R5 une ligne fluide et épurée.

La géométrie, quant à elle, est un peu plus portée sur l’avant que sur le S5, avec un angle de tube de selle plus redressé (74° contre 73°). Le reach et le stack (l’allonge et la hauteur totale du poste de pilotage) sont toutefois quasi identiques d’un vélo à l’autre. Malgré ses lignes d’apparence très classiques, contrairement au S5, le R5 n’en est pas moins un cadre moderne, puisqu’il peut désormais accueillir des pneus jusqu’à 34 mm de large (même si la version testée est livrée avec des 26 mm).

Le cockpit est également très léger. Il est livré de série en 38 de large pour un vélo en taille 51. Mais il existe 15 options de longueur/largeur.

L’intégration du poste de pilotage monobloc Cervélo HB18 est l’une des innovations majeures de ce modèle. Ce cockpit en carbone permet non seulement de gagner jusqu’à 150 g par rapport à un modèle classique, mais aussi d’améliorer l’aérodynamisme global du vélo. Il offre en outre 15 configurations de taille pour affiner votre position sur le vélo, un plus non négligeable pour ceux qui veulent optimiser leur confort et leur rendement.

Le groupe SRAM Force AXS est le best-seller du moment.

Dans notre version équipée en SRAM Force AXS, le choix du groupe électronique sans fil apporte une fluidité de changement de vitesses remarquable. Nous l’avons déjà souligné lors de précédents tests, mais le groupe Force fonctionne vraiment comme le Red à tous points de vue. Et s’il accuse environ 300 g de plus sur la balance, il est aussi beaucoup moins cher. En tout cas, il convient à merveille à ce vélo et ne le rend pas moins performant.

Le capteur Quarq intégré fournit une mesure de puissance précise. La cassette 10-33, couplée à un pédalier 48-35, offre une plage de développement adaptée aux parcours accidentés, tout en conservant de belles capacités de rendement sur le plat.

Cervélo a été l’une des premières marques à diminuer la longueur des manivelles sur ses vélos de série.

On notera toutefois des choix imposés : des manivelles en 165 mm pour un vélo en taille 51 qui, selon les habitudes de chacun, peuvent ne pas convenir, et une largeur de cintre de 38 cm qui reflète l’orientation performance du vélo. Cervélo a été l’une des premières marques à proposer de série des cintres moins larges, pour répondre à une tendance observée chez les pratiquants. La marque en fait de même avec les longueurs de manivelles. Un positionnement affirmé, mais qui pourra nécessiter des ajustements auprès de votre revendeur pour adapter parfaitement la machine à votre morphologie.

Le serrage de tige de selle est pratique et accessible. Cervélo n’a pas cherché à gagner du poids là où c’est inutile avec des composants trop fragiles.

La finition générale du vélo est superbe : les lignes sont épurées, la peinture Five Black/Bronze ou Five Black/Silver renforce son allure haut de gamme, et l’intégration des composants donne une impression de sophistication parfaitement à la hauteur du niveau de prix. Sur ce plan, le R5 répond sans conteste aux attentes des passionnés exigeants.

Les deux vis de serrage des étriers de frein passent directement dans le fourreau de fourche.

Notons toutefois un petit détail qui fâche : les vis de serrage des étriers de frein passent directement par les fourreaux de la fourche et par la base arrière gauche, sans support ni adaptateur. Cela permet de gagner du poids sur le cadre, mais n’est pas très heureux esthétiquement parlant. Bon, c’est d’abord une histoire de goût.

Des roues au comportement aérien

Le nouveau cadre du R5 s’accompagne d’une paire de roues Reserve 34/37 destinée à la montagne, lancée quant à elle en 2024. Avec un poids annoncé de 1280 g pour une hauteur de jante de 34 mm à l’avant et 37 mm à l’arrière, ces roues bénéficient d’un développement issu de la technologie Turbulent Aero chère à la marque californienne. L’objectif affiché est de proposer des roues légères et dynamiques, sans pour autant pénaliser le vélo sur le plan aérodynamique.

Des roues légères, mais étudiées sur le plan aérodynamique.

Pour ce faire, elles s’appuient sur des jantes de 23 mm de largeur interne et 30 mm externe à l’avant, et de 22 mm interne et 29 mm externe à l’arrière, ce qui les rend compatibles avec des pneus de 25 à 38 mm. Elles sont proposées avec des moyeux DT 240, comme sur ce vélo de test, mais aussi avec des DT 180 pour un poids de 1220 g la paire, ou des DT 350 affichant 1350 g la paire.

Que ce soit dans les courbes serrées ou avec du vent de côté, les roues Reserve 34/37 se montrent particulièrement maniables.

Équipées de pneus tubeless Vittoria Corsa Pro en 700×26, elles offrent un rendement et une vivacité de très haut niveau, aussi bien à la relance que lors des ascensions au train. Et même si elles manquent légèrement d’inertie par rapport à des roues plus hautes comme les Reserve 42/49, on apprécie leur maniabilité sous les fortes rafales de vent ainsi que la confiance qu’elles inspirent. Ce sont des roues à la fois réactives et faciles à maîtriser, qui typent réellement le comportement du vélo, comme nous le verrons plus loin.

Légèreté et vivacité sur la route

Dès le premier faux plat en sortant de la maison, la légèreté du R5 apparaît comme une évidence. En termes de sensations pures, impossible de nier le plaisir de rouler sur un vélo qui s’affiche à près de 1,3 kg de moins que celui avec lequel je roule habituellement. Et pourtant, il ne s’agit pas ici d’une machine à 15 000 €. Comme quoi.

La légèreté du vélo se ressent dès les premiers hectomètres. Un vrai plaisir.

Mais la rigidité du R5 n’est pas en reste. Loin de là. Et c’est même ce qui surprend le plus, surtout au regard de son poids plume. Dans les ascensions, chaque watt appliqué sur les pédales se transforme en avancée presque instantanée. Cette sensation de réactivité est renforcée par une boîte de pédalier très ferme sous la pédale et par une direction hyper vive, qui ne sacrifie pourtant rien à la stabilité, même lorsque l’on attaque sur des pentes raides ou lors de relances soudaines. Que ce soit pour grimper par à-coups ou évoluer en ville au milieu de la circulation, ce vélo est une bombe.

Le Cervélo R5 est très efficace à la relance.

Mais c’est sur le plat que j’attendais le R5 au tournant. La plupart des vélos très légers font preuve d’une certaine souplesse latérale, certes salvatrice quand les forces viennent à manquer en fin de sortie, mais un peu castratrice sur le plat lorsque l’on roule au train, bien calé sur un braquet conséquent. Ce n’est pas le cas ici : le R5 se montre suffisamment rigide pour ne pas louvoyer sous l’effort, même avec tout à droite. La rigidité de la partie avant se marie à merveille avec celle du triangle central pour que l’on ne ressente aucune perte d’énergie lorsqu’il faut s’employer fermement pour rester dans une bordure ou faire la différence avec ses adversaires, le cas échéant.

Sur le plat, le vélo bénéficie de son excellente rigidité latérale pour offrir de la consistance sous la pédale. Il s’accommode bien de l’usage de grands braquets.

Monté avec des roues Reserve 42/49, le R5 se plaît encore davantage à évoluer sur le plat, à maintenir une allure soutenue et régulière, en profitant d’une inertie supérieure dans les portions descendantes et les faux plats montants, quitte à perdre un soupçon de nervosité dans les relances sèches, avec environ 250 g supplémentaires sur la balance. Ce montage spécifique, associé à des jantes et des pneus plus larges, met également en exergue une autre qualité du vélo : son confort. Le R5 n’est pas à proprement parler un vélo d’endurance, mais la souplesse contrôlée du cadre, combinée à des pneus de 30 mm, absorbe suffisamment les irrégularités du bitume pour limiter la fatigue sur les longues sorties.

Les roues Reserve 42/49 sont moins légères, mais plus larges et plus aérodynamiques. Elles offrent plus d’inertie, mais aussi plus de confort au Cervélo R5.

Pour résumer, le R5 équipé des roues d’origine Reserve 34/37 se montre facile à piloter mais tranchant comme une lame, ce qui peut le rendre un peu exigeant à la longue, tandis qu’avec des Reserve 42/49, il s’assagit et se révèle plus adapté aux longues sessions à allure élevée et régulière.

Rapport qualité-prix et efficacité maximale

Face à une concurrence qui propose, à poids égal, des machines souvent plus onéreuses pour des gains parfois marginaux, le R5 joue une carte intéressante. Cette version équipée du groupe SRAM Force AXS offre un excellent compromis entre performance pure et coût, sans concession sur la qualité des composants ni sur la finition du cadre. Le choix de certaines dimensions, comme des manivelles de 165 mm ou un cintre de 38 cm, traduit une approche résolument orientée performance, tout en garantissant une machine homogène, pensée pour des pratiquants exigeants et compétitifs.

Le Cervélo R5 n’est pas qu’un vélo pour grimper. Il est plus polyvalent qu’on ne l’imagine.

Le Cervélo R5 est un vélo d’exception, destiné à ceux qui recherchent une machine légère, vive et aboutie. Il se révèle surtout plus polyvalent qu’il n’y paraît, et c’est là une excellente surprise. Un vélo qui rappelle qu’un cadre léger peut encore avoir du caractère.

Le nouveau CERVÉLO R5 SRAM FORCE AXS en bref…

Les + : poids, rigidité, stabilité, polyvalence, finition rapport prix-poids
Les – : serrages des étriers peu esthétiques

Cadre : Cervélo new R5, monocoque carbone – Fourche : Cervélo All-Carbon, Tapered R5 Fork – Roues : Reserve 34/37, DT Swiss 240 – Pneus : Vittoria Corsa Pro Speed TLR G2.0 700×26 – Pédalier : SRAM Force 48-35 (capteur de puissance) – Dérailleur arrière : SRAM Force AXS 12 v. – Leviers : SRAM Force AXS 12 v. – Freins : SRAM Force Disc – Cassette : SRAM Force 12 v. 10-33 – Cockpit : Cervélo HB18 Carbon – Tige de selle : Cervélo SP33 Carbon – Selle : Prologo Nago R4 PAS Tirox Lightweight – Poids : 6,350 kg en taille 51 sans pédales – Tailles : 6 – Prix : 8999 €

Contact : cervelo.com

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Guillaume Judas

  - 54 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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