Partager la publication "Cyclisme ce sport qui rend les muscles… bêtes (et nous avec)"
Dans le monde du vélo, il y a deux écoles : ceux qui pensent que plus on en met, plus on en met ; et ceux qui se demandent si le corps n’est pas en réalité une espèce de Ferrari qui a besoin d’une direction, pas seulement d’un kilométrage infini. Spoiler : le peloton tourne à fond depuis des décennies avec une réponse étonnamment simple, et pas forcément la plus intelligente.
Par Jeff Tatard – Photos : DR
Là où ça fait mal (et pas que les cuisses)
Quand on observe un cycliste en dehors de sa machine, couché sur un canapé, debout devant un frigo, ou simplement essayant de toucher ses orteils, un constat saute aux yeux : beaucoup sont extraordinairement bons à tourner les jambes, mais absolument médiocres pour tout le reste.
Pourquoi ? Parce que, historiquement, le cyclisme a été élevé au rang d’art métabolique. On mesure la FTP comme s’il s’agissait de la maîtrise de la vie, on cockpitise les zones d’entraînement comme des vecteurs de salut… et on ignore la richesse du corps hors selle.
Et c’est là que le mythe s’installe : Plus j’en fais, plus je deviens fort.
Un slogan qui ressemble fort à une prière pour justifier un kilowatt de kilomètres… même si les données scientifiques remettent en question cette équation magique. Il n’existe aucune garantie que le volume élevé seul améliore davantage la performance qu’un entraînement bien structuré.
Quand le muscle devient… unidimensionnel
Imaginez un coureur qui pédale 15 ou 20 000 km par an mais ne soulève jamais autre chose que son bidon d’eau. Son corps peut ressembler à une machine d’endurance exceptionnelle, mais aussi à un système neurologique bloqué dans une routine posturale répétitive.
C’est ce que certains appellent ironiquement un muscle bête : il sait tourner, il sait répéter mais il ne sait plus penser en dehors de sa tâche unique. Et cette « fermeture » du système musculaire a un prix : mobilité réduite, enchaînement articulaires crispés, fessiers qui s’endorment et chaînes postérieures qui travaillent en mode survie… exactement ce que décrivait ABD dans son approche dans l’article « reconstruire l’athlète avant le cycliste », lorsqu’on l’a rencontré pour 3bikes en novembre dernier.
Ce n’est pas une caricature : c’est une conséquence mécanique logique d’un entraînement mono-tâche et sans diversité. Dans la nature, un corps qui ne bouge que dans un seul plan finit par perdre sa beauté adaptative.
Volume, surentraînement et l’antre des douleurs
Ah, le fameux « plus de kilomètres, plus de gains » une équation qui ressemble à s’y méprendre à une recette pour :
- Fatigue chronique
- Surmenage musculaire
- Plateau de performance
- Accidents et blessures mentales autant que physiques
La science du sport a un terme pour ça : overtraining, littéralement, trop d’entraînement, pas assez de récupération. Quand on dépasse ce que le corps peut encaisser, il proteste… et finit par réagir en baisse de performance.
Et ne nous voilons pas la face : dans le vélo amateur, on éduque souvent le cycliste à rouler longtemps, mais on oublie de lui apprendre à préparer son corps à encaisser ce long. Comme si apprendre à lire une carte GPS sans jamais apprendre à marcher tenait encore de la sagesse.
Une invitation à penser autrement
Alors, plutôt que de transformer votre programme en un marathon de chiffres sur des heures cumulées, peut-être que la vraie question devient : Est-ce que mon entraînement rend mon corps plus intelligent ou juste plus fatigué ?
Et la réponse commence par reconnaître que :
- Le volume n’est jamais une fin en soi, mais un moyen.
- La force, la mobilité, la variabilité neuromusculaire ne sont pas des accessoires, mais des fondations.
- Un coureur peut être métaboliquement affûté mais mécaniquement infantilisé.

Conclusion : plus futé que juste plus
Le cyclisme est un sport magnifique, une alchimie subtile de technique, d’endurance, d’effort et de stratégie. Mais lorsque cette beauté se mue en culture du volume sans réflexion, alors le muscle devient bête, la performance plafonne, et l’esprit s’épuise.
Si vous voulez sortir de ce papier avec une nouvelle perspective, retenez que le progrès ne se mesure pas en kilomètres cumulés, mais en diversité, en intelligence du mouvement et en récupération réfléchie.
Le corps n’est pas une machine qu’on remplit d’heures.
Il est un système vivant qui s’adapte, apprend et… s’ennuie si on ne lui donne plus à penser.
=> Et si vous voulez en connaître plus sur l’école de l’excellence du coaching sportif allez sur le site de Aurélien Broussal-Derval
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