Essai exclusif du nouveau Specialized Tarmac SL8

Trois ans après le Tarmac SL7, le vélo aux trois titres de champion du monde consécutifs (2020, 2021 et 2022 avec Julian Alaphilippe, deux fois, et Remco Evenepoel), Specialized lance déjà son successeur avec le SL8, que la marque a voulu encore plus léger et encore plus aérodynamique. Mais le Tarmac SL8 est aussi et surtout un vélo facile et polyvalent, à l’aise aussi bien dans les montées les plus abruptes que sur les longs bouts droits ou les descentes techniques. Il est difficile de s’en passer après y avoir goûté.

Par Guillaume Judas – Photos : ©Etienne Schoeman/Specialized – ©3bikes.fr

Le nouveau Tarmac ne propose pas des lignes très spectaculaires, mais il est très aérodynamique.

« Mais comment ont-ils fait ?«  C’est la première réflexion de l’un mes amis quand je lui ai annoncé que le Tarmac SL8 était 250 g plus léger que son prédécesseur, juste pour la partie châssis, avec 100 g de gagnés sur le cadre, 50 sur le poste de pilotage, et encore une centaine sur la fourche et la tige de selle réunies. C’est aussi la question que je me suis posée après quelques kilomètres à son guidon, devant une telle fluidité, un tel côté facile, mais sans dénaturer ses velléités sportives. C’est bien un vélo de course, sans doute l’un des tout meilleurs du World Tour et l’un des tout meilleurs du marché tout simplement, mais de nombreux cyclistes, quel que soit leur niveau, vont l’apprécier. Je pourrais presque avancer que le Tarmac SL8 roule tout seul, mais ce serait sans doute largement exagéré parce qu’on parle quand même d’un vélo, ou ce serait en tout cas mal compris par ceux qui n’ont pas la chance de tester fréquemment des machines différentes.

Le Tarmac SL8 se montre très polyvalent.

Je peux néanmoins affirmer sans me tromper que le Tarmac SL8 est un vélo largement réussi. Il est réussi car il parait correspondre exactement aux caractéristiques qu’ont voulu lui donner ses concepteurs chez Specialized, en bénéficiant d’un gain de poids significatif et de qualités de roulement semblables à celles du Venge, tout en conservant la maniabilité du Tarmac SL7.  Pourtant, sur le papier, ce croisement entre un Venge et un Aethos n’était sans doute pas simple à réaliser.

Le nouveau Tarmac reste maniable et précis.

Rapide dans la vie réelle

Pour plus de précisions concernant le concept à l’origine du Tarmac SL8, vous pouvez voir notre présentation du vélo, qui reprend certes de nombreux éléments du dossier de presse de la marque, mais qui eux-mêmes expliquent l’essentiel : en se concentrant sur l’aérodynamisme des parties du vélo les plus exposées, les ingénieurs de Specialized ont pu se focaliser sur le gain de poids pour les éléments les moins concernés, en utilisant des formes de tubes plus consensuelles, mais non moins efficaces en termes de rapport entre le poids et la rigidité.

La boîte de pédalier est moins massive que l’ancien modèle.

En plaçant les cadres du SL7 et du SL8 côte à côte, vous pourrez voir des différences notables de formes et de volumes, comme la douille de direction avec la forme nommée Speed Sniffer (littéralement : Renifleur de vitesse) pour le nouveau venu, des haubans beaucoup plus fins et placés plus bas, une boîte de pédalier moins massive, un tube diagonal légèrement moins imposant sur sa partie basse, un tube supérieur un peu plus rond et un tube de selle plus fin.

La forme de la douille de direction montre les travaux réalisés dans le domaine de l’aéro.
Le tube de selle est très fin.

Specialized a profité de la mise à jour du règlement UCI en octobre 2021 concernant la dimension des tubes, pour s’autoriser à affiner très nettement le tube et la tige de selle, ainsi que les haubans. Le Tarmac SL8 se montre ainsi visuellement moins spectaculaire qu’attendu, beaucoup moins en tout cas que ne l’étaient le Venge VIAS en 2016, ou le Venge de 2018 si on compare les formes des tubes. Pourtant, d’après Specialized, le Tarmac SL8 serait plus aérodynamique, en tout cas dans les conditions réelles d’utilisation.

Le tube diagonal adopte une forme presque ronde et il est plus étroit que le SL7 dans sa partie inférieure.
Le tube supérieur est également moins aplati que sur le SL7.
Les haubans sont très fins et placé relativement bas sur le triangle arrière.

Une question d’équilibre

Depuis plusieurs années, la marque s’appuie sur de nouveaux modes de simulation pour tenter de calculer sur l’ensemble de la plupart des parcours comment un vélo peut gagner en efficacité, avec son équipe Ride Science, composée d’une dizaine de personnes (pour la route et le VTT). Et pas seulement sur le plat en ligne droite ou avec le vent très légèrement sur le côté de face ou de dos, comme c’est souvent le cas des simulations en soufflerie. Les oppositions qu’un cycliste doit affronter sont composées principalement de la résistance de l’air (d’autant plus importante que la vitesse est élevée), du poids pour lutter contre la gravité dans les ascensions et contre l’inertie dans les variations d’allure, et de la résistance au roulement avec les frottements des pneumatiques et de la transmission. L’équilibre entre la stabilité et la maniabilité du vélo, ainsi que le confort, interviennent également dans la conduite générale, et donc dans une forme de confiance qui permet au final d’augmenter la vitesse. C’est sur la base des données collectées auprès des coureurs et d’utilisateurs en situation réelle et des simulations faites grâce à des logiciels très complexes que Specialized a pu savoir dans quelle direction se lancer pour tenter d’améliorer le fer de lance de sa gamme. Ajoutons que les progrès réalisés dans l’industrie du carbone ces dernières années permettent aujourd’hui de réaliser des formes de tubes encore plus complexes avec des poids de plus en plus faibles qui aboutissent à des résultats comme ici avec le SL8.

Le Tarmac SL8 a été conçu pour se montrer plus efficace sur l’ensemble des parcours que l’on peut rencontrer dans la vie réelle.

Gain de poids significatif

S’il m’est évidemment impossible de vérifier les affirmations de Specialized quant aux gains obtenus par le SL8 par rapport au SL7 sur un parcours comme celui de Milan-Sanremo (128 secondes de gagnées) ou sur la montée du Tourmalet (20 secondes), je peux toutefois souligner le gain de poids significatif, facilement vérifiable. Mon vélo de test, avec un cadre S-Works, un groupe Sram Red AXS avec capteur de puissance, des roues Roval Rapide CLX II avec des pneus tubeless et un cockpit intégré, des pédales, deux porte-bidons et un support de compteur affiche moins de 7 kg, prêt à rouler. Le S-Works en Dura-Ace en taille 56 avec la peinture la plus légère accuse seulement 6,74 kg sur la balance. Ce qui en fait le vélo aérodynamique le plus léger du marché, et sans doute le vélo léger le plus aéro du marché également. Notons d’ailleurs la performance même pour le cadre de second niveau de gamme, le Tarmac Pro en carbone Fact 10r, qui s’affiche exactement au même poids que le Tarmac S-Works SL7, avec un prix pour le kit cadre inférieur de 1200 €. Question tarifs justement, même si les produits Specialized restent généralement très haut de gamme, la marque n’est pas allée dans le sens de la surenchère, après l’augmentation excessive des prix au début de l’année 2022. Le kit cadre S-Works SL8 s’affiche à 5500 € contre 5200 pour le SL7, mais les vélos complets sont globalement moins chers, avec un haut de gamme à 14 000 €, un modèle Pro en Ultegra Di2 ou Force AXS à 9000 €, et un modèle Expert à 6500 €.

Globalement, on constate une légère baisse des tarifs par rapport au SL7.

Pour le kit cadre, on peut ajouter le cockpit à 580 €, qui intervient selon Specialized pour moitié quant aux gains aéro du SL8 par rapport au SL7. J’avoue avoir eu quelques doutes concernant le confort de position de ce poste de pilotage intégré, par essence même non ajustable, et avec cette partie supérieure large et aplatie. Mais finalement, je suis agréablement surpris par la prise en main, assez naturelle, et surtout par sa rigidité, vraiment impressionnante même en sprintant avec les mains en bas du cintre. Annoncé à 310 g seulement (vérifié à 320 avec une longueur de potence de 135 mm), il me semble aujourd’hui essentiel au SL8, même s’il est toujours possible de monter n’importe quel cintre ou poste de pilotage sur ce vélo.

Le cockpit Rapide est une réussite en termes de poids, de rigidité, et d’ergonomie.

Sur les routes écossaises avec le nouveau Specialized Tarmac SL8

C’est autour de l’organisation des championnats du monde de Glasgow en ce début août que j’ai pu essayer ce Tarmac SL8 sur deux sorties, l’une de 47 km, et l’autre de 90 km avec 1200 m de dénivelé, en compagnie d’une petite dizaine de journalistes venus du monde entier. Comme je roule habituellement sur un Tarmac SL7, il m’a été facile de prendre en main le SL8 sur lequel j’ai retrouvé facilement mes appuis, la géométrie entre les deux vélos étant strictement identique. 

Le Tarmac SL8 est un vélo facile à prendre en main.

La différence de poids entre les deux vélos est remarquable, car un gain de 250 g d’une génération à l’autre à équipement égal n’est vraiment pas commun. Cependant, au-delà de la première impression en soupesant le vélo avant de l’enfourcher, il faut se lancer sur des pentes raides pour réussir à le ressentir vraiment à l’usage. En revanche, je suis persuadé que ce poids plus léger participe au sentiment de facilité éprouvé au guidon du SL8 au fil d’une sortie, après une succession de petites bosses et faux plats, et surtout après les nombreuses relances inhérentes à une pratique habituelle au milieu de la circulation.

Le gain de poids s’apprécie au fil d’une sortie.

Un premier grand bout droit en faux plat descendant avec le vent de côté m’a permis de constater que la stabilité du SL8 était supérieure au SL7. La partie avant du vélo est plus rigide, et même si le vélo est plus léger, il semble un peu mieux posé sur ses deux roues, avec le sentiment de conférer un peu plus de poids sur la direction. Les Tarmac ont toujours été renommés pour leur précision et leur maniabilité, mais ils étaient parfois délicats à tenir avec le vent de travers, et le SL7 ne déroge pas à la règle. Le Tarmac SL8 semble avoir progressé à ce niveau-là, et il est pour moi plus rassurant sous des conditions venteuses, avec les mêmes roues.

Le tarmac SL8 est plus stable que son prédécesseur avec le vent de côté.

Cette première sortie sur un parcours varié s’est effectuée sur des routes étroites et virevoltantes pas toujours bien asphaltées comme on en trouve en Écosse, et surtout tantôt sur le sec, tantôt sur le mouillé. Il est ainsi difficile d’apprécier le gain de confort revendiqué par Specialized sur le SL8 par rapport au SL7, puisque les 6 % d’améliorations annoncées peuvent très bien se compenser avec la dimension des pneumatiques et leur pression (les deux vélos acceptent des pneus jusqu’à 32 mm de section), ou avec le choix d’un ruban de cintre ou d’une selle plus ou moins épais. Ce qui est certain, c’est que le SL8 dans la configuration de l’essai, avec des roues Rapide et des pneus tubeless de 26 mm ne rebondit pas excessivement sur le bitume granuleux, et qu’il semble toujours conserver une bonne motricité. En trouvant des routes humides en sous-bois, on ne se sent jamais surpris par un manque d’adhérence ou par une quelconque perte de contrôle. Le vélo est hyper sain à piloter.

Le vélo est facile à contrôler dans la plupart des situations.

En affrontant les forts pourcentages en danseuse, j’ai trouvé la partie avant du vélo très rigide, avec un poste de pilotage vraiment ferme et en parfaite adéquation avec la rigidité de la douille de direction. Tout semble parfaitement cohérent, sans que l’on ressente le moindre flottement. Cette caractéristique favorise les sprints et les démarrages violents sans perte d’efficacité. Mais au moment de se rasseoir sur la selle, le vélo parait plus docile, un peu plus doux sous la pédale, et plus tolérant avec les jambes fatiguées ou moins entrainées. C’est en ce sens que je trouve le Tarmac SL8 facile, car il fait preuve d’un excellent équilibre dans tous les domaines, qu’il est prêt à répondre aux sollicitations les plus extrêmes, mais tout en se montrant relativement docile quand l’humeur est un peu plus à la promenade.

Le SL8 fait preuve d’efficacité quand c’est nécessaire, mais il reste docile quand le rythme se veut plus lent.

La deuxième sortie effectuée avec le vélo, plus longue, plus exigeante, plus venteuse, m’a toutefois rappelé que le Tarmac SL8 restait un vélo sur lequel il fallait toujours pédaler. Un vélo certes hyper efficace, aérien, confortable, rassurant, mais qui ne peut pas totalement effacer toutes les difficultés d’un parcours. Sur l’ascension de Crow Road (abordée par les coureurs pros juste avant l’entrée sur le circuit urbain de Glasgow lors des championnats du monde) avec ses 5 km de montée bien exposés au vent et sur un bitume granuleux, la machine m’a remis face à mes propres limites. C’est dans la partie descendante, puis ensuite sur le plat en rentrant vers l’hôtel que j’ai pu à nouveau apprécier l’efficacité et le caractère filant du SL8. C’est surtout après un passage de relais en tête de groupe et en retombant à l’abri dans les roues que l’on peut ressentir le côté facile de ce vélo, et c’est pour cette raison que je pense qu’il est adapté à de nombreuses catégories d’utilisateurs.

Que ce soit dans les bosses ou sur le plat, le SL8 fait preuve d’efficacité tout en apportant du plaisir.

Polyvalence absolue

Avec son poids léger, son efficacité globale, sa maniabilité et l’aisance qu’il procure, le nouveau Specialized Tarmac SL8 atteint des sommets de polyvalence et d’équilibre et s’impose comme une nouvelle référence en haut de gamme, au moins au même titre que le nouveau Cannondale SuperSix. Pour ceux qui possèdent déjà un Tarmac SL7, le changement n’est pas absolument indispensable, dans le sens où le SL8 n’est pas radicalement différent, même s’il est un peu plus léger, plus aéro, plus stable et plus confortable. Ce nouvel opus optimise simplement toutes les qualités déjà largement reconnues de plusieurs générations de Tarmac et de Venge. Et c’est une sacrée performance !

Le nouveau SPECIALIZED TARMAC S-WORKS SL8 en bref…

Note : *****

Les + : poids, efficacité aérodynamique, qualités de roulement, efficacité globale
Les – : RAS

Modèles et tarifs

S-Works Di2
Cadre S-Works Tarmac SL8 FACT 12r Carbon
Groupe Shimano Dura-Ace 12 vitesses
Roues Roval Rapide CLX II
Cockpit Roval Rapide
Poids : 6,6 kg
Prix : 14 000 €

S-Works eTap
Cadre S-Works Tarmac SL8 FACT 12r Carbon
Groupe Sram Red eTap AXS 12 vitesses
Roues Roval Rapide CLX II
Cockpit Roval Rapide
Poids : 6,8 kg
Prix : 14 000 €

Pro eTap
Cadre Tarmac SL8 FACT 10r Carbon
Groupe Sram Force eTap AXS 12 vitesses
Roues Roval Rapide CL
Cintre Roval Rapide
Poids : 7,4 kg
Prix : 9 000 €

Pro Di2
Cadre Tarmac SL8 FACT 10r Carbon
Groupe Shimano Ultegra Di2 12 vitesses
Roues Roval Rapide CL
Cintre Roval Rapide
Poids : 7,2 kg
Prix : 9 000 €

Expert eTap
Cadre Tarmac SL8 FACT 10r Carbon
Groupe Sram Rival eTap AXS 12 vitesses
Roues Roval C38
Cintre Specialized Expert Shallow
Poids : 7,7 kg
Prix : 6 500 €

Kit cadre S-Works : 5500 €
Kit cadre Pro : 4000 €

NOMBRE DE TAILLES : 7 

Contact : www.specialized.com

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Guillaume Judas

  - 53 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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3 commentaires sur “Essai exclusif du nouveau Specialized Tarmac SL8

  1. Bonjour,
    Petite erreur le cadre sl8 en spécialized pèse 780 g et non 685, le prix 4000 euros.

  2. Bonjour M. JUDAS,
    Mis à part les roval qui font partie de l’offre spécialized (et qui sont d’excellentes roues), quelles roues recommanderiez vous pour aller sur ce vélo pour rouler essentiellement sur le plat ou du vallonné parmi les 3 modèles suivants :
    WTO ULTRA 45
    Princeton dual 5550 avec roulement kris king
    mavic ultimate 45

    Cordialement

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