Test de la selle Specialized S-Works Romin Evo avec Mirror

À 470 €, la selle Specialized S-Works Romin Evo avec Mirror est quasiment l’une des plus chères du marché. Elle promet un confort de très haut niveau, grâce à une structure en 3D aujourd’hui de plus en plus souvent adoptée par les marques avec leurs modèles haut de gamme, et ici utilisée au mieux. Vérifions sur le terrain si notre séant mérite un tel investissement.

Par Guillaume Judas – Photos : ©3bikes.fr

Commençons par préciser une évidence : le choix d’une selle est avant tout une affaire personnelle, tout comme le choix d’une paire de chaussures. On peut s’arrêter à juste titre sur des matériaux ou des caractéristiques techniques, mais il n’existe aucune solution universelle en termes de confort, car celui-ci dépend de multiples facteurs comme la morphologie de chacun, le type de pratique, le terrain d’utilisation ou le bon réglage de la position. La qualité du cuissard intervient également sur le confort d’assise sur un vélo. La selle Specialized S-Works Romin Evo avec Mirror n’est donc pas un modèle miraculeux qui peut régler tous les problèmes, mais le modèle s’approche tout de même du sans faute techniquement parlant.

Coque et rails carbone, structure imprimée en 3D : la selle S-Works Romin Evo Mirror cumule les caractéristiques haut de gamme.

La selle la plus haut de gamme de la marque américaine bénéficie ainsi de la technologie Mirror, une structure imprimée en 3D qui remplace la traditionnelle mousse entre la coque et le revêtement, et dont la densité est variable selon son placement sur la longueur de la selle. Le système repose sur une coque et des rails en carbone, pour favoriser le gain de poids et limiter les risques de déformation dans le temps, contrairement à certaines coques en nylon de modèles moins haut de gamme, susceptibles de s’affaisser et de modifier l’assise au fur et à mesure des mois d’utilisation.

La coque carbone présente l’avantage de ne pas se déformer avec le temps.

Focus sur la technologie Mirror

La technologie Mirror est une impression 3D à partir d’un polymère liquide, qui permet d’épouser parfaitement l’anatomie sans déformation d’une quelconque mousse, et sans risque d’usure du rembourrage à long terme. C’est une structure complexe en nid d’abeilles avec une matrice avec 22200 liaisons liaisons et 10700 croisements, qui peuvent se déformer sous les appuis de manière individuelle, afin d’apporter un soutien personnalisé et une excellente isolation des vibrations. Un peu comme sur un coussin d’air.

Le confort est assuré par une structure imprimée en 3D, à base de polymères.

La S-Works Romin Evo Mirror est ainsi conçue de la même façon que la Power déjà testée dans ces colonnes il y a trois ans, mais avec une forme et des dimensions différentes, ainsi que – nous semble-t-il – un soutien un tout petit peu plus ferme au niveau de la densité de la structure 3D.

La S-Works Romin Evo avec Mirror reprend donc le gabarit de la Romin traditionnelle, une selle légèrement creusée en son milieu vue de profil, qui mesure 26 cm de long (soit 2 cm de plus que la Power) et avec une partie avant relativement effilée, jusqu’à un évasement plus franc que sur la Power pour atteindre la même largeur maximale du croissant, c’est-à-dire 143 ou 155 mm, selon l’option choisie. Elle reprend également le désormais traditionnel évidemment central destiné à favoriser la circulation sanguine et le soulagement du périnée.

On note la présence d’un évidemment central. La selle est relativement fine sur sa partie avant.

La forme spécifique de la Romin Evo

La Romin Evo Mirror est ici proposée en version S-Works, c’est-à-dire qu’avec des rails en carbone surdimensionnés de 7×9 mm, qui imposent un montage sur un chariot de tige de selle prévu à cet effet. C’est tout nouveau : Specialized lance ces jours-ci cette selle en version Pro, avec une coque en nylon et fibres de carbone recyclés, et des rails ronds en titane compatibles avec la plupart des tiges de selle, pour un poids de 239 g et un prix de 370 €.

Pour les réglages, Specialized recommande de diminuer le recul de selle de 2 cm par rapport à une Power, ce qui répond à une certaine logique puisque la selle est plus longue d’autant, et qu’elle bénéficie de la même largeur de croissant. Cependant, le « point milieu » de la selle (l’endroit où la selle fait 7 cm de large, une mesure souvent utilisée sur des études posturales pour calculer le recul de selle) est plus reculé sur la Romin Evo de 5 ou 6 mm, ce qui perturbe un peu ce simple report de cote. Pour le réglage de la hauteur, il faut tenir compte du fait que la structure 3D s’écrase légèrement sous votre poids, et donc qu’il peut être nécessaire de relever de un à trois millimètres la Romin Mirror par rapport à une selle avec un rembourrage plus ferme. Enfin, Specialized conseille également de régler l’inclinaison de la selle à l’horizontal sur le premier tiers avant, et donc de laisser la partie arrière remonter un peu.

La finition est, heureusement, à la hauteur du prix du produit.

En venant d’une selle Power (le modèle de selle que nous utilisons habituellement sur deux vélos différents depuis deux ans et demi), nous avons donc suivi les recommandations de la marque, avant de nous rendre compte qu’affiner les réglages allait nous demander bien plus de temps que prévu. À cause du recul, comme expliqué plus haut, et de l’inclinaison. En raison d’une partie avant plus étroite que sur la Power, un réglage à l’horizontal de la partie avant de la selle nous a donné l’impression de sans cesse basculer vers l’avant. Il a donc fallu tâtonner et effectuer plusieurs sorties avec les clés Allen dans la poche pour trouver un réglage confortable, indépendamment des qualités de la selle en elle-même. Rien d’insurmontable au final, mais il y a de quoi remettre en cause notre plus récente étude posturale. Ce que cela démontre en tout cas, c’est qu’aucune selle n’apporte une totale satisfaction si elle est mal réglée.

Comme suspendu…

Les premières sensations sur la route sont assez surprenantes, indépendamment des problèmes liés aux différents réglages de position. Le revêtement de la S-Works Romin Evo Mirror offre pas mal de grip, et si on associe cette caractéristique à la relative souplesse de la structure 3D, on se sent comme fixé sur la selle, avec les ischions parfaitement ancrés dans la structure avec peu de possibilité de glisser vers l’avant ou vers l’arrière. Bien sûr, les 26 cm de longueur de la selle offrent un peu plus de liberté pour se positionner plus ou moins vers l’avant selon les circonstances, mais il faut pour cela effectuer un mouvement volontaire du bassin pour trouver l’assise recherchée.

Par rapport à la selle Power, le bec est plus long de 2 cm.

Ce côté un peu rugueux du revêtement au premier abord ne s’accompagne heureusement pas d’une usure prématurée des cuissards. Et il ne nous semble pas particulièrement fragile à l’usage non plus, même si, vu le prix de la selle, on préfère éviter de poser le vélo négligemment contre un mur.

Le confort se juge sur le long terme. Mais il suffit de quelques hectomètres pour se rendre compte que les petites vibrations habituelles transmises par la route sont ici nettement atténuées. Le fessier semble comme suspendu, comme sur un coussin d’air, avec une mince couche isolante entre le vélo et le fond du cuissard. On peut en perdre quelques références, et avoir l’impression de rouler avec la roue arrière crevée.

La densité n’est pas le même partout sur la selle.
On ressent un peu plus de souplesse au milieu de la selle.

Mais la grosse différence avec une selle molle d’entrée de gamme, c’est qu’ici on ne s’écrase pas sur la selle. On se sent parfaitement soutenu sur toute la longueur de l’assise, et sans ressentir le moindre point dur. Quant aux risques de frottements, ils ne sont pas totalement éliminés, mais ils sont fortement diminués. La preuve : nous ressentions une irritation à l’entrejambe du côté droit depuis plusieurs semaines, qui a totalement disparu après deux sorties avec la Romin Mirror.

Après trois ou quatre sorties, les sensations de sautiller un peu sur la selle, surtout en roulant avec une cadence de pédale élevée, disparaissent. On ne rentre pas des longues sorties avec la sensation d’avoir cumulé cinq heures dans le canapé, mais globalement on ressent beaucoup moins de frottements ou d’irritations, et moins d’usure en enchainant les séances d’entrainement. Et même en faisant du home-trainer, la différence est notable au niveau des frottements, après 90 minutes en tournant rapidement les jambes et en amassant pas mal de sueur.

Le réglage de l’inclinaison de la selle est personnel et il participe au confort ressenti sur le vélo.

Notre avis sur la selle S-Works Romin Evo avec Mirror

Bien sûr cette selle est chère, très chère, trop chère diront certains. 470 € pour poser ses fesses, ça mérite une longue réflexion. Seule la S-Works Power Mirror est aujourd’hui au même prix, et très rares sont les modèles sur le marché et dans la concurrence à dépasser ce tarif (mais il y en a).

Reste que seuls ceux qui n’ont jamais souffert du séant en pédalant trouveront la somme à dépenser totalement absurde. Les autres apprécieront la technicité et la finition du modèle, et surtout les sensations apportées après quelques centaines de kilomètres, qui valent bien quelques sacrifices, et surtout un choix raisonné entre cette Romin Evo avec Mirror et la Power du même nom, avec une différence de forme qui peut toutefois peser dans la balance.

Cette Romin Evo avec Mirror n’avait finalement jusqu’à ce jour qu’un seul défaut remarquable : celui de ne pas être proposée encore en version Pro comme c’est le cas avec la Power depuis plusieurs mois. Mais c’est désormais chose faite, et le confort redevient un petit moins inabordable.

=> VOIR AUSSI : Test de la selle S-Works Power avec Mirror

La selle Specialized S-Works Romin Evo avec Mirror en bref…

Note : *****

Les + : technologie employée, absorption des vibrations, limitation des frottements, finition
Les – : prix

Conception Body Geometry brevetée et testée en laboratoire pour la circulation sanguine – Technologie Mirror avec impression 3D à partir de polymère liquide pour créer une structure en nid d’abeilles – Coque en composite carbone FACT – Rails carbone FACT surdimensionnés (rails uniquement compatibles avec chariot de tige de selle adaptés) – Supports compatibles SWAT moulés dans la coque de la selle – Poids : 193 g en largeur 143 mm (existe en 155 mm) – Prix : 470 € – Contact : specialized.com

=> VOIR AUSSI : Tous nos articles Matériel

Guillaume Judas

  - 53 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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Un commentaire sur “Test de la selle Specialized S-Works Romin Evo avec Mirror

  1. Bonjour, et merci pour ce test !
    C’ est tentant ces selles 3 d, mais éffectivement celle- ci est très chère !
    Amicalement.

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