Dans la roue de… Michael Herter, paratriathlète français

3bikes.fr est parti en Alsace à la rencontre d’un paratriathlète au parcours hors du commun. Michael Herter reviendra ainsi sur son problème de santé, jusqu’à cette nouvelle vie de champion qui représente désormais la France dans sa discipline du triathlon handisport. Il nous parle de son nouveau monde et enfin, il nous dévoile ses projets futurs.

Par Jean-François Tatard – Photos : DR

De cette histoire de tumeur située dans la moelle épinière et qui a entraîné une paralysie des membres inférieurs à cet objectif de participer aux JO paralympiques de 2024, en passant par le Centre de réadaptation où il y a découvert une ressource inestimable et susceptible de surmonter les pires situations, Michael nous livre ici sa philosophie qui – nous l’espérons – inspirera tous ceux qui sont dans le besoin et qui cherchent à remonter la pente la plus vertigineuse.

Un handicap invisible

Quand je fais connaissance avec Michael, rien ne me fait penser qu’il souffre d’un handicap. Son enthousiasme contaminant et son optimisme rassurant cache son problème physique. Ce garçon attachant qui vit à Wattwiller en Alsace et qui est déjà monté deux fois sur le podium des manches de Coupe du monde de paratriathlon ne laisse rien transparaitre. Mais dès le début de l’entretien, il répond à la question que tout le monde se pose, qu’est-ce qui donne la possibilité à Michael de concourir avec les handicapés ? En 2015, on lui diagnostique une tumeur dans la moelle épinière. Suite à l’opération il perd l’usage de ses jambes et il se retrouve en fauteuil roulant…

Michael Herter a su faire de son handicap une force.

« J’aime la vie et je n’ai jamais été aussi vivant »

« Ma vie d’aujourd’hui n’a jamais été aussi belle » : voilà ce que me dit Michael. Mais s’il aime autant cette vie, c’est aussi parce qu’il a su en faire quelque chose. Après cette maladie, il a rebondi et il s’est investi dans le sport jusqu’au plus haut niveau qu’on puisse atteindre dans cette catégorie. Il est en train d’aller au bout de ses rêves, sans nostalgie. Ce que je décrypte dès le début de nos échanges, c’est qu’il n’y a eu ni déni, ni colère. Ce talentueux trentenaire (il approche maintenant les quarante) a vite compris le sens positif de cette situation qui aurait sembler tragique pour 99% d’entre nous. En effet, la plupart du temps, on voit une difficulté dans chaque changement. Dans chaque transformation. Dans chaque modification. Dans la plupart des nouveautés. Là où ce qui fait la différence avec les grands champions, c’est que, eux parviennent très vite à identifier une nouvelle opportunité dans chaque difficulté. Et c’est pourtant bien au milieu de cette difficulté, aussi terrible qu’elle puisse être, que réside l’opportunité de réaliser notre plein potentiel. Voilà ce que j’ai appris de cette discussion avec ce champion un brun philosophe…

Le champion alsacien nage cinq fois par semaine.

Un exemple de résilience

Lors de cette interview, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à notre rencontre de septembre 2021 avec Kevin Le Cunff. Vous savez, ce genre de rencontre qui vous réveille à la beauté du monde qui nous entoure. Exemple même de la résilience. Le genre de mec qui vous prouve que tout est possible et que malgré l’adversité, quelle qu’elle soit, chacun de nous peut puiser cette force en soi et s’accomplir. Michael Herter est de ceux qui démontrent, comme une aventure stupéfiante, que l’on est totalement soumis. Je pense que quelque part, ce goût du dépassement de soi n’est pas étranger à ce que beaucoup d’entre nous auraient considéré comme une victoire contre une petite mort remportée par Michael. Il l’a quasi côtoyée. Il l’a vue. Et elle ne l’a pas emportée. Il a été le plus fort…

3bikes.fr : Alors explique-nous, Michael… Comment t’es venu l’opportunité du para triathlon ?

MH : Après mon opération d’une tumeur en 2015 située au niveau de la moelle épinière qui m’a fait perdre l’usage de mes jambes, je suis allé en centre de réadaptation de Mulhouse et léducateur sportif en charge de ma rééducation, Frédéric Schaffner, a tenté de me transmettre sa passion pour ce sport merveilleux. Très vite je me suis laissé charmer par le chant des sirènes.

3bikes.fr : Et avant ça ? Tu faisais quoi ?

MH : Avant ça, j’étais carreleur et mon sport c’était le football. Mais ce sport était surtout un prétexte pour retrouver les copains et fêter la troisième mi-temps.

3bikes.fr : Comment peut-on pédaler ou courir alors qu’on est paralysé des membres inférieurs ?

MH :J’ai d’abord passé de nombreux mois en fauteuil roulant et c’est seulement après une longue rééducation que j’ai commencé à récupérer de la mobilité dans mes jambes. Néanmoins, je souffre encore de paresthésie.

Le cyclisme est la discipline la plus simple pour Michael Herter, compte tenu de son handicap.

3bikes.fr : Peux-tu nous expliquer ce qu’elle est la différence entre paralysie et paresthésie ?

MH : Dans les deux cas, le problème est neurologique. Mais dans le premier cas : la paralysie c’est l’incapacité d’agir ou de réagir. Il y a une abolition totale des muscles des membres inférieurs. Alors que la paresthésie, c’est une espèce de désensibilisation. Je ressens pas ou peu les muscles de mes jambes. Je ne sens pas la surface de ma peau alors qu’il y a pourtant quelque chose en contact. Ce n’est pas douloureux mais c’est désagréable.

3bikes.fr : C’est malgré tout une bonne évolution ? Comment tu l’expliques ? à quoi l’accordes-tu ?

MH : Beaucoup méconnaissent le rôle du cerveau et du système nerveux dans le mouvement, mais aussi dans la performance globale et dans la douleur chronique. Ma rééducation au départ était essentiellement faite pour stimuler les fonctions posturales du système nerveux. Et finalement assez vite, tout en m’amusant et en m’enthousiasmant de mes progrès j’ai pu obtenir des résultats pratiques. Grâce au sport et donc le triathlon.

3bikes.fr : C’était donc en 2015… Et aujourd’hui, est-ce que tu continues à observer une amélioration d’un point de vue neuro ?

MH : Bien sûr ! Le mouvement quotidien (parfois poussé à son paroxysme) influence chaque jour un peu plus le développement de mon cerveau et de ma posture. Et donc même à 37 ans, je continue de progresser à ce niveau-là.

3bikes.fr : J’imagine que, comme tout triathlète de haut niveau, tu nages, tu roules ou tu cours tous les jours, mais est-ce qu’il y a encore une place pour ce type d’entrainement ? Fais-tu un renforcement spécifique ?

MH : Oui, une fois par semaine dans le centre de rééducation dans lequel j’ai mes repères, je travaille ma proprioception. J’améliore chaque jour un peu plus la perception, l’équilibre et la réactivité de mes jambes et d’ailleurs de tous les autres muscles de mon corps aussi. Souvent, il s’agit d’une méthode utilisée pour prévenir les blessures. Mais dans mon cas, c’est pour améliorer mes performances et retrouver un système proprioceptif qui fonctionne.

3bikes.fr : Et cela se passe comment ?

MH : Dès que se déplace le corps dans l’espace, il perçoit continuellement les stimuli externes par l’intermédiaire des organes sensoriels et des fins récepteurs corporels qu’on appellera les propriocepteurs. Ces informations et notre comportement moteur sont directement liés. C’est exactement là qu’intervient la proprioception. Il s’agit dans mon cas d’une méthode visant à entraîner ma perception profonde à l’aide d’exercices d’équilibre et de concentration. Et en plus de cette séance hebdomadaire en salle, j’en rajoute deux autres complémentaires à la maison.

3bikes.fr : Et le reste de tes activités, tu les organises comment ?

MH : Guillaume Jeanin, mon coach, me prépare un planning en fonction de mes objectifs et des moments où je souhaite être le plus en forme. Mais en règle générale, c’est du biquotidien. Chaque semaine : je nage 5 fois, je cours 3-4 fois et je roule 3-4 fois.

La désensibilisation nerveuse de Michael l’empêche d’être correctement réactif à haute cadence.

3bikes.fr : Tu connais tes statistiques de performance ?

MH : Oui et tout est planifié en fonction de ces indicateurs qui sont à relativiser car ma VMA par exemple ne s’utilise pas de la même façon qu’un athlète qui disposerait de toute son intégrité physique. Ma désensibilisation nerveuse m’empêche d’être correctement réactif à haute cadence.

3bikes.fr : Tu sembles bien connaître tes limites… Alors, selon toi : quelles sont tes forces et tes faiblesses pour ton sport ?

MH : Le vélo est celle des trois disciplines la plus simple à gérer pour moi. En natation et en course à pied, le fait de ne pas sentir mes jambes me pénalise en termes de motricité. C’est aussi à ça que sert mon travail de proprioception. Pour améliorer ma concentration.

3bikes.fr : Et d’un point de vue professionnel comment parviens-tu à tout concilier ?

MH : J’ai la chance d’être intervenant social et de faire un lien évident entre mon métier et le sport comme je le pratique pour aider les gens dans le besoin. Je travaille 25 heures par semaine dont 2 grandes matinées et 2 grandes après-midi. Cela me laisse du temps pour m’entraîner correctement.

3bikes.fr : J’imagine que Paris 2024 constituerait l’apogée de ta vie d’athlète ? Comment cela s’envisage-t-il ?

MH : Avant cela, plusieurs objectifs se profilent pour cette saison qui ne va pas tarder à démarrer. Tout d’abord, une qualification pour le championnat d’Europe, rester le meilleur français sur le circuit international et je veux récupérer mon titre de champion de France PTS3. Je vais aussi continuer à participer à des courses sur le circuit international pour poursuivre ma progression au classement mondial et espérer être sélectionné pour les championnats du monde et remplir les critères de sélection pour le rêve suprême : les Jeux paralympiques en septembre 2024 à Paris.

Au fil des années, Michael Herter s’est bâti un corps d’athlète.

3bikes.fr : Je sais que la marque de vélo Canyon est un de tes partenaires. Mais qui d’autres te soutient dans ce projet ?

MH : Aujourd’hui, j’ai quelques partenaires qui m’aident. Cryostar, le Centre de Rééducation de Mulhouse et Tronox me font également confiance dans ce projet Paris 2024, mais pour le reste je débrouille.

3bikes.fr : J’ai le sentiment que tu peux aller chercher une médaille aux prochains jeux para olympiques mais tu vas avoir besoin d’un petit coup de pouce. Comment on peut t’aider à rayonner davantage ?

MH : Je ne suis pas doué pour les communications sur les réseaux sociaux et je sais pourtant que c’est un point incontournable pour assurer une visibilité aux partenaires. Néanmoins, j’essaie de jouer le jeu mais je ne suis pas certain que j’aime réellement ça car je trouve que cela ne correspond pas à une de mes valeurs qui est l’humilité. Je pratique toutes mes activités à fond et je me dis que le message peut très bien passer aussi.

L’Alsacien rêve des Jeux paralympiques de Paris en 2024.

Voilà, Michael a choisi le triathlon et le rêve des Jeux Paralympiques pour continuer de vivre. Et quand on lui demande s’il regrette la vie d’avant et s’il avait des rêves avant cette histoire de tumeur, il nous répond « pas tant que ça en vérité ». Michael ne réclame rien. Il se sent chanceux. C’est dans sa nature.

Ce que je retiens de cet échange inoubliable, c’est d’arrêter de se dire : « Si j’avais su« . C’est la phrase la plus terrible qu’on peut entendre. Si tu avais su, tu aurais osé, alors ose. Tous ceux qui ont réalisé leur rêve, c’est parce qu’ils ont osé.

Quelle belle rencontre… Ce talentueux garçon, a encore de belles années devant lui. Le triathlon et le sport en général peut s’inspirer de la philosophie de ce chouette mec. Et au-delà de la performance, de sa résilience hors du commun, de sa gentillesse et de sa gratitude face à la vie mais aussi, de sa persévérance et d’une volonté extraordinaire, ce que m’a appris Michael aujourd’hui en partageant ces quelques mots c’est que la plupart du temps, et pour la plupart d’entre nous, on voit une difficulté dans chaque changement là où certains identifient une nouvelle opportunité dans chaque difficulté.

Pour en savoir plus sur Michael Herter : https://www.instagram.com/michael.herter/

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Jean-François Tatard

- 43 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

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