Premier essai du nouveau Cervélo Soloist

Pour toute une génération de pratiquants, le nom Soloist évoque le premier vélo de route avec des tubes aux formes aérodynamiques en aluminium, mis en évidence en compétition au début des années 2000 par les coureurs de la fameuse équipe CSC dirigée par Bjarne Riis. 20 ans plus tard, le Cervélo Soloist renait, avec cette fois-ci un cadre en carbone et toujours avec l’objectif de privilégier un certain équilibre, aussi bien en termes de comportement, de côté pratique ou de prix de vente dans les magasins. Nous avons déjà pu effectuer une prise en main du nouveau Soloist, pour constater qu’il répond aux attentes de nombreux compétiteurs.

Par Guillaume Judas – Photos : Gruber Images / Alex Lombardo / 3bikes.fr

Le Soloist est un cadre rigide, mais polyvalent sur de nombreux terrains.

Au début des années 2000, Cervélo a été la première marque à proposer un vélo de route avec des tubes aux formes aérodynamiques, étudié pour être plus rapide sur la plupart des terrains, dès lors que la vitesse est suffisamment importante pour que l’air soit la principale des résistances à affronter. Une révolution à une époque où la plupart des fabricants restaient concentrés sur les gains de poids et de  rigidité. Le Cervélo Soloist en aluminium a connu ses heures de gloire avec les coureurs de l’équipe CSC dirigée par Bjarne Riis comme Carlos Sastre, Franck Schleck, Andrea Tafi ou Nicki Sorensen, avec en point d’orgue la victoire de Tyler Hamilton sur Liège-Bastogne-Liège en 2003.

La gamme Cervélo s’est élargie, et le nouveau Soloist vient combler un vide, au milieu de vélos au caractère bien trempé.

Près de 20 ans plus tard, Cervélo a élargi sa gamme pour la route avec des modèles de vélos aux caractères bien trempés, qui ont d’ailleurs permis à l’équipe Jumbo-Visma de briller aussi bien sur les Classiques que sur les Grands Tours (avec les maillots jaune, à pois rouges et vert de Jonas Vingegaard et Wout van Aert sur le dernier Tour de France). L’emblématique S5 est le vélo route aérodynamique de la marque. Le plus discret R5 est le modèle léger (mais rigide) pour la montagne. Le Caledonia-5 est le vélo abordable et plus confortable destiné aux cyclosportifs ou aux parcours avec de mauvais revêtements. Trois vélos typés et huppés, avec une finition haut de gamme et des performances très marquées chacun dans leur domaine, mais est-ce suffisant pour combler tous les pratiquants ? Cervélo répond par la négative, et en relançant le nom Soloist, entend avec ce nouveau modèle s’adresser aux compétiteurs amateurs, ceux qui n’ont qu’un seul vélo et qui accumulent les kilomètres sur tous les terrains, toute l’année, avec une machine qui offre le meilleur compromis entre toutes les caractéristiques clés d’un vélo.

=> VOIR AUSSI : Test du Cervélo Caledonia-5

Aérodynamisme et rigidité sont les marques de fabrique du nouveau Cervélo Soloist, mais sans tomber dans l’extrême.

Le bon équilibre à tous les niveaux

Le Soloist est ainsi annoncé comme plus aérodynamique que le R5 (avec une rigidité et une géométrie équivalentes, mais avec un poids de 261 g de plus sur le cadre), plus léger de 154 g que le S5 (mais moins aérodynamique) et avec une géométrie plus agressive que le Caledonia-5. Une sorte de juste équilibre. Pour le côté pratique, il adopte un cheminement semi-intégré des câbles et durites pour faciliter le montage et la maintenance, un format de boîtier de pédalier BBRighT-47 (à visser) plus solide et plus facile à changer, et une compatibilité avec des pneus jusqu’à 34 mm de section pour s’adapter plus facilement aux roues modernes plus larges et accessoirement pouvoir gagner un peu de confort.

Les lignes sont très fluides.

Pour imaginer ce tout nouveau cadre, les ingénieurs de Cervélo sont partis de… la tige de selle, en considérant que de sa forme et de ses dimensions découlaient toutes les autres caractéristiques des tubes. La forme, les capacités de flexion, le poids et l’aérodynamisme de la tige de selle seraient ainsi situés exactement au milieu entre les caractéristiques des tiges de selle du S5 et du R5. Pour le reste du cadre, le profil et la dimension des tubes ont ensuite été étudiés en soufflerie pour trouver le meilleur compromis recherché sans atteindre les solutions extrêmes apportées sur le S5, particulièrement complexe à fabriquer. Une attention particulière a été toutefois apportée à la tête de fourche et à sa liaison avec la douille de direction, un des endroits clés en matière de résistance à l’air.

Selon Cervélo, la conception du cadre est partie de celle de la tige de selle.
Les tubes sont extérieurement très aiguisés.

La conception moins poussée dans les domaines de l’aérodynamisme, de la légèreté ou du confort du Soloist par rapport aux autres vélos de la gamme Cervélo permet à la marque de proposer un cadre un peu moins onéreux, même s’il est conçu à partir des mêmes fibres de carbone. Sa construction est simplifiée à partir du moment où c’est une certaine homogénéité d’ensemble qui est recherchée. Le cadre s’annonce ainsi à 919 g en taille 56, avec une fourche à 374 g. Un poids qui reste malgré tout performant et qui n’interdit pas au Soloist d’être déjà éprouvé en compétition à haut niveau, puisqu’il s’agit du vélo utilisé en toute discrétion par les coureurs de l’équipe Jumbo-Visma Development depuis le début de la saison 2022.

La boîte de pédalier adopte le format BBRighT47 (à visser).
La partie centrale du vélo est conçue pour offrir de la rigidité et de la stabilité au coup de pédale.
Les coureurs de la Jumbo-Visma Development ont couru toute la saison avec le Soloist.

À noter que le Soloist est compatible avec les transmissions mécaniques et électroniques. Ce qui permet à la marque de positionner ce nouveau Soloist en milieu de gamme, avec des équipements qui suivent la même tendance. Six vélos sont proposés d’ores et déjà à la vente, en plus d’un kit cadre :

  • Soloist Shimano 105 11 vitesses et roues alu Alex Boondocks : 4299 €
  • Soloist Shimano Ultegra 11 vitesses et roues Fulcrum Racing 600 : 5399 €
  • Soloist Sram Rival eTap AXS et roues Fulcrum Racing 600 : 5999 €
  • Soloist Shimano 105 Di2 et roues Fulcrum Racing 600 : 6799 €
  • Soloist Shimano Ultegra Di2 et roues Reserve 40/44 mm : 7899 €
  • Soloist Sram Force eTap AXS (avec capteur de puissance Quarq) et roues Reserve 40/44 mm : 8599 €
  • Kit cadre Soloist : 3699 €
La version en Shimano Ultegra Di2 est la plus légère de la gamme.

Roues Reserve : performances et stabilité

Les deux modèles Soloist les plus cossus sont équipés de roues Reserve, développées par Cervélo, avec une jante avant de 40 de hauteur et de 25,4 mm de largeur interne, et une jante arrière de 44 de hauteur pour une largeur de 24,4 mm. Là encore, c’est un excellent compromis en termes de performances, de poids et de stabilité avec les vents latéraux, pour des roues qui peuvent être utilisées sur tous les terrains, même en Gravel. Loe Van Belle, coureur Espoir de la Jumbo-Visma Development (récent 9e du Tour de l’Avenir), les qualifie de “roues de Classiques“, et ce sont celles qu’il utilise quasi quotidiennement. Ces roues sont annoncées autour de 1350 g avec des moyeux DT 180, et s’affichent ici avec une centaine de grammes en plus avec les moyeux Zipp ZR1 ST.

Les jantes des roues Reserve sont très larges.
Les moyeux d’origine Zipp assurent performances et fiabilité.

Pour le reste de l’équipement, notre vélo d’essai est équipé d’un groupe Sram Force eTap AXS (avec capteur de puissance), d’une selle Selle Italia Novus Boost Evo et de pneus Vittoria Rubino Pro en 700×28. Le poste de pilotage Cervélo en aluminium est classique avec un ensemble cintre et potence réglable et interchangeable, ce qui est permis par le système d’intégration dans la douille de direction développé pour le Soloist. Ce système offre des possibilités d’ajustement de la position sans qu’il soit nécessaire de toucher aux durites et à l’ensemble du freinage. Les gaines passent sous la potence et entrent dans la douille avec une bague spéciale, mais il est toujours possible de monter un poste de pilotage intégré pour que rien ne dépasse, comme c’est le cas sur les vélos de l’équipe Jumbo.

Les passages des durites de frein à l’intérieur de la douille de direction s’effectuent par l’intermédiaire d’une bague spéciale.

Un vélo au fort potentiel

À la pesée, le Soloist enregistre un poids de 7,95 kg en taille 51 sans pédales, soit environ 200 g de plus que le modèle en Ultegra Di2. Cela n’en fait pas un vélo aérien, mais il dispose de bien d’autres atouts. À commencer par sa rigidité, jamais prise en défaut, que ce soit dans les relances, au moment de sprinter, ou en roulant fort au train sur le plat avec un gros développement. Le Soloist est ferme sous les coups de pédale, mais sans se montrer excessivement exigeant non plus. Il sait se montrer dynamique, à la condition d’avoir un peu de watts en réserve. C’est un vrai vélo de coursier ! Cette rigidité est également très sensible sur la partie avant du vélo, ce qui offre précision et stabilité dans les changements de trajectoire.

La liaison entre la tête de fourche et la douille de direction est très travaillée.

Lorsque la route s’élève, il soutient votre effort quelle que soit l’allure, si vous roulez au train sans rechercher les accélérations trop vives. Car la partie avant très rigide, associée à un poste de pilotage en aluminium lui aussi particulièrement ferme et à une géométrie qui favorise la stabilité, n’offre pas la légèreté de manipulation qu’on attend d’une direction d’un vélo de grimpeur. En danseuse, on ne bute pas sur le cadre dans les forts pourcentages ou dans les relances en sortie d’épingle, mais à la condition d’opter pour des mouvements soignés et bien coordonnés. Là encore, le Soloist confirme que c’est un vélo dédié à la performance et aux pratiquants en bonne condition physique.

Le poste de pilotage est très rigide. Il peut être remplacé par un ensemble cintre et potence monobloc et tout intégré.

Un soupçon de nervosité pourrait cependant être gagné en changeant les pneus, ici pas au niveau d’un vélo de cette catégorie en termes de rendement. Dommage, car ils gomment en partie l’excellente impression laissée par les roues Reserve. Des roues ultra polyvalentes, qui ne pénalisent pas le vélo par leur poids dans les ascensions, qui permettent de maintenir une certaine inertie sur les longues parties roulantes et qui, surtout, sont super stables sous les rafales avec le vent de côté. Difficile de dire d’ailleurs après ce premier galop d’essai si les roues seules offrent un tel compromis entre qualités de roulement et stabilité ou si c’est parce qu’elles sont étudiées spécialement pour convenir aux formes et aux dimensions des tubes du Soloist.

Les roues passent sur de nombreux terrains et se distinguent avec le cadre par leur stabilité par vent de côté.

Question confort, c’est principalement la section des pneus sur des jantes très larges qui fait le boulot pour offrir un contact feutré avec les inégalités du revêtement routier. Mais le cadre ne semble pas non plus transmettre trop de vibrations désagréables, même sur de petits pavés où la machine conserve une bonne motricité. Là encore, les sensations seraient encore plus positives avec des pneumatiques plus haut de gamme et un poste de pilotage en carbone, un peu moins raide que l’ensemble en aluminium proposé sur le vélo de série.

Notre avis sur le Cervélo Soloist

Avec sa rigidité, son aérodynamisme et la cohérence de son comportement sur de nombreux types de parcours, le Cervélo Soloist est un vélo qui se destine aux compétiteurs ou aux pratiquants dynamiques qui aiment se tester face à leurs compagnons de route. Moins pointu que les autres vélos Cervélo chacun dans leur domaine, il offre un bon compromis dans la vraie vie, c’est-à-dire quand on ne peut pas toujours choisir à l’avance dans quelles conditions on va rouler ou courir.

Le Soloist est disponible en trois couleurs, dont ce doré et ce noir pailleté.

Le cadre du Soloist, les roues et le groupe tels qu’ils sont fournis sur ce vélo à 8599 € peuvent rivaliser aisément en matière de performance pure et de polyvalence de terrain avec des vélos vendus bien plus chers. Pour que l’ensemble soit parfait, il faudrait cependant faire évoluer les pneumatiques en priorité, et éventuellement le poste de pilotage, pour gagner un peu de poids et pour que la machine soit encore un peu plus nerveuse. Mais ce modèle est une réussite.

Le CERVÉLO SOLOIST Sram Force AXS en bref…

Note : *****

Les + : cadre rigide, formes aérodynamiques raisonnables, conception simplifiée, roues, stabilité
Les – : pneus, prix plus élevé que la version en Shimano Ultegra Di2

Cadre : Cervélo Soloist Disc – Fourche : Cervélo All-Carbon – Cintre et potence : Cervélo aluminium  –Freins : Sram Force 160/140 mm – Dér. Avant : SRAM Force AXS 12 v. – Dér. Arrière : SRAM Force AXS 12 v. – Leviers : SRAM Force AXS hydrauliques – Cassette : SRAM Force 10-33 – Chaîne : SRAM Force AXS 12 v. – Pédalier : SRAM Force AXS 48/35 (avec capteur de puissance Quarq) – Roues : Reserve 40/44 mm – Pneus : Vittoria Rubino Pro TLR G 28c 700×28 – Selle : Selle Italia NOVUS BOOST EVO SuperFlow Manganese – Tige de selle : Cervélo SP27 Carbon – Poids : 7,95 kg en taille 51 sans pédales – Nombre de tailles : 6 – Prix : 8599 €

Contact : www.cervelo.com

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Guillaume Judas

  - 52 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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