Test des chaussures Specialized S-Works Torch

Les nouvelles chaussures Specialized S-Works Torch ont été entièrement repensées par rapport aux iconiques S-Works 7, fleuron de la gamme depuis plus de quatre ans. Un nouveau matériau, plus de largeur sur l’avant du pied, et une coupe plus basse autour de la cheville apportent plus de confort et plus d’adaptabilité sans déstabiliser les adeptes de la marque, comme nous avons pu nous en rendre compte après plus de 1000 km effectués sous une forte chaleur.

Par Guillaume Judas – Photos : ©3bikes.fr

Les S-Works Torch bénéficient d’un nouveau matériau pour l’empeigne, renforcé à certains endroits comme on peut le voir ici sur la partie intérieure du pied.

Avec près de 40 paires de chaussures dans sa gamme (pour toutes les disciplines), Specialized en propose pour tous les goûts et (presque) toutes les bourses. Et même si l’offre en haut de gamme est déjà étendue avec des modèles aux différentes particularités comme les S-Works Ares, les S-Works Vent ou les S-Works Lace, ce sont bien les polyvalentes S-Works 7 qui ont indéniablement marqué ces quatre dernières années, aussi bien aux pieds de grands champions comme Julian Alaphilippe ou Peter Sagan que d’amateurs de performances et de beau matériel. Des chaussures très rigides, au maintien très ferme, conçues avec des matériaux durables, mais considérées parfois comme trop raides ou trop inconfortables pour certains utilisateurs. Les nouvelles S-Works Torch viennent ici remplacer les S-Works 7 dans la gamme.

Les S-Works Torch (à gauche) viennent remplacer les S-Works 7 dans la gamme. La semelle carbone évolue, mais conserve le même niveau de rigidité et la même cambrure. Les trous de fixation des cales sont un peu plus engagés vers le milieu du pied.

Tous les pieds sont différents, et à l’image de la difficulté du choix de la selle idéale pour chacun, il est compliqué d’établir une vérité absolue quand on parle de confort d’une paire de chaussures de cyclisme. Pour tenter de répondre au mieux à cette question cruciale du confort sans compromettre la performance, Specialized s’est appuyé sur les statistiques de sa filiale Retül, spécialisée dans les études posturales, pour examiner plus de 100 000 numérisations de pieds de cyclistes, avant de parvenir à une conclusion sans appel : les chaussures de vélo doivent être un peu plus larges qu’elles ne sont proposées en général pour assurer un meilleur confort à la majorité des pratiquants. 

L’entrée d’air sous la semelle de la Torch (à droite) est plus étroit que sur le modèle précédent. Mais cela n’augure pas du niveau de ventilation.

Une semelle plus large de 4 mm

Les nouvelles S-Works Torch ne sont donc pas seulement des S-Works de huitième génération. Il s’agit de chaussures repensées au niveau de la forme du chaussant et du matériau utilisé, qui évoluent sur de nombreux détails mais sans déboussoler totalement les habitués de la marque. La cambrure et l’épaisseur des semelles carbone sont par exemple identiques à tous les modèles S-Works, tout comme l’angle donné vers l’extérieur (1,5°), le fameux calage varus pour un alignement hanche/genou/cheville optimal. Les deux serrages Boa S3 Snap avec la molette en aluminium des S-Works 7 sont également repris, pour un serrage et un desserrage micrométriques précis, mais sans possibilité de libération rapide. On retrouve également la même semelle intérieure Body Geometry, avec le bouton métatarsien, une petite excroissance conçue pour écarter légèrement les os de l’avant pied et améliorer la circulation sanguine au cours de l’effort.

Les Boa S3 Snap en aluminium sont très qualitatifs, et très précis à manipuler.

La semelle extérieure en carbone conserve le même niveau de rigidité que les autres modèles S-Works, et la même longueur avec la même pointure, mais elle est conçue différemment. Elle est d’abord plus large de 4 mm au niveau du milieu et de l’avant du pied. Ceci dans l’objectif d’offrir moins de contraintes de positionnement à ce niveau-là et de permettre à l’avant du pied de mieux s’étaler dans la chaussure. Un modèle S-Works Torch Wide (large) est même prévu, avec cette fois-ci une semelle encore plus large de 4 mm supplémentaires. Cette semelle utilise une section transversale trapézoïdale avec un renfort interne en poutre en I pour la rigidité et des bords affinés, pour gagner un peu de poids (20 g par rapport à l’ancienne semelle, selon Specialized).

La semelle en carbone est plus large que sur l’ancienne génération.

On retrouve les trois points de fixation pour les cales, avec la possibilité de les faire glisser vers l’arrière pour gagner 5 mm d’engagement supplémentaires. Nous avons noté que ces points de fixation étaient placés un tout petit peu plus en arrière que sur les S-Works 7, il vaut mieux donc se référer au pied à coulisse au moment du report de position. Il n’y a qu’une seule entrée d’air sur l’avant de la semelle, mais ceci n’a que peu d’influence sur l’échauffement, comme nous le verrons plus loin. Largeur de la semelle oblige, le bord intérieur de la chaussure peut désormais être un peu plus rapproché de la manivelle que sur le modèle précédent. C’est de l’ordre d’un ou deux millimètres, mais c’est sensible pour ceux qui cherchent à pédaler avec les pieds les moins écartés possible.

Nous avons constaté plus de facilité pour rapprocher la chaussure de la manivelle, grâce au positionnement des trous de fixation des cales.

En ce qui concerne la structure de la chaussure, Specialized utilise désormais son propre matériau à la place du Dyneema des modèles précédents. Un matériau légèrement plus souple, qui se superpose plus facilement et qui créé moins de plis au moment du serrage. Ce matériau est également plus respirant, et il est renforcé au niveau des points d’ancrage des molettes Boa, et du côté intérieur de la zone des orteils. Sur le reste de la chaussure, il offre un peu de souplesse, de manière à créer moins de points durs ou de pressions sur les petites irrégularités du pied.

Sur l’extérieur de la chaussure, la souplesse de l’empeigne permet d’épouser parfaitement des éventuelles petites bosses ou excroissances du pied. Pour plus de confort et une meilleure adaptabilité.

Le câble Boa du milieu du pied a été décalé vers le bas et incliné pour empêcher le soulèvement de la voûte plantaire. Ceci a permis de supprimer la bande velcro que l’on trouvait à l’avant des S-Works 7, mais la forme globale de l’enveloppement au moment du serrage permet surtout d’éliminer les points de pression et d’éviter de couper la circulation sanguine. La languette plus épaisse permet de supporter sans problème la tension des câbles Boa, jusqu’à pouvoir serrer très fort sans ressentir de gêne particulière. Avec l’absence de bande velcro et une partie avant plus large, l’avant de la chaussure parait plus rond que la version précédente, et il est effectivement plus large, mais sans être plus haut.

Le serrage est bien enveloppant, et la languette protège idéalement de la tension exercée par les câbles Boa.
La partie avant semble plus ronde que sur les S-Works 7 (ici le modèle Lace).

À l’arrière, la coque de talon devient asymétrique, avec un renfort placé uniquement sur la partie intérieure. Cela permet de conserver un bon alignement du genou lors du pédalage et un excellent maintien, mais en offrant plus d’adaptabilité pour plus de formes de pieds avec une partie extérieure plus flexible. Tout autour de la cheville, la chaussure est abaissée par rapport aux S-Works 7, et le contact avec les rebords est plus doux. Ceci a surtout pour effet d’offrir plus de liberté pour les mouvements de cheville, tout en procurant un super maintien.

La coque de talon est plus haute sur l’intérieur, mais offre un peu plus de liberté sur l’extérieur, contrairement à la S-Works 7.

Parmi les détails destinés à assurer la durabilité, on note la présence d’un renfort à l’extrémité avant du pied, bien utile pour préserver plus longtemps l’intégrité de la chaussure, et qui n’était pas présent sur les modèles précédents. Globalement le look très sobre des S-Works Torch et un matériau facile à nettoyer, même après une sortie sous la pluie, devraient permettre de conserver longtemps les chaussures, pratiquement comme neuves. C’est surtout l’absence de parties en mesh sur l’empeigne (très salissantes), contrairement aux S-Works 7 Vent ou aux S-Works Ares qui devrait faire ici la différence.

Un renfort sur l’avant protège la chaussure des coups de roue avant.

Confort et rendement de très haut niveau

Au premier contact, on remarque d’emblée la souplesse de l’empeigne. Grâce à la languette traditionnelle et aux deux serrages Boa que l’on peut libérer facilement, le pied s’installe aisément dans la chaussure. Les S-Works Torch semblent à ce moment-là très souples, mais il suffit d’ajuster les deux câbles de fermeture pour sentir un enveloppement doux et progressif autour du pied. On peut serrer fermement sans pour autant ressentir le moindre point dur. Autour de la cheville, on se sent moins enfermé qu’avec les précédentes S-Works, mais au moment du serrage, le talon se cale parfaitement, et on n’a jamais l’impression du moindre glissement.

L’ouverture au niveau du talon semble plus large que sur les S-Works 7. Mais au moment du serrage, on se sent parfaitement maintenu, et le talon fait corps avec le reste de la chaussure.

À l’intérieur des S-Works Torch, on apprécie également l’absence de couture ou de surépaisseur susceptibles de créer des points durs. Le toucher de pied est vraiment confortable, quel que soit le type de chaussettes utilisé d’ailleurs.

La finition est excellente, même à l’intérieur de la chaussure, ce qui permet d’éviter les points de pression.

Au niveau des réglages des cales, comme nous l’avons précisé plus haut, il existe un léger décalage du positionnement des trous de fixation. Néanmoins, il est possible de retrouver avec exactitude le réglage des cales. L’épaisseur de la semelle est identique aux modèles précédents, tout comme la cambrure. Les habitués de la marque n’ont donc pas à modifier le moindre réglage sur le vélo en passant d’un modèle à l’autre.

La hauteur virtuelle du talon est identique à celle de l’ancien modèle.

Les S-Works Torch sont un peu plus larges que les S-Works 7, mais il est important de préciser qu’elles ne sont pas plus hautes. Les pieds s’étalent plus librement au bout des chaussures au cours de l’effort, mais ne flottent pas en hauteur. 4 mm de plus, c’est juste suffisant pour limiter les contraintes et se sentir plus à l’aise, et même permettre au pied de trouver parfaitement sa place par rapport à la plateforme de la pédale quand il s’agit de délivrer sa puissance maximale. Mais le maintien reste stable, et en dehors de cette sensation de confort accru, nous n’avons jamais l’impression de changer de catégorie de produit.

L’empeigne est renforcée pour assurer un maintien optimal.

La semelle en carbone reste bien sûr aussi rigide et efficace que la précédente. Concernant les deux serrages Boa, on note qu’ils sont très efficaces, et que si le câble supérieur peut être actionné avec fermeté sans le moindre inconfort sur le cou-de-pied, le câble inférieur doit être manié avec précaution pour éviter l’apparition de fourmillements. Preuve de sa puissance et du bien-fondé de ce nouveau placement au milieu du pied, très efficace.

Une fois le serrage bien appliqué, le maintien est très efficace.

Dès les premiers kilomètres, ce qui frappe d’abord est la sensation de liberté retrouvée au niveau de la cheville. Au niveau du coup de pédale, les S-Works Torch se rapprochent des chaussures Bont, avec une coupe très basse sur l’arrière qui favorise les mouvements de la cheville. Après quelques ajustements de serrage, mais beaucoup moins qu’avec les S-Works 7 au cours d’une même sortie, on s’aperçoit que les Torch se font rapidement oublier.

Malgré la chaleur de ce milieu d’été, on ne pense plus à ce qu’on porte aux pieds

Malgré la chaleur de ce milieu d’été, on ne pense plus à ce qu’on porte aux pieds, et au moment où habituellement il nous faut réajuster le serrage pour favoriser la circulation sanguine, c’est-à-dire au bout de deux bonnes heures de vélo, ici il ne se passe absolument… rien ! Une sortie de plus de 4 heures sous une température moyenne de 39°C vient même définitivement valider le concept. Même avec des pieds relativement fins, on se sent très bien dans les S-Works Torch, pourtant élargies par rapport aux S-Works 7. Cette coupe plus large ne procure aucun flottement du pied dans la chaussure, ni même de perte de rendement lors des sprints ou des montées en force avec du braquet. L’empeigne est respirante, et comme il n’y a pas de points de pression à l’intérieur de la chaussure, le pied n’est pas contraint, il n’y a pas de problème lié à la circulation sanguine, et au final on ne ressent pas de sensation de chaleur insupportable sous ou sur le pied.

Les S-Works Torch sont les dignes remplaçantes des S-Works 7.

Notre avis sur les chaussures Specialized S-Works Torch

On appréciait fortement les S-Works 7 (ou les S-Works 7 Lace) pour leur maintien et leur rigidité, et on pouvait craindre légitimement qu’une nouvelle forme, une nouvelle coupe et un nouveau matériau allaient diminuer les performances des S-Works Torch. Il n’en est rien. Sans rien perdre des qualités de rendement que l’on peut attendre d’une paire de chaussures de niveau S-Works, les Torch apportent plus de confort grâce à une somme de petits détails qui au final font une grande différence. Pour ce qui est de leurs défauts, on leur reprochera un look un peu trop sobre (surtout en noir), et surtout un prix très élevé, mais sans oublier toutefois que les chaussures Specialized sont en général très durables.

Les chaussures SPECIALIZED S-WORKS TORCH en bref…

Note : *****

Les + : conception, rigidité, maintien, confort, durabilité
Les – : look très sobre, prix très élevé

Semelle extérieure : carbone FACT – Semelle de confort : Body Geometry – Serrages : deux Boa S3 Snap – Empeigne : matériau propriétaire, respirant, souple et renforcé aux endroits stratégiques – Talon : asymétrique – Écrous de cales : en alliage, pivotants – Talonnette remplaçable avec visserie intégrée à la semelle – Coloris : noir, blanc, oak – Poids : 424 g la paire en 39 – Tailles : du 36 au 49 (demi-pointures du 38 au 47) – Prix : 440 €

Contact : specialized.com

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Guillaume Judas

  - 52 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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