Coaching : la projection mentale

Tel un phénix ressuscité ou un champion qui renaît de ses cendres, avez-vous déjà entendu parler d’athlètes qui ont réussi des choses dont personne ne les croyait capables ? D’ou tirent-ils cette force ? D’où vient cette puissance insoupçonnable ? Dans le sport, il paraît que les exploits résideraient à 80 % dans le mental. Mais alors, quel lien faut-il justement faire entre les plus grands exploits et le mental de leurs créateurs ? Avez-vous déjà entendu parler de projection mentale ? Nous avons ainsi voulu vous partager la méthode psychologique la plus convoitée et la plus efficace utilisée par les plus grands champions sportifs…

 

Par Jean-François Tatard – Photos : depositphotos.com l DR

Qu’est-ce que la projection mentale ? La projection mentale dans le sport, quand elle est orientée vers le succès est le fait de se projeter dans une situation de réussite future. C’est de la neuroscience. Émile Coué avait déjà suffisamment travaillé sur ce sujet au début du siècle dernier pour nous démontrer que notre cerveau avait le pouvoir de conditionner notre corps. C’est ce qu’il définissait comme l’autosuggestion consciente.

La réussite passe par de bonne dispositions psychologiques.

Le sujet a été remis au goût du jour, en même temps qu’il est aussi vieux que le monde. Il est nouveau en ce sens que, jusqu’à présent, il a été mal étudié et, par conséquent, mal connu ; il est ancien parce qu’il date de l’apparition de l’homme sur la terre. En effet, l’autosuggestion est un instrument que nous possédons en naissant et cet instrument, ou mieux cette force, est doué d’une puissance inouïe, incalculable, qui, suivant les circonstances, produit les meilleurs ou les plus mauvais effets.

La connaissance de cette force est utile à chacun de nous, mais elle est plus particulièrement indispensable aux champions. Et lorsqu’on sait la mettre en pratique d’une façon consciente, on évite d’abord de provoquer des autosuggestions mauvaises dont les conséquences peuvent être désastreuses, et ensuite on en provoque consciemment de bonnes qui ramènent la santé physique et la santé mentale qui elles-mêmes aiguillent sur la voie du succès et parfois même de l’exploit.

Les rêves ouvrent le champ des possibles.

 

Pour s’en convaincre, pensons d’abord à ce cycliste amateur – dont je tairais volontairement le nom – qui lève les bras et laisse exploser sa joie en haut d’une bosse montée full gaz le coeur dans la boîte à gant. Ce traditionnel geste de consécration signifie-t-il qu’il a gagné ? Oui. Sauf qu’il est à l’entraînement. Et qu’il est seul, sans spectateurs et que personne ne l’accompagne. Et à part une vache dans le pré qui ne le regarde même pas, il n’y a pas un seul pelos en haut du taquet pour applaudir ou admirer l’œuvre. J’aurais très bien pu récupérer cette anecdote dans le Carnet de Bordure présentée par Eddy Facile dans Dans la musette. Mais lorsque ce victorieux imaginaire produit ce geste, il est déjà dans de la projection. Et vous savez quoi ? Aussi fou que cela puisse paraître, son cerveau est déjà en train de conditionner son corps pour réaliser l’objectif qu’il s’est fixé. Et s’il visualise celui-ci assez précisément et assez régulièrement, vous connaissez le résultat ? Il finira inéluctablement par s’en rapprocher…

Comment se projeter positivement ?

La première étape consiste à vous fixer un objectif SMART (spécifique, mesurable, accessible, réaliste et, avec une date butoir). Par exemple, lorsque je demande à Patrick, il me dit : « Je souhaite réussir à rouler de Paris jusqu’au Mans soit presque 250 km en une seule fois sans m’arrêter ». Sauf que Patrick est un coureur à pied et qu’il découvre le vélo. Alors le plus généralement, l’important est de fonctionner par paliers. « Lors de ma première sortie, j’ai compris que mon objectif était beaucoup trop énorme, que cela demanderait beaucoup de temps. Pour ne pas perdre ma motivation, j’ai donc découpé ce défi en plusieurs petits objectifs. Ainsi, chaque palier atteint représentait une petite victoire qui m’encourageait à progresser encore. »

Il faut se lancer des objectifs réalisables.

 

L’étape suivante vous fait entrer dans le vif du sujet : prenez l’habitude d’imaginer votre objectif une fois atteint. Quelles seront les émotions provoquées ? Et quand je vous dis “imaginer”, cela signifie visualiser de façon précise, concrète, détaillée. Comme si vous y étiez ! C’est en effet en vous forçant à le voir ainsi qu’à ressentir les réactions physiques et psychiques que cela provoque, que votre cerveau vous donnera les moyens de le réaliser.

En pratique, cela donne quoi ? Vous imaginez avec le plus de détails possibles votre environnement. N’hésitez pas à imaginer le circuit de cette course qui vous fait rêver. Mais aussi les coureurs qui constituent le peloton. La couleur des tenues. Les vélos. L’odeur des saucisses et des frites à la buvette. Le bruit des applaudissements. Vos proches derrière les barrières en train de vous encourager, la cadence de votre souffle, l’intensité de l’effort…

Vous pouvez imaginer aisément quelles seront vos sensations une fois sur le podium.

 

Vous pouvez le faire de deux manières :

Soit vous le faites en perspective interne. C’est-à-dire que vous imaginez que vous contemplez la scène à travers vos yeux, comme si vous y étiez. Vous vivez mentalement la scène !

Soit vous le faites en perspective externe. Et là vous voyez la scène, mais vous vous regardez aussi en train de courir.

Il n’y a pas de règle, prenez la perspective qui vous convient le mieux. Si elle vous vient en tête aussi spontanément, c’est sûrement qu’elle vous paraîtra la plus confortable et la plus réelle. Il paraît d’ailleurs que Michael Jordan, l’une des plus grandes légendes du sport, arrivait à se transposer plus de 15 minutes dans une situation projetée. Il paraît même qu’il parvenait à transpirer et à ressentir des courbatures, alors qu’il était tranquillement assis dans le canapé !

C’est donc bien que le corps arrive à se déconnecter du réel pour aller vers la situation imaginée. Et même si c’est un exercice qui demande de la concentration, il est accessible à tous. Et pour une fois ce n’est pas une question de volonté. C’est vraiment une question d’imagination. Plus vous le pratiquerez, plus vous aurez de résultats. La seule chose à savoir, c’est qu’il est difficile voire quasi impossible de l’appliquer à quelqu’un d’autre. Alors : pas la peine d’imaginer des situations dont vous ne maîtrisez pas la totalité des éléments. Par exemple : visualiser un ou une ex, un ami ou un collègue avec lequel vous étiez fâché qui reviennent vers vous. Par contre, vous pouvez mentalement influer sur tout ce qui vous concerne… Réussir à apprendre n’importe quoi quand vous le souhaitez. Vous dépasser dans le sport, les études, votre vie pro. Réussir une soutenance de fin d’étude ou une présentation au boulot. Obtenir un diplôme. Ou encore un entretien avec votre boss ou un recruteur. Bref, tout. Vraiment tout !

En tous les cas, à en croire les plus grands champions, si vous pratiquez la projection positive suffisamment régulièrement, vous parviendrez à changer votre mode de pensée et à conditionner votre organisme pour qu’il vous donne les moyens de réussir ce qui vous semble a priori irréalisable.

Plaisir, motivation, projection vous permettent d’aller de l’avant.

Et pour finir… Ce n’est pas un certain Einstein qui disait, en tirant la langue comme une défiance enfantine : « La logique et la volonté vous mèneront d’un point A à un point B. L’imagination vous mènera partout… » Alors ne vous souciez pas de ce que penseront les autres. Affranchissez-vous du regard extérieur. Et même si la vache en haut de la côte ne vous regarde pas lever les bras et que vous n’obtiendrez même pas d’elle un meuglement, continuez à éduquer l’esprit, sous forme d’images mentales ou de faits rêvés par une perception qui est celle que vous choisirez. À en croire les plus imaginatifs, cette expérience très vive qui réside justement dans votre imagination a des vertus considérables et est susceptible de vous offrir une vie très joyeuse…

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Guillaume Judas

  - 51 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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