Visite de l’usine Origine : le vélo à la carte jusqu’au bout des pattes

Origine est une marque récente puisque créée il y a moins de 10 ans. Pour autant, avec son concept de vente en ligne, elle a su rapidement trouver son public, sensible au concept de vélo à la carte. Le succès aidant, cette entreprise qui revendique à la fois ses origines nordistes et un certain Made in France, voit toujours plus loin avec de nouveaux projets qui fusent dans l’imaginaire de ses créateurs. 3bikes est allé faire un tour du côté de ses locaux à Somain, qui tendent à devenir légèrement exigus mais ceci n’est que temporaire en attendant un tout nouveau bâtiment, actuellement en construction.

Texte : Olivier Dulaurent – Photos : Origine

Signe de l’expansion de la marque Origine, aujourd’hui ce ne sont pas moins de 50 salariés qui œuvrent à Somain, dans le département du Nord. Ils travaillent chacun au concept développé par les trois créateurs, regroupant trois métiers : la conception, la fabrication et la distribution. Mais contrairement aux réseaux traditionnels de vente, avec l’existence d’un magasin physique, ici le processus de vente se fait à distance par Internet.

Toutefois, pour le client, en plus du choix possible d’être livré à la maison, il reste envisageable de venir sur place à l’usine. Pour voir la fabrication de son propre vélo ou pour rencontrer un interlocuteur. Ainsi, lors de notre visite en décembre, Benoit Jolivet, pourtant résident à Belfort, avait fait le choix de se rendre dans les locaux à l’occasion d’un déplacement professionnel dans la région. Pour lui, cela sonnait comme une évidence de suivre ainsi comment allait être élaboré son futur vélo. Parmi les motivations qui l’ont conduit vers Origine, il citait plusieurs aspects : « la configuration à la carte bien sûr avec le choix personnel quant à l’équipement, l’assemblage du cadre réalisé en France et bien sûr sa qualité. » Un peu plus loin, Amaury Montay expliquait qu’il a aussi été attiré par la marque pour « son excellente gestion de la disponibilité des vélos. »

Ceci nous amène à une vraie question d’actualité qui préoccupe l’ensemble de la profession et par conséquent des clients : celle de la possibilité a priori évidente en temps normal, de recevoir le vélo commandé dans des délais corrects.

Mais voilà, une certaine pandémie est passée par là et oblige tous les secteurs de l’économie mondiale à s’adapter. L’industrie du vélo est évidemment touchée, comme les autres. Pour autant, comme l’explique François-Xavier Plaçais, responsable du développement de l’entreprise « la pénurie a parfois bon dos et permet de faire passer la pilule sur les délais. Il est nécessaire d’éviter de rejeter toute la faute à Shimano ou Sram. Une part importante de la main d’œuvre destinée à fournir le vélo au client, se trouve ici à Somain. Nous nous affranchissons ici d’une bonne partie du problème pendant que certains de nos concurrents subissent le « 100% Asie », avec une même usine qui fait parfois des composants et des peintures. A l’inverse, nous avons par exemple 250 groupes Shimano DI2 en stock à l’heure actuelle et nous ne mettons ainsi pas la pression sur les marques. Nous ne rognons pas les marges, il peut même nous arriver de commander sur des sites Internet ouverts au grand public comme Alltricks, tout cela pour finir un vélo dans les délais et satisfaire le client plutôt que de laisser le vélo dans un coin parce qu’il manque une cassette en 11×30 comme demandé par le client sur le configurateur. Même si, pour être honnête cela nous arrive aussi de proposer au client de changer une cassette justement pour lui fournir le vélo en une semaine plutôt que deux mois en raison de l’attente du « bon » braquet. Mais, nous fournissons donc le vélo plutôt que d’attendre que le composant soit disponible. Cette pénurie est surtout valable pour les vélos complets plutôt que pour les composants justement. »

Cette indépendance dans la manière de fonctionner a aussi poussé Origine à développer sa propre marque de roues : Prymahl. Ainsi, alors que les conditions sanitaires sont pour beaucoup de mauvaises nouvelles sur tous les plans depuis deux ans, Origine ne peut que constater une croissance très importante.

Un concurrent du leader du marché ?

Lorsque le consommateur pense « vélo acheté par Internet », la comparaison avec le numéro Un du secteur apparait inévitable. François-Xavier Plaçais rétorque sur ce point que « la différence se fait tout d’abord sur la personnalisation des cadres (couleurs) et sur le montage comme par exemple un client qui roule depuis 30 ans avec un cintre de 44 cm alors que la logique pour sa taille ferait monter un 42. Nous lui montons le 44 cm qu’il souhaite, de même que la bonne longueur de potence, de manivelle et la selle qu’il utilise habituellement. Bien sûr, il est toujours possible d’avoir un vélo complet chez nos concurrents mais pour avoir les composants à sa convenance il faut par exemple enlever une guidoline, démonter le cintre, le revendre, commander le cintre, et remonter le tout. Certes, des vélocistes consciencieux font aussi ce travail, mais il leur est difficile de le faire pour l’ensemble du vélo. Dans un deuxième temps, je dirais que nous sommes les seuls à pouvoir proposer sur tous les vélos toutes les couleurs de l’arc en ciel. Il peut nous arriver de peindre 25 couleurs différentes sur la journée. »

Le choix de la marque n’est pas la bataille des prix mais celle de la qualité avec des détails qui sont des gains marginaux, comme parfois le fait de monter des équipements plus haut de gamme que ce le consommateur va voir au premier abord mais qui peuvent faire la différence en termes de rendement ou de durabilité. A l’inverse d’autres marques qui visent aussi le haut du panier, il n’y a pas ici de champion à payer, ce qui permet par exemple de se concentrer sur la fourniture de cadres Haut Module sur toute la gamme. Au final, la marque préfère être comparée à Colnago par exemple, dès lors que sont confrontées les contraintes et les qualités des gammes.

Un gros atout : le configurateur 

Parmi les points forts cités par les clients, le configurateur figure en bonne place. Pour cela, Origine n’a pas hésité à puiser dans ce qui se fait de mieux chez les constructeurs automobiles pour proposer un configurateur le plus performant possible et sans cesse amélioré. Le but est d’obtenir le meilleur rendu visuel, avec un calage des éléments au pixel près. En cours d’élaboration, l’acquisition de la 3D pour tout le configurateur est attendue avec impatience mais de l’aveu même des concepteurs qui ne veulent rien de synthétique, cela exige un travail très long entre ingénierie et résultat final. Une équipe de trois à quatre personnes s’attèle d’ailleurs à la tâche en permanence pour améliorer le service et répondre potentiellement à certaines frustrations. Il est possible de remarquer que tel ou tel endroit précis d’une page peut avoir enregistré 10 tentatives de clic, sans résultat. Ceci permet alors de mettre un lien à cet endroit précisément pour ouvrir une nouvelle page.


Sur le site Internet, se trouve aussi la liste des 300 centres agréés en France qui pourront réparer ou entretenir un vélo Origine. Sur ces lieux, c’est la certitude pour les clients de ne pas se faire « jeter », car il faut bien le dire c’est généralement une crainte de certains clients potentiels et malheureusement la réalité chez quelques vélocistes.

En plus de ces services chez des professionnels, depuis le neuf décembre le blog a été lancé. Nommé Origine Cyclist House, il a pour but de conseiller et d’inspirer les clients (mais pas que…) pour les accompagner dans leur pratique. Le blog compte plus d’une cinquantaine d’articles (actualités, récits d’aventures, guides d’achat, tutoriels, etc.) : https://cyclisthouse.origine-cycles.com/

Ces tutoriels trouvent tout leur intérêt pour que les clients réalisent eux-mêmes les opérations de maintenance, soit parce qu’ils aiment le faire ou encore pour ceux qui habitent loin de l’un des centres agréés, même si 300 points permettent déjà un maillage intéressant.

Une fois la configuration arrêtée

Certains clients n’hésitent pas à traverser la France pour se rendre à Somain, qu’ils viennent de Belfort comme dans le cas évoqué plus haut, de Toulouse ou de Nice, par avion en profitant du séjour pour visiter Lille par exemple ou encore pour rouler sur les pavés. Jusqu’à 300 à 400 km depuis le domicile, c’est à dire incluant la région parisienne, le déplacement sur place est très fréquent. Les néerlandophones sont également reçus, par un belge flamand qui s’occupe de traiter avec eux.

Il faut préciser que tous les clients ont eu au moins un coup de fil pour la validation de la configuration. Des discussions peuvent intervenir à propos de configurations qui semblent étranges comme par exemple celle d’un cadre équipé d’un groupe Campagnolo Super Record et de roues d’entrée de gamme. Cela peut bien sûr être le choix délibéré d’un client qui possède déjà une belle paire de roues haut de gamme et il récupère ici du matériel pour rouler à l’entrainement, mais cela peut justement demander une confirmation. Sont aussi validées les questions liées à la taille du cadre. Là encore, par choix personnel, un cycliste peut préférer une taille en-dessous (ou au-dessus) tout en restant dans une certaine limite. A noter que la marque met en avant sa « garantie bonne taille » durant laquelle (un mois), le client peut changer les composants du vélo : potence, selle ou encore cintre. Ceci ne concerne pas le cadre, car cette question a été étudiée avec soin auparavant.


Au final, 75% des transactions se font sans venir à Somain et la démarche vient souvent du client avec 95% d’entre eux qui ont passé d’eux-mêmes un appel téléphonique ou un e-mail avant de passer la commande. Sur cet entretien, la cohérence du montage est évoquée, de même que la compatibilité entre les équipements.
Ainsi, les ventes annuelles correspondent à 7000/8000 vélos à l’heure actuelle.
Le choix de la taille adéquate se fait par une étude posturale ou plutôt prise de cotes, avec un calculateur de taille qui évolue constamment avec la base de données clients. Un système de visioconférence avec agenda en ligne et créneau d’une heure pour échanger avec le client, sans compter la visite d’usine avec le téléphone et une perche. Là dessus, il est vrai que les contraintes liées au Covid ont changé la donne.

En ce qui concerne l’ensemble des cadres, ils sont garantis à vie et si un souci peut arriver sur une série, l’estimation des concepteurs est largement en dessous de 0,1%. En cas de pépin, qui peut concerner une pièce (groupes, périphériques), un transporteur passe chez le client donc dès le lendemain le vélo est à Somain pour une réexpédition la plus rapide possible. A ce sujet, le lieu est aussi un Service Center, permettant d’effectuer par l’un des mécaniciens une révision express de 30 min ou tout autre entretien (jeu de direction, câbles, pédalier, gaines).

Origine fournit les vélos de réserve Shimano sur les épreuves où la marque japonaise assure l’assistance

Un contrôle qualité et une fabrication minutieux

Origine met en avant sa démarche qualité avec des contrôles opérés et vérifiés par plusieurs personnes à chaque étape étape du procédé et ce, notamment au niveau des cadres qui restent la carte de visite d’une marque. Chaque erreur signalée, aussi petite soit-elle, est remontée au niveau de l’étape concernée afin de ne plus la reproduire. Dans le même temps, le personnel doit gérer les demandes des clients qui veulent évidemment récupérer leur vélo dans les délais impartis. Ceux-ci sont généralement de 21 jours, ce qui reste une prouesse étant donné l’aspect personnalisé de chaque vélo et le contexte économique global.

Le contrôle qualité peut aussi concerner des pièces comme une potence qui ne serait pas montée strictement droite ou bien une « peau d’orange » sur un cadre, que seul un œil averti serait capable de déceler.

Aucun défaut, aussi minime soit-il ne doit passer les contrôles de qualité

Quant à la réalisation finale du cadre, elle se déroule suivant la procédure classique suivante, dans l’ordre à partir du cadre brut : apprêt 1, apprêt 2, ponçage. Pour ces trois étapes, 1h30 par cadre sont nécessaires. Viennent ensuite les étapes de peinture, cuisson, « transfert » (apposer les logos de la marque) et enfin vernis.

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Olivier Dulaurent

  - 46 ans. – Pigiste presse écrite et Internet depuis 2004, auteur de Le Guide du Vélo Ecolo (Editions Leduc, novembre 2020), Moniteur Brevet d’Etat Cyclisme, encadrant de stages cyclistes depuis 2005 et coach cycliste - Pratiques sportives actuelles : cyclisme route et VTT (occasionnelle : course à pied) - Strava : Olivier Dulaurent

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