Les inconvénients du home-trainer connecté

La pratique du home-trainer connecté est devenue très populaire depuis quelques mois, surtout depuis le début de la pandémie. Ceci grâce à des appareils et à des applications efficaces et réalistes qui ont permis de trouver une excellente alternative à l’entrainement en extérieur. Faire du home-trainer est ainsi plus motivant, mais cette pratique pose aussi ses propres problèmes.

Par Guillaume Judas – Photos : Xplova, Depositphotos.com

Les home-trainers modernes (ou smart-trainers) ont révolutionné l’entrainement en intérieur, en faisant d’une pratique jusque là rébarbative un moment de (presque) plaisir. Un smart-trainer transmet les données de puissance et peut modifier la résistance de manière à ressentir les difficultés virtuelles. Ces appareils, lorsqu’ils sont associés à une bonne application d’entrainement, ont permis d’allonger les séances et de combler en partie les contraintes liées à l’entrainement en extérieur, avec la météo, la nuit et le confinement. Cette débauche de technologie apporte néanmoins ses propres difficultés, qu’il est important de connaitre avant de s’engager.

Le home-trainer connecté a révolutionné l’entrainement hivernal.

Un prix élevé

Un home-trainer connecté n’est pas donné. Vous devez compter généralement entre 600 et 1200 € pour vous équiper. En haut de gamme, vous disposez de plus de fonctionnalités : une mesure précise de la puissance, une bonne stabilité, peu de bruit, un volant d’inertie efficace pour plus de réalisme, sans compter les accessoires qui peuvent être associés à l’installation, comme une plaque de direction (steering plate) ou un élévateur pour simuler les changements de pente. En entrée de gamme pour ce type d’appareil, l’immersion est un peu moins totale, et la différence se fait principalement en termes de précision de la mesure de la puissance ou du fonctionnement du volant d’inertie.

Pour utiliser une application dédiée comme Zwift, il faut nécessairement un ordinateur (PC ou Mac), une tablette ou une AppleTV, et éventuellement les accessoires nécessaires à la connexion, pour établir le lien entre le signal Ant+ ou Bluetooth du home-trainer et l’écran de réception. Il faut ensuite compter le coût de l’abonnement pour une plateforme d’entrainement, avec un prix de 14,99 € par mois sur Zwift par exemple.

Attention, tous les home-trainers dits smart ne sont pas pris en charge par Zwift. Certains ne sont compatibles qu’avec leur application ou logiciel dédié, comme cela peut être le cas avec des appareils qui ont quelques années au compteur.

Tous les home-trainers ne se valent pas en termes de précision. @Depositphotos.com

Reste qu‘il n’est pas obligatoire de disposer d’un smart-trainer pour rouler sur Zwift, et qu’il est possible de se connecter avec un modèle plus basique pris en charge sur l’application. Avec ce type d’appareil, il n’y a pas de modification de la résistance, mais Zwift calcule la puissance en fonction de la vitesse de la roue arrière. Avec un capteur de puissance déjà sur le vélo et capable de communiquer en Ant+ ou Bluetooth, il est possible de rouler sur Zwift avec n’importe quel home-trainer, même le plus simple, même si l’expérience n’est plus du tout la même.

Les défauts de connexion

Selon les appareils et votre configuration, ne comptez pas toujours vous habiller en cinq minutes et vous lancer directement sur une séance d’entrainement en intérieur. La technologie peut parfois poser quelques problèmes, et notamment en termes de connexion entre les différents appareils.

Sur un home-trainer, vous devez vous assurer que l’appareil n’est pas déjà connecté à une autre application, par exemple après un calibrage sur l’application de la marque. Si vous utilisez une clé Ant+ pour la connexion entre votre ordinateur et le home-trainer, vous devez aussi vous assurer que cette clé n’est pas utilisée en même temps sur un autre programme, au risque de voir des problèmes de communication sur Zwift. La plupart du temps, ces problèmes sont résolus en fermant toutes les applications susceptibles de créer des conflits de connexion, et en coupant l’alimentation du home-trainer, avec de tout rallumer et de relancer une recherche.

Une application comme Zwift fonctionne avec Internet, et il peut arriver également que vous soyez coupé en pleine séance à cause du réseau. Si vous êtes situé en pleine campagne et en bout de ligne, le réseau Internet peut aussi être moins performant qu’en pleine ville, ce qui risque de provoquer inévitablement des coupures au milieu d’un entrainement ou d’une course virtuelle.

Enfin, toutes les applications réclament des mises à jour, installées automatiquement lors de la connexion. Et vous n’avez pas moyen d’y échapper. Si cela prend généralement moins de deux minutes sur Zwift, cela peut prendre jusqu’à 10 minutes sur d’autres applications. C’est autant de temps de retard que vous prenez sur votre séance au moment de monter sur le vélo.

Une installation qui demande de la place

Pour faire une séance de home-trainer connecté, vous avez besoin de votre vélo, du home-trainer (placé pas trop loin d’une prise de courant), de votre ordinateur ou d’une tablette sur un support ou un meuble (également pas trop loin d’une prise de courant, surtout si vous prévoyez une séance assez longue), et éventuellement d’un support de roue avant si l’appareil le nécessite, d’un tapis pour protéger le sol et amortir les vibrations, et d’un ventilateur.

Votre configuration peut prendre un peu de place dans l’appartement.

Tout cela prend pas mal de place dans un appartement, et il faut tenir compte du temps d’installation avant chaque séance. Si vous choisissez de rouler dans votre garage (si vous en avez un), vous aurez sans doute besoin de moins de temps pour tout installer entre chaque séance, mais tenez compte du fait que la connexion avec votre box Internet peut être plus problématique.

Certains home-trainers se replient sur leurs pieds pour être rangés en prenant peu de place (mais pas tous), mais vous devez tenir compte de leur poids assez élevé (entre 10 et 20 kg généralement) avant chaque manipulation.

Un bruit toujours présent

Les appareils les plus modernes à commande électronique sont beaucoup plus silencieux que les premiers home-trainers avec une résistance à air, mais il ne peuvent toutefois pas couvrir les bruits de transmission, surtout si vous utilisez de gros développements. Si vous y ajoutez le bruit du ventilateur et éventuellement celui de la musique ou de la télévision dans la pièce, vous pouvez facilement déranger les autres occupants de l’appartement ou vos voisins. Il n’est donc pas toujours possible d’effectuer une séance de home-trainer à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, ce qui retire un des avantages supposés de ce type d’appareil.

Une garantie du vélo pas toujours assurée

Sur un home-trainer qui maintient la roue arrière ou qui se fixe sur une transmission directe, le cadre du vélo est soumis à de nombreuses torsions pendant l’effort, surtout lors des intensités maximales comme les sprints. Évidemment, un cadre n’est jamais totalement rigide, et il est déjà prévu pour subir les déformations sur la route. Mais certaines marques déconseillent l’utilisation de leur vélo sur home-trainer, et peuvent même de désengager en termes de garantie. Il vous faut donc bien vérifier auprès de la marque de votre vélo afin d’éviter toute déconvenue en cas de casse du cadre.

Une précision parfois sujette à caution

Sujet à polémiques, la précision des différents home-trainers ou capteurs de puissance en termes de transmission de la puissance en watts peut influencer grandement vos performances sur Zwift, et même la qualité de vos entrainements. Certains appareils sont imprécis (bien plus que la précision revendiquée), voire mal installés ou mal calibrés. Et il existe de grandes différences de précision entre un home-trainer de haut de gamme et un appareil plus abordable.

Sur la route, si vous utilisez un capteur de puissance mal calibré, vous aurez des données fausses mais qui ne changeront pas votre vitesse de déplacement. Dans le monde virtuel, la puissance déterminée par l’appareil influence directement votre vitesse de déplacement. Si votre home-trainer ou capteur de puissance est pessimiste, vous serez lésé, mais s’il est optimiste, vous atteindrez des performances susceptibles de léser vos concurrents sur des courses virtuelles, de mettre à la peine vos amis lors de sorties virtuelles en groupe ou de mal vous préparer au retour sur route In Real Life.

C’est pour cette raison qu’au niveau de la qualité de l’entrainement, il faut toujours différencier la puissance mesurée sur la route et la puissance mesurée sur votre home-trainer. Si vous ne voulez pas risquer le sur-entrainement ou au contraire le sous-entrainement, vos tests de PMA ou de FTP doivent être réalisés avec le système de mesure de puissance avec lequel vous comptez travailler ensuite. 

La triche volontaire est également fréquente sur Zwift, notamment en modifiant les données de poids corporel. En effet, les performances et la vitesse de déplacement sont déterminées par le fameux rapport puissance/poids. En indiquant un poids inférieur à la réalité, certains utilisateurs bénéficient d’un rapport plus favorable. Home-trainer imprécis et triche sur le poids équivaut à du dopage digital. Et c’est aussi pour cette raison qu’il ne faut pas accorder trop d’importance aux courses virtuelles, ou même aux classements de segments sur Zwift, qui souvent ne veulent pas dire grand chose.

Le home-trainer peut devenir une addiction

La pratique du home-trainer peut ne pas convenir à tout le monde. Vous ne supporterez peut-être pas de rester enfermé, de faire un effort dans une ambiance surchauffée, de ne pas voir de paysage vraiment défiler, ou de naviguer au sein d’un monde virtuel, ou encore la triche ou les appareils mal réglés. Avant de vous lancer dans un tel investissement, mieux vaut peut-être tester chez un ami, et prendre plusieurs avis.

À l’opposé, certaines personnes aiment beaucoup rouler sur home-trainer en s’immergeant dans un monde virtuel. Elles apprécient le gain de temps et l’efficacité sur la forme physique ou les formes corporelles, avec des séances bien calibrées dans des conditions parfaitement contrôlées, ou le fait de ne pas être confronté aux risques inhérents à la circulation. Si vous êtes un adepte de ce type de pratique et que vous ne ressentez pas le besoin de vous confronter de temps en temps à la réalité du terrain, vous pourriez ne plus jamais avoir envie de rouler à l’extérieur. Avouez que ce serait un peu dommage, non ?

Guillaume Judas

  - 51 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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