Allo la terre ? Ici la planète cyclo-cross

Le cyclisme est un sport de passion. Mais s’il est une discipline où le mot « passion » peut parfois sembler faible, c’est bien le cyclo-cross. Après une saison 2020-2021 (co)vide de compétitions, les aficionados des « labourés » s’en donnent à cœur joie cette année.

Par Bruno Cavelier – Photos : Vincent Lyky

Article paru dans le numéro 148 du magazine Cyclo Sport, actuellement en kiosque

Vous pensez que le cyclo-cross est né en Belgique ? Et bien, non. C’est dans la France d’après-guerre que cette discipline du cyclisme voit le jour. Puis, le premier championnat du monde masculin de cyclo-cross est organisé en France en 1950. Le très populaire vainqueur du Tour de France 1947, Jean Robic, en est le premier vainqueur. Pendant une dizaine d’années, le cyclo-cross reste une spécialité française où s’illustre le Limousin André Dufraisse, quintuple champion du monde. Ce n’est qu’un peu plus tard que le cyclo-cross devient populaire dans d’autres pays d’Europe, en particulier la Belgique où le public en raffole et s’est approprié cette spécialité du cyclisme. Pendant ce temps, chez nous, le VTT débarque des USA et vampirise le cyclo-cross à la fin du siècle dernier : les calendriers s’appauvrissent, de moins en moins de coureurs prennent le départ des courses… Mais depuis quelques années, le phénomène s’est inversé. Sous l’impulsion des éternels passionnés de la première heure et aussi probablement car la mode a toujours tendance à tourner en rond, le cyclo-cross a retrouvé ses lettres de noblesse. Il faut dire aussi que l’on entend parler de cette spécialité lors de chaque retransmission de cyclisme à la TV, même si c’est une course sur route, les commentateurs y font référence. Car les grands champions d’aujourd’hui sortent tous des sous-bois ; à commencer par Mathieu van der Poel et son éternel rival Wout van Aert, ou le prodige Tom Pidcock, mais aussi Julian Alaphilippe, vice-champion du monde 2010, puis double champion de France en catégorie espoir.

Un monde de passionnés

La télévision s’est emparée du phénomène et diffuse désormais des épreuves chaque week-end – contre aucune diffusion télévisée il y a une dizaine d’années – ce qui ne fait que renforcer la popularité de cette discipline très spectaculaire et d’un format court idéal pour le petit écran. Avec le développement du gravel, tout le monde peut goûter à la sensation des trajectoires sur terre avec un vélo semblant taillé pour la route : le gravel est au cyclo-cross ce que le cyclotourisme est au cyclisme de compétition sur route. Tout ceci fait que les passionnés sont aujourd’hui les plus heureux du monde ; car la rudesse du cyclo-cross – par l’intensité d’effort et les conditions météos souvent hivernales – fait qu’on ne trouve que des passionnés dans ce sport. Il suffit d’aller sur les épreuves nationales – comme les manches de Coupe de France qui rassemblent les spécialistes de 15 à 77 ans, pour s’en rendre compte. Les yeux pétillent dès les plages de reconnaissance des parcours où les conversations vont bon train : « tu gonfles à combien ? Tu cours en boue ou en mixte ? Ça passe à vélo là ? Le pif-paf se prend exté ou inté, etc. »

Le nettoyage des vélos fait partie du rituel : chaque organisation prévoit une zone technique et de quoi nettoyer les vélos à proximité.

Allez vous y retrouver dans un tel vocabulaire si vous ne faites pas partie de cette planète où l’on rencontre les mêmes personnes qui pour les plus âgées se connaissent depuis des années. Ceux-là mêmes qui transmettent leur passion aux plus jeunes et ainsi de suite.

Comme un grand cirque…

Le cyclo-cross se court sur un circuit fermé de 2 à 3 kilomètres où les concurrents tournent en boucle sur une durée adaptée à leur catégorie d’âge. Tout est donc rassemblé dans un parc, autour d’un stade ou en lisière d’une forêt : podium, buvette, zone technique et surtout, les barnums, camions ou camping-cars des teams « professionnels », mais aussi des passionnés suréquipés, la plupart en fourgons, camping-cars ou équipés de remorques ; il y a des vélos partout ! Car en cyclo-cross, chaque coureur doit disposer d’au moins deux vélos pour pouvoir en changer en cours de course lorsqu’il s’agit de parcours boueux, et c’est souvent le cas. Tout ce matériel multicolore contraste avec la grisaille du ciel. C’est ceci qui fait que lorsqu’on pénètre dans cet espace quasi clos, on a l’impression d’entrer dans un grand cirque. D’autant que dès la fête terminée, tous s’affairent à nettoyer, ranger, plier, pour reprendre la route et mieux repartir pour de nouvelles aventures dès le week-end suivant. Les acteurs sont des virtuoses au plan technique, du moins les meilleurs. Ils sautent des planches à vélo, semblent voler en longeant le haut de dévers vertigineux, rétablissent leur équilibre d’un petit coup de pied pour retrouver une trajectoire idéale alors que leur situation semble désespérée…

Si le cyclo-cross est plus une passion qu’une simple pratique sportive, c’est pour tout ceci : une population faite d’artistes du vélo, de techniciens expérimentés, d’amoureux de cyclisme, qui sillonnent les routes de France, transportant leur passion et leur matos multicolore, à la manière d’un grand cirque où le savoir-faire est toujours prêt à être partagé. Alors, attention : dans 90% des cas, si vous goûtez au phénomène, c’est pour la vie !

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Guillaume Judas

  - 51 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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