Test du groupe Campagnolo Super Record EPS Disc 12 vitesses

Le groupe Campagnolo Super Record EPS Disc entre en concurrence directe avec les Shimano Dura-Ace Di2 Disc et Sram Red eTap AXS en très haut de gamme. C’est aussi le plus cher des trois sur le papier, mais aussi le moins léger. Restent un fonctionnement largement à la hauteur et une finition exemplaire, propres à séduire les fans de la marque.

Par Guillaume Judas – Photos : @3bikes.fr

Le groupe Campagnolo Super Record EPS Disc assure un fonctionnement irréprochable.

Comme toujours depuis une trentaine d’années, Campagnolo a été la première marque à dégainer un pignon supplémentaire sur sa transmission pour proposer 12 vitesses, poussant les concurrents à suivre le mouvement. C’était déjà le cas en début des années 90 avec l’introduction de la cassette à 8 vitesses, en 1995 avec les 9 vitesses, au début des années 2000 avec les 10 vitesses, en 2008 avec les 11 vitesses, et donc en 2018 avec les 12 vitesses. L’année suivante, la marque italienne présentait la déclinaison électronique de son groupe phare, le Super Record, avec le nom de code EPS (Electronic Power Shift), pour les deux types de freinage, à patins ou à disque. Contrairement à Shimano et à Sram, Campagnolo réserve la transmission électronique au groupe le plus haut de gamme, qui est d’ailleurs toujours aussi décliné avec une transmission par câble. Les autres groupes de la gamme, les Record et Chorus, sont quant à eux aussi en 12 vitesses, proposés pour freins à patins ou à disque, mais conservent des changements de vitesse mécaniques.

Le pédalier est l’une des pièces maîtresses du groupe.

Campagnolo mêle ainsi modernité et tradition, avec des composants qui combinent carbone et titane comme c’est le cas ici sur le Super Record, et qui sont intégralement fabriqués en Europe. L’esthétique et la finition sont superbes, et le fonctionnement est à la hauteur de ce qu’on attend de la marque italienne. Les changements de vitesse se montrent à l’usage doux, précis et silencieux, en autorisant tous les croisements de chaîne possibles. Le freinage est quant à lui puissant et progressif, et un ingénieux système de retour magnétique au niveau des plaquettes des freins à disque évite les frottements lorsque le vélo est malmené en danseuse après un gros ralentissement.

La transmission est souple et silencieuse.

Une esthétique à part

Véritable oeuvre d’art de notre point de vue, le pédalier est strictement identique à celui qui équipe la version Super Record 12 avec des changements de vitesse à câble. Il bénéficie de manivelles et de quatre branches en carbone, reliées par paire à un renfort qui affleure le grand plateau. On trouve huit boulons de fixation pour plus de rigidité, avec un double entraxe de 112 et 142 mm. L’axe et les vis sont en titane, les plateaux en aluminium, et les roulements sont en céramique (Cult). Les manivelles sont proposées en 165/170/172,5/175 mm. Pour les plateaux, on trouve les combinaisons désormais classiques 50-34/52-36/53-39. Le poids annoncé est de 618 g en 50/34, auquel il faut ajouter 40 g pour les roulements.

Pour plus de rigidité, il y a deux entraxes pour les plateaux sur les manivelles.

Les dérailleurs sont quant à eux identiques à ceux de la version Super Record 12 EPS pour freins à patins, et ils font également la part belle au carbone. Sur le dérailleur avant, même la plaquette externe est en carbone, alors que la partie interne reste en aluminium. Le dérailleur arrière bénéficie lui aussi d’un corps et d’une chape en carbone. Il a une capacité maximale de 32 dents. Grâce à la technologie 3D Embrace, il reste parfaitement orienté sur chaque pignon, ce qui offre un fonctionnement doux et extrêmement précis. Le poids annoncé est de 132 g pour le dérailleur avant et de 234 g pour le dérailleur arrière.

Le dérailleur avant fait la part belle au carbone.

Les leviers Super Record EPS Disc reprennent bien sûr l’allure générale de tous les leviers Campagnolo, mais ils sont plus imposants, afin de pouvoir y loger les changements de vitesse électroniques et le système hydraulique du freinage. Ils sont ainsi plus hauts de 8 mm au niveau de la pointe supérieure. Les leviers de frein disposent d’une double courbure pour faciliter le freinage avec les mains sur les poignées. Les palets de changements de vitesse sont bien distincts, comme toujours chez la marque italienne. Le grand levier derrière le levier de frein sert à monter les pignons sur la cassette (ou à passer le grand plateau), et le petit levier placé sur la partie intérieure du corps sert à descendre les pignons ou à passer le petit plateau. Ce dernier levier est courbé vers le bas, afin de faciliter sa manipulation avec les mains en bas du cintre. Le poids annoncé est de 948 g pour le système complet comprenant les manettes, les étriers de frein, les disques et les durites.

Les poignées sont particulièrement imposantes.

Du côté du freinage, les étriers Flat Mount sont associés à des disques de 140 ou 160 mm, et disposent de pistons de 22 mm et d’une tôle métallique spéciale placée entre la plaquette et le piston de l’étrier pour amortir les vibrations. Un système magnétique permet un retour rapide des plaquettes dans leur position initiale après un freinage, ce qui évite les frottements.

Les freins sont très silencieux.

Sur cette dernière génération d’EPS, l’interface migre de sous la potence à un logement prévu dans le tube diagonal du cadre ou comme ici sur le vélo d’essai au bout du cintre. Campagnolo conserve des fils électriques, alors que ses deux concurrents Sram et Shimano – plus récents il est vrai – s’en affranchissent, au moins au niveau du poste de pilotage. Le poids de l’interface, de la batterie et des fils est annoncé à 168 g. L’interface est capable de communiquer en Bluetooth et ANT+, avec un téléphone ou un compteur. Avec l’application MyCampy, il est possible de personnaliser les commandes des leviers de dérailleur (par exemple pour les inverser), télécharger et installer un nouveau micrologiciel, exécuter un diagnostic de chacun des composants, connaitre l’état de charge de la batterie, vérifier les intervalles d’entretien, ou paramétrer les changements de vitesse séquentiels, comme pour Shimano et Sram.

L’interface est désormais placée au bout du cintre.
L’application offre plusieurs fonctionnalités intéressantes.
Elle peut même indiquer le nombre de changements de vitesse.
Ou permettre de personnaliser les commandes de changements de vitesse.

Campagnolo propose trois cassettes Super Record, mais deux seulement sont compatibles avec le groupe EPS, compte tenu de la capacité du dérailleur : 11-29 (11-12-13-14-15-16-17-19-21-23-26-29) et 11-32 (11-12-13-14-15-16-17-19-22-25-28-32). La 11-34 est réservée aux groupes mécaniques. Elles conservent le même encombrement que les cassettes 11 vitesses, ce qui permet de les monter sur des roues avec un corps de cassette 11. Le poids annoncé est de 266 g. Enfin, malgré une largeur de 5,15 mm, la chaîne 12 vitesses est selon Campagnolo aussi durable que la version 11 vitesses. Elle est de plus relativement légère, avec 228 g.

Les 12 pignons offrent de la polyvalence.

Néanmoins, en termes de poids, le groupe Super Record EPS Disc est un peu plus lourd que ses deux concurrents directs, avec un poids théorique (puisque tout dépend des plateaux, de la longueur des manivelles et de la cassette) de 2634 g, contre 2516 g pour le Sram Red eTap AXS et 2442 g pour le nouveau Dura-Ace Di2 Disc à 12 vitesses. Le prix est en revanche élevé, avec un tarif affiché de 4818 €, contre 3999 € pour le Dura-Ace et 3618 € pour le Sram Red. Ceux qui recherchent un meilleur compromis poids/prix ont donc tout intérêt, quand cela est possible, de se diriger vers le groupe Super Record 12 pour freins à patins, et avec dérailleurs à câble (2253 g pour 2994 €).

Voyage en classe business

Rouler en Super Record apporte beaucoup de plaisir.

Sur la route, le Campagnolo Super Record EPS Disc fait oublier ces inconvénients. Il s’avère fidèle à sa réputation, sans la moindre anicroche. Le fonctionnement est doux et silencieux au niveau de la transmission, avec un minimum de bruits, même si notre version d’essai a déjà parcouru quelques milliers de kilomètres. Même s’ils ne sont pas forcément recommandés, tous les croisements de chaîne sont possibles, et on peut s’amuser à rouler avec le grand plateau et le grand pignon de 32 dents comme Tadej Pogacar dans le col de la Colombière sur le dernier Tour de France, sans sentir de résistance. Avec le petit plateau et le pignon de 11, seuls les claquements de chaîne contre la base arrière sont audibles. Les changements de vitesse deviennent rapidement intuitifs, et on se surprend à jouer souvent du dérailleur, à la moindre variation de pente. Surtout que la cassette est correctement étagée dans cette configuration 11-32. De 11 à 19, la suite de développements est classique, donc idéale pour la plupart des utilisation sur un terrain vallonné, et c’est sur le haut de la cassette que l’on peut ressentir plus de trous entre les pignons, mais sans que ce soit vraiment rédhibitoire compte tenu de la vitesse de déplacement liée à l’utilisation de ces dentures. Au niveau du passage des plateaux, c’est là aussi souple et silencieux, mais cela semble un poil moins puissant et rapide qu’avec du Shimano.

On peut s’amuser à rouler avec le grand plateau et le grand pignon de 32 dents comme Tadej Pogacar dans le col de la Colombière sur le dernier Tour de France, sans sentir de résistance.

La prise en main des poignée est particulière, mais pas franchement désagréable. Elle convient mieux en tout cas aux grandes mains qu’aux plus petites en termes d’ergonomie. La finition est d’un excellent niveau, et on ne voit aucune partie contondante susceptible de blesser les doigts, comme c’est le cas chez Sram par exemple. S’il semble un peu compliqué d’empoigner pleinement les cocottes en raison de leur forme particulière, la partie supérieure surélevée offre un appui supplémentaire en position de recherche de vitesse, avec les coudes posés dans l’angle du cintre par exemple. Notons aussi que cette excroissance offre un avantage dans certaines situations, pour rattraper le guidon après un faux mouvement par exemple.

Les poignées offre plusieurs options de prise en main.

Les leviers de frein sont très accessibles, quelle que soit la position des mains. L’attaque du freinage est un peu spongieuse au début, mais plus ferme à l’approche du contact entre les plaquettes et le disque. On ne sent jamais d’effet « on/off » et le dosage est assez aisé.

La partie supérieure des poignées offre une certaine sécurité.

Au niveau de la batterie enfin, nous n’avons rien noté de particulier, en n’ayant pas eu besoin de la recharger après environ 1000 km au guidon du vélo. Sur l’application, le niveau de charge indiqué est encore de 43 %. Notons aussi que l’application propose différentes fonctions intéressantes, comme la visualisation du nombre de changements de vitesse par sortie ou depuis la dernière recharge, ce qui permet d’en savoir un peu plus sur ses propres habitudes.

Le groupe Campagnolo Super Record EPS 12 Disc est comme on pouvait s’y attendre irréprochable en termes de finition et de fonctionnement. Mais son prix très élevé le réserve aux amoureux de la marque italienne, ou à ceux qui veulent marquer leur différence en profitant de son charme intemporel.

Le groupe Campagnolo Super Record EPS Disc 12 vitesses en bref…

Note : *****

Les + : finition, fonctionnement, souplesse, précision, 
Les – : prix, poids, fils électriques

Longueurs de manivelles : 165, 170, 172,5, 175 mm – Plateaux : 50-34, 52-36, 53-39 – Cassettes : 11-29, 11-32 – Poids total : 2634 g – Prix : 4818 €

Contact : campagnolo.com

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Guillaume Judas  - 51 ans - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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