Comment passer pro : le parcours typique existe-t-il ?

Est-ce qu’il existe un parcours bien défini depuis les jeunes catégories pour devenir un jour un champion cycliste ? Existe-t-il un chemin droit et rectiligne qui mène parfois jusqu’aux sommets du Tour de France ? Ou peut-on encore vivre son rêve sur le tard après avoir suivi un parcours loin des traditions cyclistes ? Voici quelques éléments de réponse.

Par Jean-François Tatard – Photos : Flickr.com / wikimedia.commons / Twitter Jay Vine / DR

Ce qu’il faut déjà savoir c’est qu’un coureur brillant reste rarement inaperçu. Ce talent est remarqué, observé ou détecté suivant ses performances visibles par ceux qui s’y intéressent. À commencer par les gens sur le bord de la route, mais aussi par les clubs, les entraîneurs, les personnes qui lisent les résultats, etc. Si un junior en équipe régionale ou un espoir en première catégorie a notamment un potentiel intéressant, les équipes ne tardent jamais à vérifier ou à faire vérifier s’il est exploité à 100 %. Mais ça arrive encore – même aujourd’hui – qu’on puisse passer à côté parce que le cycliste concerné n’a pas pu séduire comme il aurait pu le faire dans un autre contexte ou dans d’autres dispositions…

En ce sens, avez-vous déjà entendu parler de ce cycliste néo-zélandais de 21 ans visiblement assez méconnu en termes de résultats dans les courses locales auxquelles il participait, et qui avait pourtant décroché son premier contrat pro après avoir impressionné l’équipe Dimension Data sur Zwift ? En effet, il y a quelques temps, c’est Ollie Jones qui avait gagné une course virtuelle sur la plateforme connectée qui l’opposait à 9000 autres cyclistes. Il est ainsi devenu le premier coureur de l’histoire à passer les tests de détection par ce biais. Plus récemment l’hiver dernier, c’était autour de l’Australien Jay Vine, d’être sélectionné pour passer pro dans l’équipe Alpecin-Fenix en remportant la Zwift Academy à l’âge de 25 ans. Ancien vététiste, il court alors dans une équipe Continentale dans son pays, mais peine à vraiment sortir du lot. Pourtant, dès sa première course avec l’équipe de Mathieu van der Poel, il se distingue en prenant la deuxième place du Tour de Turquie, où il se distingue sur l’étape de montagne. Sélectionné sur le Tour d’Espagne, il joue est régulièrement échappé sur les étapes accidentées, et voit son contrat prolongé pour les deux prochaines saisons. Sa carrière est lancée.

Mais le plus généralement, entre le jour où les futurs champions ont été détectés et celui où ils sont appelés pour la première fois pour courir le Tour de France avec leur équipe, il s’est parfois déroulé plusieurs années. Il faut savoir être patient. Le facteur chance a aussi son importance, même si la notion de travail est à mettre en tête de liste parmi tous les critères nécessaires à l’éclosion d’un coureur pro.

13-14 ans : chez les minimes, le potentiel pour passer pro n’est quasi pas repérable

En fonction de leur profil et de leurs qualités, beaucoup ont dû attendre un peu plus tard pour être certains qu’ils réussiraient à faire une carrière. Dans l’extrême opposé, c’était notamment le cas de Pascal Hervé dans les années 90, qui a même attendu l’année de ses 30 ans pour quitter son métier d’imprimeur et faire le Tour avec Richard Virenque. C’était un cas particulier, je vous l’accorde, mais le plus généralement ça se décide de toute façon rarement avant 18 ou 19 ans et donc à la sortie des juniors. 

15-16 ans : chez les cadets, les différences de morphologie 

Qu’il soit petit ou grand, ça n’a pas d’importance. On sait très bien qu’à 15-16 ans, le potentiel champion n’aura peut-être pas la morphologie qu’il aura à 19-20 ans. Si vous regardez David Gaudu à cet âge-là, il n’était pas plus étoffé qu’une brindille, et pourtant vous connaissez la suite. Dans cette catégorie, il y a des grands gaillards d’1m85, et des petits poulets d’1m60, des coureurs de 75 kg et d’autres d’à peine 50. Il n’est donc pas rare de voir des coureurs dominer leur catégorie, puis rentrer dans le rang un peu plus tard, lorsque tous leurs concurrents ont terminé leur croissance. Mentalement, il peut également être compliqué de vivre dans la facilité avant de faire face à une concurrence mieux armée.

Tadej Pocacar s’est révélé dans les catégories de jeunes, et a très vite confirmé en passant pro, avec déjà deux victoires au Tour de France à son actif, à 22 ans.

17-18 ans : chez les juniors, le physique espéré

Une fois seulement ce cap passé, d’autres facteurs entrent alors en ligne de compte. Le développement physique d’un coureur peut ainsi vite arriver. Généralement, c’est vers 17-18 ans maximum. Un premier écrémage peut alors être envisagé en supprimant les coureurs, dont la capacité à répéter les efforts s’avère limitée. Ou l’inverse, vraiment complet pour son âge, l’exemple récent de Remco Evenepoel nous fait dire qu’il est déjà possible dans certains cas d’envisager de faire passer pro des coureurs à la sortie de cette catégorie. 

Le cyclisme est un sport complexe et dans lequel il n’y a pas de vérité.

19-20 ans : le mental associé

C’est à cette période que l’aspect mental prend le relais et peut aussi saccager la carrière d’un coureur, mal préparé ou mal entouré. Le talent ne suffit plus. L’âge adulte est atteint, et il ne reste plus que ceux qui ont les cannes assez solides, les mêmes qui ont sûrement un très bel avenir devant eux. Mais le cyclisme est tellement complexe qu’il n’y a pas de vérité et on ne peut exclure personne de cette démonstration. Peut-être qu’avec moins de talent et beaucoup de travail, certains feront aussi de très bons pros. C’est ça l’objectif… 

D’autres voies sont toujours possibles

Alors, vous qui nous lisez, désolé de vous décevoir, mais vous ne ne réaliserez pour la plupart du temps, jamais votre rêve de passer pro. Devenir cycliste professionnel n’est pas le résultat d’une décision interne mais plutôt le fait de la gestion de coïncidences. C’est bien votre désir et votre volonté qui seront à l’origine du processus, et pourtant vous seriez stupéfait de voir combien peut s’avérer exigeante toute votre démarche. Vous pouvez être incroyablement précoce, et être aussi incroyablement performant en gagnant des courses locales, mais passer au véritable niveau professionnel est une étape extrêmement difficile, dont seuls les coureurs de très haut niveau peuvent témoigner. 

Après une carrière de vététiste de haut niveau en parallèle de son travail d’ingénieur, Jean-Christophe Peraud passe pro sur route à 32 ans, et termine second du Tour de France 2014, à 36 ans.

Le bouche à oreille fonctionne assez bien dans la détection de talents. Cela reste un petit monde. On évolue dans un microcosme. Tout se sait. Mais pourtant la performance pure ne suffit parfois plus. En ce sens, que pour certains qui recrutent, il faut aussi sécuriser l’après. Et aussi l’aspect psychologique. Est-ce qu’un coureur moins talentueux mais qui a des diplômes et qui sait qu’il retombera sur ses pattes en cas d’échec ne serait pas dans une disposition plus sereine et donc plus performante qu’un jeune pétri de talent mais qui a arrêté prématurément l’école ? Cela veut dire aussi qu’il reste de la place pour les parcours atypiques, pour ceux qui ont eu d’autres priorités que le cyclisme à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, mais qui finissent par se révéler par leurs performances et leur talent à un moment ou à un autre. Les mentalités semblent avoir évolué dans le cyclisme, même si on assiste toujours à l’éclosion précoce de coureurs exceptionnels. Les vérités d’antan semblent avoir été mises en contradiction. Alors non, le parcours rectiligne n’existe plus, et plus que jamais le champ des possibles s’est ouvert…

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