Humeur : le cycliste, un beauf comme un autre…

Ah, le vélo ! S’il existe bien une discipline sportive qui se distingue par son niveau de beaufitude vue de l’extérieur, le cyclisme peut peut-être espérer obtenir la palme…

Par Jean-François Tatard – Photos : Pixnio.com, @le vélo de Ghislain Lambert, publicdomainpictures.net / DR 

Si vous n’avez pas échappé à la mode de la boucle d’oreille à la Gert-Jan Theunisse ou à la Ronan Pensec ou encore à la couronne de lauriers tatouée autour de la cuisse juste à la bonne hauteur sous le cuissard, ou encore à la veste polaire Banesto pour aller chercher votre colis Alltricks à La Poste – allez j’abuse, OK pour une Gabba – que vous aussi, à un moment donné, vous avez osé les mèches de cheveux volontairement jaunies par l’eau oxygénée, que vous êtes allé au manège à bijoux avec votre copine de l’époque pour vous faire offrir un vélo en pendentif monté sur une grosse maille d’un collier en argent ou mieux, en plaqué or, et qu’aujourd’hui, vous n’avez pas d’autres chaussettes dans l’armoire que vos fausses Rapha achetées sur Aliexpress et que vous les portez en toutes circonstances même sous le costume pour le mariage de votre cousin ; Que l’été allongé sur le transat de la plage, vous gardez votre paire de lunettes 100% rose fluo à la Peter Sagan, ou à la rigueur les Oakley Sutro de MVDP, ce n’est pas que vous êtes un bikenerd, c’est juste que vous rentrez dans la caricature parfaite du cycliste…

Le cycliste, avec sa tenue bariolée, se sent bien dans son monde.

Allez je vous préviens cette chronique est à ranger dans la catégorie humour.

=> VOIR AUSSI : Êtes-vous un Bikenerd ?

Un microcosme avec son langage

Dans la famille cycliste, on ne se rend jamais compte à quel point on est un beauf. En fait, pour s’en rendre compte, il faut en sortir, sauf qu’en général, on n’en sort jamais vraiment… On y passe du temps, pour ainsi dire tout notre temps libre, nos soirées, nos week-ends. Nos vacances. Notre vie. On y rencontre nos amis. On y construit notre réseau. Parfois même, on s’y marie. Et même, on y travaille. Bref, on ferait tout pour y passer le plus de temps de possible. Dans aucun autre sport, on n’a jamais autant vécu dans un microcosme aussi réduit. Un espèce de monde abrégé dans lequel on est allé jusqu’à construire notre propre vocabulaire : de « mettre tout à droite » à « baisser d’une dent » ou encore « flinguer comme un patapon », « se faire bordurer », « caresser les pédales », « être collé », « se mettre à la planche », « être dans la mafia », « fumer le cigare », « filocher », « descendre la plaque », « lancer un pétard mouillé », « rester en croustille », « sucer la roue », « mettre le paquetard en rang d’oignon », « tricoter », en passant par « manger de la luzerne », « becqueter de l’aile » ou « bouffer de la laine », « enfoncer des clous », « avoir de la laine sous les ongles », « prendre l’autobus », etc. Bref, le langage du cyclard parfait offre une panoplie d’expressions que nous sommes véritablement les seuls à comprendre. Mais pourtant, au même titre que la tenue vestimentaire qui n’a de style que dans le contexte, c’est bien la maîtrise de ce dialecte mystérieux qui vous permet de dire – mais seulement à l’intérieur de cet écosystème – que vous n’êtes pas un beauf… Car sorti de ce groupe social très fermé, c’est bien de nous dont on rit.

“Bah quoi, c’est joli un casque !”

La beaufitude 2.0

Vous voyez ce mec caricatural ? Avec son ventre rebondi, dans son maillot Castelli trois fois trop petit pour lui, telle une paupiette de veau bien lacérée, son pack de bières Velosophe sous le bras et son bob Skoda bien ajusté entre les deux oreilles. Bref ce qui aurait pu être un dessin de Cabu représentant le Français moyen. Mais le beauf, ce n’est pas forcément (que) lui. Le beauf c’est surtout le type qui assène des vérités, ses vérités, il ne réfléchit absolument pas, il est porté par les lieux communs, par le « bon sens » entre guillemets, par des certitudes dont il ne démordra jamais. Il ne lit pas d’abord. Ou alors juste les titres. Avec lui, c’est la mort du papier.

Le beauf c’est surtout le type qui assène des vérités, ses vérités, il ne réfléchit absolument pas, il est porté par les lieux communs, par le « bon sens » entre guillemets, par des certitudes dont il ne démordra jamais.

Le beauf est effectivement un cliché de l’homme moyen, peu cultivé et assez vulgaire, mais aussi content de lui-même. Le beauf s’assume tel qu’il est, mais il n’a pas forcément conscience d’être un beauf. Il aime les conversations de comptoir. S’il ne commentait pas le possible départ d’Alaphilippe de la Deceuninck ou la démonstration de force de Kasper Asgreen sur le Tour des Flandres, il serait en train de jouer un PMU, la clope dans le coin du bec. Aujourd’hui, le terme a pris un sens plus large, et finalement ça nous arrange parce que de cette façon, on ne sait plus trop qui il est. Eh oui, le beauf moderne n’est plus affalé dans le canapé et scotché devant la télé. Le beauf moderne est entré avec fracas dans l’ère d’internet. L’image du beauf qui s’abrutit tout seul devant la télé est dépassée, le beauf moderne utilise Facebook pour entrer en communion avec les autres beaufs. Grand amateur de photos montages et de slogans chocs, il ne vérifie rien mais partage tout. Alors, on joue au beauf et on fait des pelotons de beaufs. Ainsi est le sens de notre vie…

On se donne à fond, et on aime le faire savoir.

Un beauf qui s’assume

J’ai été, ou je suis encore, je ne sais pas trop, un beauf ! Et je ne sais pas quand je guérirai. Car maintenant que j’ai découvert que le beauf est un poète qui s’ignore, je crois que ça me va bien d’être un chien fou. Vous savez ce même mec qui prône le « On part à 25, on rentre à 25 ». Mais qui au fond de lui, se murmure : « On part à 25, au mieux on rentre à 3 »… Ce genre de prouesse cycliste qui vous fait croire que vous êtes un héros parce que vous roulez à 40 à l’heure au retour sur la Patte d’Oie d’Herblay. Mais le beauf se distingue aussi par un comportement bien plus étrange. Il faut savoir remettre une dent de mieux dans le dernier raidard avant de rentrer dans le vieux Cergy. Profiter de ce qui semble être un moment de détresse chez l’autre ou s’avoir interpréter le « il te reste une barre » pour saisir l’opportunité d’être définitivement le plus respecté du peloton. C’est ça le code d’honneur du cycliste beauf. Ce qui est paradoxal, c’est que c’est encore dans sa famille cycliste que le beauf se sent le mieux. Probablement parce que c’est là qu’il peut le mieux s’exprimer…

Allez, 4 derniers conseils pour la route :

  1. Acceptons-nous comme nous sommes. Ce n’est pas grave d’être un beauf
  2. Respectons les autres ! Nous ne sommes pas les seuls à être des beaufs
  3. Cultivons l’entraide et restons solidaires
  4. Ne jetez pas votre maillot de la Gewiss ou de la Gerolteiner. Comme tout ce qui est démodé, il y a bien un jour où ça reviendra à la mode.

=> VOIR AUSSI : Tous nos articles CQFD

Jean-François Tatard

  40 ans. Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

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