Le peloton des « sans dossard »

Par Bruno Cavelier / Texte paru dans Cyclosport Magazine n°144 actuellement en kiosque – Photos : Pxhere.com, Flickr.com

Dans cette crise sanitaire qui nous est tombé dessus il y a tout juste un an, le sport amateur est la cinquième roue du carrosse depuis le début. Bien entendu, notre sport en fait partie, particulièrement le cyclosport. Plus rien n’a été organisé depuis plusieurs mois, et même la saison de cyclo-cross a été complètement sacrifiée au grand dam des adeptes des sous-bois, dans une incompréhension totale. Car pour les habitués qui savent que les épreuves locales réunissent à tout casser une centaine de participants répartis en plusieurs courses d’une vingtaine de coureurs au départ, le tout en pleine nature, comment expliquer un danger potentiel de contamination pour peu que certains protocoles sanitaires soient respectés ? Malheureusement, les pouvoirs publics – ceux qui claironnent qu’on ne risque quasiment rien en extérieur – ne comprennent pas grand chose à notre sport… Revenons-en au cyclosport puisque la saison des labours est désormais derrière nous.

De nombreux cyclos attendent avec impatience la reprise des épreuves.

Un calendrier aléatoire

Face a cette situation sans précédent (…) il est inévitable dans la situation présente de rencontrer de nouvelles annulations d’épreuves dans le calendrier, essentiellement en début de saison… Michèle Calvi, qui est en relation avec les organisateurs pour établir le calendrier des épreuves pour Cyclosport Magazine, a été séduite par la gentillesse et la solidarité des responsables d’événements : « les organisateurs restent motivés bien que parfois désemparés face au manque d’information de la part des instances sportives. Tous ont cherché des solutions pour faire perdurer leurs épreuves, souvent en les reportant à des dates ultérieures en croisant les doigts pour que la situation sanitaire s’améliore. Très peu ont décidé d’arrêter. Bizarrement, malgré le contexte, une grosse dizaine de nouvelles cyclos devraient voir le jour cette année. Si tout va bien… »

Un problème de société

Pourtant, au-delà de la frustration individuelle de chaque passionné que nous sommes, c’est un véritable problème de société qui se pose : celui des clubs. Le milieu associatif est tombé en décrépitude. La démobilisation est générale. Il faut dire – ou plutôt répéter – que si le gouvernement a multiplié les aides pour les entreprises ou le sport professionnel, rien n’a été fait pour le sport amateur, le nôtre ; celui des associations qui ne vivent que par le bénévolat de passionnés dévoués. Dans nos clubs, si les sorties collectives et les aspects sportifs sont importants, la convivialité, les assemblées, les déplacements, le travail d’équipe autour d’une organisation d’événement, le sont tout autant. Tout ceci fait désormais référence au passé, aux souvenirs de ce que nous pourrions désormais appeler le bon vieux temps, qui date de la saison 2019 ; déjà… Cette vie sociale, demandera du temps pour être reconstruite, car ce sera long pour que les déçus d’un système fédéral défaillant retrouvent une motivation, ou pour que de nouveaux volontaires soient prêts à offrir de leur temps pour faire vivre notre sport bénévolement. Mais comme le cycliste n’est pas fait pour tourner en rond dans un rayon défini ou pour vire de confinements en déconfinements, le peloton des « sans dossard » s’organise.

Retour vers le futur

Les plus anciens d’entre nous ont connu ça : les courses de villages organisées par les comités des fêtes à l’occasion de fêtes votives ou autres. Alain Guinle, président du comité Ufolep 65, nous rafraichit la mémoire : « je me souviens de ma première course ; c’était une course « non licenciés » où nous partions tous ensemble sur un circuit autour du village. N’importe qui pouvait s’engager pour peu d’avoir un vélo et on trouvait au départ les cadors du coin – licenciés bien sûr – car il y avait des primes et des lots. À cette époque, le comité des fêtes organisait ça comme toute autre manifestation de son programme pour la fête du village : bal, concours de pêche, de pétanque et bien sûr, course cycliste…  On était loin des autorisations préfectorales. Dans les années 80, c’était comme ça dans le département des Landes. On trouvait au moins une course « non licenciés » chaque weekend, avant que la FSGT structure petit à petit ce système. »

Bien entendu, ceci est aujourd’hui impossible ; mais dans une certaine mesure seulement…

« C’est la course. On roule en peloton comme en course, mêmes efforts, même allure. On n’a pas besoin de dossard… »

La course du dimanche matin

Dans le contexte actuel, les clubs ou comités divers ont entre les mains une espèce de rubik’s cube qui leur demandera une éternité pour rendre leur couleur à chaque face ; mais pas les cyclistes. Spontanément, les pelotons s’organisent. D’ailleurs, ils avaient commencé à le faire bien avant cette crise qui ne fait que renforcer le phénomène. La notion de sortie club a aujourd’hui disparu pour laisser la place à des rendez-vous où chacun peut se rendre, avant de filer en paquet et tenter tant bien que mal de garder la roue des costauds qui traversent les villages à 40km/h de moyenne. Même mieux, il existe des circuits plus ou moins officiels qui permettent des courses sauvages. Si ceux de Longchamp ou Vincennes sont les plus connus à Paris, il en existe dans chaque grande ville comme à Marseille le circuit du Lavoir, où sont organisés de véritables « Grands Prix » le dimanche matin, annoncés comme événements sur Facebook. À Marseille, il y a aussi le peloton Obi – qui n’est pas un club mais qui propose pourtant de magnifiques tenues estampillées OBI – dont un cycliste habitué préférant garder l’anonymat nous dit : « c’est la course. On roule en peloton comme en course, mêmes efforts, même allure. On n’a pas besoin de dossard… »

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