Premier essai du nouveau Specialized Tarmac SL7

Le modèle phare de la gamme Specialized est maintenant proposé dans sa septième version. Un vélo léger, rigide, maniable, dynamique, confortable et désormais aérodynamique, au point de faire presque aussi bien que le Venge dans ce domaine. Il a été voulu comme le vélo idéal sur quasiment tous les terrains par la marque américaine. Voyons ce qu’il donne en détails et sur la route.
Par Guillaume Judas – Photos : Pauline Ballet 

Avec le nouveau Tarmac, Specialized n’a pas eu d’autre ambition que de créer le vélo le plus polyvalent et le plus rapide sur la plus grande variété de terrains possible. Au-delà d’un discours marketing bien huilé et qui peut à juste titre instaurer une certaine méfiance, c’est comme un changement d’orientation pour Specialized, qui jusque là tentait de nous convaincre qu’il fallait bien un vélo différent par type de parcours, chaque modèle étant proposé en plusieurs niveaux de gamme.

Parcours rapides, venteux et/ou avec du dénivelé ? Le Tarmac SL7 s’adapte à tous les terrains.

Une segmentation par ailleurs très claire qui s’appuyait sur trois modèles assez différents au sein de sa gamme de vélos de route en carbone. Il y avait d’abord l’iconique Tarmac (version SL6), reconnu pour sa maniabilité et son accessibilité, avec un poids léger et un côté joueur qui séduisait aussi bien les pratiquants amateurs qu’un grand champion comme Julian Alaphillipe. Puis il y a le Venge (toujours au catalogue en 2021), un vélo très étudié sur le plan aérodynamique, pour les parcours plats et rapides, et préféré par exemple par Peter Sagan pour les arrivées au sprint. Et enfin, un peu en marge, il y a le Roubaix, un vélo conçu pour les classiques pavées, et apprécié aussi par de nombreux cyclosportifs pour son confort. Avec ses solutions innovantes pour amortir les vibrations, ce dernier reste bien entendu au goût du jour. Mais avec le nouveau Tarmac SL7, c’est peut-être finalement le Venge qui pourrait être amené à ne plus trouver sa place dans le catalogue du constructeur américain.

Le Tarmac SL7 reprend une partie des lignes du Venge, avec des tubes un peu moins imposants.

Car jusqu’à présent, le choix entre le Tarmac ou le Venge représentait souvent un dilemme aussi bien pour les coureurs pros que pour les pratiquants amateurs, dès lors qu’ils visaient la performance. D’un côté un vélo vif et agile, plébiscité pour son caractère « facile », de l’autre une brute de rigidité et d’aérodynamisme, extrêmement rapide mais aussi un peu plus difficile à emmener notamment quand les forces viennent à manquer.

En partant du constat que les courses professionnelles vont visiter des parcours avec de plus en plus de dénivelé, mais qu’elles se finissent souvent avec un très faible écart entre les favoris, Specialized a voulu concevoir avec le nouveau Tarmac un vélo qui réunissait autant que possible les qualités des deux modèles précités. Pour les pros, mais aussi bien sûr pour les amateurs, qui n’auraient ainsi plus à choisir entre le champagne et le caviar, avec un vélo à l’aise sur tous les terrains.

Specialized a voulu concevoir avec le nouveau Tarmac un vélo qui réunissait autant que possible les qualités du Venge et du Tarmac SL6.

En optimisant encore les fibres de carbone utilisées, en travaillant sur la forme des tubes et sur l’intégration des câbles et gaines, la marque propose ainsi le vélo quasiment idéal sur le papier pour tous les utilisateurs et sur quasiment tous les terrains, sur le plat comme en montagne.

Dans les parties montantes, le poids léger du vélo est particulièrement appréciable.

Poids léger

Dans sa version commerciale S-Works, équipée soit du groupe Sram Red eTap AXS, soit du groupe Shimano Dura-Ace Di2, le Tarmac SL7 est annoncé à 6,7 kg sorti du carton, ce qui donne un petit 7 kg avec pédales et porte-bidons, prêt à rouler. Un poids très proche de la limite UCI (6,8 kg) comme le précédent Tarmac S-Works, mais avec un équipement fiable et éprouvé, des roues à jantes hautes, des pneus, des freins à disque, une intégration complète et des tubes dessinés pour fendre l’air, et le tout en gagnant de la rigidité. Le cadre S-Works s’affiche à lui seul à 820 g en taille 54. La déclinaison Tarmac Pro, qui connaitra sans doute un fort succès sur le marché, est annoncée avec 80 g de plus sur la balance. Notons que pour parvenir à ce poids léger, Specialized ne fait pas d’économie sur la peinture et la finition. Chacun des 11 coloris proposés bénéficie d’une superbe réalisation, avec des teintes profondes et/ou légèrement pailletées au soleil et un assemblage d’excellente facture. Même les coloris mats sont travaillés avec des reflets. C’est globalement superbe.

La finition et les coloris présentés sont superbes et à la hauteur d’un produit de ce tarif.

Pour réaliser ce nouveau cadre S-Works, Specialized s’appuie sur les fibres de carbone très haut de gamme Fact 12r (sur le Venge ce sont les Fact 11r, et sur les Tarmac Pro et Expert les Fact 10r) qui sont surtout assemblées selon le principe Rider-First Engineered, ce qui signifie que chaque taille de cadre est fabriquée indépendamment de toutes les autres avec une imbrication complexe de 500 pièces de carbone. Ceci dans le but de procurer les mêmes sensations de rigidité ou de souplesse quelle que soit la taille de l’utilisateur. Selon la marque, chaque taille de cadre est construite avec une orientation des fibres et une quantité de matériau différentes selon les zones.

Chaque taille de cadre est développée indépendamment des autres.

C’est grâce à un logiciel développé en interne que les ingénieurs de Specialized ont pu avancer sur les formes de tubes présentant le meilleur rapport entre le poids, la rigidité et l’aérodynamisme. Le Tarmac SL 7 ressemble ainsi au Venge de par ses lignes générales, mais avec des tubes toutefois légèrement moins imposants. La partie avant avec la fourche et la douille de direction en forme de sablier est en tout cas très proche.

Sur la partie avant du Tarmac SL7, plus rien ne dépasse.
Le cintre Aerofly II participe au gain aérodynamique du vélo.

Le Tarmac reprend le cintre Aerofly II du Venge, avec les gaines intégrées et la partie supérieure en forme d’aile d’avion. Les gaines et durites passent ensuite sous la potence pour intégrer la douille de direction. Un système qui offre non seulement des possibilités de réglage du cintre, mais qui permet aussi le montage d’un cintre classique, comme c’est d’ailleurs le cas sur les versions les plus accessibles du Tarmac SL7.

Le poste de pilotage reste réglable en hauteur et en inclinaison.
Il est toujours possible de monter un cintre plus classique, comme ici sur le Tarmac Expert SL7.

Le Tarmac SL7 évolue aussi en détails au niveau de la forme des tubes. Seuls les tubes diagonal et horizontal semblent très ressemblants à la version précédente. S’il conserve les même proportions et la même hauteur de rattachement au tube de selle, le triangle arrière est maintenant beaucoup plus proche du Venge, avec non seulement des bases plus imposantes, mais aussi des haubans qui ont perdu leur forme ronde. Le tube de selle « enroule » désormais une partie de la forme de la roue arrière, puis se prolonge en forme de « D », jusqu’à la tige de selle qui reprend ainsi un dessin déjà adopté par de nombreuses marques pour assurer le meilleur compromis entre pénétration dans l’air et préservation d’un certain confort.

Les bases arrière sont un peu plus imposantes que sur le SL6, et les haubans sont de forme aérodynamique.
La tige de selle est en forme de « D », le meilleur compromis pour fendre l’air tout en restant très légèrement flexible.

Specialized en profite enfin pour revenir à une boîte de pédalier filetée, avec un standard BSA en 68 mm, afin de faciliter la maintenance et éviter les bruits parfois récurrents de craquements avec les roulements en BB30. La marque abandonne par la même occasion la livraison des modèles S-Works avec son pédalier carbone maison, avec un capteur de puissance intégré. Livrés d’office avec un capteur de puissance, les deux modèles S-Works au catalogue sont désormais fournis soit avec un modèle Quarq/Sram pour le vélo en Sram Red, soit avec le capteur de puissance Specialized monté sur un pédalier Shimano Dura-Ace.

Le pédalier capteur de puissance S-Works est désormais monté sur des manivelles Shimano Dura-Ace.

Un vélo sublimé par les nouvelles roues Roval

Proposée en Sram Red eTap AXS ou en Shimano Dura-Ace Di2, la version S-Works du vélo complet à 11 499 € est aussi vendue avec les nouvelles roues Roval Rapide CLX, légères et aérodynamiques. Avec une hauteur de jante différenciée entre la roue avant et la roue arrière (51 et 60 mm), mais aussi une largeur différenciée (35 et 30 mm) afin d’optimiser la stabilité et le contrôle de la roue avant, les Rapide CLX sont également très légères, avec un poids annoncé de 1400 g pour la paire. Une réelle performance pour des roues de ce type, qui ne sont d’ailleurs compatibles uniquement qu’avec des pneus.

Les roues Rapide CLX sont à la fois légères, dynamiques, et très rapides sur le plat.
La largeur de la jante avant est un peu plus importante que celle du pneu. Celui-ci bénéficie d’une bonne assise ce qui permet de diminuer légèrement la pression tout en conservant un excellent contrôle.

Idéales pour le caractère polyvalent du vélo, ces roues peuvent aussi être remplacées par les nouvelles Roval Alpinist CLX, dans le cadre d’un montage à la carte à partir d’un kit cadre seul (4 199 € pour le S-Works, 2 999 € pour le Pro). Avec leur hauteur de jante de 33 mm, les Alpinist CLX ne sont aussi compatibles qu’avec des pneus, et pèsent 1258 g. Autant dire qu’elles font encore perdre près de 150 g au Tarmac, tout en rendant son comportement encore plus facile.

Les roues Alpinist CLX rendent le comportement du Tarmac encore plus facile.

Le reste de l’équipement est aussi à la hauteur de ce nouveaux châssis et de ces nouvelles roues, avec des pneus Specialized Turbo Cotton en 700×26, une selle S-Works Power ou encore une potence Tarmac spécialement conçue pour ce vélo.

La gamme

Proposé en deux versions de vélos complets et aussi en kit cadre, le S-Works est secondé dans la gamme par deux Tarmac Pro (carbone Fact 10r en Sram Force eTap AXS monté en mono plateau mais avec la possibilité de passer en double, et en Shimano Ultegra Di2) avec des roues Roval Rapide CL à 7 399 € et 6 999 €, puis par deux modèles Tarmac Expert en Shimano Ultegra Di2 ou mécanique, avec cadre Pro, cintre classique et roues DT R540 ou Roval C38 à 5 299 € et 4 999 €.

La gamme du Tarmac SL7 s’étend de 4 999 à 11 499 €.

Rendement et confort au rendez-vous

Le pari de Specialized est-il réussi avec ce Tarmac SL7 ? Au-delà d’une légèreté sensible avant même d’enfourcher le vélo et d’une finition à la hauteur d’un produit de ce tarif, les premiers tours de roues montrent d’emblée que la maniabilité et le toucher de route du précédent opus sont préservés. Le vélo est vif, nerveux, joueur, tout en gagnant des qualités de roulement et une inertie positive jusque là inconnues sur une machine au départ prévue pour grimper.

Sur les parties roulantes, le SL7 permet d’entretenir une vitesse de déplacement élevée.

Les roues Rapide CLX y sont bien évidemment pour beaucoup, puisqu’elles font bien plus qu’accompagner le vélo sur le plat, en semblant même le pousser comme si la grand voile était hissée dès que l’on prend le vent de trois quarts dos. Sous les rafales et avec un fort vent de trois quarts face, elles réclament un minimum d’attention pour le pilotage du vélo, mais plutôt moins que les roues concurrentes avec une hauteur de jante comparable. Et surtout, elles ne donnent pas l’impression de se montrer handicapantes dès que la route s’élève, grâce à leur poids léger associé à une rigidité parfaitement en adéquation avec le cadre.

Le vélo est très précis en descente.

Dans les parties montantes justement, le Tarmac SL7 parait un peu plus raide que son prédécesseur, plus compact et moins soft sous la pédale. Mais quelle efficacité ! On apprécie son rendement général, grâce à l’unité parfaite ressentie entre chaque partie du vélo, et sans aucune sensation de flexion. Si la boîte de pédalier paraît plus rigide que le SL6, le nouveau Tarmac conserve sa géométrie diabolique, en commençant par une partie avant très vive et très directe, particulièrement appréciable dans les parties pentues lorsqu’on s’arqueboute sur les pédales en danseuse et qu’on cherche à faire des petits zig-zags avec la roue avant.

La stabilité du vélo ne fait jamais défaut.

Dans les descentes et les virages, cette vivacité de la direction rend le vélo hyper maniable, mais sans jamais poser de problème de stabilité, grâce là encore à la géométrie bien étudiée, et à la douille de direction particulièrement renforcée. Le Tarmac SL7 met en confiance dans les descentes rapides et sinueuses et incite à attaquer le sprint sèchement. Un régal pour ceux qui recherchent la performance !

Dans les descentes rapides, le Tarmac SL7 met en confiance.

Bien que le Tarmac SL7 n’ait pas la vocation à marcher sur les plates-bandes du Roubaix, ce niveau de rendement en hausse ne se fait pas au détriment du confort. C’est d’ailleurs quelque chose de surprenant dès les premiers coups de pédale : l’absorption des vibrations est de très bon niveau, et le vélo semble évoluer sur un tapis feutré. Après une longue sortie où s’associent conditions venteuses et dénivelé élevé, le Tarmac ne se transforme pas en marteau piqueur et permet de rentrer à bon port, en diminuant simplement le rythme.

L’absorption des vibrations est de très bon niveau, et le vélo semble évoluer sur un tapis feutré.

Non seulement le cadre demeure suffisamment versatile pour conserver une bonne partie des qualités de son prédécesseur, mais il bénéficie aussi ici de la largeur des jantes et des pneus Turbo Cotton parfaitement installés au creux de celles-ci. Le pneu présente ainsi une forme parfaitement ouverte et des flancs exactement dans le prolongement des jantes (sans former de ballon) qui permet de descendre légèrement en pression tout en gardant un contrôle parfait dans les trajectoires tendues. Une caractéristique qui met également en confiance en termes de pilotage et qui rend vraiment les descentes plus sécurisantes. Pour le reste, la selle Power S-Works se montre ferme, mais on y est parfaitement calé pour peu qu’on trouve le bon réglage. Il en est de même pour le cintre Aerofly II, dont on apprécie rapidement la forme supérieure pour caler les mains dans les longues ascensions.

En montagne, les roues Alpinist CLX apportent encore plus de vivacité et de nervosité.

Si le vélo complet est vendu avec les roues Rapide CLX, une sortie avec la grimpée d’un col et toujours sous des conditions venteuses nous a aussi permis de noter la différence avec les roues Alpinist CLX. Des roues légères qui rendent le vélo encore plus maniable et toujours plus vif, bien évidemment moins sensible au vent latéral, mais sans dénaturer son caractère général. Elles restent rigides malgré leur poids et fonctionnent bien dans la lignée de la rigidité du cadre. Sur le plat, elles conservent un peu d’inertie et ne nécessitent pas de fréquentes relances. Des roues tranchantes qui auront sans doute la préférence des adeptes des longues virées en montagne.

La selle Power S-Works, si elle est bien réglée, apporte un bon calage, et de là un excellent confort même si elle reste ferme.

Au final, le Specialized Tarmac SL7 dans cette version S-Works est une franche réussite. Certes un peu plus rigide que le SL6, il gagne en polyvalence sans perdre une partie des qualités qui ont fait le succès du modèle. Une sorte de vélo idéal, pour tous les terrains, mais qui fait payer cher son niveau de technicité. Au-delà du prix, notre seul grief concerne l’absence de possibilité de choisir les développements, la longueur de manivelles ou la taille de la potence avec la commande d’un vélo complet. Il sera nécessaire la plupart du temps soit de s’arranger avec le magasin, soit de passer par un montage à la carte, une option d’ailleurs permise par l’offre de kits cadre, en version S-Works ou en version Pro.

Le Tarmac Expert SL7, à 4 999 €.
SPECIALIZED TARMAC S-WORKS SL7
Note : *****

Les + : Poids léger, polyvalence, rigidité, finition, roues
Les – : Prix de vente

Cadre : Tarmac S-Works SL7, carbone Fact 12 RFourche : Specialized Fact Carbon Disc (axe traversant)Cintre : Aerofly II CarbonPotence : Specialized Tarmac intégréeFreins : Shimano Dura-Ace R9170 hydrauliques 160/140 mmDér. Avant : Shimano Dura-Ace R9150 Di2 11 v.Dér. Arrière : Shimano Dura-Ace R9150 Di2 11 v.Leviers : Shimano Dura-Ace R9170 hydrauliques Di2Cassette : Shimano Dura-Ace 11-30Chaîne : Shimano Dura-Ace 11 vitessesPédalier : Shimano Dura-Ace 52/36 (avec capteur de puissance Specialized)Roues : Roval Rapide CLXPneus : Turbo Cotton 700×26Selle : Body Geometry S-Works PowerTige de selle : S-Works Tarmac carbonePoids : 6,7 kg en taille 54 sans pédalesNombre de tailles : 7 Prix : 11 499 €
Vélo disponible au même prix monté en Sram Red eTap AXS.

 

Contact : www.specialized.com

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Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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2 commentaires sur “Premier essai du nouveau Specialized Tarmac SL7

  1. Hello,

    pourriez-vous vérifier que le tableau de la géométrie est le bon dans l’article ? sur le site specialized le stack de la taille 54 est de 534mm

    Merci pour cet essai 🙂

    1. Bonjour,
      Effectivement, nous venons de changer le tableau.
      La légère différence que vous avez notée est due à la hauteur du capot de direction et à la nouvelle intégration.
      Merci pour votre vigilance. 🙂

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