Les sportifs : les incriminés du confinement

En cette période de confinement, les sportifs réguliers ou occasionnels que l’on voit courir dans les rues font réagir, et sont même parfois montrés du doigt et accusés d’être égoïstes et d’éventuellement participer à la propagation du virus. À tort ou à raison ? Quelles sont les raisons qui poussent les sportifs à ne pas se contenter du sport à la maison ?

Par Jean-François Tatard et la rédaction – Photos : Pixnio.com, PxHere.com, CC0 Public Domain, JFT / DR

Tous ces coureurs confirmés mais aussi provisoirement initiés qui arpentent les trottoirs sont-ils à incriminer ? Et ne parlons même pas du vélo, dont la pratique est même « interdite » par la Fédération française de cyclisme. Une décision surprenante et qui motive les contraventions données parfois par les forces de l’ordre, sous prétexte de cette « interdiction ». Une interdiction qui ne vaut pas décret de loi, rappelons-le, et qui vaut à la FFC d’être elle aussi montrée du doigt par tous les cyclistes qui ne se reconnaissent pas comme licenciés.

Un exemple ici avec la lettre ouverte de l’écrivain et adepte des longs voyages à vélo Thierry Crouzet.

Précisons en effet qu’en France, on compte environ 3,6 millions de cyclistes sportifs réguliers (au moins une fois par semaine, et sans comptabiliser le vélo utilitaire), et que 92 % de ces cyclistes pratiquent le vélo de façon autonome, sans club et sans être licenciés. La FFC ne représente que 115 000 licenciés environ.

Le vélo est avant tout une activité individuelle, comme le montrent les chiffres.

On peut retrouver plus de précisions ici : sportdenature.gouv.fr

Le mot d’ordre de la FFC ne vaut donc que recommandation, et exceptés les départements où les préfets ont pris des décisions claires dans ce sens, une sortie vélo dans un rayon d’un kilomètre de chez soi et pour une durée d’une heure maximum, comme pour les autres activités en extérieur, n’est pas interdite.

Évidemment, il reste la possibilité de rouler sur home-trainer, même si la pratique n’est pas toujours satisfaisante.

La course à pied en question

Saviez-vous qu’en temps normal, presque 1 Français sur 4 court à pied ? Oui, ça fait presque 14 millions de joggeurs ou runners plus ou moins réguliers, pendant que d’autres nagent, jouent au foot, tapent à la raquette, pédalent, soulèvent de la fonte et tout un tas d’autres activités sportives qui occupent les loisirs et alimentent un besoin de faire de l’exercice.

À cause du confinement, les piscines, les salles de sport, les terrains de sports collectifs, les stades et les cours de tennis sont fermés. Près des grandes villes, les sous-bois, les promenades, les chemins en terre battue sont aussi fermés et interdits d’accès.

En France, 34 millions de personnes de plus de 15 ans déclaraient pratiquer une activité physique ou sportive au moins une fois par semaine en 2010 (Source : crdla-sport.franceolympique.com). En période de confinement, alors que seule la pratique du running est clairement admise (avec la marche), et toujours dans un rayon d’un kilomètre autour de chez soi et dans la limite d’une heure, comment croyez-vous que la moitié des Français puissent s’entretenir un minimum, alors même qu’ils sont raillés par l’autre moitié plus habituée au régime chips-bière-Netflix qu’à une bonne hygiène de vie ? Des critiques acerbes de ces gens respectant (!) au sens strict le confinement et n’hésitant pas à accuser l’égoïsme des sportifs comme source de propagation éventuelle du virus.

Les salles de sport sont fermées en période de confinement. Raison de plus de retrouver ces sportifs et ces sportives dehors pour l’entretien de leur condition physique.

Dans cette période si particulière, il ne faut pas prendre ce problème à la légère. Ce n’est pas qu’un acte égoïste que de faire de l’exercice et d’aller courir dehors. Les experts le recommandent, car la sédentarité est l’un des principaux fléaux de notre société, à ce jour bien plus que le Covid-19. L’activité physique est recommandée par les cardiologues, et même par la plupart des médecins qui considèrent qu’il y a toujours plus d’avantages que d’inconvénients à être sportif, même à haute dose. D’ailleurs, l’OMS elle-même recommande le jogging occasionnel ou pour les plus experts, continuer à pratiquer une activité sportive même si elle exige une intensité plus importante. Sans aller jusqu’aux problèmes liés à la bigorexie, il ne faut pas nier non plus les inégalités face au confinement.

Une parenthèse qu’on ne vit pas de la même façon quand on habite dans une maison à la campagne avec 2000 m2 de terrain, ou dans une chambre de bonne de 12 m2 sous les toits à Paris, ou encore à cinq personnes dans un appartement d’une tour de 15 étages à Saint-Denis. Pour beaucoup, la sortie quotidienne d’une heure pour transpirer un peu est indispensable au maintien de la bonne santé mentale, tout simplement.

Des spécialistes et de nouvelles vocations

Visiblement la période suscite des vocations au pied levé. On a même vu sur les quais à Paris, des runners en jean et en Stan Smith tenter de trottiner. Indéniablement, on constate une augmentation soudaine de personnes qui s’essaient au running. Combien sont-ils à courir désormais ? Difficile de compter… Dans le même temps, certains champions ou athlètes avaient pris l’opportunité d’anticiper la coupure. Sans imaginer qu’elle allait durer deux mois (voire plus peut-être). Donc il y a forcément un moment où eux aussi y retournent. Bref, tous les runners experts ou apprentis restent campés sur leur position et continuent à courir, jusqu’à ce que ça tourne mal parfois, avec des insultes qui fusent, de la part de ceux qui n’en peuvent plus de rester à la maison.

L’image du runner et du sportif en général est ébranlée, et son action en tout cas incomprise !

L’image du runner et du sportif en général est ébranlée, et son action en tout cas incomprise ! Beaucoup associent ce comportement à un acte égoïste et irresponsable. Une cacophonie entretenue par les décisions de certains préfets, qui ont eu l’idée lumineuse d’interdire les activités sportives individuelles de 10 à 19 h, à Paris, mais aussi dans plusieurs autres départements, dans le but de décourager les coureurs opportunistes. Une décision qui n’a pas eu d’autres effets que de provoquer des embouteillages de coureurs le soir dans les rues, et qui a été abandonnée depuis, sauf dans la Capitale.

Courez (juste) discipliné

Il y a quelques jours nous avions proposé un article sur la bigorexie. Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes nous savons tous que nous sommes des toxicomanes du sport. Des drogués du sport d’endurance, du vélo, de la course à pied ou du triathlon. Les marchands de tabac – qui alimentent d’autres drogués dont la santé est plus menacée que celle des sportifs – ne sont pas fermés.

Avec la fameuse attestation et en restant dans un rayon d’un kilomètre autour du domicile, on évite les problèmes.

Alors, on va faire simple, on va faire ce qu’on a le droit de faire et on va juste continuer à courir mais en respectant les consignes : pas plus d’une heure dans un rayon d’un kilomètre de son domicile, en respectant le social #socialdistancing et sans oublier d’avoir emporté avec soi la fameuse attestation. On va aussi éviter de trop en faire, et se contenter d’entretien.

Et comme disait mon grand-père : « Quand tu ouvres le pot de confiture ça attire les guêpes. » Alors surtout ne faites pas les malins en synchronisant vos GPS en réseau ou en y postant vos exploits. On la joue profil bas.

=> VOIR AUSSI : Tous nos articles Mag

Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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