Cyclisme 3.0 : que valent les applications pour home-trainer ?

Plusieurs applications sur ordinateur, smartphone ou tablettes révolutionnent l’usage du home-trainer et rendent sa pratique plus efficace et plus ludique. Un vrai bol d’air frais en période de confinement, quand il est impossible de sortir rouler en extérieur. Ces applications, dont Zwift est la plus fameuse, ont leurs avantages et leurs inconvénients. Jusqu’à permettre à certains de se révéler et de se voir offrir une place parmi l’élite une fois revenus à la réalité ?

Par Guillaume Judas – Photos : Pixabay, Elite, Zwift, RGT Cycling, Bkool, 3bikes.fr, Arkea-Samsic, ASO / DR

En cette période de confinement, les applications liées à la pratique du home-trainer ont le vent en poupe. Et pour cause, puisque c’est la seule manière de continuer à pédaler. Il faut bien reconnaitre que si le home-trainer classique permet d’entretenir la condition physique, il devient rapidement rébarbatif quand vous ne disposez que de la porte du garage ou de la cave comme seul paysage. En échange d’une contribution relativement modeste (en général de 10 à 15 € par mois, avec la possibilité de vous désabonner quand vous le voulez), il existe plusieurs applications qui permettent de suivre des plans d’entrainement, de rouler sur des parcours virtuels filmés, ou même de participer à des compétitions virtuelles avec d’autres cyclistes confinés, dans le monde entier.

Certains home-trainers sont de plus en plus réalistes et simulent la difficulté du terrain.

Ces applications sont plus ou moins ludiques et répondent à différents objectifs. Chez The Sufferfest par exemple, le focus est mis sur l’amélioration des performances avec des plans d’entrainement pointus constitués de séances où vous roulez seul en suivant des sessions à différentes intensités. Chez Bkool, il existe des plans d’entrainement, mais vous pouvez aussi suivre des parcours en vidéo, inventer vos propres parcours en y plaçant les difficultés où vous voulez, ou même reproduire un itinéraire déjà réalisé en réel (avec la pente et les conditions de vent). C’est un peu le même principe chez Kinomap, ou encore chez Tacx ou chez Elite avec My-eTraining. Avec parfois quelques nuances comme la possibilité ou non d’importer directement la trace GPS d’une sortie déjà effectuée, ou la connexion plus ou moins facile des appareils.

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Rejoindre un parcours en vidéo est plus ou moins facile. On parle ici de connexion avec tous les appareils. Ensuite, le temps passé sur le home-trainer parait plus court.

Pour plus d’explications et pour savoir comment ça se passe avec avec un home-trainer connecté, voir le lien ICI, avec le test du home-trainer Elite Drivo II.

Car évidemment, il y a plusieurs types de home-trainers, du simple rouleau sans résistance à l’appareil interactif à entrainement direct hyper réaliste, en passant par le home-trainer sur trépied avec la roue arrière fixée, et dont les prix varient d’une centaine d’euros à presque 1500 (voire plus selon l’équipement complet ou non, pour une immersion totale).

RGT Cycling est le petit nouveau dans l’univers des parcours virtuels. L’application est fluide et interactive.

Parmi les applications, enfin, il y a celles qui mêlent intensité de l’effort avec un univers numérique de jeu d’arcade, comme Roovy, RGT Cycling, et bien sûr Zwift, la plus célèbre et la plus addictive compte tenu des sensations réalistes procurées, mais aussi d’un aspect communautaire fort apprécié.

Sous la forme d’un jeu, pour le meilleur et pour le pire

Conscients des différences d’équipement mais en surfant sur un côté social assez contradictoire avec le cyclisme 3.0, les développeurs de certaines applications ouvrent leur plateforme à toutes les sortes de home-trainers, pour le meilleur et pour le pire.

C’est le cas de Zwift, qui permet à tout le monde de se connecter, que ce soit avec un home-trainer tout simple et un capteur de vitesse, un capteur de puissance monté sur le vélo, ou encore avec un appareil hyper perfectionné avec capteur de puissance intégré et simulation des pentes jusqu’à 15 ou 20 %.

Les développeurs de certaines applications ouvrent leur plateforme à toutes les sortes de home-trainers.

Dès que le cycliste est relié à l’application, son avatar se retrouve au milieu de différents univers virtuels, où il peut rouler en entrainement libre et naviguer sur les différentes routes au gré de ses envies, suivre des parcours avec différents kilométrages ou dénivelés, participer à des Social Ride qui consistent en des sorties en groupe au milieu d’autres cyclistes connus ou non, et même à de nombreuses compétitions de différentes distances organisées chaque jour. Bien sûr, sur Zwift, vous pouvez aussi suivre des plans d’entrainement assez bien faits et basés sur la puissance réelle ou supposée. Car c’est là la force de l’application créée en Californie en 2014, qui est de proposer un algorithme qui déduit une puissance selon différents paramètres et selon le type de home-trainer utilisé. Pour ceux qui roulent sur un home-trainer avec un capteur de puissance intégré, ou avec un home-trainer plus simple mais relié à leur propre capteur de puissance, l’intensité de l’effort est réelle, bien que toujours un peu différente de celle de la route, comme nous l’avons déjà expliqué.

Pour les autres, c’est parfois du n’importe quoi, avec les excès que vous pouvez imaginer. Car si un simple capteur de vitesse suffit pour jouer sur Zwift, rien ne permet de comparer la résistance des différents home-trainers, le calibrage de la taille des roues ou le poids réel de l’utilisateur. Des utilisateurs trichent sans même le savoir parfois, mais certaines performances sont tellement stratosphériques qu’elles devraient tout de même interroger les premiers concernés. Et même entre les home-trainers connectés avec un capteur de puissance, de nombreux débats existent sur la précision, l’optimisme ou le pessimisme supposés de certains modèles. De plus, avec certains appareils, il est possible de modifier le pourcentage de difficulté.

Le pourcentage de difficulté de l’appareil agit comme un changement de plage de développement. Cela permet de passer plus facilement – mais pas plus vite – certaines difficultés dans le jeu.

Des performances loin de la réalité

Dans ces conditions, difficile d’accorder du crédit à certaines performances, que ce soit sur les records de segments ou pendant certaines compétitions. Dommage, car la formule de Zwift est bonne. Les entrainements libres passent plus vite, les sensations sont bien retranscrites, même lorsque le drafting est simulé (ce qui permet d’économiser des watts ou de rouler plus vite qu’en solo). Sur une séance avec du dénivelé comme sur la montée de l’Alpe du Zwift, avec plus de 1000 m d’élévation simulée, les temps et les watts sont cohérents, à la condition de disposer d’un appareil correct ou d’un capteur de puissance, comme Warren Barguil qui a grimpé la difficulté en 38 minutes lors d’une compétition virtuelle le 29 mars, à une puissance comparable à celle qu’il déploie pendant le Tour de France. Sauf que ce jour-là, un Zwifter inconnu lui colle trois minutes ! Cherchez l’erreur.

L’Alpe du Zwift reprend assez fidèlement le niveau de difficulté de la montée de l’Alpe d’Huez In Real Life. Mais à la condition de rouler avec le bon équipement.

Le même jour, sur une autre compétition virtuelle, Bryan Coquard ne prenait que la 24e place, alors que Lilian Calmejane abandonnait en cours de route, jugeant la compétition « trop difficile » et mettant en doute la probité de certains de ses adversaires du jour. Acquiescement de ceux qui ne supportent pas la remise en cause des valeurs établies, et moqueries voire courroux de certains champions de Zwift, les mêmes sans doute qui ont bien conscience de s’arranger parfois avec la réalité : les réactions sur les réseaux ne se sont pas faites attendre.

Sur le ton de l’humour, l’ancien pro Romain Feillu mettait en ligne une vidéo où il démontrait qu’il est très facile de tricher sur Zwift, n’en déplaise aux aficionados de l’application, qui finissent parfois par être déconnectés de la réalité et d’oublier que le vrai vélo, c’est IRL (In Real Life comme on dit) qu’il se pratique.

« Il y a des mecs qui gèrent très bien et qui méritent leurs résultats, même ceux qui finissent devant les pros, explique-t-il dans les colonnes du Populaire du Centre. Par contre, il y en a d’autres qui peuvent tricher. Mon idée était donc de montrer qu’il n’y a pas de moyens de contrôle et que les outils ne sont pas forcément très fiables et qu’on peut envoyer beaucoup de watts… sans être sur un vélo ! Je voulais montrer qu’on pouvait se connecter avec n’importe quoi mais aussi dédramatiser les débats où beaucoup, notamment des cyclistes pros, se plaignent des tricheurs. C’est d’autant plus important qu’on parle de mettre en place des compétitions officielles sur home-trainer. Forcément, avec l’enjeu, il y aura des gens qui seront tentés de tricher. J’ai réalisé ça au second degré. »

Le Creusois d’adoption tempère ses propos en précisant que les compétitions sur Zwift réclament une tactique et une gestion de l’effort particulières, comme il a pu l’écrire à Romain Campistrous, l’un des meilleurs coureurs Elite 2 français, et très fort sur l’application, sur les réseaux sociaux : « J‘ai testé Zwift et j’ai bien compris qu’il y avait une technique à avoir, pas seulement bourriner mais combler un écart vite pour rester ou se mettre à l’abri, ne pas pédaler dans une descente rapide en groupe pour que ton avatar se mette en position aérodynamique. (…) Il est certain que ceux qui comme toi roulent là dessus toute l’année, vous avez une technique et une tactique bien rodées. Ce que je voulais montrer c’est que, comme partout, il y a des tricheurs. Bien entendu j’ai caricaturé le truc à fond, cette fois j’étais dans la peau du tricheur… Mais bravo à tous ceux qui utilisent bien l’outil Zwift. »

Fake ou réalité ? Le meilleur temps sur l’Alpe du Zwift est affiché à 26 km/h de moyenne.

Il existe bien un garde-fou pour tempérer les résultats des compétitions virtuelles sur Zwift, avec le site Zwiftpower.com, qui répertorie les classements, les catégories de coureurs, pratique des déclassements si certaines conditions ne sont pas remplies (cardiofréquencemètre, home-trainer ou capteur de puissance reconnu, etc.), mais il reste totalement indépendant de Zwift. C’est-à-dire que non seulement les tricheurs plus ou moins volontaires continuent de perturber les courses sur Zwift, mais que les classements de segment ne sont pas vérifiés ni mis à jour. Ainsi, le meilleur temps sur l’Alpe du Zwift est affiché à 26 km/h de moyenne. Des excès qui ne sont pas très graves dans le fond, et ne changent pas grand-chose à la qualité de l’application pour les entrainements libres ou calibrés, mais qui finissent tout de même par donner une mauvaise image du jeu.

Une opportunité rare

L’équipe Arkéa-Samsic offre l’opportunité exceptionnelle à n’importe quel cycliste, Français ou étranger d’être recruté sur les bases de sa valeur athlétique.

Reste que ce cyclisme connecté n’a pas seulement la vertu de nous occuper pendant cette période – difficile – du confinement. Il peut, pourquoi pas, révéler des vrais champions. C’est en tout cas la question que se pose l’encadrement de l’équipe Arkéa-Samsic, et notamment Kevin Yven, l’analyste de la performance. « J’ai développé un algorithme pour analyser les performances et mettre en valeur des profils atypiques, dont nous pourrions avoir besoin au sein de l’équipe, et pour détecter des athlètes qui auraient pu passer entre les mailles du filet de la détection traditionnelle, commence-t-il. Les entraineurs et les directeurs sportifs ont une idée des profils qu’ils recherchent, en fonction de certains critères. Cela commence par une analyse des moyens physiques, et donc de la production de watts. » Pour ce faire, l’équipe lance pendant tout ce mois d’avril un processus de recrutement inédit, basé sur les valeurs de puissance. « Le candidat doit ouvrir un compte sur l’application Training Peaks, qui est la plateforme d’analyse de l’entrainement et des performances à l’entrainement et en course la plus fiable actuellement, reprend Kevin Yven. Il doit synchroniser ses entrainements, sur la base d’un capteur de puissance fiable, et nous ouvrir son profil avec toutes ses données. C’est à partir de là que nous ferons une première sélection. Par contre, le cycliste doit être majeur. »

Puis viendront évidemment une analyse des résultats des premiers sélectionnés en course, de leur technique, mais aussi de leur côté humain, ce qui permettra de démasquer ceux qui auront pu avoir l’idée de falsifier leurs données. Le plus important à retenir est que l’équipe Arkea-Samsic cherche à s’intéresser à des athlètes qui ont des parcours particuliers, qui n’ont pas forcément pu bénéficier des bonnes structures pour gravir les échelons et qui disposent d’un potentiel inexploité. Les cyclosportifs ou les cyclistes qui roulent en dehors de toute fédération ont même leur chance. « Nous ne savons pas exactement à quel horizon compte tenu de la situation actuelle, mais le but est de suivre ensuite les athlètes sélectionnés au sein de notre structure Arkéa-Samsic-Developpement, de leur proposer une place de stagiaire, et pourquoi pas une place chez les pros, conclut Kevin Yven. »

Rejoindre Nairo Quintana ? C’est possible si vous en avez les qualités. ©A.S.O. / Fabien Boukla

C’est en tout cas une excellente opportunité pour les cyclistes connectés de prouver leur valeur puisqu’ils ont ici autant de chance que les autres d’être repérés, et de démontrer ainsi que les applications pour home-trainer peuvent avoir bien d’autres avantages qu’un simple côté ludique.

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Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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2 commentaires sur “Cyclisme 3.0 : que valent les applications pour home-trainer ?

  1. Merci Guillaume pour ce beau tour d’horizon du paysage cycliste virtuel.
    Attention cependant à la confusion que peut générer la légende de la photo représentant le réglage de difficulté du home trainer et le début du paragraphe suivant où l’on pourrait interpréter que ce réglage de difficulté puisse “édulcorer” le pourcentage de la pente et par conséquent “fausser” le résultat.
    Comme le dit la légende, ce réglage de difficulté agit comme un changement virtuel de développement. Mais si l’on passe à 75% de difficulté par exemple, sur un même pignon, on aura l’impression que la pente est moins raide, mais la vitesse (a cadence de pédalage identique) sera elle aussi réduite. Donc à priori, pas d’avantage ou de désavantage en matière de performance.

    1. Oui c’est ce qui est précisé dans la légende. Cela ne change rien sur le fond, c’est-à-dire qu’en fonction de nos appareils respectifs, nous ne vivons pas forcément la même expérience.

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