Auriez-vous pu être pro ?

Au-delà de l’aspect tactique à vélo, votre niveau est dépendant de votre puissance rapportée à votre poids, et de la durée de l’effort. Avec un entrainement bien cadré, vous pouvez améliorer votre condition physique et gagner des watts. Jusqu’à vous demander si votre potentiel vous permet, ou vous aurait permis, de devenir un bon coureur, voire d’être professionnel. Pour le savoir, il faut s’en donner enfin les moyens en s’entrainant avec sérieux.

Par Guillaume Judas – Photos : équipe cycliste AG2R La Mondiale / Flickr.com / Pixabay.com

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On ne refait pas l’histoire. Il est souvent trop tard à la quarantaine ou à la cinquantaine pour vivre avec des regrets. Certains commencent le vélo avec assiduité dans la deuxième partie de leur vie, prennent du plaisir et obtiennent même quelques résultats en compétition dans leur catégorie d’âge. D’autres mettent le pied à l’étrier par l’intermédiaire de pratiques différentes de la compétition traditionnelle, comme le cyclotourisme, le cyclosport, le VTT, le vélotaf voire en se révélant sur les courses virtuelles comme sur Zwift.

Les compétitions virtuelles sur Zwift sont à la mode. Certains se révèlent grâce à ce biais.

Il n’y a plus de chemin tracé d’avance et surtout de catégories bien définies de pratiquants. C’est une richesse, mais cela peut aussi entretenir les frustrations en se berçant d’illusions, parce que votre entourage ou les réseaux sociaux vous laissent penser que vous êtes hors-norme. Vous pouvez vous imaginer devenir un bon, gravir les échelons de la compétition, gagner de grandes courses et passer à la télé. Rêver, c’est même plutôt sain, et cela peut vous inciter à vous surpasser. La réalité est pourtant parfois plus difficile à accepter.

Les compétitions Master ont du succès et permettent à des coureurs dont l’âge est avancé de se confronter et d’aller glaner des titres.

Êtes-vous un bon ?

Plusieurs éléments se combinent pour former un champion : talent, travail, courage, entourage, stratégie, choix de carrière… Rien n’est jamais simple ou facile pour un athlète qui a des résultats. Vous n’êtes pas tous égaux face à l’effort, que ce soit en termes de qualités physiques ou d’abnégation face à l’ampleur de la tâche qui attend un aspirant à la gloire sportive. Beaucoup, la plupart en réalité, sont incapables de la rigueur nécessaire au quotidien et à long terme pour gravir tous les échelons de la réussite. Est-ce votre cas ? Ou au contraire êtes-vous prêt à vous donner entièrement dans la poursuite de cet objectif ? Il faut en avoir conscience, et en prendre son parti. En soi, reculer n’a rien de grave, tant que vous vivez en suivant vos aspirations.

La plupart des sportifs sont incapables de la rigueur nécessaire au quotidien et à long terme pour gravir tous les échelons de la réussite.

Quant au talent, il se mesure difficilement, mais il s’exprime par une impression, un style, une génétique favorable, des qualités de récupération et des facultés d’adaptation. Mais globalement, ce qu’on appelle le talent réclame beaucoup moins de mérite que le travail nécessaire pour le mettre en application. Il n’y a pas de grande victoire sans talent mais surtout sans travail. Si vous en êtes à vous demander quel coureur vous auriez fait avec des si, c’est que vous n’avez pas saisi votre chance quand c’était le moment.

On peut prendre du plaisir en roulant quelle que soit la pratique.

Pour les qualités physiques, sans doute déjà largement altérées à partir de 40 ans, il n’y a qu’en vous donnant la peine de les explorer que vous pourrez avoir une petite idée de ce que vous auriez donné vingt ans plus tôt. Si vous vous entrainez dur et que vous progressez encore à un âge avancé, vous n’avez sûrement pas atteint les limites de votre potentiel.

De cyclosportif à professionnel

Il y a un monde entre le cyclosport et les pros.

Au fil de ses presque 40 ans d’existence, le cyclosport est devenu une discipline à part entière du cyclisme, avec son fonctionnement, son organisation, ses codes et ses spécialistes. Sur les épreuves renommées – en montagne particulièrement – on trouve de très bons athlètes, excellents grimpeurs, et avec des qualités physiques spécifiques comme le montre leur profil de puissance. Ce sont des coureurs très endurants avec des valeurs à FTP en watts par kilo qui sont élevées, parfois proches de celles de certains coureurs professionnels. Doit-on en déduire pour autant qu’ils feraient de bons grimpeurs chez les pros ? C’est peu probable, car le panel de compétences à acquérir pour gravir les échelons de la compétition est bien plus élevé qu’une augmentation de la valeur de la FTP.

Des valeurs de FTP pour référence :

Entre 5,7 et 6,4 W/kg : professionnel de très haut niveau
Entre 4,7 et 5,3 W/kg : amateur de très bon niveau
Entre 3,5 et 4,1 W/kg : amateur moyen
Entre 2,4 et 3,1 W/kg : cycliste occasionnel

Comme vous pouvez le constater si vous avez déjà couru, vous ne lâchez personne de la roue si vous roulez régulièrement à 45 km/h de moyenne sur le plat. Et même en côte, vous trouvez toujours des adversaires pour vous tenir tête tant que vous maintenez une allure régulière. Au-delà des qualités physiques particulières qui classent un rouleur, un grimpeur ou un sprinteur, un coureur d’un certain niveau est déjà capable de tout faire.

Chez les pros, il faut avoir un niveau élevé d’endurance, mais aussi être capable de rouler très vite sur quelques minutes.

Chez les pros, il faut avoir un niveau élevé d’endurance, mais aussi être capable de rouler très vite sur quelques minutes, et de se mettre carrément dans le rouge sur quelques dizaines de secondes pour subir ou imposer une accélération décisive à n’importe quel moment de la course. Ce sont des qualités innées, mais aussi acquises patiemment après plusieurs années de compétition en franchissant les échelons de la compétition les uns après les autres. À quelques très rares exceptions près, il est extrêmement difficile d’acquérir d’autres compétences élevées tout en conservant celles qui vous caractérisent.

Qu’est-ce que la PMA

La PMA est la puissance atteinte à VO2 Max, c’est-à-dire au maximum de la capacité aérobie du cycliste, quand la consommation d’oxygène atteint son maximum et se stabilise. La PMA est l’équivalent de la VMA chez le coureur à pied. Mais au lieu de l’exprimer en vitesse comme en course à pied, on l’exprime en puissance (watts), ou mieux, en watts par kilo. La PMA peut être maintenue environ 5 minutes chez un sportif entrainé.

Valeurs de PMA pour référence :

Entre 7 et 7,6 W/kg : professionnel de très haut niveau
Entre 5,6 et 6,4 W/kg : amateur de très bon niveau
Entre 4,3 et 5 W/kg : amateur moyen
Entre 3 et 3,7 W/kg : cycliste occasionnel

Toucher ses limites et en avoir conscience permet de se réaliser pleinement, et sans frustrations.

Garder la raison

La notion de puissance, quand elle est mesurée directement ou indirectement, vous aide à vous situer et à mesurer le chemin qu’il vous reste à accomplir pour atteindre vos objectifs. Vous ne pouvez pas tricher avec la puissance et simplement compenser par votre hargne ou votre volonté de bien faire. Elle est directement dépendante de vos qualités physiques et de votre niveau de condition. Mais sa mesure a aussi d’autres avantages. Car elle permet, sur la base de votre profil de puissance, de travailler exactement dans les zones requises pour le développement de certaines qualités.

Valeurs de puissance sur 5 secondes pour référence :

Entre 22 et 24 W/kg : professionnel de très haut niveau
Entre 18,6 et 20,8 W/kg : amateur de très bon niveau
Entre 15 et 17 W/kg : amateur moyen
Entre 12 et 14 W/kg : cycliste occasionnel

Si vous souhaitez grimper des cols au mieux cet été, vous viserez une amélioration de votre puissance sur une heure, qui est une très bonne indication de votre niveau d’endurance. Si vous visez les KOM locaux, alors vous travaillerez plus spécifiquement votre PMA. Et si vous souhaitez défier les copains sur les sprints aux pancartes, vous travaillerez plus spécifiquement les sprints courts pour améliorer votre explosivité. Toute la complexité de l’entrainement et la révélation de votre talent consisteront à combiner les exercices pour progresser dans tous les domaines sans accumuler trop de fatigue et en conservant l’envie. Pas si simple. Mais toucher ses limites et en avoir conscience permet de se réaliser pleinement, et sans frustrations.

Les qualités nécessaires pour devenir coureur cycliste professionnel

Un coureur apte à passer chez les professionnels c’est :

  • Un talent naturel pour un sport d’endurance (VO2 Max au-dessus de 75 ml/kg/min au minimum)
  • Des qualités naturelles gestuelles et techniques
  • Une excellente endurance
  • Un excellent gainage du haut du corps
  • De la force dans les reins, les fessiers
  • La capacité à rouler très vite pendant quelques minutes
  • D’excellentes capacités de récupération
  • Une entrainabilité élevée (une bonne réponse aux sollicitations de l’entrainement, et des progrès associés)
  • Être capable de frotter dans un peloton, de descendre très vite et sans craintes
  • Une abnégation au quotidien pour conserver une bonne hygiène de vie
  • Une excellente santé (rarement malade, capable de supporter diverses conditions climatiques-
  • De très bonnes capacités d’adaptation (aux voyages, aux changements climatiques, à la langue, à la literie des hôtels, aux changements de programme, etc.)
  • Des capacités à la vie en communauté (en équipe)

=> VOIR AUSSI : Tous nos articles Coaching

Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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3 commentaires sur “Auriez-vous pu être pro ?

  1. j’ai été deux ans en première catégorie ffc années1970 71 disputant , toutes les classiques parisiennes je marchais pas mal,pour la troisième année il fallait faire le métier laisser son travail j’ai discuté avec un ancien pro il m’a conseillé de faire du velo pour le plaisir et de garder mon travail. car il m’a expliqué tout ce qui se passe chez les pros et les amateurs c’est répugnant. directeur sportif soigneur et journaliste tous à mettre dans le même sac.j’ai gardé mon travail et je suis en bonne santé grâce au vélo.

    1. Dans les années 70, rares étaient les coureurs professionnels qui gagnaient bien leur vie.
      Beaucoup de choses ont changé depuis, aussi bien au niveau des mentalités que de la possibilité de faire carrière en restant un coureur sain.

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