Générique ou contrefaçon : l’économie que nous méritons

Pour trouver du matériel ou de l’équipement moins cher, nous pouvons tirer profit de la concurrence que se livrent marques, fournisseurs et fabricants, notamment en fouillant sur Internet. Mais il faut se méfier des recettes miracles, comme l’achat de produits « génériques », ou pire de contrefaçon. Elles sont à double tranchant.

Texte : Guillaume Judas – photos : pixabay.com, flickr.com, pixnio.com

Internet est une source inépuisable de renseignements, de recherches, et d’accès à des boutiques du bout du monde.

Entre achat direct chez un fournisseur asiatique de matériel de grande série et recèle de contrefaçon, la frontière est parfois très mince, que l’on agisse en toute connaissance de cause ou non.

D’abord un constat : ce qu’on nomme la mondialisation a modifié notre façon de voyager, d’échanger et de consommer. Pour le meilleur et pour le pire. Une ouverture et une concurrence féroces qui ont leurs aspects pervers et malheureusement inévitables, comme la délocalisation de millions d’emplois du secteur industriel par exemple, vers des pays au faible coût de main d’œuvre. Plus de boulot pour des états en voie de développement d’un côté, une adaptation nécessaire pour les habitants des pays dits riches de l’autre côté.

Le consommateur occidental se sent donc floué deux fois, puisque son pouvoir d’achat semble stagner voire régresser, pour des produits qui sont produits à bas coûts à l’autre bout du monde, avec des inégalités qui se creusent inexorablement entre ceux qui sont esclaves du système et ceux qui en tirent de gros bénéfices.

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La contrefaçon touche tous les domaines de l’équipement sportif.

Des frustrations accumulées

L’équipement de notre sport favori n’échappe pas à la règle. En moins de 20 ans, la fabrication des cadres de vélos a quitté l’Europe pour s’installer massivement en Asie. À Taïwan – où le niveau de vie est sensiblement égal au nôtre, mais où le savoir-faire en matière de carbone est mondialement reconnu – puis en Chine, ou encore dans d’autres pays du Sud-Est asiatique. Les grandes marques de textile délocalisent quant à elles dans les pays de l’ex-bloc de l’Est, où l’on retrouve un savoir-faire et une main d’œuvre corvéable pour deux ou trois fois moins cher qu’en Europe occidentale.

La tendance ne fait que suivre celle de l’industrie en général et elle a pour but pour des sociétés à capitaux internationaux de rester concurrentielles. Mais la frénésie d’équipement des consommateurs et leurs légitimes frustrations face aux sollicitations auxquelles ils sont soumis en même temps que la baisse de leur pouvoir d’achat ne font qu’entretenir un phénomène qui a pour conséquence de tirer l’ensemble de notre économie vers le bas.

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On peut désormais comparer les prix et les produits en quelques clics.

Les usines du monde sont désormais en Chine et le libre échange a été voulu par ceux qui nous gouvernent. La tentation est grande de se fournir directement à la source. Pourtant c’est là que le consommateur qui se veut malin s’embrouille, et devient lui-même en partie responsable de la dégénérescence de notre économie.

La frénésie d’équipement des consommateurs et leurs légitimes frustrations face aux sollicitations auxquelles ils sont soumis en même temps que la baisse de leur pouvoir d’achat ne font qu’entretenir un phénomène qui a pour conséquence de tirer l’ensemble de notre économie vers le bas.

Contrefaçon, générique, authentique : les différences

Le raccourci est facile : tout ce qui vient de Chine se ressemble, tout vient forcément des mêmes usines. C’est faux. En réalité, on trouve du très bon en Chine, mais aussi du très mauvais. De l’original conçu dans des usines High Tech contrôlées par des marques de pointe chinoises, européennes ou américaines, et de la contrefaçon. 80 % des produits contrefaits viennent d’Asie, dont les deux-tiers de Chine, le reste provenant de Turquie, du Maroc, d’Egypte et même d’Inde. Marché juteux, la contrefaçon est aux mains de réseaux organisés, proches des trafiquants de drogue, d’armes et des réseaux terroristes, dont elle constitue une manne financière importante. Premier producteur mondial de produits contrefaits, la Chine souffre aussi du phénomène, puisque ses entreprises les plus innovantes sont elles aussi victimes de la contrefaçon. Loin derrière cependant les marques américaines (20 % des contrefaçons), italiennes (15 %), françaises (12 %), ou suisses. Depuis le 1er janvier 2019, une loi chinoise impose aux plateformes de vente en ligne comme Alibaba ou Wish (qui ne se contentent officiellement que de mettre en relation des milliers de vendeurs avec les consommateurs) d’expurger leurs offres des produits litigieux. Pékin souhaite ainsi montrer sa bonne volonté face aux sanctions économiques américaines en améliorant sa protection de la propriété intellectuelle.

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La Chine est devenue l’usine du monde. Et on y trouve tous les niveaux de qualité, ainsi que de traitement de la main d’oeuvre.

À l’opposé, un produit de grande marque comme dans le vélo répercute sur le consommateur un certain nombre de coûts : l’étude du projet (les ingénieurs et la recherche et développement), les moules spécifiques, la matière première, une main d’œuvre qualifiée, la finition, le transport, la TVA, le stock, le SAV, la communication et le marketing et la marge des différents intermédiaires, ce qui multiplie le prix réel en sortie d’usine par trois ou quatre (dans le cas d’un cadre carbone par exemple). Avec tous les emplois associés, dont la plupart directement dans le pays de distribution. Les entreprises qui gravitent autour du vélo sont plutôt des PME, peu différentes de celles qui forment le cœur de notre tissu économique. En bout de chaine, le vélociste assure un service, stocke les vélos et doit en même temps gagner sa vie et payer des charges fixes tout en cotisant pour notre système de protection sociale.

En Chine, on trouve aussi de bons fabricants qui produisent à coûts réduits de la grande série issue d’une technologie qui a déjà fait ses preuves, et qu’il est possible de se procurer directement à la source.

En Chine, on trouve aussi de bons fabricants qui produisent à coûts réduits de la grande série issue d’une technologie qui a déjà fait ses preuves, et qu’il est possible de se procurer directement à la source, en s’acquittant toutefois en plus des frais de douane et de TVA. Dans le vélo, on appelle cela des produits « génériques ». Ce sont des accessoires sérieux mais qui sont loin d’être originaux, vendus sans marque ou avec une marque exotique. Ils se distinguent de la contrefaçon par leur absence de volonté de tromper le consommateur. Ces fabricants disposent la plupart du temps d’un catalogue dans lequel vont piocher certaines petites marques françaises ou européennes pour proposer ce même matériel sur notre marché. C’est un peu plus cher qu’en se fournissant à l’usine, mais la marque s’occupe de la commande, paie le transport et les frais de douane, et assure une garantie légale sur notre territoire tout en vous permettant d’avoir un interlocuteur direct et avec lequel il est facile de communiquer. En achetant des produits génériques, vous n’êtes pas hors-la-loi, vous utilisez simplement le système à votre avantage. En revanche, vous n’oeuvrez pas pour le maintien de notre système économique, ni peut-être celui de votre emploi à moyen terme.

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Certains de nos choix de consommation ont des conséquences directes et indirectes sur notre propre vie.

Les répercutions de la contrefaçon

Selon le Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, la contrefaçon représente 10% du commerce mondial. En France, on estime à 6 milliards d’euros la perte de revenus qui y est liée, avec une disparition de près de 30 000 emplois par an. Les pertes de chiffre d’affaire occasionnent des pertes fiscales pour l’État. Bien sûr, les emplois perdus en France se retrouvent dans les pays qui produisent de la contrefaçon, mais avec des travailleurs illégaux qui ne bénéficient d’aucune protection sociale en plus d’être sous-payés. Enfin, les normes imposées aux grandes entreprises en matière d’environnement ne sont pas respectées par les contrefacteurs, avec des matières polluantes non recyclables.

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Faut-il consommer plus ou consommer mieux?

Quand un acheteur décide de se procurer une contrefaçon, il ne court-circuite pas seulement tout un réseau de distribution. Il pactise avec des brigands dont le seul but est de gagner de l’argent sur le dos d’entreprises reconnues avec une forte réputation de qualité, et sans aucune garantie de sécurité, puisque même les logos de certification de conformité sont copiés, les tests n’étant pas effectués. Il devient hors-la-loi, encore plus s’il décide de revendre un matériel dont il sera forcément déçu, celui-ci n’ayant rien à voir avec l’original. Car en termes de qualité, comme le montre la vidéo ci-dessous, inutile d’attendre des miracles.

Victime d’une mode qu’il ne peut pas suivre, il préfère un logo copié à un équipement adapté à ses moyens et de qualité. Car nombreuses sont les enseignes (les grandes surfaces de sport par exemple) à proposer un équipement certifié, accessible, tout en respectant les lois. Ceux qui pensent faire une bonne affaire en achetant un cadre de grande marque en Chine huit ou dix fois moins cher que le modèle vendu (et traçable) en France sont totalement stupides, en dépit de toutes les justifications qu’ils peuvent inventer. Ou profondément égoïstes s’ils se procurent une contrefaçon consciemment, à défaut d’être de vrais malhonnêtes. Ils scient sans le savoir la branche sur laquelle ils sont assis, en entretenant les inégalités qu’ils prétendent combattre en tirant vers le bas l’équilibre de notre économie. Celle que nous méritons par l’ensemble de nos actions.

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Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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