Cyclisme, triathlon : faut-il s’inquiéter pour sa prostate ?

Organe de virilité, de jeunesse et de plaisir, la prostate est l’objet de nombreuses inquiétudes chez le cycliste et le triathlète. Les longues heures d’entraînement, les chocs de la route et les frottements de la selle sont-ils dangereux pour cet organe de fertilité grand comme… une noix ?

Par Pierre-Maxime BRANCHE. Photos : Cyril Sar et flickr.com

Vous avez dit « prostate » ? De la taille d’une noix, la prostate produit le liquide constituant le sperme. Elle est située sous la vessie, en avant du rectum, et est traversée par le canal de l’urètre, qui évacue l’urine pendant la miction et transporte le sperme pendant l’éjaculation. Rassurez-vous, il n’y a pas lieu de trop vous inquiéter. Dans cette zone, les problèmes liés à la pratique du cyclisme concernent rarement la prostate. Il s’agit plutôt de soucis d’ordre mécanique du périnée, de lésions, d’irritations, de furoncles ou du syndrome du troisième testicule. Il y a aussi la compression du nerf pudendal qui irrigue la verge et qui entraîne des engourdissements et possiblement des troubles de l’érection sur des durées plus ou moins longues.

Les troubles sont soumis à diverses variables comme l’âge, le poids, la durée de pratique en continu accumulée et la fréquence de l’exercice physique

De même, selon une étude pour les selles italienne SMP, spécialistes de la protection du périnée avec leurs produits évidés, il ressort que les problèmes et pathologies les plus récurrents liés à l’assise sont d’une part des fourmillements de la zone périnéale, liés à la diminution de l’irrigation sanguine du fait de la compression prolongée des canaux circulatoires locaux, et d’autre part une douleur périnéale chronique voire une dysfonction érectile conséquente. Ces troubles sont soumis à diverses variables comme l’âge (souvent au-delà de 50 ans), le poids, la durée de pratique en continu accumulée (au moins 10 ans) et la fréquence de l’exercice physique (plus de 3 heures par semaine). Est-ce pour autant que la prostate passe au travers des mailles ?

De possibles congestions

Pas tout à fait… car le cycliste peut être victime de certaines congestions de la prostate. Des prostatites, comme il faut les appeler, sont régulièrement constatées lorsque le périnée a longtemps frotté contre une selle dure ou après de nombreux kilomètres effectués en bec de selle. Ce sont des problèmes infectieux sous la forme de difficultés à uriner, de délai d’attente du jet urinaire ou encore lorsque celui-ci se coupe en deux. Si ces difficultés vous arrivent, la prise d’un suppositoire anti-inflammatoire le soir pendant quelques jours suffit à tout remettre en ordre. Néanmoins, beaucoup d’hommes, autour de la cinquantaine, rencontrent ces problèmes. S’ils se répètent, mieux vaut aller consulter.

La pratique du vélo ne cause ni le cancer de la prostate ni son hypertrophie. Au contraire, l’activité physique soutenue permet de limiter l’apparition et la progression de cette maladie

Cependant, le vélo n’est qu’un révélateur, la cause de ces souffrances pouvant être ailleurs. Il faut chercher au-delà de la pratique du cyclisme, d’autant que même si des traumatismes sont possibles, la pratique du vélo ne cause ni le cancer de la prostate ni son hypertrophie. Au contraire, l’activité physique soutenue permet de limiter l’apparition et la progression de cette maladie.

Vérifiez votre position

Face aux risques que comportent les frottements, contraintes et traumatismes de l’assise, le cycliste n’est heureusement pas sans armes ! Dans tous les cas, vérifiez votre position sur le vélo, notamment la hauteur de selle et l’allongement des bras, soit la distance selle cintre qui engendre une bascule plus ou moins importante du bassin vers l’avant. Plus le bassin se penche, plus les points de compression du périnée et donc de la prostate sont forts. Très souvent les cyclistes changent de selle pour des raisons d’inconfort alors que dans la plupart des cas ce sont surtout des problèmes de réglages, de hauteur et recul de selle, d’inclinaison et d’engagement des cales, qui sont en cause. Vérifiez par exemple que votre bec de selle n’est pas trop relevé : une selle trop orientée vers le ciel occasionne une compression neurologique, donc de l’inconfort et des douleurs.

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Un massage avec une crème neutre procurera un soulagement ponctuel, mais l’irritation du tissu sous-cutané risque fort de perdurer. À terme, une opération chirurgicale peut être nécessaire, avec repos prolongé de quatre à six semaines, sachant que cette opération n’empêchera pas une éventuelle récidive.

Selle évidée, la solution ?

Pour réduire les contraintes et stabiliser le confort du périnée, les marques de selles disposent toutes de produits évidés. Sur le principe, tout paraît simple et logique : la selle dispose soit d’un canal central de confort (partie rabaissée de quelques millimètres) soit d’un centre complètement évidé, à l’instar des selles SMP. De cette manière, ce canal permet une aération des parties intimes en contact avec la selle. Les viscères pelviennes subissent moins voire aucun écrasement et par voie de conséquence, la circulation sanguine garde un flux naturel, complet et continu. Est-ce pour autant la solution idéale ? Pas forcément car quand les selles sont évidées, les pressions se reportent simplement sur les côtés. Certes, une partie de l’assise est soulagée, mais cela ne fait qu’augmenter la pression ailleurs, sur le reste de l’appui, ce qui peut précipiter les échauffements. Elles sont par contre très conseillées pour les femmes qui sont encore plus sensibles que les hommes, et encore, si le choix en termes de densité et de largeur est optimal. De même, ne sacrifiez pas au phénomène de mode et à la course vers la légèreté. Les modèles les plus confortables sont les plus larges car les problèmes liés à la selle sont latéralisés. Malheureusement, le temps est souvent au sacrifice du confort pour le rendement. On ne resterait pas assis des heures et des heures sur une chaise inconfortable. Alors pourquoi le ferait-on sur un vélo ?

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Pierre-Maxime Branche

Pierre-Maxime Branche

- 36 ans. - Journaliste professionnel depuis 2004 en presse sport spécialisée et information générale. - Pratiques sportives actuelles : triathlon & fitness. - Instagram : pierre_maxime_branche - Strava : La Fusée Parisienne

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