Rencontre avec Colin Arros : Bretagne, vintage et short à fleurs

Colin Arros fait partie des athlètes amateurs les plus atypiques du circuit français. Reconnaissable entre mille grâce à son short à fleurs et son vélo à la déco détonnante, le Breton reste fidèle à ses valeurs sportives. Nous l’avons rencontré sur ses routes, dans les Monts d’Arrée, en Bretagne, alors qu’il s’apprêtait à terminer la nouvelle peinture de sa monture.

Par Sylvain PIGEAU. Photos : 3bikes, Colin Arros et DR.

Prononcez Colin, à la française. Et ne dites pas qu’il est Normand, surtout pas sur ses terres des Monts d’Arrée, dans la Finistère. Vous risqueriez de terminer votre sortie seul dans la lande (et c’est hostile !)

Installé en Bretagne depuis sa tendre enfance, Colin Arros a son pays breton chevillé au corps, tout autant que le triathlon ou ses atypiques shorts à fleurs. Dans le secteur de Comana, ses tenues colorées ne sont pas de sortie en ce mois de mars, mais le pensionnaire de Landivisiau Triathlon est tout de même dehors, sous la pluie froide.

Quelques jours avant les championnats de Bretagne de duathlon, « c’est les championnats du monde ici ! », explique-t-il, Arros prend son temps en période « d’affûtage ». « Je fais toujours de très petites séances. Beaucoup ne me croient pas, mais des fois je pars pour moins d’une heure de vélo ou 4 km à pied. C’est ma façon de m’entraîner. De toute façon, je n’ai pas que ça à faire de ma vie (rires). »

Sa vie, justement, est partagée entre sa passion pour le triathlon, les déplacements inhérents et son métier de designer freelance. « J’ai mes diplômes pour être professeur de sport. Mais j’ai choisi pour le moment de faire un métier qui me passionne davantage, de chez moi. Le professorat, je verrai ça plus tard. »

Colin l’artiste

Et de la passion graphique au triathlon il n’y a qu’un pas. C’est sur son propre vélo (et parfois ceux des copains) que Colin Arros expose ses plus larges envies. Depuis quelques saisons, son Cervélo P3C change de robe au gré des inspirations du triathlète finistérien. Couleur alu, ou rouille plus récemment, sa machine change une nouvelle fois de teinte pour cette saison 2019. « Mais c’est la dernière fois sur ce vélo, prévient-t-il. Il commence à avoir des bornes. »

Roue lenticulaire et à bâtons dans l’Alpe d’Huez. Peu d’athlètes tentent ce choix de matériel pour cette épreuve.

Ces « petits délires » restent ponctuels pour Colin et son père qui bossent à la réalisation de la peinture, mais demandent tout de même quelques heures de travail. « En moyenne cela nous prend 40 heures. Et il faut ajouter entre 5 et 40 h pour l’idée du design. C’est notre passion, nous sommes libres et sans exigence. Certaines années, on en fait aucun et parfois trois ou quatre. »

Colin le communicant

Passionné et engagé, Colin Arros utilise aussi avec brio les moyens de communication, principalement Facebook. Difficile de passer à côté du short à fleur, du vélo repeint et de sa bonne humeur. « Je ne me prends jamais la tête et, sur les courses, j’ai toujours le sourire, j’essaie de ne pas parler de la course ni d’objectif de performance. Justement, cela me permet d’évacuer la pression et d’être plus performant. »

« J’essaie de ne pas parler de la course ni d’objectif de performance. Justement, cela me permet d’évacuer la pression et d’être plus performant. »

Triathlète depuis l’âge de 14 ans, Colin a débuté la natation à 6 ans puis a pris goût à l’athlétisme. Un parcours « logique » pour un fils de triathlète. Il s’est aussi construit un honnête palmarès dans les rangs amateurs, notamment sur les épreuves montagneuses qu’il affectionne. « Je suis Breton, mais j’adore la montagne. Dès que je peux, je pars dans les Alpes. Le triathlon de l’Alpe d’Huez reste mon préféré, j’y vais tous les ans. »

Et on peut le croire, après avoir signé quatre top 10 sur l’épreuve iséroise. En 2016, il a également profité de ses talents de grimpeur pour décrocher un maillot tricolore (en groupe d’âge), aux championnats de France à Baudreix (17e au scratch) sur un parcours taillé pour les bons cyclistes qui avait vu la victoire de Jean-Eudes Demaret.

Aventureux et touche à tout, Colin Arros préfère également se consacrer aux épreuves françaises, plus conviviales et accessibles. Sur les « Bretagne » de duathlon, dimanche 24 mars, le pensionnaire de Landerneau Triathlon a pris la 9e place, meilleur temps vélo à la clé. « Ce n’était qu’une heure d’effort, mais ça fait mal. Je sors 40e à T1 mais je pose le vélo le premier. Après, il y a bien meilleur coureur que moi et je n’ai pas pu lutter. »

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Après un hiver studieux agrémenté de cross et de trails, Arros débute donc sa saison comme il en a l’habitude, en triathlète routard. « Le duathlon, c’est ce qu’il y a de plus dur, après ça, les tri’ c’est plus facile ! », admet celui qui mettra pour la première fois les pieds dans l’eau début mai, dans les Côtes d’Armor. « Tout le mois de mai il y a des M et des S en Bretagne. Ce sont des courses d’échauffement pour moi, je les fais au taquet, c’est ma campagne de triathlon plaisir. »

Entraînement polarisé

Car après, les choses se corsent. Avant de gravir une nouvelle fois la montagne des Hollandais, Arros a rendez-vous en Touraine, pour sa première course XXL, le Toursn’man. « J’aime ces courses car ce sont des tarifs d’engagements moins chers que sur Ironman et c’est plus cool. A Tours, ce sera mon premier, je ne sais pas ce que je vaux, mais mon objectif est de courir normalement tout le marathon. »

« Pour réussir sur le Long, je ne suis pas forcément persuadé qu’il faut des milliers de kilomètres. »

En route pour la Corse, mardi 26 mars, le Commanéen va engranger les kilomètres sous le soleil pendant une semaine. Pas le choix en vue de ses prochaines échéances. Sans coach, Arros cible précisément ses entraînements.

Short et vélo à fleurs, sous le soleil corse, Colin Arros peaufine sa préparation.

« Je polarise énormément ce que je fais, c’est par phase. Là par exemple, je vais faire un gros cycle d’endurance. Ensuite, si ça se trouve, je ne ferai que du très court pendant trois semaines. Des chronos, des bosses, des KOM, chez moi dans les Monts d’Arrée. Maintenant que j’ai la date du Tours’n man en tête, je sais où je vais, je peux étager à l’instinct. Mais pour réussir sur le Long, je ne suis pas forcément persuadé qu’il faut des milliers de kilomètres. »

Colin Arros se prépare dans les Monts d’Arrée, dans le Finistère.

Instinctif le Breton alors. Mais secret parfois, comme lorsqu’il admet ne pas tout publier sur son compte Strava. « Beaucoup ne me croient pas quand je dis que je m’entraîne très peu. Alors plutôt que d’être critiqué pour les séances que je mets, je n’en mets plus certaines. »

Dommage diront certains, malin diront d’autres. Mais pour échanger avec ce triathlète unique en son genre, il vaut mieux se déplacer dans le cœur du Finistère et rouler dans les Monts d’Arrée avec lui. Et ça, c’est bien mieux que les réseaux sociaux.

Les vélos de Colin

Le P3 : « C’est mon père qui ponce et qui peint. Il adore ça. Moi je crée la forme graphique. L’inspiration me vient souvent de mes amis, qui ont de bonnes idées. Je le fais pour moi mais aussi pour les autres. Par exemple, pour le duathlète Robin Moussel, nous avions réalisé une peinture « boucherie », en référence à ses sorties de vélo un peu costaud avec ses potes. »

Cadre couleur « rouille » et roues dorées dans cette version.

Sur la base d’un Cervélo P3C, Colin Arros réalise donc toutes les envies qui lui passent par la tête. Mais cette dernière peinture « fleurie », est la dernière selon le triathlète breton qui pense garder la monture mais ne plus toucher à la déco. Le vélo est équipé en Sram et Shimano avec une roue paraculaire Corima et une roue à bâtons Xentis.

Le « mulet » : C’est un Salmon «  bien résistant » selon Colin. Un cadre en acier équipé de vieux composants, des gardes boues (pour la douce pluie bretonne !) et de pédales Speedplay. « Il m’est utile l’hiver pour faire de la muscu’, ça me permet de faire de la force. »

 

Vélo et maillot vintage, c’est aussi la « patte » Arros.

La bio de Colin Arros

25 ans, né en 1994 à Mont-Saint-Aignan en Normandie.

1,83 m, 72 kg l’hiver et 68 kg l’été.

Débuts en triathlon à 14 ans.

Palmarès : 31 victoires en triathlon, 55 podiums, 4 top 10 au triathlon L de l’Alpe d’Huez, 2 victoires sur L (Triskell Race en 2015 et Mont Blanc en 2016).

Champion de France LD (groupe d’âge 20-25 ans) à Beaudreix en 2016.

Sylvain Pigeau

Sylvain Pigeau

37 ans Journaliste professionnel depuis 2003 en presse sportive spécialisée et en presse quotidienne régionale - Ancien cycliste de série nationale. Triathlète depuis 2010. Strava : Sylvain PIGEAU

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